Une autre idée du monde : un « film d’écrivain »

Un monde oublié et caché, loin de nos yeux et de nos pensées, et pourtant si proche de nous, de nos frontières européennes : c’est cette réalité oubliée qui est au cœur du dernier film de Bernard-Henri Lévy, Une autre idée du monde. Sorti en France le 1er décembre, ce film recueille les reportages que le célèbre philosophe a tournés dans le monde : du Nigéria au Kurdistan, du Bangladesh à la Somalie, en passant par l’Afghanistan du commandant Massoud et de son fils, le jeune Ahmad Massoud.

Les images de la guerre, dans ses aspects les plus atroces et les plus absurdes, nous montrent la misère et la souffrance de peuples opprimés, dont la quotidienneté est synonyme de guerre, de conflit armé, de terreur ; la voix de BHL nous guide tout au long du film, en mêlant le récit des expériences personnelles avec des réflexions historiques, voire philosophiques.

Lévy filme la guerre, mais surtout, il filme les hommes, les femmes, les enfants qui subissent cette guerre oubliée, dont personne n’est au courant : on ne la voit pas, et alors on se convainc qu’elle n’existe pas. D’où le rôle de ce film, qui se veut avant tout témoignage, moyen de transmission d’une réalité oubliée : émouvantes sans être pathétiques, vraies sans être anonymes, les scènes de guerre nous touchent et nous font appel, nous poussent à réfléchir sur le sens de ces conflits et à nous interroger sur notre responsabilité. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Comment peut-on agir ? Il n’y a pas de réponse univoque, mais le message de Lévy, c’est l’appel d’un écrivain fils de l’engagement sartrien, partisan d’un art – qu’il soit art cinématographique, théâtral ou littéraire – engagé et hétérotélique, au service d’une certaine cause, d’une certaine idée du monde. Comme le souligne le réalisateur, Une autre idée du monde est un « film d’écrivain », dans la mesure où il ne s’agit pas d’un reportage neutre et anonyme, mais d’un récit subjectif et vécu des histoires présentées, un ensemble de portraits et de visages révélateurs d’une certaine condition humaine, d’une autre condition humaine, ou mieux inhumaine.

Immergé par une heure et demie dans la guerre et la terreur, dans la mort et la faim, dans le danger et la pauvreté, le spectateur sort de la salle avec un sentiment qui est souvent considéré comme acquis : le goût de la liberté et de la paix, la capacité – pour un instant éphémère peut-être – de prendre du recul par rapport à sa propre situation, aux rues parisiennes dans lesquelles on se promène à la sortie de la séance, en en appréciant deux choses : la liberté et la paix. C’est à ce moment-là que retentissent dans nos esprits les vers d’un auteur qui porte le même nom que le réalisateur d’Une autre idée du monde, Primo Levi, qui en 1947 nous invitait – au début de son roman Si c’est un homme – à réfléchir sur la inhumanité de la guerre, sur la condition de l’homme en guerre, de l’homme qui souffre, « qui peine dans la boue / qui ne connait pas de repos / qui se bat pour un quignon de pain » :

Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons,

Vous qui trouvez le soir en rentrant

La table mise et des visages amis,

Considérez si c’est un homme

[…]

Gravez ces mots dans votre cœur.

Pensez-y chez vous, dans la rue,

En vous couchant, en vous levant.[1]

Cet article n’engage que son auteur

Emilia Bezzo


[1] Traduction de l’italien par Martine Schruoffeneger.

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« Où est Anne Frank ! », une adaptation familiale et touchante du journal d’Anne Frank

Où est Anne Frank ? Alors que 17 millions d’enfants ont été évacués des zones de guerre en 2020, cette question de l’héritage d’Anne Frank est plus que jamais d’actualité.

Ce film d’animation, présenté hors compétition lors du Festival de Cannes 2021, sort ce mercredi 8 décembre en salles. A l’occasion de cette sortie nationale, une avant-première spéciale a eu lieu à la Maison de l’UNESCO, en présence de la directrice générale de l’UNESCO et du réalisateur du film.

Synopsis et création du film

Où est Anne Frank ! est un film d’animation qui s’inspire en grande partie du journal d’Anne Frank. Le film raconte le destin des familles de l’annexe secrète d’Amsterdam pendant la Shoah et décrit la situation dans l’Europe d’aujourd’hui du point de vue de Kitty, l’amie imaginaire d’Anne.

Ari Folman est un scénariste et réalisateur israélien. En 2008, il a reçu un Golden Globe et a été nominé pour un Academy Award pour son film Valse avec Bachir. Il écrit en 2017 un roman graphique fidèlement adapté du journal d’Anne Frank, puis Où est Anne Frank ! en 2020. C’est à partir de ce roman graphique qu’il réalise en 2021 le film éponyme.

Pour la réalisation de ce film d’animation, plus de 150 000 dessins ont été créés dans quinze pays européens, en utilisant une nouvelle technique qui combine des fonds statiques avec des figurines animées classiques en 2D. Pourquoi l’animation ? Selon Ari Folman, il s’agit du médium qui facilite le plus l’expression de l’imagination et l’identification des spectateurs aux personnages du film.

Une avant-première spéciale à l’UNESCO

Une semaine avant la sortie nationale du film, celui-ci a été projeté à la Maison de l’UNESCO à Paris, en présence de la directrice générale de l’UNESCO Audrey Azoulay et du réalisateur Ari Folman.

Avant la projection du film, Audrey Azoulay a rappelé l’importance du journal d’Anne Frank dans notre patrimoine historique et la manière dont il a contribué à la fondation de l’ONU puis de l’UNESCO, qui cherche à prévenir des génocides et du racisme par la transmission de la connaissance (le journal est inscrit au Registre international de la Mémoire du monde de l’UNESCO). La directrice générale de l’UNESCO explique d’ailleurs que « c’est grâce à cette jeune fille que nous avons pu comprendre le génocide des Juifs, de nous représenter l’irreprésentable ».

Lors de cet événement organisé en partenariat avec le Fond Anne Frank de Bâle, créé en 1963 par Otto Frank, du matériel pédagogique créé par le réalisateur Ari Folman et l’UNESCO a été présenté. Celui-ci, qui sera disponible dès la sortie du film, permettra aux jeunes du monde entier de contextualiser le journal d’Anne Frank et d’en apprendre davantage sur les droits de l’enfant, le racisme, ainsi que sur les notions d’asile et de réfugiés.

Le réalisateur Ari Folman et la directrice générale de l’UNESCO Audrey Azoulay, à la Maison de l’UNESCO le 1er décembre 2021.

Nous ne pouvons que vous inviter à voir dès mercredi ce film familial, qui met en avant les pays qui commémorent Anne Frank mais oublient les leçons données par son destin, au moment où nous devons au contraire faire preuve d’empathie avec ceux qui fuient des zones de guerre.

Sources : Cineuropa, Fnac (1) (2), Allociné

Cet article n’engage que son auteure.

Mathilde Varboki

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75ème anniversaire de l’UNESCO : retour sur l’histoire de cette organisation des Nations Unies fondée sur la culture, l’éducation et la science

Pour l’anniversaire des 75 ans de l’UNESCO, une Conférence générale se tient à Paris du  9 au 24 novembre 2021, offrant l’occasion de revenir sur l’histoire de cette organisation des Nations Unies.

L’UNESCO succède à l’Institut international de coopération intellectuelle (IICI), qui avait fonctionné durant l’entre-deux-guerres sous l’égide de la Société des nations (SDN). De 1942 à 1945, les gouvernements américains et britanniques se rassemblent à Londres pour la conférence des ministres alliés de l’éducation (CAME). Progressivement, le projet prenant de l’ampleur a rapidement acquis une dimension universelle.  La nouvelle organisation, contrairement à l’IICI qui prônait la culture élitiste, a pour ambition d’étendre l’accès à la culture et la science grâce aux mass media et à une action éducative massive pour mieux atteindre son objectif. L’Américain Archibald MacLeish, poète et directeur de la bibliothèque du Congrès de Washington, considère à ce propos que cette nouvelle organisation doit devenir « la conscience morale de l’humanité ».

La première conférence générale de l’organisation en 1945, organisée à Londres réunit les représentants de 37 pays dont des éminents personnages de la culture et de la politique mondiale tels que Léon Blum et Paul Rivet, directeur du musée de l’Homme. Ainsi le 16 novembre 1945, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) est fondé par l’Assemblée générale des Nations Unies.

« Les guerres naissants dans l’esprit des hommes c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut élever les défenses de la paix » déclare la première phrase de l’Acte constitutif de l’UNESCO adopté le 16 novembre 1945 et entré en vigueur le 4 novembre 1946. Les 37 états membres se placent d’emblée dans la volonté de prévention d’une autre guerre mondiale en ce que la coopération politique et économique des gouvernements ne crée pas de liens suffisant pour assurer la paix. Toutefois le dialogue fondé sur le partage de la culture, sur « la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité » crée un lien puissant s’affirmant comme le gage d’une paix durable. Ainsi, l’UNESCO se concentre sur trois axes: l’éducation, la science et la culture.

Le premier directeur général est le Britannique Julian Huxley, zoologue et frère de l’écrivain Aldous Huxley. Durant son mandat de 1946 à 1948, l’UNESCO traverse une période effervescente de lancements de projets d’accès à l’éducation, de protection de l’environnement, mais aussi une période riche en collaboration avec de nombreux savants et intellectuels. La directrice générale actuelle est Audrey Azoulay, ancienne Ministre de la Culture en France, réélue mardi 9 novembre 2021 pour un deuxième mandat de quatre ans. 

Sous la direction du charismatique directeur général René Maheu de 1958 à 1974, l’UNESCO a connu son heure de gloire. L’organisation s’était imposée comme fer de lance de l’aide à l’alphabétisation en Afrique, mais aussi de protection du patrimoine mondial. En 1968, après avoir sauvé les temples d’Abou Simbel, l’Unesco crée en 1972 la liste du patrimoine mondial, regroupant les lieux ou biens, situés à travers le monde, possédant une valeur universelle exceptionnelle, qui est devenu un label de prestige et qui comporte aujourd’hui plus de 1 000 sites. En cette même année l’organisation adopte la « Convention sur la protection du patrimoine culturel et naturel mondial ». Or il existe un déséquilibre significatif dans la répartition des sites, entre l’Europe qui concentre l’essentiel des sites « culturels » et l’Afrique qui comporte surtout des sites « naturels ». 

Cette dichotomie est dépassée par l’adoption en 2003 de la « Convention sur le patrimoine immatériel » recensant et mettant en lumière les traditions orales, les arts du spectacle, les connaissances et le savoir-faire liés à la nature ou l’artisanat, et les pratiques sociales qui sont souvent menacés de disparition. En 1992, l’UNESCO créé le Programme « Mémoire du monde » qui recense le patrimoine documentaire de l’humanité en réponse à l’état alarmant de leur conservation suite aux dommages divers qu’ils peuvent subir tels que les pillages et les trafics illicites.

Ce mandat a aussi été porteur du changement de ligne directrice de l’UNESCO. Initialement l’organisation visait à instaurer une culture mondiale unique vectrice de la compréhension internationale des peuples, sous l’effet de la mondialisation conjuguée à l’uniformisation des pratiques culturelles et modes de vie, l’organisation recentre son objectif sur la préservation des cultures minoritaires et menacées. 

En ce sens, la « Convention sur la diversité culturelle » est adoptée en 2005 et entre en vigueur en 2007. Adopté sous l’influence de la France et du Canada malgré l’opposition des Etats-Unis ayant refusé de le signer, est reconnu pour universaliser la notion française d’« exception culturelle ». Cette notion avance que la culture n’est pas une marchandise comme une autre que l’on peut laisser soumise à la loi du marché, dès lors l’intervention de la puissance publique apparaît nécessaire à la pérennité d’une offre culturelle riche et accessible au plus grand nombre.

Dans le cadre de la célébration du 75ème anniversaire de l’UNESCO se tenant à Paris, plusieurs accords mondiaux historique sont attendus sur l’intelligence et la science. Le 15 novembre notamment a lieu la remise du prix UNESCO/Carlos J.Finlay pour la microbiologie ainsi que la remise du prix international Russie Mendeleïev en sciences fondamentales.

Concernant l’éducation, le 10 novembre l’UNESCO a lancé le Rapport sur les Futurs de l’éducation élaboré par une commission indépendante d’experts dirigés par Sahle-Work Zewde, présidente de la République de l’Ethiopie. Le même jour, sous l’impulsion de l’appel mondial de l’UNESCO et de la France, les chefs d’Etat et de gouvernement et les ministres de l’éducation de plus de 40 pays ont adopté le 10 novembre 2021 la déclaration de Paris visant à accroitre les investissements dans l’éducation au lendemain de la crise du COVID-19 qui a creusé les inégalités. Emmanuel Macron, a exhorté les pays du monde entier a multiplié les financements dans l’éducation.

AMADY Nasrine

Cet article n’engage que son auteure

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[Actualité de l’UNESCO: Irak : Début de la reconstruction de la mosquée Al-Nouri et des églises Al-Tahera et Al-Saa’a à Mossoul]

 Endommagés par la guerre en Irak, la reconstruction de plusieurs édifices religieux à Mossoul va commencer. Cette opération se fera sous l’égide de l’UNESCO, qui a accès aux sites depuis 2018 (un an après la libération de la ville). Elle concernera un des monuments emblématiques de la ville : la mosquée Al-Nouri et son minaret incliné surnommée Al-Hadba (“la bossue”), qui avaient été dynamités par les partisans de Daech en juillet 2017, mais pas complètement détruits (par exemple, les colonnes en marbre de la salle de prière sont tombées, mais pourront être sauvées). À ce projet est associé celui des églises Al-Tahera et Al-Saa’a (dite “Notre-Dame de l’horloge”), et cela dans le but de préserver une diversité culturelle dans le centre-ville de Mossoul. L’idée est de promouvoir la réconciliation sociale à travers la culture, car la valeur de ces bâtiments n’est pas qu’historique, elle est aussi symbolique pour la paix entre les différentes religions.

Durant la guerre, la ville de Mossoul a été entièrement dévastée, avec plus de 12 000 bâtiments détruits. Il est donc primordial pour l’UNESCO de ne pas se contenter d’uniquement reconstruire, mais aussi d’agir sur le long terme. Ces initiatives sont regroupées sous le nom de « Faire revivre l’esprit de Mossoul”, et le projet est en grande partie financé par les Emirats Arabes Unis. Il comprend notamment la formation des jeunes sur le terrain, mais aussi la création d’emplois.

Pour cette reconstruction, un concours entre cabinets d’architecture a été mis en place par l’UNESCO, et cela a été accompagné par une consultation à grande échelle des habitants pour choisir certaines options concernant la rénovation. Le concours s’est terminé le 15 avril 2021, les travaux vont donc commencer très prochainement.

Ce projet est essentiel pour remettre le pays sur pieds car, comme le fait comprendre Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO : “C’est par l’éducation et la culture que les Irakiens, hommes et femmes à égalité, pourront reprendre leur destin en main et devenir les acteurs du renouveau de leur pays.”

Article écrit par Cléa Brunaux

Cet article n’engage que son auteur

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[UNESCO, Culture et Diplomatie]

Le monde de la culture est mis à l’épreuve avec la crise du coronavirus. Dans un grand nombre de pays, les musées et les cinémas sont fermés, les expositions reportées, les tournages modifiés. La pandémie mondiale nous aura montré à quel point un secteur nous paraissant mineur en 2020 est en réalité d’une importance cruciale, tant pour l’économie que pour notre bien-être psychologique. 

Mais cette crise nous a également montré la fragilité des relations que les pays du globe peuvent entretenir. Entre protectionnisme, xénophobie et course au vaccin, les États tentent de rester soudés, mais sont de moins en moins d’accord sur les procédures à suivre. La diplomatie sous toutes ses formes, étatique comme culturelle, est à l’épreuve. Pourtant, des organisations mondiales, comme l’Organisation des Nations Unies, font de cette diplomatie culturelle une priorité, notamment avec l’UNESCO.

Qu’est ce que la diplomatie culturelle ? 

La diplomatie est généralement définie comme la conduite de négociations entre les différents États, entre les différentes nations ou entre les personnes d’une manière non violente. On parle de diplomatie étatique car les acteurs majeurs ici sont les États, et plus spécifiquement les élus et diplomates des États concernés. C’est la mise en œuvre des politiques internationales des États.  

La diplomatie culturelle, elle, est une évolution de la diplomatie étatique. Elle mise sur l’influence plus que sur des actions politiques. Joseph Nye, à la fin des années 1990, a théorisé les notions de Hard et de Soft Power. Selon lui, le Soft power, s’apparentant à la diplomatie publique et culturelle, est tout aussi important que la diplomatie traditionnelle car il vise à dépasser le cadre étatique pour mettre en avant de nouveaux acteurs sur la scène internationale et diplomatique en marche vers la paix : individus, groupes, associations, collectivités, institutions, musées, théâtres contribuent aujourd’hui à l’élaboration d’une diplomatie parallèle, directe, qui se passe de l’intermédiaire des États.

L’objectif de la diplomatie culturelle est alors l’échange des points de vue, l’amélioration de la connaissance des autres cultures, la comparaison des façons de faire à travers le monde ; tout cela afin d’aplanir les différends que la diplomatie classique ne parvient pas à résoudre. Elle vise in fine à encourager une vision positive de la diversité culturelle, conçue comme une source d’innovation, de dialogue et de paix.

L’UNESCO et la diplomatie culturelle

Lorsque l’UNESCO a été constitué à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il fut noté dans son acte constitutif « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». Comprenant que le Hard Power ne pouvait pas seul maintenir la paix, les fondateurs de l’organisation des Nations Unies et plus spécifiquement de l’UNESCO ont voulu mettre la culture au centre de leurs actions pour pacifier les esprits en promouvant le dialogue et les échanges dans des domaines tels que la culture, les sciences ou encore l’éducation. Les conventions mises en place par l’UNESCO dans le domaine culturel sont des instruments juridiques et normatifs uniques qui vont ainsi réglementer différents aspects de la culture comme la protection du patrimoine matériel et immatériel, la promotion et la diversité culturelle et l’interdiction du transfert illicite de biens culturels.  

Au-delà de la dimension bilatérale qu’un État peut avoir avec l’UNESCO, nous devons mentionner un fait important de la diplomatie culturelle, et plus généralement de la diplomatie traditionnelle : le multilatéralisme. Le fait que l’UNESCO soit une enceinte multilatérale donne la possibilité aux acteurs de coopérer avec d’autres pays du monde. Mais, ce multilatéralisme, essence même de l’Organisation, peut être critiqué : ce fut le cas par les États Unis en 1984 lorsque les politiques onusiennes paraissaient trop communistes. Ces derniers avaient d’ailleurs quitté l’Organisation. Ce fut également le cas en 2018, lorsqu’ils quittèrent l’UNESCO avec Israël, jugeant ses politiques anti-israéliennes. 

Pourtant, ce multilatéralisme – déplaisant aux Américains – a été réaffirmé le 11 novembre 2018 lors du Forum pour la Paix, par le Secrétaire général des Nations unis, Antonio Guterres. Pour l’UNESCO, ces mésententes et ruptures avec les américains ont de réelles conséquences, notamment sur le budget (la contribution américaine s’élève à 22% du budget, soit environ 70 millions de dollars). 

Nous voyons donc que l’UNESCO tout comme l’Organisation des Nations Unies, qui œuvrent pour la paix, ne sont pas à l’abri de nombreuses difficultés, qu’elles soient d’ordre politique ou financière. La diplomatie culturelle, comme l’entend l’institution onusienne, s’est largement développée durant ces 4 dernières décennies, devenant un mécanisme clé des dialogues entre les États et entre les institutions. Cependant, chaque État lui donne l’importance qu’il souhaite, et la problématique de la diplomatie publique est alors la complexité de sa mise à l’agenda politique. En effet, elle exige – à la différence de la diplomatie digitale par exemple – une action extérieure concrète, avec des politiques publiques, des partenariats coûteux et un budget conséquent. Certains pays font de la diplomatie culturelle un objectif assumé : c’est le cas de la Chine ou du Japon, qui contribuent à 26,22% du budget de l’UNESCO pour l’année 2018/2019. D’autres s’en servent également, mais pas par le prisme d’organisations internationales. C’est le cas notamment de la Corée du Sud, dont l’économie tout entière est tournée vers la diplomatie publique et culturelle. 

Article de Tifenn Genestier

Cet article n’engage que son auteure.

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[Actualités de l’UNESCO: La 18e édition de la Semaine du Son de l’Unesco]

“L’association La Semaine du Son a pour but d’amener chaque être humain à prendre conscience que le sonore est un élément d’équilibre personnel fondamental dans sa relation aux autres et au monde, dans ses dimensions environnementale et sociétale, médicale, économique, industrielle et culturelle.” La charte de La Semaine du Son.  

Il faudrait écouter pour mieux voir. Hier, lundi 18 janvier, l’UNESCO a lancé sa 18e édition de la Semaine du son. Ce sont dix-huit années durant lesquelles l’Organisation met en éveil notre ouïe mais pas seulement. Au travers de cet événement, l’UNESCO vise à nous sensibiliser à l’expression musicale, l’enregistrement et la production du son, la santé auditive, la relation image et son, et, enfin, à l’environnement sonore.

L’objectif est de notamment attirer notre regard sur les changements climatiques, par le biais du son. La prise de conscience de l’urgence climatique passe aussi par la préoccupation de ces bruits qui nous manquent. L’idée est de mettre l’accent sur ces sons de la nature que la crise écologique menace de faire taire, tels que les bruits de la biodiversité d’une forêt, le chant des oiseaux en ville, le vent qui traverse le feuillage de l’arbre, le bruit de la mer apaisée.  

Pour chacune de ses éditions, la Semaine du Son sollicite des personnalités emblématiques du son, de la qualité sonore ou musicale, désireuses aussi de porter ses messages et de les partager avec leur public. Cette année, les parrains et marraines sont la cantatrice Natalie Dessay qui est attachée à la nécessité de mettre la musique dans la quotidienneté de nos vies, et le célèbre trompettiste Ibrahim Maalouf qui parlera notamment de la dimension politique du son, évoquant notamment la dimension sonore des guerres. 

Jusqu’au dimanche 24 janvier, c’est donc le son qui est mis à l’honneur par l’UNESCO, et ce, dans sa plus grande diversité : il sera question de penser l’environnement sonore, l’expérience, l’influence du son sur notre comportement ou encore santé auditive. 

Cette 18e édition se déroulera entièrement en ligne. Pour plus d’informations : https://www.lasemaineduson.org/la-semaine-du-son-de-l-unesco-2021 

Article de Jonathan Katende

Cet article n’engage que son auteur

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[Actualités de l’UNESCO: Les 50 ans de la Convention contre l’importation, l’exportation et le trafic des biens culturels mondiaux]

Le 14 novembre prochain, cela fera cinquante ans que la Conférence générale de l’UNESCO a adopté la Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels. C’est l’occasion d’en faire un historique, afin de comprendre l’évolution et les enjeux d’une Convention visant à protéger les biens culturels à l’échelle mondiale. 

Naissance d’une Convention novatrice

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le contexte est propice aux revendications indépendantistes des pays colonisés par des puissances alors affaiblies par le combat. Les pays ayant acquis leurs indépendances dans les années 1960 réaffirment leurs demandes de récupérer les éléments précieux de leur patrimoine culturel. Aussi, le constat est celui que la paix ne durera que si les accords politiques sont accompagnés par une solidarité morale et culturelle. La Convention de 1970 cristallise ces idéaux. Si elle compte aujourd’hui 140 Etats parties, elle entre en vigueur en 1972 avec la Bulgarie, l’Equateur et le Nigéria. Les premières nations à accepter et/ou ratifier la Convention sont celles ayant fait l’objet de pillages massifs, et il faut attendre une vingtaine d’années pour que les grandes puissances colonisatrices l’acceptent à leur tour. Par exemple, la France l’accepte en 1997, le Royaume-Uni en 2002 et la Belgique en 2009. 

Lors de la 16e session de sa Convention, l’UNESCO se place en pionner dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels. La visée est de protéger un patrimoine culturel matériel mondial, terrestre comme subaquatique. Protéger les biens culturels relève d’un devoir de mémoire, ainsi que de sauvegarde et construction de l’identité des peuples. Les trois principes de la Convention sont la prévention, la restitution, et la coopération nationale. Pour connaître les réalités nationales, les pays s’engagent à publier des rapports nationaux pour décrire l’avancée des mesures prises pour protéger les biens culturels. Les Etats parties se rencontrent lors de Réunion, organe souverain de la Convention, et la dernière s’est tenue en mai 2019.

Un cadre juridique international

L’UNESCO présente aujourd’hui la Convention comme juridiquement contraignante, puisqu’elle donne un cadre commun aux Etats parties, leur imposant de frapper de sanctions pénales ou administratives les acteurs contribuant au trafic illicite. Cependant, la Convention fait face à de nombreux obstacles depuis sa création: la territorialité des lois et la prévalence du droit interne, les faits uniquement postérieurs à 1970, l’absence de ratification par tous les Etats l’ayant acceptée, l’absence de coopération internationale effective… C’est la Convention UNIDROIT de 1995 qui a élaboré la Convention sur les biens culturels volés ou illicitement exportés pour résoudre les impuissances du texte de 1970. Une coopération est promue entre les pays, qui s’engagent à assurer un traitement uniforme dans la restitution des biens culturels volés. 

La Convention pose dès 1970 les principes de solidarité, d’équité culturelle et de responsabilité collective, et permet ainsi la protection d’un patrimoine culturel mondial. Dans son cadre, l’UNESCO a créé des formations pour sensibiliser et renforcer sa mise en œuvre, et s’est alliée aux professionnels et grandes institutions internationales engagés dans la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. Une base de données sur les lois internationales, un Code de déontologie pour l’identification des objets avant leur acquisition (1997), et un certificat type d’exportation (2005) ont été créés pour contrôler la circulation des biens. En somme, la Convention régit un nouvel ordre culturel international, et exerce une grande influence sur l’opinion publique.

Des efforts toujours actuels en temps de pandémie 

Pourtant, le commerce illicite représente de 10 milliards de dollars chaque année, le plaçant troisième après le trafic de drogues et d’armes. Les objectifs de la Convention ont été mis à mal par une pandémie affaiblissant les mécanismes de surveillance et de protection des sites archéologiques, des musées, et que le trafic illicite en ligne se renforce. Lors d’une conférence le 26 juin dernier, des experts ont identifié le désintérêt des polices nationales des sites culturels et la volonté des particuliers de trouver un revenu complémentaire comme explications de ce regain. Les réseaux sociaux sont un espace propice à celui-ci, et largement utilisés par les grandes organisations criminelles. Facebook comme Instagram ont reconnu que leurs plateformes servaient à la vente d’objets pillés, et même à un « pillage sur commande », depuis 2011. Un autre phénomène est la vente aux enchères d’objet d’art en direct, où les objets sont exhumés et présentés devant l’acquéreur, dans un souci d’authenticité. 

Les enjeux restent entiers concernant les restitutions, et le débat est constamment réactualisé notamment par les récentes actions réalisées dans les musées du Louvre ou du Quai Branly. Pourtant, il semble que les rouages des restitutions commencent à accélérer leur cadence… affaire à suivre. 

Les 50 ans sur les réseaux sociaux : Le vrai prix de l’art 

L’UNESCO lance par ailleurs la campagne #TheRealPriceofArt sur les réseaux sociaux pour sensibiliser à la valeur réelle des biens culturels, et aux conséquences désastreuses de leur trafic illicite. Chaque visuel présente un objet intégré à la décoration intérieure de l’acquéreur, et une description vient rappeler le contexte et les acteurs de l’excavation. Par ailleurs, le 14 novembre prochain marquera la première édition de la Journée internationale de lutte contre le trafic illicite de biens culturels. Dans son cadre, une conférence internationale se déroulera à Berlin du 16 au 18 novembre, afin d’analyser les enjeux actuels pour chaque région du monde et d’échanger sur les solutions possibles. 

Programmes passionnants pour les jours et années à venir, restez connectés ! Si vous souhaitez voir l’historique de la Convention en images : https://en.unesco.org/fighttrafficking/gallery 

Article écrit par Emma Letard-Kerbart

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[Séance de formation Master Class contre les discriminations et le racisme]

Le 7 novembre 2019, la toute première séance de formation, nommée Master Class, contre les discriminations et le racisme a eu lieu au siège de l’UNESCO à Paris ; organisée par l’UNESCO en collaboration avec le Haut-commissariat des Nations Unies et le Musée de l’Homme.

L’objectif de cette journée était de former des jeunes à comprendre les enjeux liés au racisme et de les sensibiliser à la croissance des discriminations. Le but est qu’ils deviennent à leur tour formateurs au sein de leurs communautés et ainsi, être instigateurs du changement.

La journée a commencé par une discussion interactive avec Evelyne Heyer, co-commissaire de l’exposition du Musée de l’Homme « Nous et les autres : des préjugés au racisme » dont le but est d’apporter un éclairage scientifique sur les comportements racistes et les préjugés.

La Master Class était animée par la journaliste Rokhaya Diallo et Jonas Bochet, directeur de l’Institut international des droits de l’homme et de la paix.

Des personnalités engagées contre les discriminations étaient aussi présentes tel que la championne de judo Clarisse Agbegnenou, l’actrice Assa Sylla et l’auteur Alexandre Philip, avec qui les élèves ont pu discuter sur le sujet.

Les ateliers étaient animés par des universitaires, la chaire UNESCO « Politiques urbaines et citoyenneté », des jeunes responsables de « PoliCité » ainsi que des représentants de la ville de Toulouse.

Par ce combat contre l’ignorance, l’UNESCO participe à lutter contre les discriminations. En effet, en engageant des lycéens dans ces réflexions et en les formant, cela permet d’inviter la jeune génération citoyenne à se positionner contre le racisme.

À l’issue de la formation de ces formateurs, les élèves se sont engagés à organiser des événements de plaidoyer et de conférences dans leurs propres écoles et sur les réseaux sociaux.

Au lendemain de cette Master Class, Amnesty International a publié un appel, demandant aux autorités françaises de réagir face à la discrimination des personnes musulmanes.

Il semblerait donc que mettre en place une politique réelle de lutte contre les discriminations et contre les propos incitant à la discrimination ne devienne vitale dans notre société cosmopolite, métissée et qui ne cessera de s’ouvrir au monde.

⤵️ Pour plus d’informations :
https://fr.unesco.org/news/premiere-master-class-contre-racisme-discriminations-organisee-lunesco?fbclid=IwAR1nrByRfmdnL-RfXbRWFNjppi4l16PpwnnYdBe8aVYFZanX0tojDh85eBY

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