L’éducation dans la lutte contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie : « en progrès, mais peut mieux faire »

Au lendemain de la journée internationale contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie, la question de la place décisive que joue l’éducation dans la lutte pour l’acceptation identitaire et sexuelle se pose plus que jamais. L’Organisation Mondiale de la Santé a peut-être rayé l’homophobie des maladies mentales il y a 31 ans, 69 pays dans le monde continuent toujours à l’interdire. L’éducation étant vecteur de construction identitaire et sociale, elle joue un rôle des plus importants dans la compréhension et l’acceptation de l’autre. Mais le milieu éducatif et les programmes scolaires peuvent également s’avérer être stigmatisants voire destructeurs. Entre conservatisme et progrès, l’éducation est-elle aujourd’hui adaptée à la lutte contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie ? 

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L’École encore mauvaise élève :

Selon le rapport UNESCO, 54 % des élèves LGBTQIA+ ont connu des situations de harcèlement scolaire dues à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre. Il a aussi été reconnu que presque la moitié des 47 pays membres du Conseil de l’Europe ignorent ou ne représentent pas suffisamment la diversité des identités de genre et des identités sexuelles. 

Encore en France, le climat scolaire est défavorable aux élèves LGBTQIA+. 72 % d’entre eux affirment avoir subi une expérience scolaire mauvaise ou très mauvaise d’après une étude sur la santé des mineur.e.s LGBT scolarisé.e.s. Les cas de harcèlement scolaire liés à l’identité sexuelle ou de genre ne cessent de croître, passant de plus en plus par des voies de cyberharcèlement. Les réseaux sociaux, un outil certes très utile dans la vie quotidienne, peuvent en effet s’avérer profondément destructeurs pour de nombreux jeunes. Mais également la violence physique au sein des établissements scolaires se fait de plus en plus courante, les tabous et préjugés continuant d’exister dans les salles et cours d’école. 

L’engagement éducatif français : 

C’est avant tout pour lutter contre les violences physique, sexuelle et psychologique que le Gouvernement français a lancé le programme « Collèges et lycées engagés contre l’homophobie et la transphobie : tous égaux, tous alliés » en janvier 2019. Le Ministre de l’Education nationale a aussi mis en place divers numéros et sites, de manière à ce que les élèves souffrant d’homo-, bi-, inter-, et transphobie puissent obtenir une aide (ecoute.contrelhomophobie.org ou encore un numéro vert gratuit « Non au harcèlement » 30 20). 

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Image de la campagne « Lutter contre l’homophobie et la transphobie à l’École ».

L’engagement de l’UNESCO :

L’UNESCO affirme qu’il est impossible de « garantir une éducation de qualité inclusive et équitable et de promouvoir des opportunités d’apprentissage tout au long de la vie », comme le précise son Objectif de développement durable 4, si le système éducatif ne permet pas de lutter contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie. 

Ces dernières années, l’UNESCO a mené diverses actions. En 2011, l’organisation avait instauré une première consultation de l’ONU sur le harcèlement homophobe au sein de l’École. En mai 2016 a été organisée la « Réunion ministérielle internationale sur les réponses du secteur de l’éducation à la violence homophobe et transphobe #OutInTheOpen ». Depuis, un appel ministériel à l’action a été lancé afin de remédier aux violences liées à l’expression identitaire et sexuelle, regroupant plus de 56 pays dans le monde. L’UNESCO a aussi publié un rapport en 2019 sur le suivi de la violence scolaire basée sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre. Ce rapport vise surtout à lutter contre toutes les formes de harcèlement mais permet aussi d’illustrer les techniques de suivi les plus adaptées pour répondre aux besoins des jeunes harcelés. 

Au-delà de la lutte, l’École se doit également de devenir un facteur d’émancipation et d’acceptation de soi, un terrain sur lequel de nombreux progrès sont encore à faire. Cela passe notamment par l’adaptation des programmes scolaires et des comportements des divers acteurs du milieu éducatif. L’UNESCO a en ce point soumis des propositions pédagogiques aux enseignantes, afin qu’ils puissent mieux agir et réagir lors de situations de conflit ou de questions posées par des élèves concernant le genre et la sexualité. Aussi bien la posture de l’enseignant que des éléments de définition de termes clés comme « homosexualité », « transgenre », ou encore « genre » y sont proposés, afin d’assurer une réponse à la fois adaptée, véridique et respectueuse des différents acteurs dans le milieu scolaire. Pour lutter dès le plus jeune âge contre l’homo-, trans-, inter- et la biphobie, l’UNESCO propose également des activités scolaires afin de mieux comprendre ce qu’est le genre et quelles sont les normes de genre existantes. C’est le cas par exemple de l’activité « réservé à » prévue pour les écoles primaires, durant laquelle les élèves doivent décrire quelles activités il pense être réservées à l’un ou l’autre genre tout en en expliquant les raisons. Cette activité vise avant tout à casser les préjugés et éviter tout tabou, afin de faire comprendre à chaque enfant qu’il est libre de pratiquer les activités qu’il souhaite. Le but est aussi de lancer une discussion, surtout avec les élèves plus âgés, sur leur compréhension des questions identitaires, dans l’optique de favoriser l’échange sur des questionnements personnels encore très tabous aujourd’hui. Cela permet parallèlement d’éviter des situations de harcèlement et d’éduquer au respect et à la compréhension de l’autre. 

L’École a-t-elle encore des progrès à faire ?

De nombreuses propositions ont été faites afin de permettre un véritable progrès du système éducatif en matière d’intégration et de compréhension des problématiques liées à l’identité de genre et à l’identité sexuelle. Il a par exemple été proposé de ne pas aborder les personnes LGBTQIA+ uniquement sous l’angle de la sensibilisation face aux discriminations, mais plus largement au sein des programmes, afin de véritablement intégrer toutes les formes d’identité sur un même plan. De plus, les cours d’éducation sexuelle au collège ne prennent que très peu voire pas du tout en compte la sexualité homosexuelle, un domaine dans lequel de nombreux progrès sont encore à faire.

En bref, le système éducatif est « en progrès, mais peut mieux faire ».

Auteure : Marianne Condette

http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/HIV-AIDS/pdf/IDAHOLessonPlanFrench.pdf
https://en.unesco.org/news/over-half-lgbtqi-students-europe-bullied-school-says-unesco-report
https://fr.unesco.org/news/lutte-contre-homophobie-ecole-au-coeur-reunion-ministerielle-unesco
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/l-homophobie-s-enracine-des-la-petite-enfance_2059228.html
https://www.education.gouv.fr/lutter-contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-11858
https://www.education.gouv.fr/contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-40706

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[16 novembre 2020 : 25ème journée internationale de la tolérance]

Aujourd’hui, nous célébrons la journée de la Tolérance. Son histoire remonte à 1995 lors du cinquantième anniversaire de l’Acte constitutif de l’UNESCO, adopté ce même jour en 1945. Voilà donc un quart de siècle qu’a été rédigée La Déclaration de principes sur la tolérance qui affirme la ligne directrice des missions menées par les États membres des Nations unies.

S’en est suivi la création du Prix UNESCO-Madanjeet Singh 2020 visant à faire reconnaître les fruits de la tolérance et de la non-violence. Il est décerné cette année au Centre de Résolution de Conflit pour son action en République démocratique du Congo.

Protéger l’enfance, un combat pour l’avenir

C’est au nord-est de la RDC où les conflits armés sont endémiques que depuis 10 ans, le CRC vient au secours d’enfants soldats et les aide à réapprendre une existence digne de leur jeunesse, en termes d’éducation, d’attachement culturel et d’accès à  la formation. La plupart de ces jeunes soldats ont entre 7 et 16 ans et se sont enrôlés volontairement à force de précarité ou bien ont été kidnappés parfois directement dans leurs écoles. En orchestrant une médiation sur le long terme, avec l’aide d’agences de protection de l’enfance, la mission des Nations Unies au Congo, et en facilitant le dialogue entre les dirigeants de ces groupes armés, près d’un millier d’enfants ont quitté les armes et ont bénéficié d’un accompagnement quant aux séquelles que créent ces expériences à ce stade essentiel de la vie.

L’éducation, ou comment donner toutes les possibilités

Outre cette protection du vol de l’enfance, cette organisation participe activement au rétablissement de l’entente entre les communautés congolaises en créant un cercle vertueux de communication. L’intolérance a ici donné lieu à des persécutions violentes,  alors les membres du CRC ont pour objectif d’éviter ces conflits en créant une communication fondée sur la compréhension mutuelle.

En acte, cela signifie que des formations ont été dispensées dans des coopératives agricoles pour permettre localement de meilleures capacités d’exploitation en matière d’innovation agraire et de gestion financière des exploitations, dans un climat le plus pacifique possible.

A travers ce rassemblement éducatif au travail ayant pour but d’améliorer la coexistence des communautés, ce sont plusieurs générations locales qui voient éclorent les fruits de la patience et de la détermination du Centre Résolution Conflits. L’impact socio-culturel de cette initiative est encouragé par l’Unesco et le prix décerné aujourd’hui hisse ses acteurs au titre d’exemples à suivre dans le processus de création d’une paix durable.

La médiation comme principe actif

Le nerf de la guerre civile entre les communautés résulte de la difficulté à “faire société”. La tolérance inhérente à ces initiatives constructrices applique raisonnablement les préceptes d’une médiation, d’un dialogue pacifique, qui manquent cruellement en République Démocratique du Congo. Le CRC assume alors différentes fonctions: celle de recréer ce lien social, puis de prévenir les conflits et de les résoudre en se plaçant en tant que tiers dans les discussions.

Ces dix dernières années de travail sur place avec l’aide de l’UNICEF a permis de contrer de lourdes craintes de stigmatisation entres les communautés. C’est précisément dans l’instauration systématique de ces dialogues interethniques que le CRC se porte garant de la responsabilité et de la liberté des personnes aidées. Une fois les enfants instruits, et les tribus réconciliées par la formation aux dynamiques de production, les paroles se rencontrent et s’expriment au-delà de hiérarchies insidieuses.

En 2019, la carte interactive du site Peace Insight résumait en cinq points les projets menés à bien par le CRC:

  • Médiation entre les milices et les forces des Nations Unies pour obtenir la libération en toute sécurité de 5 000 villageois pris en otage;
  • Négociation avec la milice Maï-Maï pour obtenir la libération des enfants qu’ils avaient enlevés pour les utiliser comme enfants soldats;
  • Intervention dans le camp de réfugiés d’Eringeti, qui abrite 30 000 personnes ethniquement diverses, où de violents combats avaient éclaté;
  • Mettre en place un comité de paix impliquant les anciens de chaque clan, l’ONU, les politiciens locaux, les services de sécurité et les groupes religieux; et
  • Former différentes tribus à éviter et résoudre les conflits.

Article de : Albane Levesque

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[L’UNESCO, acteur central en éducation: cap sur 2030]

«L’éducation est l’une des armes les plus puissantes pour changer le monde» nous disait Nelson Mandela, et cela, l’UNESCO l’a bien intégrée en faisant de l’éducation l’une de ses priorités. 

Depuis 2015, l’UNESCO s’efforce de repenser l’éducation en fonction des cibles établies la même année à la conférence des parties (COP21): les Objectifs de Développement Durable (ODD). l’UNESCO est chargée, par les Nations Unies et dans le cadre de ce programme, de coordonner l’agenda sectoriel Education 2030.


Source photo : rcepnesco.ae

Le programme ODD se divise en 17 objectifs à atteindre d’ici 2030, dont le quatrième porte sur l’accès à une éducation de qualité pour tous. Le nouvel objectif mondial de l’UNESCO pour l’éducation comporte un ensemble de cibles ambitieuses. Parmi celles-ci, il y a la promesse de « faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité, qui débouche sur un apprentissage véritablement utile» et de faire en sorte que tous les jeunes et une proportion considérable d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter à l’horizon 2030 (Nations Unies, 2015). 

Dans l’optique d’atteindre ses objectifs en matière d’éducation d’ici à 2030, l’UNESCO met tout en œuvre pour faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire, de manière égalitaire. En effet, la majorité de ces enfants exclus de l’école sont des filles. D’ici 2030, l’ambition est de pouvoir scolariser 619 millions d’enfants de 3 à 18 ans, soit 57 % de plus qu’aujourd’hui (1). C’est en étroite collaboration avec l’UNICEF que l’UNESCO ose imaginer un monde dans lequel chaque enfant, sans distinction de sexe, ni d’origine ethnique ou de contexte social, aurait accès à une éducation de qualité. Son action a pour objectif que garçons et filles aient les mêmes chances d’accéder à l’emploi, aux postes de direction et à la prise de décisions à tous les niveaux. Et dix années avant l’échéance du programme, l’accès à une éducation de qualité s’est nettement amélioré, puisque fin 2019, 89 % des filles achèvent l’enseignement primaire, et 77 % le premier cycle de l’enseignement secondaire, à l’échelle mondiale (2).

L’analphabétisme est un autre problème que l’UNESCO souhaite régler. Pour cause, on comptait en 2019 près à 750 millions de personnes dans le monde qui ne savent ni lire ni écrire au niveau le plus élémentaire (dont les deux tiers sont des femmes) et il est probable que les conséquences de la pandémie de Covid-19 accroissent ces chiffres. D’ici à 2030, l’objectif de l’UNESCO est de faire en sorte que tous les jeunes et une proportion considérable d’adultes, hommes et femmes, sachent lire, écrire et compter. Pour endiguer ce fléau, l’Organisation a pensé une stratégie visant à promouvoir l’alphabétisation de quatre manières : 

1. En soutenant les États Membres dans l’élaboration de politiques et de stratégies nationales en matière d’alphabétisation 

2. En répondant aux besoins d’apprentissage des groupes défavorisés, en particulier des femmes et des filles 

3. En utilisant des technologies numériques pour élargir l’accès et améliorer les résultats d’apprentissage 

4. En suivant les progrès et évaluation des compétences et des programmes d’alphabétisation (3).

L’égalité dans l’accès à l’éducation ainsi que l’alphabétisation ne sont que deux des différents champs d’action pour lesquels œuvre l’UNESCO. Dans le sillage de cette nouvelle vision pour l’éducation, d’autres défis sont relevés par l’Organisation tels qu’accroître le nombre d’enseignants qualifiés, assurer l’égalité d’accès des personnes vulnérables, y compris les personnes handicapées, les autochtones et les enfants en situation vulnérable, à tous les niveaux d’enseignement et de formation professionnelle, ou encore construire des établissements scolaires qui soient adaptés aux enfants, aux personnes handicapées et aux deux sexes.

Un examen à mi-parcours sera réalisé en 2022 afin de rendre compte des différentes actions mises en place par l’Unesco, et de les ajuster de sorte à atteindre les objectifs du programme Education 2030.

Pour en savoir plus : https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/education/

Article écrit par Jonathan Katende

1. https://www.unicef.fr/dossier/education-et-egalite-des-chances

2. https://www.worldbank.org/en/topic/education/publication/missed-opportunities-the-high-cost-of-not-educating-girls

3. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000371411_fre

https://sustainabledevelopment.un.org/post2015/transformingourworld

https://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=A/70/L.1&referer=/english/&Lang=F

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