[Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: La région d’Atsinanana à Madagascar]

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Géographiquement rattachée au continent Africain, le pays insulaire Madagascar se situe en plein cœur de l’océan Indien. Cette île fascine tant par sa biodiversité hors norme que par sa culture hétéroclite. En effet, ses 25 millions d’habitants sont issus de bon nombre d’horizons divers et variés : Asie, Afrique, influence Arabe ou encore française lors de la colonisation. À Antananarivo, capitale de l’île, les influences culturelles française et asiatique sont les plus marquées, tandis que sur certaines zones côtières l’influence africaine et arabe se fera plus ressentir. Ce melting spot a offert à Madagascar une richesse inégalée en termes de culture et de religion. Différentes traditions ont influencé les modes de vie malgaches comme le « Fady ».

L’Atsinanana est une des vingt-deux régions de l’île et se situe sur la côte Est dans la province de Tamatave, non loin de la capitale. Les forêts humides de l’Atsinanana s’étendent sur six parcs nationaux. Le taux d’endémicité des espèces de ces sites est estimé en moyenne à 80%, ce qui les place parmi les plus uniques au monde pour leur biodiversité. Parmi eux le parc national de Zahamena, abritant treize espèces de lémuriens ou le parc national d’Andohahela, grand de 76 020 hectares, constitué de forêt tropicale dense et épineuse typique de l’île.

Le parc national d’Andringitra, s’étend sur 31 160 hectares bordés de hautes montagnes, dont la plus haute culmine à 2 658 m. La forêt est dite « tropicale de basse altitude » et est composée de forêts d’épineux, orchidées, de 300 espèces de plantes vasculaires et fleurs sauvages endémiques. On y trouve plus de cent espèces d’oiseaux, 55 espèces d’anoures¹ et treize espèces de lémuriens. 

¹ : petite groupe d’amphibiens carnivores sans queue, dont les principaux représentants sont des grenouilles et des crapauds

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Parc national de l’Andringuitra

Le parc national de Marojejy est considéré comme l’un des plus beaux parcs de Madagascar. Soixante espèces d’anoures et 116 espèces de mammifères y ont été répertoriés.

Le parc national de Masoala regroupe 210 000 hectares de forêts tropicales de mi-altitude et 100 000 ha d’espace marin. Ses forêts regroupent la moitié de la biodiversité de l’île avec des lémuriens, dont le Maki vari roux, des oiseaux comme l’Eurycère de Prévost, Serpentaire de Madagascar et l’effraie de Soumagne, des plantes du genre Masoala, des chauve-souris frugivores.

See the source image Effraie de Soumagne

Enfin, le parc national de Ranomafana est l’un des parcs les plus réputés et les plus importants de l’île. Il a été créé en 1991 après la découverte de l’Hapalémur doré (lémurien au bambou d’or) en 1986. 

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See the source image Hapalémur doré

Témoins de l’histoire géologique de l’île, elles livrent les secrets de sa séparation d’avec les autres continents, il y a plus de 60 millions d’années. En 2007, elles sont classées patrimoine mondiale de l’UNESCO grâce à leur biodiversité rare et fragile, après la première sacralisation de la réserve naturelle malgache du Tsingy de Bemaraha en 1990. Étant isolées des autres masses terrestres depuis des millions d’années, la faune et la flore de Madagascar ont évolué séparément donnant naissance à des espèces endémiques comme certains primates, lémuriens ou orchidées. Ces forêts sont précieuses pour le maintien des processus écologiques clés pour la conservation de cet écosystème particulier. 

Caméléon, Párduckaméleon, Furcifer Pardalis, Reptile

Critères de sélection :

Critère (ix) : « être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins »

« Les forêts pluviales d’Atsinanana sont des forêts reliques, essentiellement associées à des terrains abrupts le long de l’escarpement et des montagnes de l’est de Madagascar . Étant séparée des autres continents depuis des millions d’années, la biodiversité de Madagascar a évolué de manière isolée et propre à l’île. L’Île porte les vestiges de sa séparation continental tant sur le plan géologique que biologique.  Ces forêts ont également été un important refuge pour des espèces durant les différentes grandes périodes de changements et cataclysmes climatiques et tout laisse à penser qu’elle le sera de nouveau pour les bouleversements à venir.

Critère (x) : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation. »

Le taux d’endémisme sur la zone des forêts humides d’Atsinanana est compris entre 80 et 90% pour chaque groupe. On y trouve des amphibiens ou encore des primates et lémuriens menacés et protégés, des oiseaux ou encore des végétaux n’ayant évolué que sur l’île. On recense environ 12 000 espèces de plantes endémiques, ce qui fait de Madagascar un des premiers pays de mégadiversité biologique du monde. Le concept de mégabiodiversité a été discuté pour la première fois en 1988 à la Conférence sur la Biodiversité tenue à la Smithsonian Institution à Washington, afin de regrouper les régions du globe aux écosystèmes exceptionnels. La Grande-Île compte aussi sept genres endémiques de rongeurs, six genres endémiques de carnivores et plusieurs espèces de chiroptères. Sur les 123 espèces de mammifères non volants de Madagascar, 78 sont présentes dans la surface couverte par les 6 parcs nationaux de l’Atsinanana. 

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Parc national de l’Andriguitra

Gestion du site :

Comme nous l’avons vu, tous les sites couverts par les forêts de l’Atsinanana sont regroupés sous différents parcs nationaux et protégés en tant que tels. Le principal problème de gestion auquel les autorités doivent faire face est la surexploitation agricole et la déforestation monstre de ces sites. En effet, l’exploitation du bois, la chasse et l’exploitation minière de gemmes menacent particulièrement ce patrimoine. 

En 2010, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a inscrit les forêts humides de l’Atsinanana sur la Liste du patrimoine mondial en péril  en raison des coupes illégales de bois sur ces sites et du braconnage visant les lémuriens, une espèce menacée. Les parcs les plus menacés sont ceux de Marojejy et Masoala situés au Nord de Madagascar. Depuis le début de la crise politique actuelle sur la Grande-Ile, ces parcs ont été plus particulièrement touchés par des pillages intensifs, des coupes illégales et des trafics de bois précieux, dont le « Dalbergia maritima » communément appelé bois de rose, endémique de la région. 

53 biens figurent sur cette liste spéciale de l’UNESCO dont le centre historique de Vienne en Autriche, le parc national des Everglades en Floride, le port marchand de Liverpool en Angleterre, Rennell, le plus grand atoll corallien surélevé du monde, dans l’archipel des iles Salomon ou encore les sites rupestres du Tadrart Acacus en Libye.

Un décret interdisant l’exploitation et l’exportation de bois de rose et d’ébène a été passé à Madagascar, mais malgré ça, des permis d’exportation de bois sont toujours délivrés dans l’illégalité la plus totale. Des bandes organisées et armées ont établi des systèmes d’acheminement du bois par des pistes praticables afin de l’évacuer en dehors des zones protégées et, ainsi,  le commercialiser. Ce bois est, par la suite, exporté dans plusieurs pays dont certains ont pourtant signé la Convention du patrimoine mondial. 

Le Comité fait tout son possible pour contrôler ce trafic mais pour entraver ce commerce, l’aide de l’Etat est indispensable. Des mesures radicales doivent être appliquées afin de faire appliquer le décret. Un sommet est aussi envisagé afin de réunir les pays concernés par ces échanges pour qu’ils ne puissent plus avoir accès à leurs marchés nationaux. La coupe illégale n’a laissé à Madagascar que 8,5% des forêts d’origine.

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Le fléau de la déforestation à Madagascar

Pour protéger et identifier au mieux les zones clés de biodiversité à risque à Madagascar, l’UNESCO collabore étroitement avec le gouvernement et d’autres fondations telles que la Fondation des Nations Unies (UNF) et la Nordic World Heritage Foundation (NWHF).

L’Île renferme de nombreuses ressources naturelles inestimables à la fois nécessaires à l’économie et à la vie des populations locales qui dépendent de ces dernières. Le trafic exercé sur l’île est tenu par des groupes armés. Les populations essayant de protéger leurs terres et de s’opposer à ces massacres sont donc régulièrement menacés de représailles. Toutes les entités gouvernementales et non gouvernementales s’emploient ensemble à protéger à la fois ces ressources mais aussi la population, pour que les habitants n’aient plus à subir la pression des trafiquants.

Ce travail de gestion, de surveillance et de protection se fait aussi avec l’appui de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), d’institutions nationales et de certaines ONG. 72 espèces de mammifères non volants présents sur l’île figurent d’ailleurs sur la liste de l’UICN des espèces menacées.

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Parc national de Marojejy

Lecture sur la culture Malgache : À la rencontre d’un peuple et d’une culture – Voyage Tourisme Madagascar (madagascar-tourisme.com)

Forêts humides de l’Atsinanana – UNESCO World Heritage Centre

Cet article n’engage que son auteure.

Article écrit par Léane YVOREL

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[Portraits de personnalités inspirantes : Colette]

Femme libérée, battante et figure incontournable de la littérature française, Colette fascine toujours aujourd’hui. Celle qui est née en janvier 1873 sous le nom de Sidonie-Gabrielle Colette aurait pourtant pu ne jamais connaître un tel succès, puisque pendant les premières années de sa carrière, elle a servi de prête-plume pour son mari, Willy.

    Si Colette s’illustre dans le monde parisien, elle naît et grandit dans un village de Bourgogne : Saint-Sauveur-en-Puisaye. Choyée par sa mère (dite « Sido »), elle s’épanouit dans une campagne natale qui deviendra le décor de son premier roman : Claudine à l’école (1900). Cette mère, plus qu’aimante, fait grandir sa fille dans un univers laïque et féministe. Gabrielle apprend l’art de l’observation en vadrouillant dans le jardin qui jouxte sa maison, tout en se passionnant très vite pour la lecture des classiques, et le travail de son style littéraire.

    Elle n’est encore qu’adolescente quand elle rencontre Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », un écrivain séducteur bien plus âgé qu’elle, avec lequel elle se marie l’année de ses 20 ans, en 1893. Après cela, les deux époux emménagent à Paris, où Willy introduit sa femme à la vie mondaine, dont il est un fervent adepte. C’est dans ce milieu que Gabrielle-Sidonie Colette devient celle qu’on appelle désormais seulement « Colette ». 

    Or, si l’œuvre littéraire de Willy semble prolifique, ce qui fait une partie de sa renommée, c’est qu’il utilise en fait des « nègres littéraires » (aussi appelés « prête-plumes » ou « écrivains fantômes »). Colette, elle, nostalgique de sa région d’origine, couche dans des cahiers ses souvenirs d’enfance. Willy ne fait au début que l’encourager, puis il commence très vite à y voir une manne littéraire, et pousse sa femme à développer ses récits, tout en les rendant plus sulfureux. D’un commun accord, le premier roman de la future série des Claudine, sort sous le signature unique de « Willy ». Comme voulu, Claudine à l’école fait naître un scandale qui fait aussi son succès. C’est le début d’une série d’écrits qui seront tous publiés sous le même pseudonyme, et pour laquelle la pression de Willy sera croissante sur les épaules de Colette. On peut vraiment parler d’exploitation, car Colette n’aura jamais touché aucun profit direct de la série puisque le propriétaire exclusif des droits était son mari, et qu’il les a finalement vendus en 1907. 

    Les aventures de Claudine deviennent encore davantage sulfureuses au fur et à mesure que la relation entre Willy et Colette commence à battre de l’aile. Cette dernière devient libertine et vit une bisexualité qui n’est qu’un secret de polichinelle, et qui est un élément très important de son œuvre et de sa vie. Si Willy est un mari adultère depuis des années, et qu’il exige de sa femme de ne pas le tromper avec des hommes, il ne voit aucun problème pour qu’elle le fasse avec d’autres femmes.

    C’est en 1906 que Colette entame une relation avec « Missy » (Mathilde de Morny), qui si elle n’est pas entièrement publique, prête à scandale sur les planches, où l’écrivaine se concentre désormais. Une de leurs représentations au Moulin-Rouge se conclut par un baiser entre les deux femmes, qui provoque une très vive agitation dans la salle.

    Car depuis 1903, Colette a conclu sa célèbre série par Claudine s’en va. Sans doute de plus en plus consciente de son propre talent, elle se lance dans une carrière d’écrivaine à part entière (avec des œuvres comme L’ingénue libertine (1904) ou encore La vagabonde (1910)), mais aussi dans le music-hall. Si le succès de la série des Claudine s’est essoufflé vers la fin, il aura tout de même été phénoménal, lançant même la mode de ce qui sera ensuite appelé « col Claudine ».  C’est officiellement en 1936 avec Mes apprentissages que Colette accable Willy de tout le malheur qu’il lui a fait subir. Mais même dans les Claudine elle se livre déjà à une caricature de son mari à travers le personnage du « gros Maugis ».

    Par la suite, déjà enceinte, Colette épouse Henry de Jouvenel puis donne naissance à sa fille, Colette de Jouvenel. À cela succède une liaison avec le jeune fils de 16 ans d’Henry, puis un troisième mariage avec Maurice Goudeket en 1935. Comme elle a pu dénoncer Willy en 1936, en 1941, avec Julie de Carneilhan, un de ses derniers romans, Colette fustige Henry de Jouvenel.

    La carrière de Colette est reconnue en France dans le milieu littéraire puisqu’elle est élue à l’unanimité à l’académie Goncourt en 1945, dont elle devient la présidente en 1949. Quand elle s’éteint en 1954, elle devient la deuxième femme à laquelle la République ait accordé des obsèques nationales. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise à Paris.

    Finalement, si Colette refuse elle-même d’être mise dans le même panier que les féministes d’hier (elle déclare notamment « Les suffragettes me dégoûtent (…) Savez-vous ce qu’elles méritent, les suffragettes? Le fouet et le harem… » ), la liberté de ses relations, de son œuvre et plus généralement de sa vie n’en est pas moins une inspiration pour les féministes d’aujourd’hui. Elle aura aussi été très importante pour le milieu LGBTQI+, et notamment la communauté lesbienne et bisexuelle dont elle est une des premières icônes. 

    Chéri (1920) et Le blé en herbe (1923), sont deux de ses romans les plus loués, mais Claudine à l’école reste indémodable quand on parle de Colette. Le film Colette (2018) de Wash Westmoreland, avec Keira Knightley est par ailleurs très intéressant et permet de bien découvrir et comprendre l’univers et la vie de l’écrivaine.

Article de Cléa Brunaux

Cet article n’engage que son auteure !

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[La Cancel Culture]

Donald Trump a très souvent été “canceled” par ses opposants politiques, notamment pour ses propos douteux sous bien des aspects en tant que PDG, candidat, et Président des États Unis d’Amérique. Alors qu’il dénonçait ces pratiques – les définissant de mesures totalitaires – il a lui aussi appelé au boycott de personnalités à de nombreuses reprises : opposants, célébrités, médias et parfois même inconnus. Tout cela la majorité du temps sur Twitter. A titre d’exemple, même son émission The Apprentice consistait à “virer” des candidats à l’embauche. Lors de son mandat présidentiel, malgré des appels au boycott répétés et une tentative de destitution, Donald Trump a gardé sa fonction jusqu’au dernier jour, lors de la passation avec Joe Biden. 

L’exemple de Donald Trump rentre plus largement dans le phénomène de Cancel Culture. Cette culture de l’effacement, venue des États Unis, vise à boycotter des œuvres, évincer des personnalités suspectées de racisme ou encore d’homophobie en les discréditant publiquement. Cela touche tous les domaines de la culture : des médias, mais aussi des grands classiques comme Les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie (renommé Ils étaient Dix en France) ou plusieurs films Disney, comme Pocahontas, Peter Pan, ou encore Dumbo

Cette notion de Cancel Culture se retrouve aussi bien dans le domaine politique que dans le domaine culturel. Fervents défenseurs des cultures, convaincus que leur diffusion est un pas de plus vers la paix dans le monde, nous pouvons alors nous demander s’il faut expurger les œuvres des clichés racistes, sexistes et homophobes ? La Cancel Culture est-elle une avancée, ou au contraire une nouvelle censure ? Alors : pour ou contre la Cancel culture ?

Selon un sondage de l’Ifop pour l’Express, seuls 11% des français et françaises connaissent et comprennent la notion de Cancel Culture. Certains pensent que c’est “ridicule”, qu’il ne faut pas couper les œuvres d’art ou les romans de leur contexte. D’autres, pensent que c’est une grande avancée dans la reconnaissance de l’oppression des minorités. 

Pour certains, la Cancel Culture n’existe pas. Ce terme viendrait plutôt des milieux réactionnaires qui n’acceptent pas le monde qui serait en train de changer, et ils utiliseraient cette notion pour discréditer les voix qui critiquent la société. 

Mais finalement, comment faire pour être “pour”, puisque ce terme est fait pour discréditer ceux qui aspirent à lever le voile sur la complexité de l’Histoire, sur la complexité de nos rapport avec la responsabilité que nous portons sur nos actes. Pour les pro-Cancel Culture, ce sont ceux qui portent cette vision du récit totalement idéalisé de notre Histoire – où en France pendant les Lumières, tout le monde pouvait débattre, alors que finalement ça n’était que les hommes blancs – qui sont les vrais porteurs d’une culture de l’effacement. Ils y effacent les femmes, les personnes racisées, les personnes homosexuelles, transgenres et plus largement issues de minorités en les incluant de facto dans des histoires qui ne sont pas les leurs. 

En rattachant ce débat politique au monde de la culture, leur point de vue est compréhensible : les études de genre et de race – et la sociologie en général – montrent l’importance de l’intériorisation des pratiques lors des différents stades de notre socialisation. Alors, en retirant les contenus racistes ou homophobes (pour ne citer qu’eux) des oeuvres avec lesquelles nous avons l’habitude d’être en contact – du livre que les enfants lisent en cours à la statue à la gloire d’un homme politique pro-esclavage – cela permettrait aux nouvelles générations de grandir et d’évoluer dans des espaces dépourvus d’animosité envers les minorités, et par conséquent d’atténuer (voir de faire disparaitre) les oppressions. 

Au même titre que les pro-Cancel Culture, les “contre” considèrent que l’utilisation de ce terme se retrouve largement dans le domaine politique et que cette notion est utilisée comme une arme pour se débarrasser de ses adversaires. Ils considèrent que la dénonciation de pratiques engendrerait le doute sur les idées et les carrières des acteurs du débat pour le restant de leur vie. Alors, ça serait une arme politique avant d’être une arme de défense de qui que ce soit. 

Alors que les pro-Cancel Culture voudraient réviser les œuvres, voire les interdire, les réfractaires ont la conviction qu’interdire des œuvres stéréotypées ou racistes reviendrait à du négationnisme. Il faudrait plutôt les matérialiser pour que l’Histoire ne se répète plus ainsi. Car si toutes ces parties de l’Histoire et de la Culture venaient à être supprimées, il n’y aurait plus aucun moyen de s’aider des erreurs du passé pour construire un monde meilleur pour demain. La solution passerait alors par l’éducation, et non pas par la négation ou la suppression. La Cancel Culture est un danger si elle conduit à la censure, car effacer une partie du débat revient à le supprimer, ce qui est impensable dans nos sociétés que l’on veut pluralistes et démocratiques. 

    Il existe aussi des avis moins tranchés, considérant que les débats menés par ce terme un peu fourre-tout de Cancel Culture se rapprochent des débats que l’on peut avoir sur l’islamo-gauchisme par exemple : catégoriser des personnes, des chercheurs, des activistes, dans des cases qui pourtant ne sont pas représentatives des recherches et des combats qu’ils mènent. En effet, lorsque l’on entend parler de Cancel Culture, le terme est souvent relié à la négation et l’effacement pur et simple de certains faits historiques, de certaines œuvres, de certaines paroles. 

Alors, il faudrait renverser la tendance, utiliser de nouveaux termes, plus précis, moins stéréotypés, qui permettraient d’expliquer en détails les enjeux du débat. Il faut alors se poser la question de la différence entre la censure de contenus, qui relèvent de la liberté d’opinion ou qui contreviennent à la loi ; et les mécanismes qui permettent aux “accusés” de dire ou de faire des choses répréhensibles, sans être inquiétés de ce qu’il pourrait leur advenir. Par exemple, Christophe Girard, adjoint à la mairie de Paris et accusé d’abus sexuels, a démissionné. Lors de sa conférence de presse, il a dénoncé l’inquisition dont il était victime, sans jamais parler de sa responsabilité politique et personnelle dans cette affaire. 

Alors, répondre par l’affirmative ou la négative strictes à la question “Pour ou contre la Cancel Culture ?” n’est finalement pas si simple. Cela touche toutes les strats de notre société, de la Politique à la Culture, en passant par les lieux de débat tels que les plateaux télé et les réseaux sociaux. Chercher à répondre d’une manière tranchée serait en réalité une accentuation d’un phénomène que nous retrouvons bien trop souvent de nos jours : la polarisation de l’espace public, où non seulement seules deux visions du monde sont visibles, mais aussi où le débat est constitué de personnes qui ne s’écoutent pas. Ici, il soulève deux valeurs fondamentales : la Liberté, soutenue par la Liberté d’Expression, et l’Égalité, soutenue par l’idée que le point de vue de chaque personne, peut importe son origine, peut-être entendu. Le Progressisme, c’est être capable d’allier la lutte pour la Liberté à celle pour l’Égalité. Oui car finalement, comment être libre si nous ne sommes pas égaux ? 

Article de Tifenn Genestier

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[Le Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne]

Le bien, situé au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes au centre de la France, fait partie du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne. Âgé de 35 millions d’années, né au moment de la formation des Alpes, il s’agit d’un élément emblématique du rift ouest-européen. Le site comprend « la longue faille de Limagne, l’alignement panoramique des volcans de la Chaîne des Puys ainsi que le relief inversé de la Montagne de la Serre ». S’étendant sur 24 223 hectares, le bien est inscrit en 2018 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le haut lieu tectonique de la Chaîne des Puys témoigne des processus caractéristiques de la rupture continentale et montre comment « la croûte continentale se fissure puis s’effondre, permettant au magma profond de remonter et entraînant un soulèvement généralisé à la surface. ». Le bien donne ainsi à voir un élément fondamental de l’histoire de la Terre et de sa formation.


Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne. Photographie de Pierre Soissons. whc.unesco.org/fr/documents/129608

Critères de sélection : 

Le Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne a été sélectionné sur la base du Critère (viii) du patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : 

Critère VIII : « être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la Terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ».

Le haut lieu tectonique de la Chaîne des Puys, témoigne d’un phénomène essentiel de l’histoire de la Terre. Il illustre la rupture continentale (rifting) qui représente l’une des cinq principales étapes de la tectonique des plaques. Les formes géologiques diverses se trouvant dans le site du Haut lieu tectonique Chaîne des puys – faille de Limagne, témoignent des étapes successives du processus de rift :  « un plateau continental ancien (le plateau des Dômes), qui s’est étiré, fracturé et effondré (le long de la faille de Limagne) » selon le site de la Chaîne des Puys. La dérive continentale, qui se manifeste à travers la tectonique des plaques, a façonné la surface de notre planète : des océans aux continents. Selon l’UNESCO, le site concentre des phénomènes géologiques et géomorphologiques majeurs d’ une «  importance mondiale démontrée par son caractère exhaustif, sa densité et son expression ». Le bien est réputé depuis le 18e siècle pour l’étude des processus géologiques. La Chaine des Puys permet notamment d’observer une chaîne de volcans aux formes diverses, résultat de la remontée des magmas par les fissures créées par le rift. Le site est très important pour l’étude des phénomènes volcaniques. 

Chaîne des Puys: Coulée de basalte dénudée de la Montagne de la Serre, vue Est. Photographie prise par Hervé Monestier. whc.unesco.org/fr/documents/141208

Gestion du bien : 

Le bien reste relativement préservé des impacts anthropiques qui ne compromettent pas l’intégrité  et la valeur géologique du Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne. Depuis plus de 100 ans, le site est soumis à des mesures de protection et de gestion. Les menaces principales auxquelles fait face le bien restent potentielles et sont, selon l’UNESCO,  « les carrières, l’urbanisation, l’empiètement de la forêt masquant les caractéristiques géologiques et l’érosion des sols liée à l’action anthropique ». Un plan de gestion du lieu a été mis en place afin de le préserver des risques anthropiques.

Le bien fait également partie intégrante du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne et bénéficie de fait d’un cadre de gestion.

Article de Agathe Passerat de La Chapelle 

Cet article n’engage que son auteure. 

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[Portraits de personnalités inspirantes : Thérèse Clerc]

Thérèse Clerc naît le 9 décembre 1927 dans une famille bourgeoise catholique très conservatrice de Bagnolet. Petite, elle voit ses voisins ouvriers adopter des orphelins de la guerre d’Espagne. Elle les voit aussi, quelques années plus tard, cacher des Juifs. 

Thérèse a grandi en suivant scrupuleusement les valeurs de ses parents, autrement dit : être la parfaite épouse et femme au foyer. Elle a fait des études, pour apprendre le métier de modiste et s’est mariée en 1941 à Claude, petit entrepreneur en nettoyage industriel. Ils aménagèrent ensemble dans un grand appartement, payé par ses parents. A ce moment de sa vie, Thérèse avait quatre enfants, et ne travaillait pas. Elle trouvait encore ça normal et elle ne se posait pas de question. 

Cependant, à l’église, elle fréquentait des prêtres-ouvriers, qui lui racontaient les horreurs de la guerre d’Algérie, le marxisme et la lutte de classes. Dans un discours où l’émancipation de l’homme est prééminente, Thérèse ne se reconnaissait pas : et la femme, dans tout ça ? Lorsque ces questions émergèrent dans son esprit, nous étions en Mai 1968. Alors, en cachette de son mari, elle participa à des réunions et des manifestations, où elle découvrit l’anticapitalisme, le féminisme, les notions de patriarcat, d’émancipation et même de plaisir sexuel. En fait, elle s’est rendue compte que les femmes n’étaient absolument pas libres. D’ailleurs, apprenant que la première cause de mortalité chez les françaises était l’avortement clandestin, elle s’engagea dans le mouvement pour la libération de l’avortement et la contraception. A 40 ans, Thérèse aimait ses enfants, mais son mari, lui, la désespérait. Elle passa alors son permis, trouva un emploi de vendeuse et demanda aussitôt le divorce. 

Dans son nouvel appartement à Montreuil, Thérèse pratiqua des avortements clandestins gratuitement et, plus au courant que n’importe qui sur les dangers de l’avortement, elle s’engagea pour la dépénalisation de ce dernier. En fait, Thérèse n’est jamais allée à l’Université. Mais, cela ne l’a pas empêchée de développer une importante culture civique et militante. A défaut d’apprendre dans les livres, elle a appris sur le terrain.

Quelques années plus tard, grand-mère célibataire ne roulant pas sur l’or, Thérèse a dû s’occuper de sa mère, malade. Cela la mena à une observation fondamentale : les femmes âgées étaient statistiquement plus isolées et plus pauvres que les hommes. Lui vint alors une idée : pourquoi ne pas créer une maison de retraite non médicalisée pour les femmes (et uniquement pour les femmes), où elles pourraient vivre et vieillir ensemble jusqu’au moment tant redouté de l’admission en maison de retraite médicalisée. Ainsi, la Maison de Babayagas naquit. C’était une résidence autogérée pour les femmes âgées, à faibles revenus, où chacune habite chez elle. Il n’y avait pas de personnel, pas de chambre médicalisée, mais une vingtaine d’appartements indépendants à faible loyer et des lieux de vie collectifs. Chacune devait donner dix heures de son temps hebdomadaire, les dépenses étaient mutualisées, et les conditions d’admission étaient uniquement l’âge (+ de 65 ans), le faible revenu et une expérience dans le domaine du militantisme et de l’associatif. Les Babayagas organisaient des déjeuners avec les riverains, des conférences, des débats, des sorties culturelles, l’Université du savoir des Vieux, et partaient même en colonie de vacances ensemble.

En 2003, Thérèse refusa qu’on lui remette la Légion d’Honneur, mais finit par l’accepter en 2008, en présence de Simone Veil. Elle a passé ses dernières années à se battre pour se faire entendre par les pouvoirs publics sur la précarité des femmes, à parler aux jeunes filles dans les lycées en les incitant à faire des études et en leur expliquant que leur corps leur appartient et qu’il n’est pas la propriété ni des hommes, ni de la société. Elle décéda le 16 février 2016, dans son appartement de Montreuil, entourée de ses enfants, pour qui elle a toujours voué un amour sans faille. 

Article de Tifenn Genestier.

Cet article n’engage que son auteure !

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[Pop culture detective : pour en finir avec un cinéma sexiste]

Pop culture detective 👀

Bien souvent, les adolescents et les enfants prennent exemple sur leurs héros d’Indiana Jones à Luke Skywalker en passant par The Big Bang theory 🔬. Or sans le savoir ces films et séries qui nous fascinent ou nous font rire véhiculent de nombreux schèmes sociaux, y compris les plus sexistes. 

Depuis 2016, l’américain Jonathan McIntosh a lancé la Pop Culture Detective Agency, une série Web sur youtube qui traite de la masculinité et du sexisme dans les films de la culture pop. En une trentaine de minutes, il décrypte réplique par réplique, scène par scène, une variété de films et de thèmes autour de la masculinité toxique. 

➥ La masculinité toxique 💪 ? Ce concept désigne les normes du comportement masculin ayant un impact négatif sur les hommes eux-mêmes et leurs relations. Selon ces normes, un homme ne pleure pas, n’a pas peur, ne craque pas. Tout au contraire, il montre qu’il est fort et protecteur. 

Dans chaque épisode, on retrouve un trope particulier traité comme Born Sexy Yesterday, celui de la jeune femme naïve mais sexy qui a besoin d’être guidée par un personnage charismatique. Dès lors que cette femme est trop expérimentée, elle fait peur aux hommes. C’est notamment le cas de Leeloo dans Le cinquième élément, le célèbre film de science-fiction réalisé en 1997 par Luc Besson. 

Sexual Assault of Men Played for Laughs (agression sexuelle masculine tournée à la comédie), stalking for love (espionnage par amour), predatory romance in Harrison Ford movies (la prédation sexuelle romancée dans les films d’Harrisson Ford), voici un extrait des thématiques traitées dans quelques unes de ses vidéos. Il apporte un angle de vue nouveau qui éclaire l’intégration lors de la socialisation primaire d’une hétéronormativité sexistee qui nous paraît naturelle. La prédation sexuelle ayant lieu, par exemple, dans des films dont ce n’est absolument pas le propos comme Star Wars entre Luke Skywalker et princesse Leia, comment s’en méfier… 

chaîne youtube : Pop culture detective (capture d’écran)

➥ Lien de la chaîne youtube : https://www.youtube.com/c/PopCultureDetectiveAgency/videos 

  • Jonathan McIntosh : un producteur engagé 📹

Le réalisateur de cette série est Jonathan McIntosh, un producteur, écrivain et critique culturel américain. Avant de réaliser cette série de vidéos, il a produit et coécrit la série de vidéos Tropes vs. Women in Video Games. Il est partisan de ce que l’on appelle la Culture remix, autrement dit la création d’œuvres à partir d’œuvres déjà existantes. 

En 2012, McIntosh s’engage en faveur de dérogations à la Digital Millennium Copyright Act devant le United States Copyright Office. Cette loi ayant pour objectif de criminaliser la production et la diffusion non autorisées de technologies, de dispositifs ou services relatifs aux œuvres protégées par les droits d’auteur. Finalement, et sa chaine en est le résultat, la réglementation finale permet l’utilisation de courts extraits cinématographiques à des fins de critique.

  • Culture mainstream et sexisme 🎬 

Après le mouvement #Metoo, l’oppression patriarcale à Hollywood, ayant lieu dans les coulisses comme sur scène, paraît au grand jour. Néanmoins il reste à déconstruire les vieux carcans d’un cinéma fait par des hommes pour des hommes — le male gaze — et qui véhiculent ce sexisme dans la culture populaire. Selon la doctorante Héloïse Michaud dans Antiféminismes et masculinismes d’hier et d’aujourd’hui : « Pour les féministes, la tâche est double : il faut lutter à la fois contre le patriarcat et réfuter les représentations négatives sur le féminisme, produites par l’hétéronormativité et retransmises par les médias et la culture populaire. » Une culture populaire qui a marqué les masses et les générations, autrement dit une culture mainstream contre laquelle s’élève la voix de nouveaux médias comme youtube.

L’UNESCO défend une position claire : la culture est un puissant allié pour réaliser l’égalité des genres et édifier des sociétés plus durables et inclusives. McIntosh passe donc par la culture et les nouveaux médias pour penser l’égalité des genres et déconstruire la culture mainstream imprégnée de sexisme. Il donne aussi des conseils aux hommes pour agir contre le sexisme et le harcèlement sexuel. Un combat féministe qu’il mène de front et dont on a besoin !

Si vous ne le connaissez pas encore n’hésitez pas à regarder de nouveau les plus grands classiques cinématographiques de votre enfance et adolescence grâce à l’œil vif du critique Jonathan McIntosh. À vous ensuite avec toutes ces clés de vous faire votre propre avis !

Cet article n’engage que son auteure !

Article de Mariette Boudgourd

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[Le Patrimoine naturel de l’UNESCO : le parc national des Virunga]

Premier parc national créé en Afrique et inscrit sur la Liste du patrimoine mondial depuis 1979, le parc national des Virunga subit aujourd’hui de nombreuses attaques armées qui menacent son intégrité.

Le parc national des Virunga, qui se situe en République démocratique du Congo, à la frontière avec l’Ouganda et le Rwanda, s’étend sur plus de 790 000 ha. Créé en 1925 afin de protéger les gorilles de montagne, le parc a rejoint la liste du patrimoine mondial en péril en 1994 et a été désigné site Ramsar (appellation regroupant les zones humides d’importance internationale) en 1996. A l’origine instauré sous le nom de parc Albert, il a progressivement été agrandi jusqu’à atteindre sa superficie actuelle.

Le parc est aujourd’hui partagé en trois secteurs principaux : les Montagnes des Virunga au Sud, le lac Édouard et les plaines au centre, et le bassin de la Semliki ainsi que les Rwenzori au Nord. On y trouve ainsi une grande diversité d’habitats, qui vont des rivières fréquentées par les hippopotames aux neiges éternelles du Rwenzori à plus 5 000 mètres d’altitude, en passant par les marécages, les steppes, les plaines de lave et les savanes. Dans ces dernières vivent des gorilles de montagne, espèce emblématique du parc, mais également des gorilles de Grauer et des chimpanzés de l’est.

Critères de sélection :

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, un site doit satisfaire à au moins un des dix critères de sélection. Le parc national des Virunga en satisfait trois.

  • Critère (vii) : représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.

Les paysages de montagne du parc sont les plus spectaculaires d’Afrique. Tandis que les monts enneigés Rwenzori présentent des reliefs tourmentés, les volcans du massif des Virunga sont couverts d’une végétation afro-alpine de fougères arborescentes. D’autres panoramas spectaculaires sont présents, comme les vallées érodées des régions de Sinda et d’Ishango.

  • Critère (viii) : être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification.

Le Parc national des Virunga est situé au centre du Rift Albertin, dans la Vallée du Grand Rift. L’activité tectonique a fait émerger le massif des Virunga : sept de ses volcans sont situés dans le Parc, dont les deux plus actifs d’Afrique, à savoir le Nyamuragira et le Nyiragongo. Le secteur nord du Parc inclut environ 20 % des monts Rwenzori, qui forment la plus vaste région glaciaire d’Afrique.

  • Critère (x) : contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation.

Le Parc national des Virunga possède une très grande diversité de plantes et d’habitats grâce à ses variations d’altitude, ce qui en fait le premier parc national africain en termes de diversité biologique. On y retrouve par exemple plus de 2 000 plantes supérieures, dont 10% sont endémiques au Rift Albertin. Mais le parc comptabilise également plus de 200 espèces de mammifères, 700 espèces d’oiseaux et 100 espèces de reptiles. Enfin, divers ongulés rares tels que l’okapi vivent dans le parc.

Gestion du site :

Divers problèmes de gestion subsistent, notamment au niveau la délimitation des différentes zones ou de la surveillance renforcée du parc, qui permettrait de réduire le braconnage, la déforestation et les activités des groupes armés. Le parc national des Virunga est géré par l’Institut congolais pour la conservation de la nature, dont de nombreux agents sont morts en service. Comme le rapporte le site de l’UNESCO, plus de 200 rangers ont perdu la vie en protégeant ce site : en avril 2020 par exemple, une attaque armée a fait 17 morts et trois blessés graves.

L’intégrité du parc se retrouve en outre menacée par la présence de plusieurs gisements de pétrole. Un documentaire produit par Leonardo DiCaprio, Virunga, est d’ailleurs sorti en 2014 sur Netflix afin de dénoncer la compagnie pétrolière Soco International, qui avait entrepris des forages sous le Lac Edouard et tenté de corrompre des gardiens du parc.

Enfin, les infrastructures du parc doivent être renforcées afin de protéger les espèces rares et menacées de manière plus efficace et l’établissement de zones tampons devient nécessaire à cause de la croissance démographique humaine. L’idée de promouvoir le tourisme dans le parc gagne ainsi de l’importance ces dernières années, car celui-ci pourrait contribuer au financement régulier du site et lui garantir des ressources suffisantes pour le protéger à long terme.

Sources : Parc national des Virunga, L’UNESCO apporte un soutien crucial à la biodiversité dans les situations d’urgence, L’UNESCO condamne la nouvelle attaque meurtrière au Parc national des Virunga, en République démocratique du Congo, Netflix.

Cet article n’engage que son auteure.

Mathilde VARBOKI

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[Le patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: Les îles atlantiques brésiliennes]

La majorité des îles atlantiques brésiliennes ont été découvertes par des navigateurs durant l’exploration du Brésil au cours du XVIème siècle.  Ces îles sont restées aux mains du Portugal jusqu’à l’indépendance du Brésil en 1822. Elles faisaient donc partie intégrante du territoire et étaient utilisées dans un jeu de pouvoir et de richesse. Cependant, elles ont souvent été abandonnées car les explorateurs avaient du mal à s’y installer à cause de leur enclavement et de leur nature assez hostile. En effet, selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, une île est une « étendue naturelle de terre entourée d’eau qui reste découverte à marée haute »: c’est donc un espace enclavé et isolé, difficile d’accès et aux flux faibles en vue de sa localisation.

Fernando de Noronha

Cependant, si lors de leur découverte certaines îles atlantiques brésiliennes étaient hostiles, aujourd’hui elles sont classées au Patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est le cas des îles de Fernando de Noronha et de l’atol das Rocas, situées à 150km l’une de l’autre et classées depuis 2001. Ces dernières se caractérisent par leurs paysages idylliques et la richesse de leur faune et flore. Cette richesse est rendue possible grâce à leur insularité, qui permet le développement animal loin du littoral urbanisé. En effet, les eaux environnantes sont très riches et peuplées de diverses espèces aquatiques telles que le thon, le requin, le dauphin ou encore la tortue et d’autres mammifères marins. Ces îles abritent également la plus grande concentration d’oiseaux marins tropicaux de l’océan Atlantique Ouest, et sont plus peuplées par les animaux que par les humains. Ainsi, l’atol das Rocas est considéré comme le deuxième site de reproduction le plus important du Brésil.

Les îles atlantiques brésiliennes sont toutes différentes par leurs formations et leur relief, et varient entre formation volcanique et sédimentaire. En revanche, leur climat est assez similaire puisqu’elles se situent toutes dans un cadre océanique, au milieu de l’océan, et donc exposées aux vents et aux marées. Elles sont pour la majorité assez humides et venteuses une partie de l’année, puis sèches l’autre moitié. C’est le cas de Fernando de Noronha, qui possède un climat tropical d’une température variant de 18 à 31° avec une moyenne de 25° sur l’année. La pluviosité est de 1318 mètres avec deux stations pluvieuses en juillet, une période sèche en octobre et en décembre. Son climat est ressemblant à celui du Nordeste puisqu’elle se situe au large du Rio grande do Norte.

Critères de séléction:

  • Critère vii (représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles): Située au large de Fernando de Noronha, la baie des dauphins est l’un des espaces qui regroupe le plus de dauphins au monde. De plus, les plages de ces deux îles sont également caractérisées comme les plus belles au monde et offrent des paysages spectaculaires.
  • Critère ix (être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins): Les réserves de Fernando de Noronha et de l’atol das Rocas représentent plus de la moitié des eaux côtières insulaires de l’Atlantique Sud, et regroupent une quantité importante de faune et de flore marine et terrestre. Elles sont importantes dans la reproduction et la colonisation des espèces marines dans toute l’Atlantique tropical austral.
  • Critère x (contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation): Les réserves de ces îles atlantiques sont essentielles dans la préservation de la biosphère et des espèces menacées, comme la tortue à écailles. Ce sont également sur ces îles que se trouve la seule mangrove océanique de l’Atlantique Sud.
Fernando de Noronha

Ainsi, les différents critères qui déterminent l’inscription de ces îles atlantiques brésiliennes au Patrimoine mondial de l’UNESCO témoignent de la nécessité de leur protection. C’est « l’Institut Chico Mendes de Conservation de la Biodiversité (ICMBio), organisme fédéral autonome rattaché au Ministère de l’environnement », qui est chargée de la gestion et de la conservation du site.

Cependant, même si ces îles sont très protégées, elles restent menacées par le tourisme de masse (principalement à Fernando de Noronha) et la surpêche (Atol das Rocas). En effet, l’île de Fernando de Noronha est très connue d’un point de vue touristique, que ce soit à niveau national et international, et voit son flux de touristes augmenter depuis une décennie. Si les touristes sont régulés, il faut toutefois continuer à y appliquer des mesures renforcées pour préserver cette biosphère. L’atol das Rocas, quant à elle, est interdite à la visite du public puisqu’elle est reservée à la protection de la faune et la flore, ainsi qu’à la recherche. Elle est surveillée par la Marine et les Forces aériennes brésiliennes, notamment par rapport aux activités de pêche.

Article écrit par Marina Deynat

Cet article n’engage que son auteur

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[Rubrique culturelle : à la découverte du Jardin des Tuileries et de ses statues]

Ce vendredi, la rubrique culturelle vous invite à redécouvrir le Jardin des Tuileries, un lieu historique et emblématique de la capitale. 

Le Jardin se situe dans le premier arrondissement de Paris, au cœur d’un quartier riche en histoire, puisqu’il est entouré du palais du Louvre (sud-est), de la rue de Rivoli (nord-est) et de la place de la Concorde (nord-ouest). Il s’étend sur 25,5 hectares, faisant de lui le plus important jardin à la française de la capitale. 

Le Jardin des Tuileries tient son nom d’anciennes tuileries  (fabriques de tuiles) qui se tenaient à l’endroit où fut édifié le palais des Tuileries en 1564. Catherine de Médicis commanda cette ancienne résidence royale et impériale, aujourd’hui disparue suite à un incendie durant la Commune de Paris en 1871. Actuellement, le jardin du Carrousel se situe en partie à l’emplacement de l’ancien palais des Tuileries. 

Le Jardin des Tuileries était ainsi à l’origine un jardin à l’italienne commandé par Catherine de Médicis en même temps que le palais. Un siècle plus tard, en 1664, Louis XIV et Jean-Baptiste Colbert souhaitent repenser le parc pour en faire un jardin à la française. La mission est confiée à André Le Nôtre, jardinier de Louis XIV, qui s’occupe de réaménager le lieu. 

Le Jardin a été témoin de nombreux événements historiques comme la prise des Tuileries du 10 août 1792 ou encore la Commune de Paris en 1871. Ce lieu de promenade et de culture accueille du public depuis plusieurs siècles. Celui-ci peut admirer les bassins et les nombreuses statues de maîtres dont le parc regorge. 

Depuis 1914, le Jardin des Tuileries est classé au titre des Monuments Historiques.

Partez à la découverte des richesses de ce jardin emblématique de Paris et de son histoire ! Le visiteur peut notamment découvrir des  statues, copies ou originales, de différentes époques. 

Des animaux, des personnages célèbres comme César, Périclès ou Spartacus, mythologiques comme Diane ou Hercule, ou encore des allégories telles « La Seine et la Marne » ou « L’Automne » : ce sont des dizaines de sculptures que vous pourrez découvrir ! 

Quelques exemples de statues à observer : 

La statue « L’Automne ou Vertumne », faite de marbre, se trouve près du bassin octogonal du parc. François Barois (1656-1726), sculpteur sous Louis XIV, l’a sculptée en 1696. Il s’agit aujourd’hui d’une copie de l’œuvre originale installée dans le Musée du Louvre depuis 1993.

La statue de marbre « Thésée combattant le Minotaure », sculptée entre 1821 et 1827, se situe à proximité du bassin rond. Elle est l’œuvre du sculpteur français Etienne-Jules Ramey (1796-1852). 

La statue en marbre, « Le serment de Spartacus » se trouve près du grand bassin rond. Elle a été sculptée par Louis-Ernest Barrias (1841-1905) en 1869-1871. Spartacus était un gladiateur thrace qui fut à l’origine de la plus importante rébellion d’esclaves contre la République romaine, entre 73 et 71 av. J.-C, appelée la troisième guerre servile. 

La statue d’Eve a été réalisée en 1881 par Auguste Rodin, l’un des plus importants sculpteurs français de la seconde moitié du XIXe siècle. Elle se trouve le long de l’Orangerie du Jardin des Tuileries, du côté nord. La statue « Le Baiser », du même artiste est également visible sur le côté droit du Jardin des Tuileries, face à l’Orangerie. Vous pouvez découvrir d’autres sculptures de Rodin au musée éponyme. Pour en savoir plus : http://unesco.sorbonneonu.fr/idee-sortie-le-musee-rodin/ .

( Les photographies sont issues du site Paristoric, où vous pouvez retrouver l’ensemble des statues du Jardin.)

Où : Jardin des Tuileries, 75001.

Accès libre. 

Comment s’y rendre

Métro : Tuileries (ligne 1)

Bus : 72, arrêt Tuileries

Cet article n’engage que son auteure. 

Article rédigé par Agathe Passerat de La Chapelle. 

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[Portraits de personnalités inspirantes : Malala Yousafzai]

Peut-être avez-vous déjà entendu son nom lié à un record mondial : Malala est la plus jeune personne à avoir jamais obtenu un prix Nobel de la paix. Elle avait alors 17 ans, et aujourd’hui elle lutte toujours pour la cause qui lui a permis d’obtenir cette haute distinction : l’éducation des filles.

    Quand Malala Yousafzai voit le jour, le 12 juillet 1997, sa naissance est perçue pour beaucoup de Pachtounes autour d’elle comme une mauvaise chose. Pour ce peuple dont elle fait partie, et qui habite dans la vallée du Swat au Pakistan, naître fille provoque une déception chez les parents. Mais pas pour ceux de Malala, qui tacheront toujours de l’élever comme égale aux hommes. C’est d’ailleurs au sein de la Kushal Public School  qu’elle va grandir. Cette école fondée par son père est un univers où apprendre est la norme, pour les filles comme pour les garçons, et sur un pied d’égalité. Malala est première de la classe, même si elle est en compétition avec sa meilleure amie pour avoir les meilleures notes, et elle prend aussi le temps d’aider les élèves qui ont le plus de difficultés.

    Alors, quand en 2007 le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), c’est-à-dire ceux qu’on appelle les talibans, envahissent la vallée du Swat et déclarent que les femmes ne doivent pas recevoir d’éducation, le message ne passe pas. Les écoles pour filles prennent feu une à une, sous les regards indignés de Malala et de sa famille. En acte de rébellion, pour lutter contre ces fermetures d’école, et sous l’impulsion de son père, Malala ouvre un blog pour la BBC. À 11 ans, sous le pseudonyme  “Gul Makai”, elle raconte donc sa vie de fille pakistanaise sous l’occupation talibane dans le  Journal d’une écolière pakistanaise

    Mais la pression des talibans se fait trop forte, et Malala et sa famille sont contraints de fuir leur région. Ils reviennent à Mingora, leur ville d’origine, quelques mois plus tard, une fois le TTP repoussé hors de leur région par l’armée pakistanaise. Malala est perçue comme une héroïne à son retour et son école prend même son nom. Mais la menace islamiste rôde toujours, et le 9 octobre 2012, son destin bascule définitivement. Elle se fait attaquer sur le chemin de l’école et reçoit une balle dans la tête. Malala est plongée dans le coma et évacuée en Angleterre avec sa famille. Son histoire provoque une vague de soutien mondial, et elle crée la même année le Fonds Malala pour continuer son combat à une échelle internationale. À peine est-elle sortie de l’hôpital, que le 12 juillet 2013, jour de ses 16 ans,  elle prononce un discours devant l’assemblée générale de l’ONU, où elle déclare notamment « [Les talibans] pensaient qu’une balle pourrait nous réduire au silence mais ils ont échoué […] et du silence sont sorties des milliers de voix. ». et « Les extrémistes ont peur des livres et des stylos. Le pouvoir de l’éducation les effraie.»  À l’occasion, le “Malala day” est créé par les Nations Unies : tous les 12 juillet seront l’occasion de célébrer le droit à l’éducation, et en particulier celui des filles. 

    Depuis ce jour, Malala Yousafzai est une icône féministe de la lutte pour l’éducation, et elle est consacrée en 2013 par le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit du Parlement européen, et par le prix Nobel de la paix en 2014.

    Malala Yousafzai écrit en 2013  le livre Moi, Malala je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans, en collaboration avec Christina Lamb, et est aujourd’hui, depuis 2020, diplômée de l’université d’Oxford. Comme sa famille, elle vit toujours en Angleterre et rêve d’un jour pouvoir retourner dans sa région natale dont elle est séparée depuis 2012 par les menaces qui planent sur sa vie.

Pour participer à son combat : https://malala.org/

Article de Cléa Brunaux.

Cet article n’engage que son auteure.

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