[Portraits de personnalités inspirantes : Frida Kahlo]

Féministe engagée, artiste accomplie, symbole à part entière de la communauté LGBTQ+, Frida Kahlo de son vrai nom Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderon possède une vie bien remplie. Figure d’émancipation féminine, Frida Kahlo a marqué l’Histoire de l’Art :  Ses autorretratos nous plongent dans son univers, ses engagements ainsi que ses plaies béantes, que chaque coup de pinceau exacerbe. Est-t-elle d’abord une femme ou une artiste ? Certains journalistes bien pensants ont la plume assez aiguisée pour affirmer que l’Homme et l’art peuvent être séparés. N’en déplaise à leur écrit de bois, Frida Kahlo n’est ni une femme ni une artiste, elle est une femme artiste.

Todo sobre la « ballerina »

Rebelle avant l’heure , Carmen devient Frida. Et ce ne fut pas chose aisée…Son prénom elle le tient de son père allemand qui immigre au Mexique, terre des aztèques en 1890. Friede signifie paix en allemand. Ironie du sort , la vie de sa fille est loin d’être de tout repos. D’ailleurs dès sa naissance en 1907, le choix de ce prénom engendre des querelles au sein de la famille. Le prêtre outré que ce prénom ne figure pas sur le calendrier des saints,  menace de refuser le baptême ! Outrage pour la mère, Frida devient Carmen.

Frida détonne , Frida étonne ! Si son certificat de naissance atteste qu’elle est née le 06 juillet 1907, l’artiste affirme qu’elle est née le 07 juillet 1910. Force et raison est de constater que le drapeau rouge enveloppe déjà son berceau. Elle ne choisit pas cette date par hasard, elle coïncide avec la révolution mexicaine qui dure une décennie et qui vient mettre fin au règne du général Porfirio Diaz . Attachée à son pays, patriote, elle représente la voix des opprimés. Bien avant sa carrière toute tracée vers la peinture, l’artiste vise une autre toile de fond et souhaite devenir médecin. Cependant celle-ci s’assombrit le 17 septembre 1925, date fatidique qui trace sa route d’artistes. Accompagné de son ami Alejandro à bord d’un bus, celui-ci entre en collision avec un tramway. Le bus ne survit pas et les passagers jonchent le sol. Parmi eux Frida, la colonne brisée est empalée sur une barre de fer. Un ouvrier laisse tomber par mégarde au moment de l’accident une poudre d’or, elle recouvre la jeune femme de son corps brisé. La vision est si enchanteresse qu’un passant pensant apercevoir une danseuse agonisante sur le sol s’écrie “la ballerina !”.La médecine est aux oubliettes, la ballerina est désormais non plus uniquement malade mais brisée.

Pintarse a sí misma, el arte del autorretrato 

Frida survit mais à quel prix ? Prisonnière de sa chambre et d’un corset qui l’empêche de bouger, les années défilent. Coincée entre quatre murs, la lecture devient sa salvatrice compagne. Proust, Bergson, Botticelli tout y passe ! Un miroir est fixé à son lit, et munis d’une boîte de couleur offerte par son paternel , elle peint. L’autoportrait surgit : Frida devient son propre sujet d’expérimentation :« Si je me peins, c’est que c’est le sujet que je connais le mieux ! ». Évolution de conscience et d’inconscience, les autoportraits sont de véritables œuvres d’introspection. L’une de ses œuvres les plus célèbres relate son calvaire. « La colonne brisée », peinte en 1944 . Cet autoportrait vient illustrer son état après une opération de la colonne vertébrale. Prisonnière, elle s’y représente dans une cage, liée à jamais à un corset. 

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La Bella y el sapo

L’amour naît dans son calvaire. Diego Rivera devient pour Frida ce que Sartre est pour Simone de Beauvoir, son unique âme sœur. La rencontre se passe au domicile de Tina Modotti, photographe italienne et communiste. De vingt-deux ans son aîné, le peintre mexicain la séduit, tous deux finissent par se marier le 21 août en 1929. Diego Rivera est un homme grand aux yeux globuleux, Frida lui attribue le surnom de sapo, de crapaud. Connu pour son engagement, il peint l’histoire du Mexique pour informer ceux qui ne savent pas lire. Communistes, l’espoir d’une renaissance de l’art, ensemble ils partagent tout. La Bella adopte un style bien à elle. Son monosourcil vient s’opposer aux carcans de la beauté féminine. Vastes jupes colorées, boucles d’oreilles lourdes et pendantes, des fleurs parsèment sa longue chevelure. C’est une femme de Tehuantepec désormais, Frida impose son style, qui continue de traverser les siècles. 

La desilusión del sueño americano

Dans les années 1930, un nouveau tournant commence pour le couple. Face à la situation politique pesante au Mexique, le couple bat de l’aile. Une invitation de la California School of Fine Arts de San Francisco sauve la carrière de Diego Rivera et lui commande une fresque. L’oncle Sam fait donc rentrer pour la première fois un artiste communiste dans son temple du capitalisme. La carrière du crapaud décolle, en décembre 1931, le MoMA de New York l’invite à exposer cent cinquante de ses toiles. En 1931, la famille Ford le soutient dans sa candidature pour une série de peintures au Detroit Institute of Arts. Les Rockefeller enfin lui demande de réaliser une peinture murale pour le hall de de réception de la Radio Corporation of America à New York. Le communiste qui rêve d’aider les opprimés, les paysans ainsi que les illettrés, se retrouve au service des plus fortunés et de ceux qui exploitent les travailleurs, le prolétariat. La déception est grande pour le crapaud. L’oncle Sam l’a bien accueilli pendant quatre ans, mais à quel prix ? Ses convictions se sont belles et bien retrouvées noyées entre les Rockefeller et les Ford. Et pour cause, son mari croit en une Amérique encore révolutionnaire et indépendante qui se battait pour sa liberté. Autant dire que l’apparition de Lénine dans la fresque de la RCA a mis fin au rêve américain, l’œuvre est effacée. Le couple prend conscience que deux mondes s’opposent, point d’entente , la fracture est irréversible. En cela Frida l’a parfaitement intégré dans son art. Son Autoportrait à la frontière du Mexique et des Etats Unis, vient illustrer deux mondes que tout oppose. Pour le Mexique, les couleurs sont chaudes, pour les Etats-Unis, les usines Fords dénaturent la fresque. Et pourtant son autoportrait contemple le Mexique. Que n’en déplaise à Ford ou Rockefeller, Frida a choisi sa patrie loin des usines, loin des Etats Unis. 

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Un arte realisto

Face aux tromperies incessantes de son mari,  et à l’interruption de deux grossesses , elle dit un non définitif à la maternité. Le couple divorce en 1938 et se marie à nouveau à San Francisco. Un mariage d’amitié, ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Entre-temps, leur engagement prend de l’ampleur. En 1937, les époux Trotski se réfugient devant la Maison bleue de Coyoacán, fuyant un Staline ivre de pouvoir qui cherche à se débarrasser de tous ses opposants. Léon Trotski entame une relation adultère avec Frida avant de partir et délaisse l’autoportrait qu’elle lui a offert. Piètre consolation pour Frida. L’art devient sa bannière. Si certains considèrent sa peinture comme une œuvre surréaliste, celle-ci s’y oppose, elle peint la réalité, sa réalité qu’elle vit.  

Frida ha muerto, Viva Frida

L’artiste passe ses dernières années au Mexique, elle peint et enseigne à ses élèves : les Fridos. Maladie, militantisme, enseignement , peinture, sa vie est bien remplie. En 1953, son amie Lola Alvarez Bravo organise ses expositions à Mexico. Son triomphe est fulgurant et dépasse l’Atlantique, sa consécration est à son apogée. Ni ses admirateurs, ni ses élèves n’ont vu ce vernissage comme un adieu. Et pourtant, Frida Kahlo s’éteint un an plus tard le 13 juillet 1954. Mexico veille désormais sur sa maison bleue , métamorphosée en musée. Frida est partie mais demeure dans les esprits . Matérialisée dans le film d’animation français-belge Josep, Frida guide le peintre immigré espagnol. Frida est une figure de proue pour la communauté LGBTQ+. Bisexuelle, à l’opposé des standards de la mode, elle entretient une relation passionée avec Joséphine Baker.  Son féminisme et son style continuent encore à ce jour de susciter l’admiration, Frida Kahlo est loin d’avoir donné son dernier coup de peinture. 

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[Portraits de personnalités inspirantes : Joséphine Baker]

Célèbre artiste de music-hall, figure éminente de la résistance et de la lutte anti-raciste, Joséphine Baker entre au Panthéon le 30 novembre 2021 parmi les quatre vingt personnalités qui y reposent, en tant que sixième femme et première Noire. Le président de la République, Emmanuel Macron lui rend hommage.

Reconnue pour son succès en tant que meneuse de la Revue Nègre, spectacle musical qui se tient à Paris en 1925, Joséphine Baker a usé de sa notoriété au service des autres.

Actrice dans le film Zouzou, interprète de la chanson « J’ai deux amours », véritable muse des artistes cubistes, elle s’impose comme une icône en France. A l’inverse, étant issue d’une famille métissée Africaine-Américaine et Amérindienne, elle souffre de la ségrégation dans son pays natal, les Etats-Unis. En 1937, elle obtient la nationalité française.

Sous couvert de son succès artistique, Joséphine Baker a joué un rôle éminemment politique durant la Seconde Guerre Mondiale au profit de la France.

Selon une enquête du journal Le Monde auprès du service historique de la Défense, des documents et archives révèlent que Joséphine Baker a travaillé dans le contre-espionnage à Paris aux côtés de Jacques Abtey. Lors des dîners mondains, elle veille à obtenir des informations auprès des forces ennemies.

Après la défaite de la France et le début de l’occupation allemande, elle est recrutée dès 1939 par le 2ème bureau des Forces Françaises Libres en tant qu’honorable correspondant. Jacque Abtey se fait passer pour son manager, sous le nom de Jacque Hébert, voyageant dans l’ombre de la chanteuse il transmet des informations relatives aux positions ennemies. Afin de dissimuler les informations, il retranscrit une partie de celle-ci sur les partitions de Joséphine Baker. 

« C’est la France qui m’a faite. Je suis prête à lui donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez ». 

JOSEPHINE BAKER

Envoyée en mission au Maroc, suite à la libération par les Alliés de l’occupation à Casablanca, Joséphine Baker intègre l’armée française. Titulaire d’un brevet de pilote, elle se joint aux forces françaises et se produit dans une tournée pour les soldats de l’armée dans diverses régions d’Afrique du Nord alors que les combats ne sont pas terminés. Ses concerts remontant le moral des troupes françaises ont permis de remplir les caisses de l’armée à hauteur de 10 millions d’anciens francs et de promouvoir le Général de Gaulle et la France libre. Pour le gouvernement naissant en Afrique du Nord, l’officier de propagande Baker est un atout précieux.

En 1946, Joséphine Baker reçoit la médaille de la Résistance et de nombreux officiers et lieutenants considèrent qu’elle mérite la légion d’honneur à titre militaire. Cette potentielle décoration est contestée par certains estimant qu’elle devrait la recevoir à titre civile. Le 19 aout 1961 Marcel Valin lui remet la Légion d’honneur à titre civil ainsi que la Croix de guerre avec Palme distinguant le combattant de guerre qui s’est signalé au feu par une action d’éclat caractérisée.

Joséphine Baker.

            Son combat pour la liberté ne s’est pas arrêté à la fin de la guerre. Figure de la lutte anti-raciste à 57 ans elle a marché pour les droits civiques aux côtés de Martin Luther King. En France elle crée son « Village du Monde » au Château des Milandes et écrit plusieurs ouvrages dont « Mon Sang dans tes veines », réflexion sur l’injustice de la discrimination raciale. Dans ce « Village du Monde » a adopté 12 enfants de nationalités différentes, qu’elle appelait sa tribu arc-en-ciel. Il y eut : Akio, Coréen ; Janot, Japonais ; Jari, Finlandais ; Luis, Colombien ; Marianne et Brahim d’Afrique du Nord, Moïse, Français et d’origine Juive ; Jean-claude et Noël Français, Koffi de Côte d’Ivoire, Mara, Vénézuélien et Stellina Marocaine. 

Ainsi, elle prouve que les différences n’entravent en rien la vie commune dans la paix.

“Tous les hommes n’ont pas la même couleur, le même langage, ni les mêmes mœurs, mais ils ont le même cœur, le même sang, le même besoin d’amour.”

 JOSEPHINE BAKER

Nasrine AMADY 

Cet article n’engage que son auteure

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[Rubrique culturelle : rétrospective sur Georgia O’Keeffe au Centre Pompidou]

Depuis le 8 septembre et jusqu’au 6 décembre, vous pouvez découvrir la première rétrospective française sur l’artiste Georgia O’Keeffe au Centre Pompidou !

Georgia O’Keeffe, une artiste nord-américaine du XXème siècle

Décédée en 1986, Georgia O’Keeffe lègue au monde de l’art une collection riche de plus de 9000 tableaux ! Elle consacre en effet plus de deux heures par jour au dessin et à la peinture, et est une des premières figures de l’art moderne aux Etats-Unis et annonce l’art minimaliste américain.

Elle enseigne l’art dès 28 ans, en 1915 au Columbia College en Caroline du sud. Sa carrière artistique commence à être réellement reconnue lorsque le photographe Alfred Stieglitz, propriétaire de la célèbre galerie newyorkaise d’avant-garde 291, décide d’exposer sans son autorisation ses œuvres. Malgré la fureur de Georgia O’Keeffe, Stieglitz décide de laisser accrochées ces toiles, et déclare : « Vous n’avez pas plus le droit de garder ces images pour vous que de priver du monde un enfant. ». Chaque année alors, Stieglitz expose les œuvres d’O’Keeffe dans sa galerie. L’artiste reçoit de plus en plus de commandes à mesure que sa réputation grandit, et elle est la première femme à s’imposer auprès des critiques, des collectionneurs et des musées d’art moderne.

La peinture abstraite « hard edge »

C’est à partir des années 1960 que le mouvement « hard edge » émerge en Californie, et que Georgia O’Keeffe en devient une des pionnières. Il s’agit d’un expressionnisme abstrait dans lequel les transitions entre les couleurs sont brusques, chaque zone étant délimitée très nettement. Le tableau ci-dessous Sky Above clouds – Yellow Horizon and clouds de Georgia O’Keeffe, peint entre 1976 et 1977, et présenté dans l’exposition, rend bien compte de cette technique.

La nature pour thème principal

Les œuvres de Georgia O’Keeffe, ce sont aussi les fleurs, qu’elle dessine depuis son plus jeune âge. Elle peint des dizaines de peintures sur ce thème, dont chacune présente une seule fleur, qui s’étend sur l’intégralité de la surface de la toile, comme un zoom. L’artiste dit en effet avoir été inspirée par la photographie pour la réalisation de ces œuvres.


Inside red canna, 1919

Dans l’exposition, nous pouvons également remarquer le thème récurrent d’ossements et de coquillages. Georgia O’Keeffe s’inspire des lieux qu’elle a fréquentés pour peindre, comme la ville de Taos au Nouveau-Mexique où elle passe tous ses étés et y ramasse des coquillages. Dans le désert, elle trouve des os qu’elle voit comme « les symboles du désert » : elle les ramasse et s’en sert de modèle pour ses peintures.

Une exposition qui retrace le travail d’une vie

L’exposition du Centre Pompidou sur Georgia O’Keeffe propose une vue d’ensemble sur la totalité du travail de l’artiste. De ses premières toiles à l’affirmation de ses thèmes de prédilection, le grand panel des œuvres présentées permet de mieux connaitre une artiste jusqu’alors peu exposée en France. Le parcours est chronologique, et le décor entièrement blanc et épuré permet de faire ressortir les vives couleurs des peintures.

Si vous souhaitez donc en savoir plus, ou tout simplement découvrir Georgia O’Keeffe, l’exposition est ouverte ce week-end de 11h à 21h.

Pour réserver vos places :

https://billetterie.centrepompidou.fr/selection/timeslotpass?productId=101734952461&_ga=2.194385067.701667554.1634299111-304700728.1624272351

Article de Manon Etourneau

Cet article n’engage que son auteure.

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[Portraits de personnalités inspirantes : Sarah Moon]

Sarah Moon, née en 1941 est une célèbre photographe actuellement exposée au Musée d’art Moderne de Paris. Elle débute sa carrière comme mannequin puis publie ses premières photographies de mode en 1967. Elle travaille notamment pour Cacharel puis publie dans les plus grands magazines de mode tels que Vogue, Marie-Claire, Harper’s Bazar et Elle. 

Sarah Moon réalise son premier film de fiction, Mississipi One, en 1990. Elle réalise un documentaire sur Henri Cartier Bresson en 1995. Elle réalise une adaptation du conte de la Petite fille aux allumettes ainsi que du Petit Soldat de plomb. Ces deux adaptations emplies de poésies sont visibles à l’exposition Sarah Moon Passé Présent. Filmant en noir et blanc, Sarah Moon nous immerge dans le monde de l’enfance et, avec des images simples retransmet la mélancolie de ces histoires. 

Son œuvre photographique est elle aussi porteuse d’une certaine nostalgie par exemple avec cette photographie portant le titre suivant : Le pique-nique n’a pas eu lieu. 

Sarah Moon explore la photographie avec des clichés de mode tirant vers l’abstraction ainsi que des clichés « ratés » qui, agrandis forment des œuvres surprenantes. La matière est particulièrement exploitée dans son œuvre et ses clichés aux coins abîmés nous transportent dans un passé sombre, tout en nuance de gris. 

Surtout, sa démarche se fonde sur une grande réflexion théorique et de nombreuses références artistiques. Celles-ci sont mises en avant tout au long de l’exposition par des citations accompagnant les œuvres et permettant une compréhension plus profonde. 

Sarah Moon a elle même imaginé cette exposition qui fait dialoguer ses films, photographies et phrases qu’elle a écrite : 

« Mes photos sont une fiction dont je ne connais ni l’avant ni l’après et pourraient être les images d’un film que je n’aurais pas fait. »

Elle nous transporte dans un univers entre rêve et réalité où le temps semble comme suspendu.  La manière dont sont photographiés les personnages, marchant dans des ruelles sombres ou évoluant au travers de tissus vaporeux nous plonge dans l’intimité de Sarah Moon, un univers sombre et onirique.

Cet article n’engage que son auteure !

Article de Sana Tekaïa

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[Portraits de personnalités inspirantes : Colette]

Femme libérée, battante et figure incontournable de la littérature française, Colette fascine toujours aujourd’hui. Celle qui est née en janvier 1873 sous le nom de Sidonie-Gabrielle Colette aurait pourtant pu ne jamais connaître un tel succès, puisque pendant les premières années de sa carrière, elle a servi de prête-plume pour son mari, Willy.

    Si Colette s’illustre dans le monde parisien, elle naît et grandit dans un village de Bourgogne : Saint-Sauveur-en-Puisaye. Choyée par sa mère (dite « Sido »), elle s’épanouit dans une campagne natale qui deviendra le décor de son premier roman : Claudine à l’école (1900). Cette mère, plus qu’aimante, fait grandir sa fille dans un univers laïque et féministe. Gabrielle apprend l’art de l’observation en vadrouillant dans le jardin qui jouxte sa maison, tout en se passionnant très vite pour la lecture des classiques, et le travail de son style littéraire.

    Elle n’est encore qu’adolescente quand elle rencontre Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », un écrivain séducteur bien plus âgé qu’elle, avec lequel elle se marie l’année de ses 20 ans, en 1893. Après cela, les deux époux emménagent à Paris, où Willy introduit sa femme à la vie mondaine, dont il est un fervent adepte. C’est dans ce milieu que Gabrielle-Sidonie Colette devient celle qu’on appelle désormais seulement « Colette ». 

    Or, si l’œuvre littéraire de Willy semble prolifique, ce qui fait une partie de sa renommée, c’est qu’il utilise en fait des « nègres littéraires » (aussi appelés « prête-plumes » ou « écrivains fantômes »). Colette, elle, nostalgique de sa région d’origine, couche dans des cahiers ses souvenirs d’enfance. Willy ne fait au début que l’encourager, puis il commence très vite à y voir une manne littéraire, et pousse sa femme à développer ses récits, tout en les rendant plus sulfureux. D’un commun accord, le premier roman de la future série des Claudine, sort sous le signature unique de « Willy ». Comme voulu, Claudine à l’école fait naître un scandale qui fait aussi son succès. C’est le début d’une série d’écrits qui seront tous publiés sous le même pseudonyme, et pour laquelle la pression de Willy sera croissante sur les épaules de Colette. On peut vraiment parler d’exploitation, car Colette n’aura jamais touché aucun profit direct de la série puisque le propriétaire exclusif des droits était son mari, et qu’il les a finalement vendus en 1907. 

    Les aventures de Claudine deviennent encore davantage sulfureuses au fur et à mesure que la relation entre Willy et Colette commence à battre de l’aile. Cette dernière devient libertine et vit une bisexualité qui n’est qu’un secret de polichinelle, et qui est un élément très important de son œuvre et de sa vie. Si Willy est un mari adultère depuis des années, et qu’il exige de sa femme de ne pas le tromper avec des hommes, il ne voit aucun problème pour qu’elle le fasse avec d’autres femmes.

    C’est en 1906 que Colette entame une relation avec « Missy » (Mathilde de Morny), qui si elle n’est pas entièrement publique, prête à scandale sur les planches, où l’écrivaine se concentre désormais. Une de leurs représentations au Moulin-Rouge se conclut par un baiser entre les deux femmes, qui provoque une très vive agitation dans la salle.

    Car depuis 1903, Colette a conclu sa célèbre série par Claudine s’en va. Sans doute de plus en plus consciente de son propre talent, elle se lance dans une carrière d’écrivaine à part entière (avec des œuvres comme L’ingénue libertine (1904) ou encore La vagabonde (1910)), mais aussi dans le music-hall. Si le succès de la série des Claudine s’est essoufflé vers la fin, il aura tout de même été phénoménal, lançant même la mode de ce qui sera ensuite appelé « col Claudine ».  C’est officiellement en 1936 avec Mes apprentissages que Colette accable Willy de tout le malheur qu’il lui a fait subir. Mais même dans les Claudine elle se livre déjà à une caricature de son mari à travers le personnage du « gros Maugis ».

    Par la suite, déjà enceinte, Colette épouse Henry de Jouvenel puis donne naissance à sa fille, Colette de Jouvenel. À cela succède une liaison avec le jeune fils de 16 ans d’Henry, puis un troisième mariage avec Maurice Goudeket en 1935. Comme elle a pu dénoncer Willy en 1936, en 1941, avec Julie de Carneilhan, un de ses derniers romans, Colette fustige Henry de Jouvenel.

    La carrière de Colette est reconnue en France dans le milieu littéraire puisqu’elle est élue à l’unanimité à l’académie Goncourt en 1945, dont elle devient la présidente en 1949. Quand elle s’éteint en 1954, elle devient la deuxième femme à laquelle la République ait accordé des obsèques nationales. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise à Paris.

    Finalement, si Colette refuse elle-même d’être mise dans le même panier que les féministes d’hier (elle déclare notamment « Les suffragettes me dégoûtent (…) Savez-vous ce qu’elles méritent, les suffragettes? Le fouet et le harem… » ), la liberté de ses relations, de son œuvre et plus généralement de sa vie n’en est pas moins une inspiration pour les féministes d’aujourd’hui. Elle aura aussi été très importante pour le milieu LGBTQI+, et notamment la communauté lesbienne et bisexuelle dont elle est une des premières icônes. 

    Chéri (1920) et Le blé en herbe (1923), sont deux de ses romans les plus loués, mais Claudine à l’école reste indémodable quand on parle de Colette. Le film Colette (2018) de Wash Westmoreland, avec Keira Knightley est par ailleurs très intéressant et permet de bien découvrir et comprendre l’univers et la vie de l’écrivaine.

Article de Cléa Brunaux

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[Portraits de personnalités inspirantes : Frida Kahlo]

Artiste peintre mexicaine, Frida Kahlo a été une figure marquante du XXe siècle, autant pour l’originalité de son oeuvre, sa formation autodidacte mais également ses nombreux voyages et sa propre vie dont l’hétéroclicité continue de fasciner.

Cependant, au-delà de l’image mythique attachée à Frida Kahlo, -et ce au demeurant à nombreuses autres personnalités contemporaines de son époque- sa carrière et ses combats symbolisent la reconnaissance d’une femme artiste par ses homologues, le public et les institutions, en constituant un exemple remarquable de la diversité culturelle et artistique.

L’art de l’autoportrait

Née le 6 juillet 197 à Coyoacán au Mexique, Frida Kahlo, brillante élève, se destinait à une carrière médicale. En effet la jeune mexicaine souhaitait devenir médecin mais à 18 ans, elle est victime d’un terrible accident au cours duquel son abdomen est transpercé par une barre en fer, ce qui met un terme à cette ambition.

Elle se forme par la suite à la peinture de manière autodidacte et peint de nombreux autoportraits. L’autoportrait tient une place très importante dans son oeuvre car en se mettant elle-même en scène, elle exprime ses souffrances. Sa peinture devient alors porte-parole de sa douleur, à l’image de beaucoup d’artistes tels que Van Gogh ou Rembrandt, qui n’hésitaient pas à représenter ou supposer leur santé fragile.

Carrière internationale

En 1929 elle épouse le peintre mexicain Diego Rivera et l’année suivante le couple déménage à San Francisco aux Etats-Unis, car Rivera a été chargé de réaliser des peintures murales pour le San Francisco Stock Exchange et pour la California School of Fine Art. Durant ces années américaines, elle fait la connaissance d’artistes, de commanditaires et de mécènes, dont Albert Bender.

Finalement les époux rentrent au Mexique en 1933, mais profondément blessée par la récente découverte d’une liaison entre son mari et sa soeur, l’artiste réalise en 1935 Quelques petites piqûres, qui évoque un meurtre par jalousie perpétré sur une femme, avant de partir pour New York pendant quelques mois. C’est dans cette même ville qu’elle exposera en octobre 1938, 25 de ses œuvres dans la galerie de Julien Levy, et dont la moitié y sont vendues.

Un autre tournant dans la carrière de l’artiste est sa rencontre avec le surréaliste André Breton en 1938. Tandis que Breton est subjugué par l’artiste, en écrivant « l’art de Frida Kahlo de Rivera est un ruban autour d’une bombe », celle-ci se défend d’être surréaliste en affirmant « On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que jai représenté était ma réalité ».

Par cette rencontre, la peintre mexicaine participe à la grande exposition sur le Mexique à Paris en 1939. Néanmoins, elle n’aime pas la capitale française, qu’elle trouve sale, et la nourriture ne lui convient pas. Elle exprime également son profond dégoût pour les intellectuels parisiens dont André Breton, qui porterait un regard teinté de mépris et d’incompréhension sur son art.

Engagement politique et symbole de liberté 

Au-delà des frontières artistiques, Frida Kahlo s’est distinguée mondialement pour son engagement politique et sa défense de la liberté.

Elle s’inscrit en 1928 au Parti Communiste Mexicain. et offre l’asile politique au révolutionnaire communiste Léon Trotski – avec lequel elle aura une liaison- et son épouse en 1937.

Engagée, elle souhaite défendre la condition et l’émancipation des femmes mexicaines, avec la volonté de porter la voix de toutes ces femmes silencieuses et soumises dans une société machiste. Ainsi, elle n’hésite pas à afficher publiquement sa bisexualité ou à ouvertement critiquer la société américaine comme dans son Autoportrait à la frontière entre le Mexique et les États-Unis en 1932. 

Devenue une figure de femme moderne, d’une femme forte et avant-gardiste, Frida Kahlo représente un modèle d’engagement pour beaucoup de femmes et ne cesse d’être une source d’inspiration pour bon nombre d’artistes.

Symbole de liberté et de nombreux combats, elle avait écrit dans son Journal : « J’espère que la fin sera joyeuse – et j’espère ne jamais revenir ». Elle meurt le 13 juillet 1954 à l’âge de 47 ans, mondialement reconnue pour son oeuvre autobiographique d’une puissance et originalité exceptionnelles.

Sources

  • « Frida Kahlo : artiste rebelle, légende mexicaine », Connaissance des arts, 30/12/2020.
  • Le journal de Frida Kahlo, préfacé par Carlos Fuentes, éditions du Chêne, 1995.
  • BRETON André, Le Surréalisme et la Peinture, 1928.

Article de Noémie Ngako.

Cet article n’engage que son auteure.

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[Portraits de personnalités inspirantes : Niki de Saint Phalle]

Plasticienne franco-américaine, née en 1930 et décédée en 2002, Niki de Saint Phalle est essentiellement connue pour ses Nanas, mais elle a laissé un héritage artistique sans pareil. Tableaux-performances, sculptures féministes, films psychanalytiques, l’artiste s’est inspirée de grandes figures comme Jackson Pollock pour ensuite pouvoir inspirer toute une génération d’artistes derrière elle. 

Sa vie 

Née le 29 octobre 1930 à Neuilly Sur Seine, sa famille américaine – ruinée par le krach boursier – avait, un an plus tôt, quitté l’Amérique. Après avoir habité chez ses grands-parents pendant quelques années, elle rejoint ses parents, réinstallés à Greenwich. Elle y fut élevée par une nourrice qu’elle appelait « Nana ». 

A 11 ans, victime d’un viol par son père, elle reste traumatisée toute sa vie. Enfant instable et turbulente, elle devint cependant une femme rebelle et indépendante. Pour elle, l’art était une sorte de thérapie, d’exutoire pour s’émanciper de ce traumatisme. 

Pendant un temps, dans sa jeunesse, elle fut mannequin pour Vogue et Life Magazine. A 18 ans, elle se maria avec Harry Mathews, écrivain. Alors qu’ils étaient encore jeunes, ils eurent deux enfants. De nature révoltée, pourtant issue d’une très ancienne lignée aristocratique française, elle refusa le puritanisme religieux et déménagea à Paris avec son mari et sa première fille, Laura. 

Hospitalisée à Nice en 1953 suite à une dépression, Niki de Saint Phalle dessina et peignit beaucoup pendant son rétablissement ; elle décida alors de se consacrer totalement et pleinement à son art. Deux ans plus tard, elle accoucha d’un petit Philip. 

Sa rencontre avec Jean Tinguely lui permit de rejoindre le groupe des Nouveaux Réalistes. Elle s’installa d’ailleurs avec ce dernier après son divorce. C’est durant ces années-là qu’elle réalisa ses premières œuvres dont Tir, qui suscita l’indignation et le scandale et qui eu un retentissement mondial. 

Œuvre Tir, 1961, plâtre, peinture, métal et objets divers sur de l’aggloméré, 175x80cm, 60 à 80 kg, Centre Pompidou, Paris : peinture performance qui vise à, selon elle, « tirer sur la société et ses injustices ». 

En 1971, elle épousa Jean Tinguely, et travailla sur des installations monumentales à Paris comme la Fontaine Stravinski ; et même des films, comme Daddy en 1972.

Son engagement

Niki de Saint Phalle était une artiste engagée politiquement, et résolument féministe. Elle n’a cessé de représenter des épisodes de sa vie à travers son œuvre. Expliquant plus tard qu’elle avait été élevée « pour le marché du mariage », et qu’il était pour elle hors de question de ressembler à sa mère, elle commença à créer les Nanas en papiers collés dès 1964. Pour elle, elles étaient les représentations de la femme « libérée du mariage et du masochisme ». 

« Elles sont elles-mêmes, elles n’ont pas besoin de mecs, elles sont libres, elles sont joyeuses ». 

Image 1 : Gwendolyn, 1966, en face du musée de Stockholm. 

Image 2 : Nana hors du musée d’art moderne de Tinguely à Bâle. 

Image 3 : Nana à Montréal

Mais son engagement ne s’arrêta pas là : elle créa des immenses phallus colorés lors de la propagation du virus du sida, pour inciter les gens à se protéger. 

Elle dénonça également, tout au long de sa vie, les violences faites aux personnes noires aux USA, et la domination masculine et patriarcale. 

Sa fin 

Pendant nombre d’années, Niki de Saint Phalle a travaillé sur ses œuvres avec des matériaux qui sont aujourd’hui reconnus comme dangereux pour la santé, et au mépris des règles de sécurité : elle inhala beaucoup de vapeurs toxiques, ce qui l’a conduite à souffrir d’inflammations et de gonflements dans ses poumons. A 71 ans, en 2002 donc, elle décéda alors d’une insuffisance respiratoire.

Article de : Tifenn Genestier

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[Idée sortie : Le monde nouveau de Charlotte Perriand, à la Fondation Louis Vuitton]

La nouvelle exposition de la fondation Louis Vuitton, disponible jusqu’au 24 février 2020, se consacre à l’œuvre d’une architecte et créatrice visionnaire. Femme dans un monde d’hommes, pionnière de la modernité et du nouvel art de vivre, Charlotte Perriand est en effet l’une des personnalités révolutionnaires du monde du design du XXème siècle. Plus que cela, cette militante et féministe incarne un idéal de la femme artiste, capable à elle seule de bouleverser son temps.

A l’occasion du vingtième anniversaire de sa disparition, la Fondation rend un très bel hommage à cette femme d’exception, à travers une exposition abordant les liens entre art, architecture et design. Plus de 200 œuvres de l’artistes sont réunies dans cette exposition, qui se visite comme une balade dans un gigantesque appartement, au gré de 11 galeries différenciées. En effet, et c’est là une de ses grandes forces, l’exposition a pris le parti intelligent de reconstituer des pièces entières conçues par Perriand.

On peut se balader dedans à loisir, et même s’asseoir sur divers canapés ou fauteuils sortis de son esprit. Par ces reconstitutions, fidèles scientifiquement, l’exposition parvient à établir une proximité avec le visiteur, tout en nous faisant découvrir cette femme criante d’actualité.

Chacune des 11 galeries représente une époque chronologique de la vie de Perriand. On y retrouvera donc par exemple son appartement place Saint-Sulpice, la chambre du jeune homme ou encore la maison au bord de l’eau. Autre force de cette exposition, celle de parvenir à restituer les œuvres de Charlotte Perriand dans leur contexte. Ainsi, on découvrira avec délice les impacts multiples des nombreux voyages de cette femme, notamment au Japon, qui lui inspira des intérieurs nippons.

Aussi, l’exposition met en lumière son statut de femme constamment entourée d’hommes, en mettant en perspective ses œuvres avec celles de ses amis masculins (Léger, Picasso, Miro, Soulages, Le Corbusier etc.). On retrouvera par exemple, dans la première salle, une œuvre gigantesque de Léger, côtoyant le fauteuil pivotant (1927) et la fameuse chaise longue (1928), souvent attribués à Le Corbusier seul, mais aussi les mobiliers de Perriand. Loin d’entrer en contradiction, ces œuvres raisonnent harmonieusement, créant un véritable dialogue.

Charlotte Perriand a en effet su réinventer l’habitation et les intérieurs, et s’imposer dans un monde d’hommes, tout en militant par son art et son engagement politique pour les femmes et l’environnement. Par cette exposition, son œuvre nous invite à repenser le rôle de l’art dans notre société : au-delà d’harmonie esthétique, il est aussi bien souvent le fer de lance des transformations sociétales de demain.

Article de : Victoire Bugault

⤵️ Pour plus d’informations :
https://www.fondationlouisvuitton.fr/fr/expositions/exposition/charlotte-perriand.html?fbclid=IwAR332tcu4CwvhsvaXGeI4n7ZcSmyQ_FHQNFcQHpkjDwU0DVKQv8w-zzF6wc

Fondation Louis Vuitton
8 Avenue du Mahatma Gandhi, 75116 Paris
Ouvert tous les jours de 10h00 à 21h00, sauf le mardi

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