[Rubrique culturelle : Le Paris de Dufy]

Le mythe de Paris

Vous les avez peut-être déjà vus sur des cartes postales : les tableaux de Raoul Dufy sur Paris, ces œuvres colorées et lumineuses, qui font de la capitale un lieu féerique fantasmé par le monde entier. L’exposition sur le Paris de Dufy, au cœur de Montmartre, permet de plonger dans l’univers d’un artiste qui s’installe dans ce quartier parisien au début du XXème siècle. Fasciné par cette ville, l’artiste représente les grands monuments qui font sa renommée : le mythe de Paris prend tout son sens à travers ces images.

Des œuvres pour tous les goûts !

Les salles de l’exposition  sont chacune dotées d’un thème qui nous offre un aperçu sur la diversité des travaux de Dufy. Des tableaux, aux dessins en passant par son travail de tissus d’ameublement, l’exposition possède une collection riche et variée ! Raoul Dufy s’intéressait à tout, et a revisité des chefs d’œuvre comme Bal au moulin de la galette de Renoir. Il a dessiné de nombreux croquis de mode, a peint des nus dans son atelier, et a illustré des ouvrages tels que le recueil Le poète assassiné d’Apollinaire. Chaque exposition sur cet artiste est unique tant son Œuvre est gigantesque. En tout, ce sont plus de 3000 toiles peintes, 6000 aquarelles et 6000 dessins réalisés dans sa vie, sans compter ses tissus et ses décors d’intérieur !

La Fée électricité

L’œuvre la plus connue et la plus monumentale de Raoul Dufy, c’est bien la Fée électricité ! Conçue pour l’exposition nationale de 1937, cette décoration est destinée à mettre en avant le rôle majeur de l’électricité, à une époque où celle-ci commence à se diffuser dans les foyers français. Ce tableau, toujours très coloré conformément aux autres œuvres de Dufy, dégage une intense lumière grâce à l’utilisation de gammes claires et de zones blanches, faisant directement référence à l’invention de l’éclairage. Cette peinture a donc aussi un caractère métaphorique : l’électricité a révolutionné les modes de vie et a ouvert la voie vers un monde nouveau, celui du progrès. L’œuvre originale se trouve au musée d’art moderne, mais l’exposition à Montmartre présente trois magnifiques répliques.

Points forts / Points faibles

Le point fort de l’exposition, ce sont les nombreuses explications qui ponctuent la visite, nous permettant de comprendre le parcours du peintre et ses intentions artistiques. Le seul bémol de ces commentaires tient en ce qu’ils passent à côté des nombreuses influences de Dufy, pourtant importantes pour comprendre son Œuvre : Matisse, Cézanne, Braque…

Le ton pastel des salles apporte une atmosphère douce et permet de faire ressortir les éclatantes couleurs des œuvres de l’artiste. Malheureusement, leur exiguïté rend la déambulation difficile même quand il y a peu de visiteurs. Nous vous conseillons tout de même cette très belle exposition, en privilégiant les heures creuses du matin pour vous garantir un moment agréable !

Cet article n’engage que son auteure!

Article de Manon Etourneau

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[Portraits de personnalités inspirantes : Sarah Moon]

Sarah Moon, née en 1941 est une célèbre photographe actuellement exposée au Musée d’art Moderne de Paris. Elle débute sa carrière comme mannequin puis publie ses premières photographies de mode en 1967. Elle travaille notamment pour Cacharel puis publie dans les plus grands magazines de mode tels que Vogue, Marie-Claire, Harper’s Bazar et Elle. 

Sarah Moon réalise son premier film de fiction, Mississipi One, en 1990. Elle réalise un documentaire sur Henri Cartier Bresson en 1995. Elle réalise une adaptation du conte de la Petite fille aux allumettes ainsi que du Petit Soldat de plomb. Ces deux adaptations emplies de poésies sont visibles à l’exposition Sarah Moon Passé Présent. Filmant en noir et blanc, Sarah Moon nous immerge dans le monde de l’enfance et, avec des images simples retransmet la mélancolie de ces histoires. 

Son œuvre photographique est elle aussi porteuse d’une certaine nostalgie par exemple avec cette photographie portant le titre suivant : Le pique-nique n’a pas eu lieu. 

Sarah Moon explore la photographie avec des clichés de mode tirant vers l’abstraction ainsi que des clichés « ratés » qui, agrandis forment des œuvres surprenantes. La matière est particulièrement exploitée dans son œuvre et ses clichés aux coins abîmés nous transportent dans un passé sombre, tout en nuance de gris. 

Surtout, sa démarche se fonde sur une grande réflexion théorique et de nombreuses références artistiques. Celles-ci sont mises en avant tout au long de l’exposition par des citations accompagnant les œuvres et permettant une compréhension plus profonde. 

Sarah Moon a elle même imaginé cette exposition qui fait dialoguer ses films, photographies et phrases qu’elle a écrite : 

« Mes photos sont une fiction dont je ne connais ni l’avant ni l’après et pourraient être les images d’un film que je n’aurais pas fait. »

Elle nous transporte dans un univers entre rêve et réalité où le temps semble comme suspendu.  La manière dont sont photographiés les personnages, marchant dans des ruelles sombres ou évoluant au travers de tissus vaporeux nous plonge dans l’intimité de Sarah Moon, un univers sombre et onirique.

Cet article n’engage que son auteure !

Article de Sana Tekaïa

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[Rubrique culturelle : Hubert Duprat au Musée d’art Moderne]

« Deux yeux ne suffisent pas », Hubert Duprat

Les œuvres d’Hubert Duprat, ce sont des jeux avec la matière, et pour cause : les cartels de l’exposition indiquent seulement les matériaux utilisés. Si vous vous attendiez à des explications pour chaque œuvre, vous serez déçus, mais le sens importe peu, il suffit seulement de se laisser porter par ses impressions visuelles… L’association insolite des matières rend les œuvres intrigantes, voire surprenantes… du corail avec de la mie de pain, des diamants sur un pneu, en bref : un questionnement sur notre perception du réel.

Déambulation dans un White Cube

Reprenant le modèle du White Cube, l’exposition propose une déambulation entre des œuvres en trois dimensions et celles qui ornent les murs, dans un espace immense et très épuré, presque vide. Le savant mélange des formes et les jeux d’échelles permettent d’apprécier la multiplicité du travail de l’artiste, d’autant plus que le regard du spectateur sur les œuvres ne peut pas être influencé par le décor du lieu puisque celui-ci est neutre. Cependant, cet espace entièrement dépouillé de tout ornement et de tout panneau explicatif ne rend pas l’art contemporain plus accessible à ceux qui y sont hermétiques, et est plutôt destiné à un public d’habitués.

Regardons d’un peu plus près…

Que sont ces œuvres qui ressemblent à de grosses branches d’arbre de loin, mais qui brillent lorsque l’on s’en approche ? Il s’agit effectivement bien de branches, notre œil ne nous trompe pas : l’artiste a demandé à des artisans d’associer du bois d’hêtre avec des clous en laiton, qui donnent ce fascinant aspect en relief doré et brillant. Le nom de cette réalisation renvoie directement à l’acte de sa fabrication puisqu’elle se nomme « Coupé-Cloué ». Ces mots laissent penser que la création de ces œuvres repose sur des gestes répétitifs et simples, alors qu’elle demande une très grande finesse d’exécution et une patience infinie !

L’étonnant miroir du Trichoptère

Quatre étages plus bas, le miroir du Trichoptère. Dans cette salle, pas d’œuvres d’art, mais de la documentation sur les larves de cet insecte qui fascinent Hubert Duprat. C’est leur processus de création dans leurs fourreaux, leurs « cocons » qu’il a étudié, l’amenant à constituer une incroyable « trichoptérothèque » : une véritable salle de travail avec des tables, une bibliothèque, des vidéos, des images, des dessins sur ces insectes ! Si vous n’aimez pas ces derniers, inutile d’y passer car il est difficile d’éviter de regarder les centaines d’images qui recouvrent le mur. Y a-t’il vraiment des personnes qui viennent étudier les trichéroptères ici ? Cela est peu probable. En tout cas, cette salle très étonnante présente une mise en scène réussie !

La singularité du processus de création : les installations

La majorité des œuvres n’ont pas été faites par l’artiste lui-même, ce sont des installations : Hubert Duprat a donné des notices et les monteurs de l’exposition les ont suivies. Une vidéo permet d’apprécier ce travail, souvent laborieux : il a fallu un mois pour faire les entrelacs en cuivre ! Une petite salle est destinée à accueillir des plaques de béton coulé… spécifiquement pour l’occasion… Ces créations sont donc spécialement conçues pour l’espace muséal, ce qui rend l’exposition unique, et qui en fait même une œuvre d’art à part entière, une bonne raison d’aller la voir, non ?

Article de Manon Etourneau.

Cet article n’engage que son auteure !

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[Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : l’île volcanique et les tunnels de lave de Jeju]

Surnommée la Hawaii de l’Orient, l’île sud-coréenne de Jeju se distingue grâce à ses 360 cônes volcaniques, ses “grands-pères de pierre” (dol hareubang) et ses tunnels de lave.

L’île volcanique et les tunnels de lave de Jeju ont été inscrits au patrimoine mondial naturel de l’UNESCO en 2007. Le bien, qui se situe au sud de la péninsule coréenne, comprend trois sites s’étendant sur 18 846 ha. On y retrouve un réseau de tunnels creusés dans la lave (Geomunoreum), ainsi qu’un cône de tuf, une roche tendre résultant de la consolidation de débris volcaniques (Seongsan Ilchulbong). Il y a également le volcan éteint Hallasan, le plus haut sommet de Corée, qui s’élève à 1 950 mètres d’altitude et dont le cratère (Baengnokdam) est un lac formé il y a plus de 25 000 ans. 

Si l’île de Jeju est d’une beauté extraordinaire et témoigne des processus de l’histoire de notre planète, l’accessibilité aux formations volcaniques contribue à la connaissance du volcanisme mondial. En effet, ses tunnels de lave, qu’on désigne aussi sous le nom de volcans latéraux, se jettent dans des grottes qui sont parmi les plus grandes du monde. Celles-ci offrent des possibilités de recherche scientifique tout en attirant de nombreux touristes. Enfin, aux alentours de la ville de Seogwipo se trouve une ceinture de roches en forme de colonnes, exemple de la beauté naturelle de l’île.

Critères de sélection :

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, un site doit satisfaire à au moins un des dix critères de sélection. L’île volcanique et les tunnels de lave de Jeju en satisfont deux.

  • Critère (vii) : représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.

Les tunnels de lave du volcan sont considérés comme le plus beau réseau de grottes de ce type au monde. Il offre aux visiteurs un spectacle multicolore que ce soit sur les sols, les plafonds ou les murs de lave. Quant au Hallasan, ses textures et ses couleurs changent au fil des saisons. L’esthétique du lieu est renforcée par les cascades, les falaises et les colonnes rocheuses.

  • Critère (viii) : être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification.

Le volcan de l’île de Jeju est un des rares volcans boucliers du monde édifié sur une plaque continentale stationnaire et au-dessus d’un point chaud. Le bien comprend de nombreuses concrétions secondaires carbonatées telles que des stalactites. Le cône de tuf en fait quant à lui un site de classe mondiale pour la connaissance des éruptions volcaniques du type surtseyen.

Gestion du site :

Il n’y a actuellement pas de problème en ce qui concerne la gestion du site : le bien est géré convenablement et dispose de ressources financières suffisantes. On peut tout de même préciser que l’administration en charge du site doit veiller à éviter les impacts agricoles sur le milieu souterrain et gérer le nombre croissant de visiteurs.

L’UNESCO songe à agrandir le bien afin d’y inclure d’autres réseaux de tunnels de lave ainsi que d’autres formations volcaniques de Jeju.

Sources : Île volcanique et tunnels de lave de Jeju, Jeju, une île de légendes, de volcans et de sirènes, L’Île volcanique et tunnels de lave de Jeju, Corée du Sud, Visite virtuelle de Jeju

Cet article n’engage que son auteure.

Article écrit par Mathilde VARBOKI

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[Portraits de personnalités inspirantes : Peggy Guggenheim]

Elle était une mécène américaine, collectionneuse d’art moderne et galeriste née le 26 aout 1898 à New York dans le quartier ouest de la 69e avenue et elle est décédée le 23 décembre 1979 près de Venise.

Passionnée par l’art abstrait et autodidacte elle a appris à apprécier l’art auprès d’artistes tels que Marcel Duchamp ou Jean Cocteau. Elle a ensuite passé le reste de sa vie à faire la promotion de l’art abstrait en mettant en avant des artistes peu connus, notamment dans une galerie qu’elle a ouvert à Londres et qui s’appelle « Guggenheim Jeune ».

Sa vie

Elle est née dans une famille new-yorkaise fortunée, fille de Benjamin Guggenheim, un riche banquier new-yorkais. Son oncle, Solomon R. Guggenheim est le créateur de la fondation Solomon R. Guggenheim.

A 23 ans, elle se rend en Europe, notamment à Paris où elle y vit une vie tourmentée de femme légère « mangeuse d’hommes », comme on la surnommait. Elle épouse Laurence Vail, père de ses deux enfants. C’est à la même époque qu’elle se lie d’amitié avec de grands artistes tels que Marchel Duchamps ou Constantin Brancusi. Elle rencontre en France John Holms, un écrivain avec une réputation de génie, elle part vivre avec lui à Londres mais ce dernier meurt subitement. En 1936, elle rencontre un autre écrivain Douglas Garman, duquel elle se séparera rapidement aussi avant de fonder sa galerie d’art.

Après avoir été déçue par la commercialisation de l’art moderne américain, elle décide de s’installer à Venise définitivement où elle finira sa vie.

Un amour inconditionnel pour l’art moderne

« Guggenheim jeune » est une galerie reconnue pour laquelle Peggy doit se battre afin d’importer des œuvres étrangères telles que celles de Jean Arp, Henry Moore, Alexander Calder, Brancusi ou Antoine Pevsner.

Une fois cette galerie fondée, elle devient rapidement une « ivre d‘art moderne ». Elle achète beaucoup d’œuvres parmi celles des artistes qu’elle expose. Kandinsky lui tient particulièrement à cœur. Elle regrettera toujours par la suite de ne pas avoir acquis tous ses tableaux. A partir de ce moment, la galerie commence à avoir du succès et d’excellentes critiques qui lui permettent de lancer de nouvelles expositions tels que Yves Tanguy ou encore Victor Brauner. Sa collection grossit démesurément au point qu’elle envisage de la transférer à la campagne après les accords de Munich, craignant déjà les bombardements de Londres. Mais elle se ravise peu après et ramène tout dans la galerie. Sa collection grossit démesurément au point qu’elle envisage de la transférer à la campagne après les accords de Munich, craignant déjà les bombardements de Londres. Mais elle se ravise peu après et ramène tout dans la galerie.

Au début de la seconde guerre mondiale, elle court d’atelier d’artiste en atelier d’artiste. Maintenant que son œil est exercé, elle repère de nombreux jeunes artistes prometteurs. Ainsi, commence une des plus grandes colletions d’œuvres d’art du XXe siècle.

Durant la seconde guerre mondiale elle a usé de son prestige ainsi que de son nom pour sauver des artistes (comme André Breton) en leur fabriquant de faux papiers et en finançant leur arrivée aux États-Unis. Elle a notamment apporté son aide à Varian Fry.

Le 20 octobre 1942, elle ouvre sa galerie Art of this Century à but non commercial,à New York qui . Elle présente notamment Paul Klee pour sa première exposition. Sa deuxième exposition est consacrée à Joseph Cornell et Marcel Duchamp.

Elle a fondé un musée à Venise sur le Grand Canal insulté la Collection Peggy Guggenheim dans le palais Venier dei Leoni, inscrivant ainsi son nom dans l’ère de l’art abstrait.

Lorsqu’elle rentre à New York en 1959, elle est effarée de la tournée commerciale qu’a pris le mouvement artistique américain et porte alors un jugement très sévère sur le nouveau monde de l’art.

Une femme inspirante

Elle a joué au cinéma son propre rôle dans Eva de Jospeh Losey avec Jeanne Moreau. Sa vie a aussi inspiré plusieurs metteurs en scène comme Lanie Robertson dans Woman before a Glass. On la retrouve également dans le film Pollock réalise par Ed Harris.

Article de Emma Ohanian

Cet article n’engage que son auteure !

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[Rubrique culturelle : « Ce qui s’oublie et ce qui reste », au Palais de la Porte Dorée]

Le Palais de la Porte Dorée est connu pour abriter le Musée de l’immigration qui a pour objectif de sauvegarder, témoigner et faire connaître l’histoire de l’immigration en France à travers des objets (lettres, photographies, objets personnels…) et en retraçant le parcours d’immigrés. Il a aussi pour but de « contribuer à la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française et faire évoluer les regards et les mentalités sur l’immigration en France »*. A noter que les galeries d’exposition permanente, actuellement en travaux, rouvriront leurs portes à l’automne 2022. 

L’exposition « Ce qui s’oublie et ce qui reste », se tient au Palais de la Porte Dorée jusqu’au 29 juin 2021. Elle tente de comprendre, avec des œuvres d’art variées (peintures, tissages, sculptures, photographies, vidéos, installations, performances…), comment les histoires personnelles et familiales résonnent avec celles du monde. L’exposition est le fruit d’une collaboration entre le Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden (MACAAL) de Marrakech et le Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris. Elle s’inscrit dans la saison Africa2020 et tente de « regarder et comprendre le monde d’un point de vue africain » selon N’Goné Fall, commissaire générale de la saison Africa2020.

Emo de Medeiros, Notwithstanding the forces at hand, 2018, textile. Collection du MACAAL © Alessio Mei. Photographie issue du site de l’exposition (http://www.histoire-immigration.fr/ce-qui-s-oublie-et-ce-qui-reste

Grâce aux œuvres de dix-huit artistes du continent africain et de ses diasporas, le spectateur peut explorer cette notion de transmission : Qu’est-ce que signifie la transmission à l’heure des réseaux sociaux et de la communication en continu ? Comment se transmettent la mémoire, les savoir-faire, les rites, les traditions ? Comment s’opère la diffusion des connaissances aux générations suivantes ? Ces œuvres s’inscrivent au cœur des débats contemporains portant notamment sur la mémoire et les notions d’héritages et d’influences.

En effet, chacun, où qu’il soit dans le monde, reçoit des valeurs et des savoirs qu’il va à son tour transmettre.  L’exposition s’attarde sur ce « qui reste » et « ce qui s’oublie », ce qui est omis, effacé, rendu invisible ou silencieux, lors de cette transmission.  

Retrouvez les oeuvres de Abdessamad El Montassir et son installation photographique et sonore à travers laquelle il « dénonce l’instrumentalisation de la mémoire et remet en lumière une histoire niée », celles d’Amina Agueznay et ses textiles tissés, ou encore Zineb Sedira et son installation vidéo qui explore, selon ses mots « les paradoxes et les intersections de (s)on identité en tant qu’Algérienne et Française, et aussi en tant que résidente en Angleterre. ». 

Une exposition magnifique, haute en couleurs qui pousse à la réflexion sur « Ce qui s’oublie et ce qui reste » !

/!\ Une réservation en ligne avant la visite est obligatoire ! 

Pour en savoir plus : http://www.histoire-immigration.fr/ce-qui-s-oublie-et-ce-qui-reste 

*Décret no 2006-1388 du 16 novembre 2006 portant création de l’établissement public de la Porte-Dorée — Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

Sources : site l’exposition, Musée national de l’histoire de l’immigration. 

Cet article n’engage que son auteure !

Article de Agathe Passerat de La Chapelle. 

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[Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: La région d’Atsinanana à Madagascar]

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Géographiquement rattachée au continent Africain, le pays insulaire Madagascar se situe en plein cœur de l’océan Indien. Cette île fascine tant par sa biodiversité hors norme que par sa culture hétéroclite. En effet, ses 25 millions d’habitants sont issus de bon nombre d’horizons divers et variés : Asie, Afrique, influence Arabe ou encore française lors de la colonisation. À Antananarivo, capitale de l’île, les influences culturelles française et asiatique sont les plus marquées, tandis que sur certaines zones côtières l’influence africaine et arabe se fera plus ressentir. Ce melting spot a offert à Madagascar une richesse inégalée en termes de culture et de religion. Différentes traditions ont influencé les modes de vie malgaches comme le « Fady ».

L’Atsinanana est une des vingt-deux régions de l’île et se situe sur la côte Est dans la province de Tamatave, non loin de la capitale. Les forêts humides de l’Atsinanana s’étendent sur six parcs nationaux. Le taux d’endémicité des espèces de ces sites est estimé en moyenne à 80%, ce qui les place parmi les plus uniques au monde pour leur biodiversité. Parmi eux le parc national de Zahamena, abritant treize espèces de lémuriens ou le parc national d’Andohahela, grand de 76 020 hectares, constitué de forêt tropicale dense et épineuse typique de l’île.

Le parc national d’Andringitra, s’étend sur 31 160 hectares bordés de hautes montagnes, dont la plus haute culmine à 2 658 m. La forêt est dite « tropicale de basse altitude » et est composée de forêts d’épineux, orchidées, de 300 espèces de plantes vasculaires et fleurs sauvages endémiques. On y trouve plus de cent espèces d’oiseaux, 55 espèces d’anoures¹ et treize espèces de lémuriens. 

¹ : petite groupe d’amphibiens carnivores sans queue, dont les principaux représentants sont des grenouilles et des crapauds

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Parc national de l’Andringuitra

Le parc national de Marojejy est considéré comme l’un des plus beaux parcs de Madagascar. Soixante espèces d’anoures et 116 espèces de mammifères y ont été répertoriés.

Le parc national de Masoala regroupe 210 000 hectares de forêts tropicales de mi-altitude et 100 000 ha d’espace marin. Ses forêts regroupent la moitié de la biodiversité de l’île avec des lémuriens, dont le Maki vari roux, des oiseaux comme l’Eurycère de Prévost, Serpentaire de Madagascar et l’effraie de Soumagne, des plantes du genre Masoala, des chauve-souris frugivores.

See the source image Effraie de Soumagne

Enfin, le parc national de Ranomafana est l’un des parcs les plus réputés et les plus importants de l’île. Il a été créé en 1991 après la découverte de l’Hapalémur doré (lémurien au bambou d’or) en 1986. 

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See the source image Hapalémur doré

Témoins de l’histoire géologique de l’île, elles livrent les secrets de sa séparation d’avec les autres continents, il y a plus de 60 millions d’années. En 2007, elles sont classées patrimoine mondiale de l’UNESCO grâce à leur biodiversité rare et fragile, après la première sacralisation de la réserve naturelle malgache du Tsingy de Bemaraha en 1990. Étant isolées des autres masses terrestres depuis des millions d’années, la faune et la flore de Madagascar ont évolué séparément donnant naissance à des espèces endémiques comme certains primates, lémuriens ou orchidées. Ces forêts sont précieuses pour le maintien des processus écologiques clés pour la conservation de cet écosystème particulier. 

Caméléon, Párduckaméleon, Furcifer Pardalis, Reptile

Critères de sélection :

Critère (ix) : « être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins »

« Les forêts pluviales d’Atsinanana sont des forêts reliques, essentiellement associées à des terrains abrupts le long de l’escarpement et des montagnes de l’est de Madagascar . Étant séparée des autres continents depuis des millions d’années, la biodiversité de Madagascar a évolué de manière isolée et propre à l’île. L’Île porte les vestiges de sa séparation continental tant sur le plan géologique que biologique.  Ces forêts ont également été un important refuge pour des espèces durant les différentes grandes périodes de changements et cataclysmes climatiques et tout laisse à penser qu’elle le sera de nouveau pour les bouleversements à venir.

Critère (x) : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation. »

Le taux d’endémisme sur la zone des forêts humides d’Atsinanana est compris entre 80 et 90% pour chaque groupe. On y trouve des amphibiens ou encore des primates et lémuriens menacés et protégés, des oiseaux ou encore des végétaux n’ayant évolué que sur l’île. On recense environ 12 000 espèces de plantes endémiques, ce qui fait de Madagascar un des premiers pays de mégadiversité biologique du monde. Le concept de mégabiodiversité a été discuté pour la première fois en 1988 à la Conférence sur la Biodiversité tenue à la Smithsonian Institution à Washington, afin de regrouper les régions du globe aux écosystèmes exceptionnels. La Grande-Île compte aussi sept genres endémiques de rongeurs, six genres endémiques de carnivores et plusieurs espèces de chiroptères. Sur les 123 espèces de mammifères non volants de Madagascar, 78 sont présentes dans la surface couverte par les 6 parcs nationaux de l’Atsinanana. 

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Parc national de l’Andriguitra

Gestion du site :

Comme nous l’avons vu, tous les sites couverts par les forêts de l’Atsinanana sont regroupés sous différents parcs nationaux et protégés en tant que tels. Le principal problème de gestion auquel les autorités doivent faire face est la surexploitation agricole et la déforestation monstre de ces sites. En effet, l’exploitation du bois, la chasse et l’exploitation minière de gemmes menacent particulièrement ce patrimoine. 

En 2010, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a inscrit les forêts humides de l’Atsinanana sur la Liste du patrimoine mondial en péril  en raison des coupes illégales de bois sur ces sites et du braconnage visant les lémuriens, une espèce menacée. Les parcs les plus menacés sont ceux de Marojejy et Masoala situés au Nord de Madagascar. Depuis le début de la crise politique actuelle sur la Grande-Ile, ces parcs ont été plus particulièrement touchés par des pillages intensifs, des coupes illégales et des trafics de bois précieux, dont le « Dalbergia maritima » communément appelé bois de rose, endémique de la région. 

53 biens figurent sur cette liste spéciale de l’UNESCO dont le centre historique de Vienne en Autriche, le parc national des Everglades en Floride, le port marchand de Liverpool en Angleterre, Rennell, le plus grand atoll corallien surélevé du monde, dans l’archipel des iles Salomon ou encore les sites rupestres du Tadrart Acacus en Libye.

Un décret interdisant l’exploitation et l’exportation de bois de rose et d’ébène a été passé à Madagascar, mais malgré ça, des permis d’exportation de bois sont toujours délivrés dans l’illégalité la plus totale. Des bandes organisées et armées ont établi des systèmes d’acheminement du bois par des pistes praticables afin de l’évacuer en dehors des zones protégées et, ainsi,  le commercialiser. Ce bois est, par la suite, exporté dans plusieurs pays dont certains ont pourtant signé la Convention du patrimoine mondial. 

Le Comité fait tout son possible pour contrôler ce trafic mais pour entraver ce commerce, l’aide de l’Etat est indispensable. Des mesures radicales doivent être appliquées afin de faire appliquer le décret. Un sommet est aussi envisagé afin de réunir les pays concernés par ces échanges pour qu’ils ne puissent plus avoir accès à leurs marchés nationaux. La coupe illégale n’a laissé à Madagascar que 8,5% des forêts d’origine.

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Le fléau de la déforestation à Madagascar

Pour protéger et identifier au mieux les zones clés de biodiversité à risque à Madagascar, l’UNESCO collabore étroitement avec le gouvernement et d’autres fondations telles que la Fondation des Nations Unies (UNF) et la Nordic World Heritage Foundation (NWHF).

L’Île renferme de nombreuses ressources naturelles inestimables à la fois nécessaires à l’économie et à la vie des populations locales qui dépendent de ces dernières. Le trafic exercé sur l’île est tenu par des groupes armés. Les populations essayant de protéger leurs terres et de s’opposer à ces massacres sont donc régulièrement menacés de représailles. Toutes les entités gouvernementales et non gouvernementales s’emploient ensemble à protéger à la fois ces ressources mais aussi la population, pour que les habitants n’aient plus à subir la pression des trafiquants.

Ce travail de gestion, de surveillance et de protection se fait aussi avec l’appui de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), d’institutions nationales et de certaines ONG. 72 espèces de mammifères non volants présents sur l’île figurent d’ailleurs sur la liste de l’UICN des espèces menacées.

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Parc national de Marojejy

Lecture sur la culture Malgache : À la rencontre d’un peuple et d’une culture – Voyage Tourisme Madagascar (madagascar-tourisme.com)

Forêts humides de l’Atsinanana – UNESCO World Heritage Centre

Cet article n’engage que son auteure.

Article écrit par Léane YVOREL

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[Portraits de personnalités inspirantes : Colette]

Femme libérée, battante et figure incontournable de la littérature française, Colette fascine toujours aujourd’hui. Celle qui est née en janvier 1873 sous le nom de Sidonie-Gabrielle Colette aurait pourtant pu ne jamais connaître un tel succès, puisque pendant les premières années de sa carrière, elle a servi de prête-plume pour son mari, Willy.

    Si Colette s’illustre dans le monde parisien, elle naît et grandit dans un village de Bourgogne : Saint-Sauveur-en-Puisaye. Choyée par sa mère (dite « Sido »), elle s’épanouit dans une campagne natale qui deviendra le décor de son premier roman : Claudine à l’école (1900). Cette mère, plus qu’aimante, fait grandir sa fille dans un univers laïque et féministe. Gabrielle apprend l’art de l’observation en vadrouillant dans le jardin qui jouxte sa maison, tout en se passionnant très vite pour la lecture des classiques, et le travail de son style littéraire.

    Elle n’est encore qu’adolescente quand elle rencontre Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », un écrivain séducteur bien plus âgé qu’elle, avec lequel elle se marie l’année de ses 20 ans, en 1893. Après cela, les deux époux emménagent à Paris, où Willy introduit sa femme à la vie mondaine, dont il est un fervent adepte. C’est dans ce milieu que Gabrielle-Sidonie Colette devient celle qu’on appelle désormais seulement « Colette ». 

    Or, si l’œuvre littéraire de Willy semble prolifique, ce qui fait une partie de sa renommée, c’est qu’il utilise en fait des « nègres littéraires » (aussi appelés « prête-plumes » ou « écrivains fantômes »). Colette, elle, nostalgique de sa région d’origine, couche dans des cahiers ses souvenirs d’enfance. Willy ne fait au début que l’encourager, puis il commence très vite à y voir une manne littéraire, et pousse sa femme à développer ses récits, tout en les rendant plus sulfureux. D’un commun accord, le premier roman de la future série des Claudine, sort sous le signature unique de « Willy ». Comme voulu, Claudine à l’école fait naître un scandale qui fait aussi son succès. C’est le début d’une série d’écrits qui seront tous publiés sous le même pseudonyme, et pour laquelle la pression de Willy sera croissante sur les épaules de Colette. On peut vraiment parler d’exploitation, car Colette n’aura jamais touché aucun profit direct de la série puisque le propriétaire exclusif des droits était son mari, et qu’il les a finalement vendus en 1907. 

    Les aventures de Claudine deviennent encore davantage sulfureuses au fur et à mesure que la relation entre Willy et Colette commence à battre de l’aile. Cette dernière devient libertine et vit une bisexualité qui n’est qu’un secret de polichinelle, et qui est un élément très important de son œuvre et de sa vie. Si Willy est un mari adultère depuis des années, et qu’il exige de sa femme de ne pas le tromper avec des hommes, il ne voit aucun problème pour qu’elle le fasse avec d’autres femmes.

    C’est en 1906 que Colette entame une relation avec « Missy » (Mathilde de Morny), qui si elle n’est pas entièrement publique, prête à scandale sur les planches, où l’écrivaine se concentre désormais. Une de leurs représentations au Moulin-Rouge se conclut par un baiser entre les deux femmes, qui provoque une très vive agitation dans la salle.

    Car depuis 1903, Colette a conclu sa célèbre série par Claudine s’en va. Sans doute de plus en plus consciente de son propre talent, elle se lance dans une carrière d’écrivaine à part entière (avec des œuvres comme L’ingénue libertine (1904) ou encore La vagabonde (1910)), mais aussi dans le music-hall. Si le succès de la série des Claudine s’est essoufflé vers la fin, il aura tout de même été phénoménal, lançant même la mode de ce qui sera ensuite appelé « col Claudine ».  C’est officiellement en 1936 avec Mes apprentissages que Colette accable Willy de tout le malheur qu’il lui a fait subir. Mais même dans les Claudine elle se livre déjà à une caricature de son mari à travers le personnage du « gros Maugis ».

    Par la suite, déjà enceinte, Colette épouse Henry de Jouvenel puis donne naissance à sa fille, Colette de Jouvenel. À cela succède une liaison avec le jeune fils de 16 ans d’Henry, puis un troisième mariage avec Maurice Goudeket en 1935. Comme elle a pu dénoncer Willy en 1936, en 1941, avec Julie de Carneilhan, un de ses derniers romans, Colette fustige Henry de Jouvenel.

    La carrière de Colette est reconnue en France dans le milieu littéraire puisqu’elle est élue à l’unanimité à l’académie Goncourt en 1945, dont elle devient la présidente en 1949. Quand elle s’éteint en 1954, elle devient la deuxième femme à laquelle la République ait accordé des obsèques nationales. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise à Paris.

    Finalement, si Colette refuse elle-même d’être mise dans le même panier que les féministes d’hier (elle déclare notamment « Les suffragettes me dégoûtent (…) Savez-vous ce qu’elles méritent, les suffragettes? Le fouet et le harem… » ), la liberté de ses relations, de son œuvre et plus généralement de sa vie n’en est pas moins une inspiration pour les féministes d’aujourd’hui. Elle aura aussi été très importante pour le milieu LGBTQI+, et notamment la communauté lesbienne et bisexuelle dont elle est une des premières icônes. 

    Chéri (1920) et Le blé en herbe (1923), sont deux de ses romans les plus loués, mais Claudine à l’école reste indémodable quand on parle de Colette. Le film Colette (2018) de Wash Westmoreland, avec Keira Knightley est par ailleurs très intéressant et permet de bien découvrir et comprendre l’univers et la vie de l’écrivaine.

Article de Cléa Brunaux

Cet article n’engage que son auteure !

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[La Cancel Culture]

Donald Trump a très souvent été “canceled” par ses opposants politiques, notamment pour ses propos douteux sous bien des aspects en tant que PDG, candidat, et Président des États Unis d’Amérique. Alors qu’il dénonçait ces pratiques – les définissant de mesures totalitaires – il a lui aussi appelé au boycott de personnalités à de nombreuses reprises : opposants, célébrités, médias et parfois même inconnus. Tout cela la majorité du temps sur Twitter. A titre d’exemple, même son émission The Apprentice consistait à “virer” des candidats à l’embauche. Lors de son mandat présidentiel, malgré des appels au boycott répétés et une tentative de destitution, Donald Trump a gardé sa fonction jusqu’au dernier jour, lors de la passation avec Joe Biden. 

L’exemple de Donald Trump rentre plus largement dans le phénomène de Cancel Culture. Cette culture de l’effacement, venue des États Unis, vise à boycotter des œuvres, évincer des personnalités suspectées de racisme ou encore d’homophobie en les discréditant publiquement. Cela touche tous les domaines de la culture : des médias, mais aussi des grands classiques comme Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie (renommé Ils étaient Dix en France) ou plusieurs films Disney, comme Pocahontas, Peter Pan, ou encore Dumbo

Cette notion de Cancel Culture se retrouve aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine culturel. Fervents défenseurs des cultures, convaincus que leur diffusion est un pas de plus vers la paix dans le monde, nous pouvons alors nous demander s’il faut expurger les œuvres des clichés racistes, sexistes et homophobes ? La Cancel Culture est-elle une avancée, ou au contraire une nouvelle censure ? Alors : pour ou contre la Cancel culture ?

Selon un sondage de l’Ifop pour l’Express, seuls 11% des français et françaises connaissent et comprennent la notion de Cancel Culture. Certains pensent que c’est “ridicule”, qu’il ne faut pas couper les œuvres d’art ou les romans de leur contexte. D’autres, pensent que c’est une grande avancée dans la reconnaissance de l’oppression des minorités. 

Pour certains, la Cancel Culture n’existe pas. Ce terme viendrait plutôt des milieux réactionnaires qui n’acceptent pas le monde qui serait en train de changer, et ils utiliseraient cette notion pour discréditer les voix qui critiquent la société. 

Mais finalement, comment faire pour être “pour”, puisque ce terme est fait pour discréditer ceux qui aspirent à lever le voile sur la complexité de l’Histoire, sur la complexité de nos rapport avec la responsabilité que nous portons sur nos actes. Pour les pro-Cancel Culture, ce sont ceux qui portent cette vision du récit totalement idéalisé de notre Histoire – où en France pendant les Lumières, tout le monde pouvait débattre, alors que finalement ça n’était que les hommes blancs – qui sont les vrais porteurs d’une culture de l’effacement. Ils y effacent les femmes, les personnes racisées, les personnes homosexuelles, transgenres et plus largement issues de minorités en les incluant de facto dans des histoires qui ne sont pas les leurs. 

En rattachant ce débat politique au monde de la culture, leur point de vue est compréhensible : les études de genre et de race – et la sociologie en général – montrent l’importance de l’intériorisation des pratiques lors des différents stades de notre socialisation. Alors, en retirant les contenus racistes ou homophobes (pour ne citer qu’eux) des oeuvres avec lesquelles nous avons l’habitude d’être en contact – du livre que les enfants lisent en cours à la statue à la gloire d’un homme politique pro-esclavage – cela permettrait aux nouvelles générations de grandir et d’évoluer dans des espaces dépourvus d’animosité envers les minorités, et par conséquent d’atténuer (voir de faire disparaitre) les oppressions. 

Au même titre que les pro-Cancel Culture, les “contre” considèrent que l’utilisation de ce terme se retrouve largement dans le domaine politique et que cette notion est utilisée comme une arme pour se débarrasser de ses adversaires. Ils considèrent que la dénonciation de pratiques engendrerait le doute sur les idées et les carrières des acteurs du débat pour le restant de leur vie. Alors, ça serait une arme politique avant d’être une arme de défense de qui que ce soit. 

Alors que les pro-Cancel Culture voudraient réviser les œuvres, voire les interdire, les réfractaires ont la conviction qu’interdire des œuvres stéréotypées ou racistes reviendrait à du négationnisme. Il faudrait plutôt les matérialiser pour que l’Histoire ne se répète plus ainsi. Car si toutes ces parties de l’Histoire et de la Culture venaient à être supprimées, il n’y aurait plus aucun moyen de s’aider des erreurs du passé pour construire un monde meilleur pour demain. La solution passerait alors par l’éducation, et non pas par la négation ou la suppression. La Cancel Culture est un danger si elle conduit à la censure, car effacer une partie du débat revient à le supprimer, ce qui est impensable dans nos sociétés que l’on veut pluralistes et démocratiques. 

    Il existe aussi des avis moins tranchés, considérant que les débats menés par ce terme un peu fourre-tout de Cancel Culture se rapprochent des débats que l’on peut avoir sur l’islamo-gauchisme par exemple : catégoriser des personnes, des chercheurs, des activistes, dans des cases qui pourtant ne sont pas représentatives des recherches et des combats qu’ils mènent. En effet, lorsque l’on entend parler de Cancel Culture, le terme est souvent relié à la négation et l’effacement pur et simple de certains faits historiques, de certaines œuvres, de certaines paroles. 

Alors, il faudrait renverser la tendance, utiliser de nouveaux termes, plus précis, moins stéréotypés, qui permettraient d’expliquer en détails les enjeux du débat. Il faut alors se poser la question de la différence entre la censure de contenus, qui relèvent de la liberté d’opinion ou qui contreviennent à la loi ; et les mécanismes qui permettent aux “accusés” de dire ou de faire des choses répréhensibles, sans être inquiétés de ce qu’il pourrait leur advenir. Par exemple, Christophe Girard, adjoint à la mairie de Paris et accusé d’abus sexuels, a démissionné. Lors de sa conférence de presse, il a dénoncé l’inquisition dont il était victime, sans jamais parler de sa responsabilité politique et personnelle dans cette affaire. 

Alors, répondre par l’affirmative ou la négative strictes à la question “Pour ou contre la Cancel Culture ?” n’est finalement pas si simple. Cela touche toutes les strats de notre société, de la Politique à la Culture, en passant par les lieux de débat tels que les plateaux télé et les réseaux sociaux. Chercher à répondre d’une manière tranchée serait en réalité une accentuation d’un phénomène que nous retrouvons bien trop souvent de nos jours : la polarisation de l’espace public, où non seulement seules deux visions du monde sont visibles, mais aussi où le débat est constitué de personnes qui ne s’écoutent pas. Ici, il soulève deux valeurs fondamentales : la Liberté, soutenue par la Liberté d’Expression, et l’Égalité, soutenue par l’idée que le point de vue de chaque personne, peut importe son origine, peut-être entendu. Le Progressisme, c’est être capable d’allier la lutte pour la Liberté à celle pour l’Égalité. Oui car finalement, comment être libre si nous ne sommes pas égaux ? 

Article de Tifenn Genestier

Cet article n’engage que son auteure !

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[Le Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne]

Le bien, situé au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes au centre de la France, fait partie du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne. Âgé de 35 millions d’années, né au moment de la formation des Alpes, il s’agit d’un élément emblématique du rift ouest-européen. Le site comprend « la longue faille de Limagne, l’alignement panoramique des volcans de la Chaîne des Puys ainsi que le relief inversé de la Montagne de la Serre ». S’étendant sur 24 223 hectares, le bien est inscrit en 2018 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le haut lieu tectonique de la Chaîne des Puys témoigne des processus caractéristiques de la rupture continentale et montre comment « la croûte continentale se fissure puis s’effondre, permettant au magma profond de remonter et entraînant un soulèvement généralisé à la surface. ». Le bien donne ainsi à voir un élément fondamental de l’histoire de la Terre et de sa formation.


Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne. Photographie de Pierre Soissons. whc.unesco.org/fr/documents/129608

Critères de sélection : 

Le Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne a été sélectionné sur la base du Critère (viii) du patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : 

Critère VIII : « être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la Terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ».

Le haut lieu tectonique de la Chaîne des Puys, témoigne d’un phénomène essentiel de l’histoire de la Terre. Il illustre la rupture continentale (rifting) qui représente l’une des cinq principales étapes de la tectonique des plaques. Les formes géologiques diverses se trouvant dans le site du Haut lieu tectonique Chaîne des puys – faille de Limagne, témoignent des étapes successives du processus de rift :  « un plateau continental ancien (le plateau des Dômes), qui s’est étiré, fracturé et effondré (le long de la faille de Limagne) » selon le site de la Chaîne des Puys. La dérive continentale, qui se manifeste à travers la tectonique des plaques, a façonné la surface de notre planète : des océans aux continents. Selon l’UNESCO, le site concentre des phénomènes géologiques et géomorphologiques majeurs d’ une «  importance mondiale démontrée par son caractère exhaustif, sa densité et son expression ». Le bien est réputé depuis le 18e siècle pour l’étude des processus géologiques. La Chaine des Puys permet notamment d’observer une chaîne de volcans aux formes diverses, résultat de la remontée des magmas par les fissures créées par le rift. Le site est très important pour l’étude des phénomènes volcaniques. 

Chaîne des Puys: Coulée de basalte dénudée de la Montagne de la Serre, vue Est. Photographie prise par Hervé Monestier. whc.unesco.org/fr/documents/141208

Gestion du bien : 

Le bien reste relativement préservé des impacts anthropiques qui ne compromettent pas l’intégrité  et la valeur géologique du Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne. Depuis plus de 100 ans, le site est soumis à des mesures de protection et de gestion. Les menaces principales auxquelles fait face le bien restent potentielles et sont, selon l’UNESCO,  « les carrières, l’urbanisation, l’empiètement de la forêt masquant les caractéristiques géologiques et l’érosion des sols liée à l’action anthropique ». Un plan de gestion du lieu a été mis en place afin de le préserver des risques anthropiques.

Le bien fait également partie intégrante du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne et bénéficie de fait d’un cadre de gestion.

Article de Agathe Passerat de La Chapelle 

Cet article n’engage que son auteure. 

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