[Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : l’île volcanique et les tunnels de lave de Jeju]

Surnommée la Hawaii de l’Orient, l’île sud-coréenne de Jeju se distingue grâce à ses 360 cônes volcaniques, ses “grands-pères de pierre” (dol hareubang) et ses tunnels de lave.

L’île volcanique et les tunnels de lave de Jeju ont été inscrits au patrimoine mondial naturel de l’UNESCO en 2007. Le bien, qui se situe au sud de la péninsule coréenne, comprend trois sites s’étendant sur 18 846 ha. On y retrouve un réseau de tunnels creusés dans la lave (Geomunoreum), ainsi qu’un cône de tuf, une roche tendre résultant de la consolidation de débris volcaniques (Seongsan Ilchulbong). Il y a également le volcan éteint Hallasan, le plus haut sommet de Corée, qui s’élève à 1 950 mètres d’altitude et dont le cratère (Baengnokdam) est un lac formé il y a plus de 25 000 ans. 

Si l’île de Jeju est d’une beauté extraordinaire et témoigne des processus de l’histoire de notre planète, l’accessibilité aux formations volcaniques contribue à la connaissance du volcanisme mondial. En effet, ses tunnels de lave, qu’on désigne aussi sous le nom de volcans latéraux, se jettent dans des grottes qui sont parmi les plus grandes du monde. Celles-ci offrent des possibilités de recherche scientifique tout en attirant de nombreux touristes. Enfin, aux alentours de la ville de Seogwipo se trouve une ceinture de roches en forme de colonnes, exemple de la beauté naturelle de l’île.

Critères de sélection :

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, un site doit satisfaire à au moins un des dix critères de sélection. L’île volcanique et les tunnels de lave de Jeju en satisfont deux.

  • Critère (vii) : représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.

Les tunnels de lave du volcan sont considérés comme le plus beau réseau de grottes de ce type au monde. Il offre aux visiteurs un spectacle multicolore que ce soit sur les sols, les plafonds ou les murs de lave. Quant au Hallasan, ses textures et ses couleurs changent au fil des saisons. L’esthétique du lieu est renforcée par les cascades, les falaises et les colonnes rocheuses.

  • Critère (viii) : être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification.

Le volcan de l’île de Jeju est un des rares volcans boucliers du monde édifié sur une plaque continentale stationnaire et au-dessus d’un point chaud. Le bien comprend de nombreuses concrétions secondaires carbonatées telles que des stalactites. Le cône de tuf en fait quant à lui un site de classe mondiale pour la connaissance des éruptions volcaniques du type surtseyen.

Gestion du site :

Il n’y a actuellement pas de problème en ce qui concerne la gestion du site : le bien est géré convenablement et dispose de ressources financières suffisantes. On peut tout de même préciser que l’administration en charge du site doit veiller à éviter les impacts agricoles sur le milieu souterrain et gérer le nombre croissant de visiteurs.

L’UNESCO songe à agrandir le bien afin d’y inclure d’autres réseaux de tunnels de lave ainsi que d’autres formations volcaniques de Jeju.

Sources : Île volcanique et tunnels de lave de Jeju, Jeju, une île de légendes, de volcans et de sirènes, L’Île volcanique et tunnels de lave de Jeju, Corée du Sud, Visite virtuelle de Jeju

Cet article n’engage que son auteure.

Article écrit par Mathilde VARBOKI

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[Le Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne]

Le bien, situé au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes au centre de la France, fait partie du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne. Âgé de 35 millions d’années, né au moment de la formation des Alpes, il s’agit d’un élément emblématique du rift ouest-européen. Le site comprend « la longue faille de Limagne, l’alignement panoramique des volcans de la Chaîne des Puys ainsi que le relief inversé de la Montagne de la Serre ». S’étendant sur 24 223 hectares, le bien est inscrit en 2018 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le haut lieu tectonique de la Chaîne des Puys témoigne des processus caractéristiques de la rupture continentale et montre comment « la croûte continentale se fissure puis s’effondre, permettant au magma profond de remonter et entraînant un soulèvement généralisé à la surface. ». Le bien donne ainsi à voir un élément fondamental de l’histoire de la Terre et de sa formation.


Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne. Photographie de Pierre Soissons. whc.unesco.org/fr/documents/129608

Critères de sélection : 

Le Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne a été sélectionné sur la base du Critère (viii) du patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : 

Critère VIII : « être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la Terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ».

Le haut lieu tectonique de la Chaîne des Puys, témoigne d’un phénomène essentiel de l’histoire de la Terre. Il illustre la rupture continentale (rifting) qui représente l’une des cinq principales étapes de la tectonique des plaques. Les formes géologiques diverses se trouvant dans le site du Haut lieu tectonique Chaîne des puys – faille de Limagne, témoignent des étapes successives du processus de rift :  « un plateau continental ancien (le plateau des Dômes), qui s’est étiré, fracturé et effondré (le long de la faille de Limagne) » selon le site de la Chaîne des Puys. La dérive continentale, qui se manifeste à travers la tectonique des plaques, a façonné la surface de notre planète : des océans aux continents. Selon l’UNESCO, le site concentre des phénomènes géologiques et géomorphologiques majeurs d’ une «  importance mondiale démontrée par son caractère exhaustif, sa densité et son expression ». Le bien est réputé depuis le 18e siècle pour l’étude des processus géologiques. La Chaine des Puys permet notamment d’observer une chaîne de volcans aux formes diverses, résultat de la remontée des magmas par les fissures créées par le rift. Le site est très important pour l’étude des phénomènes volcaniques. 

Chaîne des Puys: Coulée de basalte dénudée de la Montagne de la Serre, vue Est. Photographie prise par Hervé Monestier. whc.unesco.org/fr/documents/141208

Gestion du bien : 

Le bien reste relativement préservé des impacts anthropiques qui ne compromettent pas l’intégrité  et la valeur géologique du Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne. Depuis plus de 100 ans, le site est soumis à des mesures de protection et de gestion. Les menaces principales auxquelles fait face le bien restent potentielles et sont, selon l’UNESCO,  « les carrières, l’urbanisation, l’empiètement de la forêt masquant les caractéristiques géologiques et l’érosion des sols liée à l’action anthropique ». Un plan de gestion du lieu a été mis en place afin de le préserver des risques anthropiques.

Le bien fait également partie intégrante du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne et bénéficie de fait d’un cadre de gestion.

Article de Agathe Passerat de La Chapelle 

Cet article n’engage que son auteure. 

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[Le Patrimoine naturel de l’UNESCO : le parc national du Vatnajökull]

Créé en 2008, le parc national du Vatnajökull est une région volcanique emblématique de l’Islande, qui couvre 14% de l’île. Ce bien de 1 482 000 ha, dont 85% est classé comme une zone de nature sauvage, est le plus grand parc national d’Europe.

Le bien est traversé par la zone volcanique orientale et la zone volcanique septentrionale, deux zones de rift qui compensent le l’écartement des plaques tectoniques, de 19 mm chaque année. On compte en effet dix volcans dans le parc, dont huit sont sous la glace et sont parmi les plus actifs d’Islande. Lorsque ces derniers interagissent lors d’une éruption avec les fissures de la calotte glaciaire du Vatnajökull (qui recouvre environ 780 000 ha), la rupture de la marge du glacier provoque une inondation : le Jökulhlaup. Apparaissent alors des plaines de sable, des réseaux fluviaux et des canyons, phénomène unique au monde.

Dettifoss sous la neige fin avril.

En dehors de la calotte glaciaire, on retrouve logiquement des champs de lave, mais aussi des montagnes et des roches volcaniques formées lors des éruptions fissurales (hyaloclastites). C’est de ce phénomène qu’est née l’expression attribuée au parc, “la nature dynamique du feu et de la glace”. Ce système a permis la création de reliefs dynamiques et variés sur le plan géologique, qui sont actuellement sous-représentés ou absents de la Liste du patrimoine mondial, d’où l’importance du parc. 

La protection de ce bien est plus que jamais d’actualité : si la calotte glaciaire du Vatnajökull a atteint sa plus grande extension à la fin du XVIIIe siècle, elle est aujourd’hui menacée par le réchauffement climatique mondial.

Si le parc abrite de nombreuses espèces (rennes, phoques, plantes vasculaires…), il faut savoir que ces zones volcaniques abritent également une faune propre aux eaux souterraines, qui a survécu à la période glaciaire. On retrouve également des organismes unicellulaires dans ce milieu inhospitalier qui reproduirait les conditions de la Terre à ses débuts, ainsi que des satellites de glace de Jupiter et Saturne.

Le Hvannadalshnjúkur, plus haut sommet d’Islande situé au sud de la calotte du Vatnajökull.

Critères de sélection :

Le parc national du Vatnajökull a été inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2019, sur un critère.

Critère (viii) : “être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géo-morphiques ou physiographiques ayant une grande signification”

En effet, la coexistence d’un rift océanique actif émergé, d’une remontée de roches chaudes et d’une calotte glaciaire de cette taille, est inédite et fait du parc un bien unique. Les paysages y sont variés et présentent des caractéristiques à la fois tectoniques, glacio-volcaniques et volcaniques. Ces dernières ont d’ailleurs servi de comparatifs pour étudier la planète Mars. Les caractéristiques du bien étant facile d’accès, elles font l’objet d’un intérêt scientifique important : pas moins de 281 articles scientifiques ont été publiés sur le parc ces dix dernières années. 

Paysage montagneux des hauteurs de Kjós, près de Skaftafell.

Gestion du site :

Dans la mesure où le site est classé zone de nature sauvage, il n’y a pas eu de développement humain destructif dans les limites du bien : seuls quelques employés du parc y vivent à l’année.

La plus grande partie du bien est protégée par la Loi sur le Parc national du Vatnajökull. Plusieurs autres lois nationales importantes sont en vigueur pour assurer sa protection. L’agence gouvernementale du Parc national du Vatnajökull, principale responsable de l’application de la législation sur le parc, est soutenue par le Gouvernement de l’Islande, les municipalités locales et les entreprises. Les zones ajoutées au parc national depuis 2013 sont progressivement intégrées dans les dispositions de gestion. 

Le budget du parc, dont 30% provient de ses recettes, est principalement financé par le gouvernement central. Le Fonds de protection des sites touristiques et l’organisation à but non lucratif des Amis du Vatnajökull participent également à son financement.

Enfin, la gestion du parc s’avère difficile dans la mesure où il s’agit d’une zone où les risques naturels sont communs. Il faut en outre protéger le site de l’usure, empêcher les activités illégales et contrôler le flux de visiteurs, qui ne cesse de croître chaque année.

La fissure volcanique d’Eldgjá.

Sources : Parc national du Vatnajökull, Parc national du Vatnajökull – la nature dynamique du feu et de la glace

Cet article n’engage que son auteure.

Mathilde VARBOKI

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[Le patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: les îles Phoenix]

Pour le premier avril, nous vous proposons de découvrir une nouvelle zone maritime protégée, réputée pour les poissons qu’elle contient : l’aire protégée des îles Phoenix. 

Si la grande barrière de corail est la plus célèbre zone maritime protégée du globe, l’aire protégé des îles Phoenix est quant à elle « la plus grande zone maritime protégée au monde ». Recouvrant 408 250 km², elle se compose de huit îles, de récifs submergés et des eaux environnantes, ce qui correspond à 12% du territoire kiribatien, dans l’Océan Pacifique sud.

Crée en 2006 dans l’espoir d’encourager la communauté internationale à protéger l’environnement, l’aire des îles Phoenix a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2010.

L’aire protégée des îles Phoenix est interdite à toute exploitation de ses ressources, ce qui lui a permis de conserver « un des derniers écosystèmes intacts d’archipel corallien océanique de la planète ». En effet, on y retrouve 200 espèces de coraux, 500 espèces de poissons, 18 espèces de mammifères marins et 44 espèces d’oiseaux : poissons requins, tortues de mer, crabes de cocotier… 

Le site contient également 14 monts sous-marins, qu’on suppose être des volcans éteints. Ceux-ci font jusqu’à 4 500 mètres d’altitude et 6 000 mètres de profondeur.

Grâce à son isolement, l’aire des îles Phoenix est ainsi un site unique en terme de biogéographie, dans la mesure où il s’agit d’un habitant crucial pour les espèces migratoires et les courants océaniques de la région.

© Conservation.org

Critères de sélection : 

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, un site doit satisfaire à au moins un des dix critères de sélection. L’aire protégée des îles Phoenix en satisfait deux.

Critère (vii) : représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.

L’Aire protégée des îles Phoenix est une étendue sauvage inhospitalière à la colonisation humaine, minimisant ainsi l’impact des activités humaines. La nature quasiment vierge, la clarté des fonds marins, le spectacle des groupes d’espèces charismatiques, les récifs coralliens d’une beauté exceptionnelle et les concentrations d’oiseaux marins, font de ce bien un véritable kaléidoscope d’une beauté naturelle exceptionnelle, dont l’importance est planétaire.

Critère (ix) : être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins.

En tant que lieu de reproduction de nombreuses espèces terrestres et marines, et grâce au haut niveau de biodiversité qui lui est associé, l’aire protégée des îles Phoenix contribue fortement au développement des écosystèmes marins et des communautés végétales et animales de la planète. Ce bien est d’une importance scientifique majeure dans l’identification et le suivi des processus d’évolution du niveau de la mer, les taux de croissance et l’âge des récifs et des coraux constructeurs de récifs et dans l’évaluation des effets du changement climatique.

Gestion du site :

Sur le plan juridique, l’aire des îles Phoenix est protégé en vertu d’un règlement de 2008 qui définit clairement son périmètre, établit son comité de gestion et s’efforce de mettre en place d’un plan de gestion. Le gouvernement de Kiribati s’engage fermement à garantir un système de gestion durable et adapté aux conditions d’un petit État insulaire en développement, notamment en sanctionnant des bateaux de pêche illégale.

Kiribati s’engage à poursuivre le renforcement des capacités de gestion, notamment en matière de surveillance et de respect de la législation, à travers des partenariats régionaux, nationaux et locaux. Le gouvernement de Kiribati veille également à ce que l’interdiction de pêcher dans la région soit respectée.

Les partenaires, comme Conservation International et l’Aquarium de New England, s’engagent quant à eux à assurer la création, le financement global et le fonctionnement du fonds de soutien en faveur du bien. 

Cet article n’engage que son auteure.

Mathilde VARBOKI

Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aire_prot%C3%A9g%C3%A9e_des_%C3%AEles_Ph%C5%93nix, https://whc.unesco.org/fr/list/1325/

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[Chronique scientifique, le Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: L’Archipel de Socotra]

Un paysage de dragonniers © honzakrej / Adobe Stock

Voici celui que l’on nomme les « Galápagos de l’Océan Indien », en raison de sa biodiversité parmi les plus particulières et les plus riches de notre planète : l’Archipel de Socotra.

Présentation et histoire

Aussi appelé « l’île extraterrestre » au vu de sa singularité, l’archipel de Socotra est un ensemble d’îles appartenant au Yémen, situé à une centaine de kilomètres au large de l’Afrique de l’Est en mer d’Arabie entre la Somalie et le Yémen. S’étendant sur 250 kilomètres, il est composé de deux îlots rocheux baptisés Sabuniyah et Ka’l Firawn et de quatre îles, dont la plus remarquable est l’île de Socotra, aux côtés d’Abd al-Kuri, Darsah et Samha.

D’origine continentale, il se sépare du supercontinent Pangée, plus précisément du Gondwana, il y a un peu moins de 20 millions d’années (un battement de cils), et n’a depuis de cesse de fasciner les chercheurs par le trésor que constitue sa biocénose¹ unique et  cachotière.  En 1990, un groupe de scientifiques des Nations Unies se rend sur l’île afin d’en étudier l’écosystème. Le verdict est sans appel: c’est environ 700 espèces endémiques à cette région qui y sont découvertes, dont l’emblématique Dragonnier de Socotra. Un décor tiré d’un film de science-fiction qui fera se demander aux plus sceptiques s’ils n’ont pas changé de planète.

¹: ensemble des êtres vivants qui peuplent un même environnement.

Nature of the Socotra Archipelago, Yemen

Une autre expédition de taille a été menée en 2008 par un groupe d’archéologues russes, afin cette fois-ci de se pencher sur les mystères des civilisations de l’île. Beaucoup d’outils préhistoriques appelés “chopping tools” y ont été trouvés. 

Les chopping tools sont des outils façonnés dans la pierre, dont on obtient le tranchant en créant des éclats sur les deux faces (de l’anglais to chop /ˈtʃɒp/ : hacher). Ils sont caractéristiques des plus anciennes civilisations africaines de la période Oldowan. Ces petits outils nous révèlent donc que les premiers hommes ayant foulé la terre secrète de Socotra l’auraient fait il n’y a pas moins d’1,7 millions d’années… 

Aujourd’hui, c’est à peu près 50 000 habitants qui vivent au sein de l’archipel, dont la ville majeure est Hadiboh sur l’île de Socotra. Il n’y a aucun résident permanent sur les trois autres îles. 

La mémoire de l’île est ancrée dans une tradition poétique ancestrale. Chaque année, un concours de poésie y est organisé par la population socotrane. Le premier artiste reconnu fut une femme au 9ème siècle, la poétesse Fatima Al-Suqutriyya, surnommée Al-Zahra (la brillante). Aujourd’hui encore, elle reste une figure emblématique de la culture yéménite.

De par son climat hostile, majoritairement semi-aride sur les zones de basse altitude et tropical sur les hauteurs, l’agriculture y est compliquée, si bien que l’économie de l’île repose essentiellement sur la pêche et l’élevage de bovins et de chèvres. Les habitants et leur mode de vie simple font de leurs îles un endroit incroyablement préservé, au niveau de conservation sans égal, où les hommes vivent en osmose avec leur environnement et lui vouent un respect olympien. 

Situé à la sortie du golfe d’Aden se jetant dans la mer d’Arabie, c’est aussi un emplacement stratégique pour le commerce et les échanges maritimes depuis l’Antiquité. Préservé des conflits géopolitiques de la région comme la guerre civile sévissant au Yémen continental, l’archipel ne reste pas moins un point névralgique convoité du Moyen-Orient, notamment par les Emirats Arabes Unis. Plusieurs opérations ont été menées par la communauté internationale pour militariser et protéger la zone, comme l’Ocean Shield de l’OTAN ou l’opération Atalante de l’Union Européenne.

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Socotra old sea port | Valerian Guillot | Flickr

Critères de sélection 

L’Archipel de Socotra a été classé patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008 selon le critère suivant :

Critère (x) : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ».

Considérée comme une véritable Arche de Noé, Socotra se démarque par le nombre incommensurable d’espèces endémiques qu’elle abrite. C’est aussi un des endroits les mieux conservés de la planète, bien que peuplé. Son isolement géographique la coupant de tout, une faune et une flore incroyable s’y est développée, abritée des regards, mais somme toute, fragile. L’archipel est classé comme point chaud de la biodiversité de la corne d’Afrique (ou Hotspot), c’est-à-dire comme zone biogéographique sensible et menacée qui regroupe un grand nombre d’espèces endémiques.

En effet, 37% de la flore, 90% des espèces de reptiles et 95% des espèces d’escargots terrestres évoluant sur cette île aux merveilles n’existent nulle part ailleurs. 22 zones clefs de conservation et de transit d’oiseaux marins et terrestres y ont été recensées. 75% de la superficie émergée représentent des sanctuaires naturels.

Enfin, en cette décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques, mettons à l’honneur la vie marine fabuleuse de Socotra et ses sanctuaires marins, regroupant 253 espèces de coraux constructeurs de récifs, indispensables pour la santé de nos océans, 730 espèces de poissons côtiers et 300 espèces de crabes, crevettes et langoustes dans les eaux turquoises de ses lagons vierges. 

Gestion de l’île

Aujourd’hui, la priorité est de protéger l’archipel de l’exploitation humaine et de la dégradation. Pour l’heure, l’île fabuleuse sous protection juridique a su garder son intégrité et ses ressources quasiment intactes, mais les Nations Unies veulent renforcer les législations pour en assurer la pérennité et évincer les menaces futures. Le tourisme non durable est également une menace pour l’île, bien que les moyens de rejoindre Socotra soient restreints, rendant sa fréquentation difficile. 

L’archipel bénéficie de plusieurs titres et programmes de protection.

Il figure sur la liste Global 200 du World wide Fund for Nature (anciennement WWF World Wildlife Fund), regroupant les 238 régions écologiques les plus représentatives de la biodiversité sur Terre, ou encore au programme marin de l’UNESCO, visant entre autre à évaluer les impacts du réchauffement climatique sur le patrimoine mondial marin et de suivre leur état de conservation.

➯Lecture annexée: Peut-on encore sauver Socotra, l’archipel yéménite du « sang-dragon » ? | National Geographic

sources: Archipel de Socotra – UNESCO World Heritage Centre, Socotra — Wikipédia (wikipedia.org)

Cet article n’engage que son auteure.

Léane YVOREL

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[Chronique scientifique, le patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : le parc national des Everglades]

Le 25 février 2021, l’UNESCO a publié une évaluation scientifique sur le rôle essentiel des sites marins du Patrimoine mondial, expliquant que le stockage de carbone du patrimoine mondial marin permettait en effet de conserver des milliards de tonnes de CO2 hors de l’atmosphère.

A cette occasion, nous avons décidé de vous présenter le parc national des Everglades aux Etats-Unis, qui abrite un des plus grands écosystèmes marins du monde mais qui est aujourd’hui menacé.

Présentation du parc national des Everglades :

Ce parc de 567 017 hectares, qui se situe à la pointe sud de la Floride, englobe 25% de la région marécageuse des Everglades et est la plus grande réserve de nature sauvage subtropicale du continent. Il a été déclaré réserve de biosphère en 1976, avant d’être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 et de devenir une zone humide d’importance internationale en 1987.

Le parc national des Everglades a vu le jour dans le but de protéger la région. En effet, depuis que celle-ci a commencé à être cultivée et urbanisée au XIXe siècle, ses écosystèmes ont souffert de l’activité humaine et de l’utilisation du cours du lac Okeechobee, qui alimentait à l’origine les marécages.

On retrouve plus de 740 espèces d’oiseaux, de mammifères, de poissons et reptiles dans le parc, dont 36 espèces menacées telles que le lamantin des Caraïbes ou le crocodile américain.

Critères de sélection :

Pour être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, un site doit répondre à au moins un des dix critères de sélection. Le parc national des Everglades en satisfait trois.

Critère (viii) : « être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ».

Le lit marin du parc a été englouti à la fin de la première période glaciaire et son substrat calcaire est l’une des zones de sédimentation carbonatée les plus actives du moment.

Critère (ix) : « être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ».

Le parc présente des écosystèmes d’une diversité unique aux Etats-Unis : zones humides subtropicales, marais d’eau douce, feuillus tropicaux, pins, forêts de mangroves, marais salants et algues marines. La chaîne alimentaire est également ininterrompue et on y trouve de nombreux prédateurs comme l’alligator, le crocodile ou la panthère de Floride.

Critère (x) : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ».

Grâce à la variété de ses habitats aquatiques, le parc est devenu le refuge de nombreux animaux, dont une vingtaine d’espèces rares, menacées et en péril. Il est également vital pour la reproduction de 400 espèces aviaires et forme un couloir de migration.

Gestion du parc :

Le Parc national des Everglades est géré en vertu de la Loi organique de 1916, qui a établi le Service des parcs nationaux aux Etats-Unis. Des lois fédérales complètent l’orientation générale du Congrès afin de protéger le parc et ses ressources.

Des partenariats sont mis en place avec différentes autorités comme la South Florida Ecosystem Restoration Task Force ou l’Everglades Coalition, qui sensibilise à la protection de l’environnement.

Le parc a été réinscrit sur la liste du patrimoine mondial en péril à la demande des Etats-Unis en 2010, car l’expansion agricole, le drainage, les incendies, la pollution de l’air et de l’eau perturbent les espèces végétales et animales présentes. Les mesures de gestion insistent donc principalement sur la mise en œuvre de projets de restauration des flux et d’amélioration de la qualité de l’eau.

Sources : https://fr.unesco.org/news/nouvelles-recherches-mettent-evidence-role-essentiel-sites-marins-du-patrimoine-mondial-lutte, https://whc.unesco.org/fr/list/76/ 

Cet article n’engage que son auteure.

Écrit par Mathilde VARBOKI.

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[ Chronique scientifique, le patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : Réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift ]

Classé en 2011 au patrimoine naturel mondial de l’Unesco, le réseau des lacs du Kenya
dans la vallée du Grand Rift regroupe trois lacs interconnectés : le Lac Bogoria, le Lac Nakuru et le Lac Elementaita ainsi que les territoires les entourant. Le site s’inscrit plus largement dans une succession de lacs traversant la vallée du Grand Rift (Ethiopie, Tanzanie, Kenya…), et orientés dans le sens nord-sud. Le réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift s’étend sur 32034 hectares. La vallée du Grand Rift correspond à un ensemble géologique situé en Afrique de l’Est et constitué d’une série de volcans et de failles. Son paysage particulier a été façonné par une succession d’épisodes tectoniques et volcaniques.
Les lacs, peu profonds, hébergent une riche biodiversité parfois menacée. Le site abrite
une grande diversité et concentration d’espèces d’oiseaux, notamment des flamants nains et des
pélicans blancs.

Lac Elementaita


Critères de sélection * :


Critère VII : « représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une
importance esthétique exceptionnelle ».
Le site présente une beauté naturelle exceptionnelle avec son paysage spectaculaire,
façonné par une succession d’épisodes géologiques. Il concentre également une profusion « de
chutes, de geysers, de sources chaudes, d’ eaux libres et de marais, de forêts et de pâturages
ouverts, avec pour décor le paysage de la vallée du Grand Rift » qui lui confère une richesse
naturelle. L’abondante biodiversité participe à ce cadre naturel harmonieux et la faune sauvage
offre une expérience exceptionnelle de la nature.


Critère IX : « être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et
biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de
plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ».
Le site concentre des processus écologiques et biologiques importants pour l’étude de
l’évolution et du développement des écosystèmes des lacs et de leur biodiversité. Ces lacs alcalins (pH est supérieur au pH neutre qui est de 7) produisant une immense quantité de
biomasse sont aussi d’intérêt scientifique international.


Critère X : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la
conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ».
Le réseau des lacs du Kenya dans la vallée du Grand Rift est le plus important site de
nourrissage de la planète pour les flamants nains et le principal site de reproduction et de
nourrissage pour les pélicans blancs dans la vallée du Grand Rift. Jusqu’à 4 millions de flamants
nains se déplacent entre les trois lacs la majeure partie de l’année. Le site participe à la
conservation de ces espèces et fait partie intégrante de « la route la plus importante sur la voie de migration Afrique-Eurasie, où des milliards d’oiseaux voyagent entre leurs sites de reproduction du nord et leurs sites d’hivernage d’Afrique » Il abrite par ailleurs de nombreux mammifères à l’image du rhinocéros noir, de la girafe de Rothschild ou encore du grand koudou.

*Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire à au moins un des dix critères de sélection de l’UNESCO. Pour retrouver les critères de sélection : https://whc.unesco.org/fr/criteres/


Gestion du site :


Le site classé fait face à des pressions et menaces extérieures de taille : sédimentation due à
l’érosion des sols, extraction accrue d’eau dans le bassin versant (qui augmente avec la
croissance démographique rapide de la région), expansion d’infrastructures, gestion des animaux sauvages, tourisme et pollution venue de la ville de Nakuru….
Chacun des trois lacs bénéficie « d’une protection juridique, de plans de gestion actualisés et
d’une présence satisfaisante pour appliquer les dispositions de gestion sur le terrain ». Les trois
lacs constituant le site classé sont par exemple inscrits sur la liste de Ramsar*.
La coopération transfrontalière est par ailleurs nécessaire pour la protection du bien puisque son fonctionnement (écosystèmes….) dépend en partie de la protection d’autres régions lacustres et de zones humides accueillant les espèces migratrices.

*La Convention de Ramsar, est relative aux zones humides d’importance internationale ( habitats des oiseaux d’eau…). Il s’agit d’un traité intergouvernemental adopté le 2 février 1971 qui sert de cadre à la conservation et à l’utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources.

Lesser Pink Flamingoes Phoenicopterus minor at Lake Nakuru Kenya East Africa

Lac Nakuru, Kenya. Image libre de droits.


Site : https://whc.unesco.org/fr/list/1060


Cet article n’engage que son auteure.
Ecrit par Agathe Passerat de La Chapelle.

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[Patrimoine mondial de l’UNESCO: Les paysages cariocas, entre océan, verdure et montagnes ]

Les paysages cariocas ont été les premiers à être classés en tant que paysages urbains par l’UNESCO. Cela peut se comprendre au vu de la beauté de la ville de Rio de Janeiro, et sa diversité paysagère qui se partage entre océan, verdure et montagnes.

La notion de paysage peut être assez vaste et l’on peut se demander si c’est l’entièreté de la ville de Rio de Janeiro qui est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO ou seulement quelques éléments, puisqu’en soit, comme tout espace, elle est composée de nombreux paysages. Selon Géoconfluences un paysage est  » l’étendue d’un pays s’offrant à l’observateur. Derrière cette définition qui peut paraître simpliste se cache une notion qui a donné lieu à une abondante bibliographie et à de multiples approches. »

Le Christ Rédempteur, situé sur le Mont Corcovado, surplombe la ville et fait face au Pain de sucre

Dans le cas de la ville de Rio, les paysages classés par l’UNESCO sont délimités: ce sont les éléments naturels de la ville, soit les monts comme celui du Corcovado et du « Pain de Sucre » mais également les parcs comme le Parc national de Tijuca, ou bien le jardin botanique. Ces paysages s’étendent jusqu’à l’océan en comprenant les paysages de la plage de Copabana. Monts, verdure et océan, voici les trois mots clés pour définir les paysages cariocas classés. En somme l’UNESCO précise que les paysages classés sont ceux qui « incluent tous les plus beaux points de vue qui permettent d’apprécier la manière dont la nature a été façonnée pour devenir un élément culturel important de la ville. »

Le Parc national de Tijuca

Si la ville est si diverse dans ses paysages, c’est grâce à sa position géographique. Située dans la baie de Guanabara, elle est encerclée par les montagnes et les collines dont le plus haut sommet est le pic du Massif de Tijuca culminant à plus de 1021 mètres d’altitude. A cela se mêle la verdure omniprésente, qui se niche dans ces reliefs et se concentre notamment dans le Parc National de Tijuca où sont présents une faune et flore abondante, des sommets, des grottes et le fameux mont Corcovado où culmine le Christ Rédempteur.

La place de Copacabana, mondialement connue

Au milieu de ces reliefs et de cette verdure s’est développée la ville, dont l’architecture composée de grands bâtis tranche avec les couleurs et les formes du paysage naturel. La ville s’étend sur le littoral où l’on retrouve les fameux quartiers de Copacabana et Ipanema, dont les pavés noir et blanc des plages sont devenus de véritables éléments visuels qui ont inspiré les artistes du monde entier, et participent à faire rayonner culturellement la ville de Rio de Janeiro.

Les critères de séléction que respectent les paysages cariocas pour être intégrés au Patrimoine mondial

  • Le critère v (être un exemple de l’utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d’une culture, ou de l’interaction humaine avec l’environnement): Le développement de la ville s’est fait entre la nature et la culture, non par un processus traditionnel mais par celui d’un mélange d’idées scientifiques, environnementales et paysagères.
  • Le critère vi (être directement ou matériellement associé à des événements ou des traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle): Les paysages de la ville de Rio ont influencé de nombreux artistes du monde entier, et ont participé à faire rayonner la ville à échelle internationale, grâce à son impact culturel. La notoriété de la ville s’est fondée sur des éléments paysagers connus de tous comme le Pain de Sucre, le Christ Rédempteur, la plage de Copacabana et la baie de Guanabara, par où les portugais sont arrivés lors de la colonisation. Cette renommée contribue à faire de Rio l’une des villes les plus belles et les plus diverses au monde, et participe à sa réputation.

Les paysages cariocas sont protégés par des décrets instaurés par l’IPHAN. L’UNESCO explique que « L’Institut du patrimoine historique et artistique national (IPHAN) et ses prédécesseurs ont catalogué, depuis 1938, l’intégralité des sites et des structures individuelles définies pour la protection nationale. Ils comprennent aussi bien le parc national de Tijuca et les jardins botaniques que le manoir du Parque Lage, le parc du Flamengo, les collines Cara de Cão, Babilônia, Urca, Pain de Sucre, Dois Irmãos et Pedra da Gávea, le fort de São João, le fort de Santa Cruz et le paysage urbain des plages de Leme, Copacabana, Ipanema et Leblon. ». Cependant les paysages cariocas demeurent fragilisés au cours de ces dernières décennies par le bâti qui émerge constamment et s’étend sur les littoraux, ainsi que par la pollution des océans. Il faut donc respecter au mieux la ville et continuer de tout faire pour protéger ses richesses.

Pour en savoir plus:

  • Sur la notion de paysage: http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/paysage
  • Sur les paysages cariocas: https://whc.unesco.org/fr/list/1100/

Article écrit par Marina Deynat

Cet article n’engage que son auteur.e

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[Chronique scientifique (La tête en l’air): Les éclipses]

Dans le dernier épisode de [LA TÊTE EN L’AIR], nous expliquions l’origine des aurores polaires. Nous voilà maintenant trois semaines plus tard, et comme promis, nous allons nous intéresser aux éclipses !

En astronomie, le terme éclipse fait référence à l’occultation d’une source lumineuse provenant d’un astre lors de l’interposition d’un autre corps céleste. Trois types d’éclipses sont possibles en fonction de leurs positions l’un par rapport aux autres : les éclipses totales lorsque l’astre en question se fait « cacher » entièrement, les éclipses partielles lorsque celui-ci est « caché » seulement en partie, ainsi que les éclipses annulaires, un cas particulier de celles partielles dont la partie visible prend la forme d’un anneau. Depuis la Terre, les éclipses que nous pouvons observer sont celles lunaires et solaires. Ces dernières restent toutefois rares, nécessitant un certain nombre de conditions. 

Alors quelles sont ces conditions ? 

Comme leurs noms l’indiquent, une éclipse lunaire peut se produire quand la Terre glisse entre la Lune et le Soleil, alors qu’une éclipse solaire peut être observée lorsque la Lune se situe entre la Terre et le Soleil. Pour que la Lune ou le Soleil soit complètement caché, il faut que les centres de la Terre, du Soleil et de la Lune soient alignés. C’est cette exigence qui rend ce phénomène rare. En effet, le plan de l’orbite de la Terre autours du Soleil s’intitule écliptique, et ce dernier ne coïncide pas avec le plan elliptique de la Lune autour de la Terre (l’angle de la pente est d’environ 5°). Il y a ainsi seulement deux points sur la Trajectoire de la Lune qui traversent l’écliptique de la Terre : le noeud ascendant et le noeud descendent, et ce n’est qu’au côté de ces noeuds qu’un tel alignement des centres peut être possible. Toutefois, la ligne de ces deux noeuds ne s’aligne pas tout le temps avec le Soleil. Ainsi, les éclipses lunaires et solaires sont visibles lors de la même position de la Lune, à savoir la Pleine Lune pour une éclipse lunaire et la Nouvelle Lune pour une éclipse solaire. 

Maintenant, comment ces éclipses se produisent-elles concrètement ? 

Les éclipses de la Lune ne peuvent se produire que lorsque la distance entre la Lune et la Terre reste inférieure au diamètre de l’ombre de la Terre. Autrement dit, une telle éclipse a lieu en trois phases quand la Lune traverse l’ombre de la Terre sur la course de son orbite. Pendant la phase croissante, l’ombre s’apparait sur le côté Est de la Lune. La totalité s’en suit, avec la surface de la Lune de couleur rougeâtre dû à la déviation par l’atmosphère terrestre d’une partie de la lumière solaire. Par la suite, la Lune est progressivement éclairée à nouveau par le Soleil en sortant de l’ombre terrestre. Toutefois, la Lune ne rentre parfois pas entièrement dans le cône d’ombre, ce qui conduit à des éclipses partielles. (PS : comme la Lune s’éloigne de la Terre petit à petit et qu’il n’y aura plus d’éclipses totales dans quelques centaines de siècle.) 

Une éclipse solaire a quasiment la même durée – environ 3 heures. Elle est due à l’extrémité du cône d’ombre de la Lune qui atteint le globe terrestre. Ce cône forme une bande de totalité, dans laquelle les observateurs peuvent assister à des éclipses solaires totales. Le processus de ces dernières est plus compliqué que celui d’une éclipse de la Lune, avec 1h30 avant et après la totalité (c’est-à-dire le moment lorsque la Lune cache complètement le Soleil et que la couronne du Soleil autour du disque noir de la Lune se déploie). Toutefois, si la Lune et le Soleil ne sont pas alignés parfaitement, nous ne pouvons pas assister à la totalité, mais seulement à une éclipse partielle à la place. Cette dernière se reproduit plus souvent qu’une totale, et peut être observée dans un espace plus étendu puisque le cône du pénombre autour de celui d’ombre a un diamètre de 7000 km. Il existe encore un autre cas, où le cône d’ombre de la Lune n’arrive pas à atteindre la Terre. Lorsque cela arrive, nous pouvons assister à un anneau brillant du Soleil autour du disque de la Lune, et c’est ce que nous appelons une éclipse annulaire. Attention, n’oubliez pas de porter vos lunettes protectrices lors de l’observation et ne les enlevez pas une fois que la totalité n’est pas arrivée ou est déjà passée. 

Voilà nous arrivons à la fin de cet épisode et aussi à la fin de cette chronique. Nous espérons que nos articles vous ont plus, et que vous pourrez profiter pleinement des fêtes de fin d’année ! Le deuxième semestre réserve d’autres surprises que nous dévoilerons bientôt !

Cet article n’engage que son auteur. 

Texte rédigé par Qianwen Zhao

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[Le Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: Les Dolomites]

Demain le 11 Décembre nous fêterons la journée internationale de la montagne. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi de présenter aujourd’hui un site qui représente fièrement ce milieu si particulier : les Dolomites.

Présentation :

La chaîne de montagne des Dolomites se situe dans le nord des Alpes italiennes. Le périmètre Unesco couvre près de 142.000 hectares sur lesquels se répartissent 18 sommets de plus de 3000m. Le bien est classé pour la diversité des paysages spectaculaires qu’il propose : pics vertigineux, murailles calcaires parmi les plus hautes du monde, nature dynamique (éboulements, inondations, avalanches…)… Les Dolomites sont aujourd’hui un témoin inestimable de certaines évolutions géomorphologiques terrestres et un point d’appui d’importance internationale des sciences de la Terre. Le paysage “dolomitique” est ainsi considéré comme l’un des plus beaux paysages de montagne au monde et attire de nombreux scientifiques, sportifs et artistes passionnés.

Critère de sélection : 

Deux critères justifient l’inscription des Dolomites au classement des biens naturels du patrimoine mondial de l’Unesco. Pour en savoir plus sur les critères de sélection : https://whc.unesco.org/fr/criteres/  

Critère (vii) : “l’un des plus beaux paysages de montagne du monde. Sa beauté intrinsèque provient d’une diversité de formes verticales spectaculaires. […]. Le contraste entre les surfaces rocheuses nues, de couleur claire, et les forêts et prairies au dessous offre toute une harmonie de couleurs. Le paysage particulier des Dolomites est devenu l’archétype du paysage dit «dolomitique». Les géologues pionniers ont été les premiers à être captivés par la beauté des montagnes; leurs écrits puis les peintures et les photographies qui ont suivi soulignent l’attrait esthétique du bien.”

Critère (viii) : “Les Dolomites sont d’importance internationale pour la géomorphologie. […]. La région présente une grande diversité de reliefs fruits de l’érosion, de la tectonique et de la glaciation. La quantité et la concentration des formations calcaires extrêmement variées sont extraordinaires au plan mondial. […]. Les valeurs géologiques ont aussi une importance internationale. […]. Les Dolomites comprennent, en outre, plusieurs sections-types d’importance internationale de la stratigraphie du Trias. Les valeurs scientifiques du bien sont également renforcées par l’étude et la reconnaissance internationale dont les Dolomites sont depuis longtemps l’objet. Globalement, l’association entre les valeurs géomorphologiques et géologiques crée un bien d’importance mondiale.”

Gestion du site : 

Aujourd’hui, les Dolomites ont besoin d’être protégées face à la menace des activités humaines, notamment touristiques. Certaines zones, intensément mises en tourisme, sont soumises à des pressions fortes. Le plan de gestion prévoit des moyens humains, financiers et de coordination pour concilier protection des espaces et expérience des visiteurs. Le respect de la capacité de charge des lieux doit notamment permettre de préserver les qualités paysagères et la richesse naturelle du site afin que les générations futures puissent découvrir les valeurs exceptionnelles des Dolomites.

Source : https://whc.unesco.org/fr/list/1237

Cet article n’engage que son auteur

Florian D’INGEO

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