[L’histoire mouvementée de la tour Eiffel]

Ce 13 octobre sort au cinéma le film Eiffel de Martin Bourboulon, qui narre de manière romancée l’origine de la création de la tour Eiffel. L’occasion parfaite pour revenir sur l’histoire de cette tour inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, devenue au fil des siècles le symbole de la capitale française !

La tour Eiffel, un défi de taille

Au XIXème siècle, de nombreux architectes ambitionnent de réaliser une tour « haute de plus de mille pieds » qui dépasserait l’obélisque de Washington, haut de 169 mètres.

Lors de l’exposition universelle de Philadelphie de 1876, des ingénieurs américains imaginent une tour de 300 mètres. Mais faute de financement, ce projet ne voit pas le jour.

Deux ans plus tard, l’architecte français Jules Bourdais imagine également une « tour-phare » en granit qui illuminerait Paris. Mais cette tour de 300 mètres ne sera jamais construite. En effet, on estime alors ce rêve inatteignable à cause des connaissances techniques limitées de l’époque.

L’obélisque de Washington et le projet avorté de 1876

L’exposition universelle de 1889

En 1878, la Troisième République française cherche une manière de s’enraciner à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française. Le gouvernement de Jules Ferry fixe donc l’organisation de la dixième exposition universelle entre mai et octobre 1889. De par son thème, l’exposition est boycottée par plusieurs monarchies telles que l’Allemagne ou l’Autriche-Hongrie.

En 1884, Gustave Eiffel, qui vient de concevoir l’armature de fer de la statue de la Liberté, dépose un brevet pour une tour métallique inspirée de la Galleria Vittorio Emanuele II de Milan. Grâce à une large campagne de communication, son projet fait l’unanimité auprès du gouvernement français : l’ingénieur avance de sa poche 80% des frais de travaux, estimés à 8,5 millions de francs or, tandis que le gouvernement lui accorde une concession de vingt ans au terme de laquelle la tour appartiendra à la ville de Paris.

 La Galleria Vittorio Emanuele II de Milan et une affiche de l’exposition universelle de 1889

Une construction contestée

Le chantier débute en janvier 1887. Mais la construction de la tour suscite les hostilités. Une « protestation des artistes », signée par de grands noms tels que Alexandre Dumas fils, Sully Prudhomme ou Guy de Maupassant, s’oppose à son édification. L’élévation de la tour avance tout de même au rythme de douze mètres par mois, malgré une grève des ouvriers causée par des conditions de travail risquées.

La tour Eiffel est inaugurée le 31 mars 1899, soit deux ans après le début des travaux. Elle fait alors 312 mètres et devient le monument le plus élevé du monde. Gustave Eiffel, qui a respecté les délais impartis, reçoit la légion d’honneur et ouvre le monument au public. Entre mai et octobre 1899, plus de deux millions de visiteurs sont émerveillés par la vue depuis le sommet de la tour et par les ascenseurs hydrauliques novateurs.

La tour Eiffel à différents étapes de sa construction (1887-1889)

L’avenir incertain de la tour après 1889

Après la fin de l’exposition, la tour perd l’intérêt des visiteurs. On s’interroge alors sur son avenir et à l’approche de la fin de la concession, certains avancent que la tour pourrait être détruite. Afin d’empêcher sa destruction, Gustave Eiffel commence à utiliser la tour à des fins scientifiques, notamment en la transformant en station d’observation. En 1903, il autorise l’installation d’une antenne au sommet de la tour afin d’établir un réseau télégraphique sans fil.

Les autorités profitent donc du fait que la tour soit le point le plus élevé de la région parisienne pour y installer un transmetteur de TSF, ce qui s’avère stratégique durant la Première Guerre mondiale : l’attaque allemande sur la Marne est déjouée grâce à des messages captés dans la tour. Dans l’entre-deux-guerres, la tour bascule vers un usage civil et permet la diffusion des programmes radios, puis de télévision. Enfin, en 2015, des éoliennes capables de produire 10 MWh par an sont installées au deuxième étage de la tour, prouvant une nouvelle fois sa versatilité.

Panorama de la vue de Paris depuis le sommet de la tour Eiffel

La dame de fer à l’UNESCO

Aujourd’hui symbole de la ville de Paris, la tour Eiffel est le troisième site culturel payant le plus visité en France. Depuis son ouverture au public en 1889, la tour a en effet accueilli plus de 300 millions de visiteurs. Le développement du tourisme international a permis à la tour de voir son nombre de visiteurs augmenter de manière significative dans les années 1960, avant que le cap des 6 millions d’entrées annuelles ne soit dépassé pour la première fois en 1998. Preuve de la popularité de la tour, il en existe plusieurs répliques dans le monde, notamment au Japon ou aux Etats-Unis.

Inscrite aux monuments historiques depuis 1964, la tour Eiffel fait également partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991, aux côtés d’autres monuments parisiens des rives de la Seine tels que le Louvre ou Notre-Dame. En effet, la dame de fer témoigne de l’histoire de Paris et des expositions universelles, dont l’importance a été si grande aux XIXème et XXème siècles. Pour la petite anecdote, Jean-Michel Jarre a même donné un concert au pied de la tour Eiffel pour célébrer les 50 ans de l’UNESCO en 1995, devant plus d’un million de spectateurs.

Les tours “Eiffel” de Los Angeles et Tokyo

Sources : Allociné, UNESCO, Chestnut Hill Local, BNF, Monuments du Monde, Le Figaro, Aerozone JMJ, Wikipédia (1)(2)

L’article n’engage que son auteure.

Mathilde Varboki

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[Bigger than us, un documentaire sur la jeunesse qui s’engage]

« Alors que tout semble ou s’est effondré, cette jeunesse nous montre comment vivre »

    Le long métrage a été présenté au Festival de Cannes de 2021, dans une section éphémère appelée « Le Cinéma pour le climat ». Il a été réalisé par Flore Vasseur et produit par Denis Carot, Flore Vasseur et Marion Cotillard. Il porte sur la force de l’engagement et le choix d’agir à notre échelle. Le documentaire dresse le portrait d’une jeunesse engagée pour « réparer le monde ».  

Affiche du documentaire Bigger than Us

Le long métrage suit le parcours de Melati, une Indonésienne de 18 ans, qui combat la pollution plastique dans son pays. Elle a réussi à faire interdire l’usage des sacs plastiques sur son île de Bali. La jeune fille part à la rencontre de six autres jeunes de 18 à 25 ans, qui, comme elle, se lèvent pour un monde plus juste et plus durable. Ils agissent pour la planète et une justice sociale aux quatre coins de la planète : Liban, Malawi, Grèce, Etats-Unis, Brésil, Ouganda, Indonésie. Les adolescents et jeunes adultes présentés dans le documentaire luttent pour « les droits humains, le climat, la liberté d’expression, la justice sociale, l’accès à l’éducation ou l’alimentation ». Autant de combats qui marquent l’actualité d’un monde dont le fonctionnement doit changer d’urgence. Ce sont des engagements qui les dépassent, « bigger than us » – c’est-à-dire plus grand que nous. 

Le documentaire est touchant, empli d’humanité, et montre les échanges de jeunes activistes dont la force d’engagement fascine. Ils dialoguent de pair à pair sur leur soif d’agir. Le spectateur ressort de la salle galvanisé par l’engagement de cette jeunesse en mouvement et ne peut que s’interroger sur son rôle dans ce combat « plus grand que nous », plus grand que tout. 

Informations :

Sortie au cinéma : 22 septembre. 

Durée : 1h36. 

Pour en savoir davantage sur le documentaire, rendez-vous sur : https://biggerthanus.film/ 

ou découvrez le dossier de presse avec une interview de la réalisatrice, Flore Vasseur : https://api.biggerthanus.film/www-site/uploads/prod/2021/08/BTU-DP-France.pdf .

L’article n’engage que son auteure.

Agathe Passerat de La Chapelle

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[Rubrique culturelle : Une génération Lady Bird]

A la voir arriver avec son plâtre rose fluo dans son nouveau lycée catholique, Lady Bird n’a pas peur d’en découdre. Celle qui rêve de s’envoler, dans tous les sens du terme, vers la côte est l’année suivante, se voit inscrite dans un établissement privé, pour cause de rumeurs, pour cause de la crainte nouvelle qu’a sa mère du lycée public. Cette même mère qui va symboliser un frein pour sa fille pendant tout le film, lui répétant sans cesse, comme un mantra, à quel point sa famille manque d’argent et n’a pas les moyens de financer son rêve de s’enfuir vers New-York, est aussi celle qui la coince dans ce milieu privé, fait quasi exclusivement des enfants riches de Sacramento. Son rapport paradoxal à l’argent reflète aussi les rapports paradoxaux avec sa fille. Ces rapports sont un des piliers du film, qui pour beaucoup font écho à notre vie, tout comme le thème du rêve et de l’envol, de la fin de l’insouciance, de l’adolescence. Tous sont liés au personnage éponyme du film, incarné par la fascinante Saoirse Ronan, Lady Bird, la bien-nommée, à laquelle nous, enfants des années 2000, à l’aube d’une nouvelle époque, filles et femmes, et d’autant plus venant des régions, des villes moyennes, ne pouvons que nous identifier. 

Christine « Lady Bird » McPherson et sa mère, c’est presque un mal nécessaire. Ce sont la violence des mots qui parfois cachent des sentiments, un amour qu’on ne sait pas comment exprimer. Il suffit de voir comment Lady Bird se laisse aller à pleurer dans les bras de sa mère qui la rassure, la berce, alors même qu’à d’autres moments, la fille jure que sa mère la déteste. Ce conflit quasi-permanent, n’est pourtant pas dénué d’un amour bien caché. Il n’est pas caricatural, et c’est même un des éléments les plus réalistes du film. Il montre la complexité que sont les rapports, mère-fille à l’adolescence. Bien souvent malgré leur toxicité apparente, c’est un désemparement total qui est dissimulé derrière les affrontements. C’est une impossible conciliation entre les mères qui voient des filles, et des filles qui deviennent femmes. Les intérêts divergent de plus en plus, et être deux pour construire une seule vie, c’est un peu trop. Surtout pour Lady Bird. Sa vie, c’est la sienne. Sa vie, c’est elle qui à la force de ses bras, armée d’huile de coudes, des pourboires de ses multiples jobs, et du secret de l’envol, va se démener pour tenter de donner vie à son rêve sans avoir à se confronter à sa mère, à sa désapprobation. Mais aussi peut-être, et sans doute même, pour ne pas avoir à faire face à sa peur de dire au revoir à sa fille. Et de l’autre côté de ce chaotique, et pourtant si commun, duo mère-fille, la figure du père, le sauveur de Lady Bird, son allié dans son combat. Il apparaît comme une véritable stabilité, alors même qu’il dissimule être au bord de la chute. Dépressif, et bientôt sans emploi, il est au fond plus fragile que sa fille, qu’il admire pour sa force. C’est lui qui va la porter, et ravaler ses propres larmes pour essuyer celles de Lady Bird de bout en bout, jusqu’à son envol final. 

Et cette fille, elle devient grande. Elle s’est choisie un nom elle-même, Lady Bird, pour combler la terrible banalité de son vrai prénom, qu’elle réfute. Il lui fallait un nom en accord avec sa soif de sortir du lot, de l’eau, de son milieu, de tout. Son envie de monter sur scène pour avoir le premier rôle, puis d’oublier son rôle pour s’échapper de sa situation financière. Pour cela, elle feint d’oublier cette contrainte, et passe même pour un temps « de l’autre côté de la route », pour se la jouer enfant de nanti et rechercher un autre monde. Car Lady Bird, elle se cherche, elle tâtonne, comme beaucoup autour d’elle. Ce film pourrait être un banal teen movie, si il n’était pas si vrai, si purement, véritablement, et de façon déchirante, vrai. Les premières soirées, les premières amours, les doutes, et les déceptions. Le tout, la dernière année de lycée de Lady Bird, qui se fait sur fond d’éducation catholique, c’est à la fois le temps des grandes découvertes, et celui des grands adieux. C’est la nostalgie d’un temps en train de se perdre, et l’excitation des jours nouveaux. C’est faire des projets, pour oublier que l’on s’en va pour de bon. 

Lady Bird, en même temps qu’elle découvre, qu’elle aime, qu’elle déteste, elle s’ennuie. Plus que de s’ennuyer, elle est persuadée que sa place n’est pas ici, à Sacramento, Californie. Les mornes paysages de toute sa vie ne sont pas les siens. La délimitation sociale de cette route qu’elle mentionne si souvent ne lui correspond pas. Et ce manque étouffant de culture, elle s’en plaint, elle veut y échapper, s’en libérer. Elle est prête à franchir les milliers de kilomètres qui l’en séparent, à se mettre sa mère à dos, et à lui dissimuler pendant des mois son projet, car elle connaît la réprobation à laquelle elle fera immédiatement face. Lady Bird veut forger sa propre vie, elle veut goûter au plaisir des grandes villes, mais aussi elle veut les plus grandes universités. Et ce n’est pas négociable. Tous les coups sont permis, même la tricherie, car avoir modifié sa note en maths sera bien vite oublié si elle parvient à ses fins. Et ce combat profond, culturel, il relève de l’émancipation pour accéder à ce qu’on lui refuse à cause de son milieu social, mais aussi à cause de son lieu de naissance, si loin des grandes villes. Ce combat, même ici en France, en 2021, c’est une réalité. Car on peut vite se sentir paumé quand on tourne en rond dans sa ville moyenne, quand pendant des années on en cherche la sortie, aussi bien que sa propre vie. 

Lady Bird, c’est bien plus qu’un joli nom, pour un joli personnage. C’est bien plus qu’une métaphore pour l’envol de la fille à la femme. Lady Bird, c’est une réalité. C’est tous ces provinciaux, en Amérique, en France et ailleurs, ces classes moyennes, qui ne sont pas pauvres, mais doivent quand même se battre. Et qui se battent sans relâche pour accéder aux plus grandes universités, pour obtenir ce qu’ils veulent. Ces classes moyennes qui voient leurs parents désoeuvrés de ne pouvoir leur offrir complètement l’éducation qu’ils méritent. Parce que les universités coûtent cher en Amérique, parce que même en France, arriver à Paris c’est aussi faire des sacrifices. Parce que Lady Bird, en 2003, c’est moi en 2020, et ce sera bien d’autres encore. Parce que plus que nous, c’est toute une génération, qui grandit dans une époque toute nouvelle, qui se forge avec de nouveaux codes, et qui essaie de se faire une place, si petite soit-elle, dans l’histoire d’une humanité si grande pour elle. 

Lady Bird, Greta Gerwig, 2017, disponible sur Netflix 

Article de Cléa Brunaux

Cet article n’engage que son auteure.

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[L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune…, de Jacques Demy]

Marco est directeur d’une auto-école de quartier.

Irène est à la tête d’un salon de coiffure à la tapisserie bleu roy.

Marco et Irène sont heureux et amoureux (comme Marcello et Catherine d’ailleurs). 

Le couple a un enfant et mène une vie tranquille dans le quartier de la Gaîté-Montparnasse dans le Paris des années 1970. Jusqu’à ce que Marco soit pris d’étranges malaises et vertiges un jour qu’ils étaient allés voir au théâtre de Bobino Mireille Mathieu en robe rouge chantant « Mon Paris ». La mélodie légère et entêtante rythme la grande inquiétude des deux personnages, surtout d’Irène, incarnée par Catherine Deneuve, folle amoureuse de son  Marco, un italien comme l’est Marcello Mastroianni. Inquiet, Marco se rend chez le médecin qui lui livre un diagnostic troublant confirmé par un gynécologue : Marco est enceinte. Il serait le premier d’une génération d’hommes nouveaux qui pourraient être enceinte. La nouvelle fait la une des journaux et suscite de nombreuses réactions dans le quartier, puis dans le monde entier ! Marco devient une égérie et le couple devient l’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune. Mais tout ne se passe pas comme prévu…

Après Peau d’Âne, Jacques Demy dans ce film au scénario absurde interroge en 1973 de nombreuses problématiques post-soixante huitardes : le progrès scientifique, la contraception, l’enfantement, les rapports hommes/femmes au sein du couple. Les rôles s’inversent ce qui permet en toute légèreté d’évoquer la grossesse, ses joies et ses contraintes. L’extraordinaire est banal ou plutôt la banalité est extraordinaire. L’extraordinaire c’est le bonheur au sein d’une vie de quartier, l’amour, le travail, la famille. 

Jacques Demy, c’est aussi et surtout filmer des scènes de bonheur simple au sein du foyer, au bistrot, au salon dans des univers colorés. On retrouve les merveilleux décors de Bernard Evein avec ses tapisseries colorées, sursaturées comme dans le magasin des Parapluies de Cherbourg en 1961. On ne cesse également de contempler enfin les nombreuses tenues de la belle Irène (Catherine Deneuve) entre fourrure et couleurs vives, complémentaires de celle du papier peint. 

L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune…c’est un air joyeux de Michel Legrand chanté par Mireille Mathieu, un amour inconditionnel entre Marco et Irène, de belles couleurs, mais c’est aussi et surtout un scénario bien rodé avec humour et subtilité. 

Ce film est un grand classique du cinéma de Jacques Demy, bien trop méconnu encore, désormais disponible sur Netflix !

Article de Mariette Boudgourd

Cet article n’engage que son auteure !

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[Actualités de l’UNESCO: L’UNESCO soutient les industries créatives face à la crise]

    En France, cela fait plus de 100 jours que les musées et cinémas sont fermés. Le Comité intergouvernemental de la Convention de 2005 de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles s’est réuni du 1 au 6 février, dans un contexte de crise profonde du secteur de la culture, engendré par la COVID-19. Plusieurs problèmes majeurs ont été soulevés, tels que la précarité des artistes et le risque d’uniformisation des productions en l’absence de promotion de la diversité culturelle et de soutien aux créateurs les plus précaires. En 2021, l’UNESCO appelle les États à ne pas négliger la culture.

    « La relance à venir déterminera ce que nous deviendrons dans les prochaines années. La culture ne doit pas être oubliée dans les plans nationaux car la reprise économique ne saurait être possible sans elle. […]  L’UNESCO est mobilisée et appelle tous les acteurs à soutenir collectivement ces efforts »

    Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO

    L’événement a réuni de grands acteurs culturels tels que Jean-Michel Jarre (compositeur et Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO), Abderrahame Sissako (réalisateur), Thomas Steffens (PDG de Primephonic), Vanja Kaludjercic (Directrice du Festival international du film de Rotterdam), Victoria Contreras (fondatrice et Directrice générale de l’association Conecta Cultura de Mexico), ainsi qu’Álvaro Osmar Narvaez (Secrétaire à la culture de Medellín, en Colombie, nommée Ville créative de la musique par l’UNESCO).

    Le Comité a retenu divers projets, qui recevront chacun plus de 70 000 dollars de la part du Fonds international pour la diversité culturelle (FIDC). En voici trois exemples parmi les 6 retenus.. 

« Evaluating Jamaica’s Cultural and Creative Industries proposé par la Jamaica Business Development Corporation », qui permettra de répertorier les industries culturelles du pays afin de créer un système durable de gouvernance culturelle en Jamaïque, sous le prisme du genre et au moyen d’une approche communautaire inclusive.

« Strengthening the contemporary dance scene in East Africa », proposé par l’organisation Muda Africa de Tanzanie, qui bénéficiera à 45 danseurs professionnels au Rwanda, en Ouganda et en Tanzanie, et particulièrement aux danseuses. À cet effet, la création d’un réseau et d’un portail internet permettra de renforcer les possibilités en matière de chorégraphie et de faire entendre des revendications politiques.

« Gender equality for cultural diversity, proposé par l’association Independent Cultural Scene of Serbia », qui prendra en charge des activités de recensement, de formation et de parrainage afin d’aider les femmes à lancer leur entreprise en Serbie. 

    Cette année, le Honduras et la République unie de Tanzanie bénéficieront pour la première fois du soutien du FIDC. Ces projets encourageront le développement de politiques culturelles, stimuleront l’entrepreneuriat culturel au sein des communautés autochtones, favoriseront la participation de la société civile, des femmes et de la jeunesse à l’élaboration des politiques culturelles, tout en soutenant les artistes. 

Article écrit par Charlotte Morel 

Cet article n’engage que son auteur

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[24 portraits d’Alain Cavalier (1987) : Ode à un patrimoine en perdition, à ces petites mains, à ces femmes de l’ombre]

« Ces portraits sont des rencontres que je voudrais garder de l’oubli, ne serait-ce que pendant les quelques minutes où elles sont devant vous. Ce sont des femmes qui travaillent, qui font des enfants et qui, en même temps, gardent un esprit d’indépendance. J’ai tourné vingt-quatre portraits de treize minutes. J’ai choisi cette courte durée pour plusieurs raisons : ne pas ennuyer, échapper à toute coupure publicitaire, réaliser le film vite, dans un élan et sans trop de ratures. Je ne suis pas un documentariste. Je suis plutôt un amateur de visages, de mains et d’objets. Rendre compte de la réalité ne m’attire pas. La réalité n’est qu’un mot, comme sa sœur jumelle, la fiction, que je pratique par ailleurs, avec un plaisir différent. » — Alain Cavalier

24 portraits, ou lorsqu’un artisan saisit l’artisanat d’art, dans la plus grande humilité chacun se rencontre au travers d’une caméra. Un rapport aimant, humble avec les gens qui transparaît dans l’échange entre le cinéaste et les femmes. Il interroge 24 femmes aux métiers désuets : la matelassière, la fileuse, la trempeuse, l’orangère, la brodeuse, la dame-lavabo, la relieuse, la bistrote, la canneuse, la repasseuse, la rémouleuse, la maître-verrier, la gaveuse, la romancière, la roulotteuse, la fleuriste, la cordonnière, la marchande de journaux, l’opticienne, la souffleuse de verre, l’illusionniste, l’accordeuse de piano, la corsetière, l’archetière. 

Alain Cavalier s’intéresse dans la plus grande sincérité à elles. Il les fait parler de leur quotidien, de leurs métiers, de leur joie dans la plus grande simplicité. Alain Cavalier saisit l’instant, les échanges avec ses femmes mais plus encore il saisit le geste et la main. Une mise en lumière du geste créateur, de la minutie de ses mains abîmées et musclées. À nous de lui faire son portrait. 

Son cinéma documentaire d’Alain Cavalier est familier, il rend compte des scènes les plus usuelles, des tocs ou gestes des travailleurs. Un éloge au geste qui façonne et aux mains qui sont façonnées par le travail. L’outil et le geste à répétition vont jusqu’à déformer les mains de la matelassière. Il donne la parole aux mains de ces femmes pudiques, et d’une patience sans limite épatante. Aux 24 portraits on pourrait rajouter un vingt-cinquième celui du cinéaste : Alain Cavalier qui filme ses propres mains et son travail de captation des plans, des poses, et des émotions. 

Dans une interview avec Laure Adler sur France Inter dans l’émission l’heure bleue en 2017, il explique que l’envie de faire du cinéma est d’abord sexuelle. Enfant, il est fasciné par les « Grands visages de femmes » sur les affiches. Ce qu’il aime dans le médium c’est cette capacité à pouvoir garder en images les choses qu’on aime, les moments que l’on vit. 

Le cinéma pour cet artisan est un baume contre la solitude de tous, et avant tout à sa propre solitude. Un film d’une grande délicatesse, qui attendrit tout en racontant des savoirs faires oubliés. 

Des savoirs faire, un patrimoine immatériel en perdition c’est précisément ce qui touche Alain Cavalier et le motive à prendre sa caméra. Pour sa protection, l’UNESCO a mis en place un programme de développement durable pour les villes créatives de l’UNESCO.  

Un programme pour 2030 qui s’articule en cinq points : 

  • La croissance durable et l’entrepreneuriat
  • La connaissance et les savoir-faire 
  • L’inclusion, l’égalité et le dialogue 
  • La régénération urbaine 
  • La transition écologique et la résilience 

➥ Regarder : Les 24 portraits d’Alain Cavalier (1987) 

https://vod.mediatheque-numerique.com/films/12-portraits-1ere-serie

https://vod.mediatheque-numerique.com/films/12-portraits-2e-serie

➥ Écouter le podcast ♬ :  L’heure bleue : Alain Cavalier l’artisan avec Laure Adler,  28 juin 2017

https://www.franceinter.fr/embed/player/aod/5f5909f2-e472-451f-9cc3-92de94d81b64

➥ Pour en savoir plus sur le programme Creatives cities de l’UNESCO : https://fr.unesco.org/creative-cities/ 

Cet article n’engage que son auteure !

Article de : Mariette Boudgourd

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Journée Mondiale du Patrimoine Audiovisuel

Aujourd’hui a lieu la journée mondiale du patrimoine de l’audiovisuel, une journée organisée par l’UNESCO pour rendre compte de l’importance de la conservation des enregistrements audio-visuels.

La préservation de ces documents, de ces pellicules qui s’abîment de jour en jour est un enjeu majeur pour notre mémoire. À cette occasion nous mettons en lumière les actualités du Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir crée en 1982 par trois militantes féministes : les réalisatrices Carole Roussopoulos, Iona Wieder, et l’actrice Delphine Seyrig. Ce centre est « au cœur de leurs objectifs la conservation et la création des documents audiovisuels qui ont alors pu être recensés concernant l’histoire des femmes, leurs droits, leurs luttes, leurs créations ».

Retrouvez le documentaire touchant et engagé : « Delphine et Carole, insoumuses » sur le combat de ses trois femmes pour la préservation des documents audiovisuels féministes. À cette occasion le pôle vous a fait une sélection de ses films préférés avec Delphine Seyrig :

  • Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles est un film franco-belge, long métrage en couleurs de Chantal Akerman, réalisé en 1975
  • Peau d’âne est un film musical français écrit et réalisé par Jacques Demy, sorti en 1970 ;
  • Le Charme discret de la bourgeoisie est un film français de Luis Buñuel, sorti en 1972
  • SCUM manifesto est un documentaire réalisé par Carole Roussopoulos en 1976.

Le pôle UNESCO vous a aussi fais une petite sélection de films à l’occasion de cette journée, à consommer sans modération !

  • Roma, 2018, film de Antonio Cuarón, avec Yalitza Aparicio, nommée Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO pour les peuples autochtones pour un mandat, ouvre le rideau, sur une période d’une année, de la vie  tumultueuse d’une famille de la classe moyenne mexicaine des années 70. Film disponible sur Netflix.
  • Persepolis, 2007, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, la vie à Téhéran en 1978, la chute du régime du Chah, l’instauration de la République islamique, la guerre contre l’Irak ne sont pas des obstacles pour la pensée libre de Marjane.
  • Les 400 coups de Truffaut : C’est le premier long métrage du réalisateur français, qui comprend de nombreux éléments  autobiographiques. Il rencontre immédiatement un immense succès critique, et est primé à Cannes en 1959. On suit le parcours du jeune Antoine Doinel, enchaînant les bêtises et les mensonges à l’école et chez ses parents. Ce film est une véritable perle en terme de mise en scène et est emblématique de la Nouvelle Vague,  offrant une représentation de l’enfance d’une grande sincérité. Le film est disponible sur Netflix.
  • Pierrot le fou, 1965 Ce film réalisé par Jean Luc Godard est emblématique de la nouvelle vague française. Empreint d’une énergie folle et d’une grande poésie vous y verrez Jean Paul Belomondo et Anna Karina face à l’aventure de leur vie. 
  • Memento, 2000 Réalisé par Christopher Nolan ce film psychologique vous emportera dans la soif de vengeance d’un homme, victime de troubles de la mémoire. 
  • La Notte, 1961 Ce film italien raconte l’histoire d’un couple dont l’amour se perd. Découvrez Jeanne Moreau et Marcello Mastroianni entre errance nocturne, silence, lecture et séduction. 
  • Le charme discret de la bourgeoisie, réalisé en 1972 par Luis Bunuel, autre grande figure de la nouvelle vague, rassemble autour de dîners fastueux et sans fin une bourgeoisie burlesque. Bunuel joue du comique de répétition, dans une atmosphère onirique qui lui est fidèle. Le thème du dîner entre amis est prétexte à de très beaux plans de repas, de plats que l’on ne termine jamais… Vous pouvez retrouvez ce film alléchant sur la cinetek, Univercinéet bien d’autres plateformes. 
  •  Les enfants du Paradis, de Marcel Carné, 1945, une des rares productions françaises réalisées sous l’Occupation,  scénario écrit par le poète Jacques Prévert, l’intrigue se déroule à Paris en 1828
  • Metropolis, 1927 réalisé par Fritz Lang, ce film de science fiction est un film en avance sur son temps qui est rythmé par la lutte des classes et la métaphysique.
  • Elephant Man, 1980, réalisé par David Lynch, ce film en noir et blanc tiré d’une histoire vraie pointe du doigt l’intolérance devant la différence. 
  • Sibel, 2018 réalisé par Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti : ode à la libération face aux tabous d’un village, à la force d’une femme en marge d’une société patriarcale et à une langue traditionnelle à protéger… Sibel est une coproduction européenne retraçant le combat d’une femme muette pour vaincre le rejet des habitants d’un village turc étouffé par ses tabous. 
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[Drunk, un film à consommer sans modération]

0,5 grammes : c’est la quantité d’alcool qu’il manquerait à chaque être humain pour être au maximum de son potentiel. Cette hypothèse à première vue plutôt fumeuse, quatre amis se mettent au défi de la tester.

Les protagonistes de ce long métrage réalisé par Thomas Vinterberg sont professeurs dans un lycée au Danemark. Accompagner les élèves dans la préparation de leur diplôme, entrainer l’équipe de football, diriger la chorale de l’établissement : nous suivons le parcours et les difficultés que ces professeurs rencontrent dans leur quotidien. Ainsi, Thomas Vinterberg offre un tableau du système scolaire danois, ainsi que des difficultés auxquelles élèves et professeurs sont confrontés : harcèlement scolaire et peur de l’échec pour les premiers, remise en cause des méthodes d’enseignement et perte de confiance en soi pour les seconds. Ce sont donc des personnages perdus, traversés par le doute qui sont dépeints.

Face à la fin des certitudes, la perte d’assurance, la prise de conscience que l’on ne sait rien, que l’on vieillit, la solution pour laquelle cette bande d’amis opte est ainsi de boire pour avoir constamment 0,5 grammes d’alcool dans le sang. L’enjeu de cette expérience est d’autant plus fort qu’elle se déroule dans le cadre scolaire : les personnages réalisent que leur façon d’apprendre ne fonctionne plus. Ils veulent retrouver leur vocation première : former leurs élèves, les aider à devenir meilleurs, leur apporter plus. Il ne faut donc pas s’y méprendre : Drunk n’est pas tant un film sur l’alcool que sur l’ivresse, la joie et l’élan de vie qu’il procure.

Si le postulat peut sembler comique, presque ridicule, le spectateur se laisse entraîner par cette ivresse, ce bonheur retrouvé ; tout comme les personnages, nous ne savons pas comment cette expérience va aboutir. Thomas Vinterberg montre bien sûr ses terribles dérives, sans pour autant être dans un quelconque jugement. Il préfère dépeindre la complexité de ses personnages, de leurs situations, plutôt que délivrer une morale presque démagogique sur les dangers de la consommation d’alcool. Cet alcool qui consume peu à peu les personnages peut tout de même être source de lumière et de chaleur. C’est bien cette ambiguïté qui rend ce film très touchant.

L’histoire est servie par une musique enivrante et une photographie cristalline, claire, à l’image des multiples boissons qui apparaissent à l’écran, toujours très esthétiques. Les acteurs principaux (Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Magnus Millang, Lars Ranthe) livrent de plus une performance remarquable, explorant toute la palette des différents états d’ébriété. Alors qu’il est maintenant bien compliqué d’aller boire un verre entre amis, voir Drunk au cinéma est une expérience presque jouissive, c’est la touche d’ivresse qu’il nous manque tant en cette période difficile. Au-delà du très bon moment que l’on peut passer au visionnage de ce film, il est très important d’aller au cinéma aujourd’hui. Les salles et le secteur culturel en général souffrent terriblement de la crise de la COVID-19. Voir Drunk en salle, c’est ainsi soutenir le cinéma européen, et peut-être découvrir le réalisateur danois Thomas Vinterberg, dont la filmographie vaut vraiment le détour. À consommer sans modération !

Article de : Charlotte Morel

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