[Rubrique culturelle : l’Atelier des Lumières]

Lorsque les établissements culturels rouvriront, pourquoi ne pas faire une visite immersive dans les tableaux d’artistes célèbres ? C’est le pari que s’est lancé il y a quelques années déjà l’Atelier des Lumières à Paris, qui se plait à faire vivre des œuvres qu’on ne présente plus.

L’Atelier des Lumières, c’est quoi ?
Parce que toutes et tous, nous avons entendu parler au moins une fois de cet endroit, mais peu enconnaissent véritablement l’Histoire, retour sur un lieu d’art autrefois industrie.
En 1835, les Frères Plichon, issus d’une famille de laboureurs, décident de venir à Paris pour devenir fondeurs lors de la Révolution industrielle. Ce sont alors les débuts de la Fonderie du Chemin Vert. Grâce à des pièces en fonte très qualitatives, cette fonderie avait pour but premier de répondre aux besoins de la Marine et du Chemin de Fer. A ce moment-là, elle employait près de 60 personnes.
En 1959, 24 ans plus tard, l’entreprise est transmise aux enfants de l’un des deux fondateurs, dont Edouard Plichon, qui était un technicien reconnu et pendant quatre générations, les affaires sont alors prospères pour la fonderie.
Cependant, en 1929, comme beaucoup d’autres entreprises, l’affaire est contrainte de fermer ses portes. Les raisons : la crise internationale et la concurrence accrue des nouveaux matériaux sur le marché comme le plastique qui fait son apparition. Alors, en 1935, l’entreprise est totalement dissoute et la famille Martin, qui en est aujourd’hui encore propriétaire, rachète les locaux. Pendant de nombreuses années, jusqu’en 2000, les entrepôts servaient alors à une entreprise de fabrication et de vente de machine-outils.
C’est en 2013 que le Président de Culturespaces, Bruno Monnier, redécouvre la fonderie et se rend compte de son immense potentiel. Il veut alors en faire un centre d’art numérique, et la famille Martin accepte alors de lui louer les bâtiments.

En 2018, pour le bonheur de tous, l’Atelier des Lumières voit alors le jour le 13 avril, et est découvert la première année par plus de 1,2 millions de visiteurs venant de partout dans le monde.

Les Grandes expositions de l’Atelier des Lumières
Tous les ans, Culturespaces organise donc des expositions longues et courtes, en donnant la parole à desartistes contemporains.
En 2018, on avait alors eu le droit à une rétrospective de la « Sécession Viennoise à travers les œuvres de Hunterwasser » et des œuvres de Gustav Klimt, le tout assemblé par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, avec la collaboration musicale de Luco Longobardi, du collectif Ouchhh et Thomas Blanchard et Oilhack.
(Pour avoir un aperçu de l’exposition, voici la vidéo promotionnelle : https://vimeo.co/344347744)

En 2019, c’était au tour de Van Gogh d’être mis à l’honneur, là aussi par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi. Mais, nous avions aussi le plaisir de voir deux autres productions : « Japon Rêvé, Images du monde flottant » de Dany Rose, et « Verse », de Thomas Vanz.
(Pour avoir un aperçu de l’exposition, voici la vidéo promotionnelle : https://vimeo.co/435873883)

En 2020, même si l’exposition fut écourtée dû à la crise sanitaire, Monet, mais aussi Renoir et Chagall ont été exposés en musique sur leurs voyages en méditerranée. Exposition qui nous fait voyager, tout en restant dans la pénombre et la fraicheur d’un ancien entrepôt chargé d’Histoire.

Quid des prévisions pour 2021 ?
Vite, vite, rouvrons les établissements culturels ! Cela nous permettra de venir admirer la rétrospective des plus grandes œuvres de Dali, élaborées pendant ses 60 années de création. Initialement prévue pour le 29 janvier 2021, elle sera d’actualité jusqu’en janvier 2022. Alors, espoir et optimisme, nous trouverons bien quelques semaines durant 2021 pour y faire un tour ! Comme toujours, cette immersion est produite par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi, artistes maintenant habitués à l’établissement.
Mais, Dali ne sera pas seul ! En effet, en programme court, nous aurons la chance de retrouver les œuvres architecturales de Gaudi, qui fut lui-même une véritable source d’inspiration pour Dali, par les studios Cutback.

Alors, prenons notre mal en patience, restons forts et patients ; pour retrouver nos amours artistiques dès que le temps nous le permettra !

Cet article n’engage que son auteure !

Article de Tifenn Genestier

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[Portrait de personnalités inspirantes : Eva Hesse]

Née à Hambourg en Allemagne en 1936, Eva Hesse s’inscrit dans le mouvement minimaliste américain des années 60 et apporte des perturbations à cet art réglé.

 Par l’introduction de nouveaux matériaux instables comme le latex, elle conçoit ses œuvres comme une forme de résistance féminine aux structures rigides et masculines de l’art minimal.

Elle a déclaré que le sujet principal de son œuvre était « l’absurdité de la vie ».

En 1939, sa famille fuit les persécutions nazies en émigrant aux États-Unis. Eva Hesse entame alors une formation en design publicitaire à l’Institut Pratt de New York puis entre à l’Art’s Students League tout en travaillant pour le magazine Seventeen. Elle obtient son diplôme en design à la Cooper Union de New York en 1957 puis entre à Yale, à l’École d’art et d’architecture. Après avoir obtenu sa licence de Beaux-Arts, elle rentre à New York où elle rencontre le sculpteur Tom Doyle qu’elle épouse en 1961. Eva Hesse se tourne d’abord vers la peinture expressionniste, quasi figurative : on reconnaît des formes de visage et des attributs sexuels dans ses œuvres du début des années 60. 

Untitled 1960

Elle expose pour la première fois en 1963 et fait la rencontre de nombreux artistes minimalistes tel que Sol LeWitt, Robert Ryman, Robert Morris et Robert Smithson. En 1964, le couple est invité en Allemagne de l’Ouest et Eva Hesse entame une série de sculptures peintes, fabriquées à partir de matériaux de récupération trouvés dans une usine désaffectée dans laquelle elle installe son atelier. 

Elle insère ainsi des câbles et des fils électriques dans ses œuvres, sorte de bas-reliefs abstraits et colorés. Elle expose en 1965 en Allemagne puis rentre l’année suivante à New York où elle se sépare de son mari. Tout en continuant ses constructions biomorphiques, elle n’emploie plus de couleurs et simplifie de plus en plus son langage plastique, s’inscrivant dans le mouvement minimaliste. Ses pièces sont organiques tout en conservant une certaine régularité géométrique et portent des sous-entendu corporels. 

Hang Up, 1966

Hang Up une de ses oeuvres majeures “C’était la première fois que mon concept d’un sentiment extrême, poussé jusqu’à l’absurde aboutissait… Le cadre est entièrement fait de câbles et de fils électriques… C’est une œuvre extrême, c’est pour cela qu’elle me plaît et ne me plaît pas. C’est tellement absurde, ce long fil métallique qui sort du cadre… C’est la structure la plus ridicule que j’ai jamais conçue, et c’est bien ce qui fait sa réussite.”

Ce cadre fixé au mur est traversé d’un câble pendant de son coin inférieur à son coin supérieur. L’artiste négocie un entre-deux subtil entre la nature plane du dessin et le relief de la sculpture. 

Objet projeté dans l’espace plutôt qu’un tableau conventionnel

S’inscrivant par cette oeuvre dans le minimalisme elle procède de la même manière que d’autres artistes contemporains : par série, répétition et quadrillage. Surtout, elle utilise des matériaux non conventionnels tel que le latex dont elle est l’une des premières à utiliser avec Louise Bourgeois, la fibre de verre, les fils électriques, le textile ou le caoutchouc. Elle réalise une série d’oeuvres abstraites introduisant une irrégularité dans la rigidité minimale par un désordre de fils liant deux monochromes ou même trois monochromes.

Eva Hesse connaît un certain succès dans le New York des années 60 et ses oeuvres sont exposées à la galerie Fischbach, elle participe aussi à la mythique exposition de Robert Morris “9 at Castelli”, explorant ce qu’il appelle “l’antiforme”.  

Recrutée en 1967 comme professeure à l’École d’Arts Visuels de New York. En 1970, Eva Hesse décède d’une tumeur au cerveau.

Article de : Sana Tekaïa

Cet article n’engage que son auteure.

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[« Des goûts et des couleurs », Hors Champs avec Michel Pastoureau : un podcast qui raconte la couleur]

Le bleu, le rouge, le vert, le jaune ou encore le noir autant de couleurs que l’historien Michel Pastoureau prend le temps de raconter dans la série de podcasts « Des goûts et des couleurs » animés sur France Culture par Laure Adler. Avis aux amateurs d’art, de couleurs  et à ceux dont le quotidien manque de couleurs en ce moment ! 

Michel Pastoureau est un historien médiéviste spécialiste de l’emblématique et des animaux. Il est plus connu de tous pour sa sensibilité aux couleurs, et son histoire culturelle des couleurs. Professeur émérite, il est directeur d’études à l’École pratique des hautes études, où il occupe la chaire d’histoire symbolique occidentale. 

Or après avoir publié ses essais sur l’histoire de chacune des couleurs, il intervient en 2013, dans le format de podcast Hors Champs dynamique et distractif pour en parler. Le podcast Hors Champs de Laure Adler de grande qualité pour sa diversité d’interview d’historien.ne.s ou d’artistes propose un format particulier qui laisse toute la place à Michel Pastoureau pour nous transmettre sa passion pour les couleurs. 

Les goûts et les couleurs se discutent bel et bien dans ce podcast, ils sont construits au cours des siècles, et au sein même de notre vie dès la plus petite enfance. Ce qui explique par exemple que le noir n’a pas toujours été une couleur négative. Aussi il existe une infinité de nuances colorées, chaque nuance signifie quelque chose de différent comme on peut l’imaginer entre un rouge vermillon éclatant et un rouge carmin plus profond. On peut donc aller plus loin que le phénomène perceptif de l’optique et expliquer comment se construit culturellement notre regard.

Les couleurs sont partout, et indépendamment des mots ou du dessin, elles sont un langage à part entière dissimulé dans notre quotidien. Chaque couleur, du bleu préféré de loin par la plupart des gens au jaune malaimé, est le support d’un goût, culturellement construit. L’occasion de vous demander quelle est votre couleur préférée ? Serait-ce le vert comme Michel Pastoureau ? Et pourquoi ? 

L’historien avec Laure Adler résume donc dans un format d’une cinquantaine de minutes, les enjeux autour d’une couleur et ses valeurs sociales au fil de l’histoire tout en s’intéressant à la dimension matérielle de cette couleur. Pour le bleu, il s’intéresse par exemple à la diffusion limitée du lapis lazuli qui joue sur sa valeur symbolique. 

Une série de podcast en cinq épisodes construits, à valeur historique, qui parle à tous, à nos souvenirs d’enfance et aux couleurs de notre quotidien, autant qu’il interroge sur la construction presque idéologique autour de certaines couleurs comme le noir. 

Une histoire du sensible, de la matière et des imaginaires qui déconstruit tout en ouvrant le regard. Ce courant réveille un esprit critique parfois endormi par l’abondance d’images et les idées préconçues. Le jaune n’est pas nécessairement chaud, comme le bleu n’est pas froid : il ne s’agit là que de cadres de pensées contemporains. 

Dans ce podcast une synesthésie s’opère ainsi aux rythmes d’interludes musicaux et de la prenante voix de Laure Adler, chaque épisode nous offre un voyage visuel dans le temps au cœur des couleurs. 

Si ce podcast vous a plu, vous pouvez trouver les essais sur chacune des couleurs en librairie en format poche ou bien dans un premier temps consulter : 

➨Dominique Simonnet et Michel Pastoureau, Le petit livre des couleurs, 2005

Article de : Mariette Boudgourd

Cet article n’engage que son auteure ! 

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[La protection des sites préhistoriques français par l’UNESCO]

Saviez-vous qu’autant de temps séparait Lascaux et nous que Chauvet et Lascaux ? Ces deux grottes emblématiques de l’art rupestre sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.

La Grotte ornée du Pont-d’Arc, dite Grotte Chauvet-Pont-d’Arc est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2014. Située en Ardèche, cette grotte est exceptionnelle car elle recèle les plus anciennes représentations picturales connues, correspondant à la période de l’aurignacien, entre 30 000 et 32 000 av JC selon la datation au C14 et surtout, pour leur état de conservation. Fermée par un éboulement il y a 20 000 ans, cette grotte resta scellée jusqu’à sa découverte en 1994.

Elle renferme plus de 1000 peintures pariétales d’une grande qualité esthétique, témoignant de la technique des hommes du paléolithique. Ils maîtrisaient l’estompe, la peinture combinée à la gravure, la précision anatomique ainsi que la représentation tridimensionnelle et du mouvement.

Si les figures humaines sont quasi peu existantes, les figures anthropomorphes et animalières dominent l’espace.  On retrouve aussi des mains rouges, positives et négatives ainsi que des ponctuations faites de la paume à l’oxyde de fer, formant des silhouettes animales. En particulier, les hommes ne représentaient pas forcément ce qu’ils chassaient : on trouve des représentations d’espèces animales difficiles à approcher tel que des mammouths, ours, lions des cavernes, rhinocéros, bisons, aurochs.

La grotte Chauvet est un témoignage exceptionnel de l’art rupestre préhistorique aussi bien pour la diversité des motifs représentés que des techniques employés, l’utilisation de couleurs et la précision anatomique.

Reproductions at the Museo del Mamut, Barcelona 2011

Le site bénéficie d’une haute protection nationale et d’une stratégie de conservation préventive, prévenant tout changement d’humidité ou de température pouvant endommager les dessins.

La grotte Chauvet contribue aussi à alimenter le débat sur la théorie d’un culte de l’ours. L’interprétation de l’art des cavernes évolue avec les découvertes, les nouvelles approches méthodologiques et le regard ethnographique, anthropologique ou encore par l’apport de l’histoire de l’art. Des typologies sont réalisées par les archéologues prenant en compte les couleurs employées, l’emplacement dans la grotte, les associations d’animaux particulières pour mieux comprendre le sens et la fonction de ces représentations. Diverses interprétations ont été faites au court du temps, de la théorie simpliste de l’art pour l’art au XIXe développant l’idée que si les hommes préhistoriques peignaient c’était seulement car ils n’avaient « que ça à faire »et cherchant à prouver la primitivité des hommes des cavernes en appuyant leurs maladresses, à l’observation d’une narrativité, des signes de représentation de la fécondité ou encore de la spiritualité : les grottes avaient-elles un sens magique, chamanique cosmogonique ou encore totémique ? les interprétations sont nombreuses et difficiles à prouver.

La grotte de Lascaux fut découverte en 1940 et marqua une date dans l’histoire de l’art préhistorique. Protégée par l’UNESCO avec 25 autres grottes ornées de la vallée de la Vézère, comportant plus de 150 gisements, Lascaux est connue pour ses grandes scènes de chasse aux compositions habiles regroupant une centaine de figures animales. Certaines peintures sont considérées comme des chefs-d’œuvre tel que La Vénus de Laussel. De nouvelles techniques sont observées tel que le soufflage, le tamponnage, l’utilisation de poils ou de fibres végétales comme pinceaux.

L’une des scènes les plus emblêmatiques de Lascaux est celle du Puits, on retrouve un homme à tête d’oiseau et au sexe dressé accompagné d’un objet peut-être un propulseur surmonté d’un oiseau et enfin, d’un rhinocéros s’éloignant. Contrairement à ce que l’on a longtemps pu penser, les animaux n’étaient de pas de simples figures individuelles juxtaposées mais bien des compositions pensées dans la relation des animaux les uns avec les autres.  

Article de Sana Tekaïa

Cet article n’engage que son auteur.e

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[Rubrique culturelle : exposition Soleils Noirs]

C’est une exposition très touchante qui se tient actuellement au Louvre Lens, jusqu’au 25 janvier prochain.

En guise d’introduction la direction du musée rappelle comme il tient à coeur de donner la parole à cette couleur qui est emblématique de l’histoire de la région du Pas de Calais. De manière très naturelle c’est ainsi que l’espace du musée rend hommage au passé minier qui se trouve sous ses fondations.

Au fil des pièces du musée, peintures, sculptures et fragments monumentaux orchestrent une symphonie envoûtante, qui rassemble en un congrès éblouissant des oeuvres que le temps sépare de plusieurs siècles voire millénaires.

De la statuaire égyptienne, à l’aube du XXI e siècle une histoire vivante du noir se dévoile peu à peu en laissant la belle part à notre imaginaire individuel et collectif. Notre rapport à l’obscurité s’interroge, et les contrastes se font de plus en plus nets dans notre perception: vision réelle ou vision rêvée, mort et éternité, l’ombre et l’éblouissement, mystères et évidences…On en retient que ces dualités semblent nécessaires à la prise de conscience de la force des beautés multiples.

On rencontre un rideau de nuit et le basculement du jour, dans la peinture du XIX e siècle qui trône tout au long du parcours. En filigrane, l’art sacré médiéval et la spiritualité sont clairement expliqués et s’en suit la représentation ténébriste de la figure humaine. Le noir inséparable de la lumière permet d’admirer le lien entretenu avec cette densité dans l’histoire des idées, et en peinture une délicate histoire du costume nous introduit aux différentes pensées qui se conjuguaient dans le port du noir, témoin de prospérité, de sobriété religieuse et de deuil.

Il est très intéressant de comprendre quelles sources mènent à une telle production, et c’est ainsi que se croisent les textes sacrés, la mythologie, et la poésie en particulier avec la série des Noirs d’Odilon Redon inspirée des vers d’Edgar Allan Poe par exemple.

La richesse de cette exposition repose sur la diversité de la provenance des œuvres présentes au Louvre Lens, sur leur grand format tel l’Ombre de Rodin, mais aussi par les formes qu’elle prend tout particulièrement en ce moment de flottement et d’adaptation vitale pour les musées en ces temps de confinement.

Les organisateurs ont dû composer une installation surprise par des annulations de prêt et adapter la scénographie des salles en conséquence. De plus, c’est avec un grand enthousiasme que nous pouvons encore participer à ce voyage grâce aux contenus virtuels créés pour maintenir l’expérience artistique. Le site du louvre lens à la maison propose une réinvention de la médiation à travers des explications d’oeuvres en podcasts ( https://www.louvrelens.fr/podcasts-exposition-soleils-noirs/ ), une visite virtuelle et diverses activité en lien avec cette exposition d’une grande beauté.

Pour continuer le voyage:

Visite Virtuelle par la directrice du Louvre Lens

L’univers d’Odilon Redon:

https://www.connaissancedesarts.com/arts-expositions/odilon-redon-noirs-et-lumineux-dessins-symbolistes-11137628/

ns-symbolistes-11137628/

Soulages et Hartung, une amitié scellée dans le noir

http://www.lecurieuxdesarts.fr/2018/03/une-amitie-scellee-dans-le-noir-pierre-soulages-et-ha

ns-hartung-christie-s-paris.html

Les Fables de La Fontaine illustrées par Gustave Doré

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65833937/f243.item

Article de : Albane Aumond Levesque

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[Acteurs de la culture : Interview d’Héloïse Guyard, artiste plasticienne]

Héloïse Guyard est artiste plasticienne. En plus de la production d’œuvres, elle organise des ateliers et expose ses œuvres dans des écoles, collèges, lycées et universités, situés dans des zones ayant peu ou pas accès à la culture. Lors de ces échanges avec les élèves, elle les incite à développer un esprit critique.

Voici la transcription de l’Interview :

Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Heloïse Guyard. Je suis artiste plasticienne. J’habite en Normandie où je travaille et je travaille également à Paris où j’ai gardé un petit atelier.

Pouvez-vous présenter votre formation (études, réorientation…) ?

J’ai un parcours un peu particulier. Après le bac, j’ai d’abord commencé par un an aux Ateliers de Sèvres à Paris, pour préparer les concours des grandes écoles d’art. Je n’ai pas eu les écoles que je voulais donc je suis allée aux Ateliers Beaux-Arts de la ville de Paris, à Glacière dans le XIIIème arrondissement, j’ai adoré ! J’ai eu les Beaux-Arts de Marseille mais je suis partie au bout de 3 mois. Je n’ai pas du tout été heureuse dans cette école. Je suis retournée à Glacière et j’ai terminé mon année là-bas. J’ai eu les Arts-Déco de Paris et j’ai été très fière d’avoir eu le concours mais j’ai été aussi malheureuse et au bout d’un an je suis partie. Les grandes écoles d’art ne m’intéressaient pas vraiment. A partir de là, j’ai voyagé, j’ai fait des carnets de voyage et je suis partie 6 mois en Amérique Latine. En rentrant, j’ai commencé à exposer et à donner mes premiers cours de dessin. Finalement, je suis diplômée d’un DNSEP ART (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique) aux Beaux-Arts du Havre, que j’ai fait en V.A.E (Validation des Acquis et de l’Expérience). Quand j’ai eu mes enfants je me suis dit que c’était bien d’avoir ce diplôme au cas où, si un jour je voulais enseigner. Voilà pour ma formation un peu chaotique !

Je ne me suis jamais réorientée dans la mesure où j’ai toujours su ce que je voulais faire. C’est juste que la façon d’y arriver n’était pas la bonne pour moi. Je n’ai pas trouvé ma place dans les grandes écoles d’art.

Qu’est-ce qui vous a personnellement déçu dans les grandes écoles d’art ?

Il y avait une très très grande exigence au concours : il fallait être très cohérent… J’étais contente d’avoir eu ces concours mais une fois en cours ce n’était pas ce à quoi je m’attendais : c’était trop scolaire. J’étais habituée à Glacière à être en atelier avec un professeur et un cadre mais nous étions très libres dans ce cadre. Les premières années aux Beaux-Arts de Marseille et aux Arts-Déco de Paris je n’ai pas retrouvé cette liberté dans le cadre : il n’y avait que le cadre qui m’énervait. J’ai eu certains professeurs super, mais je ne me voyais pas y rester 5 ans.

Etes-vous restez en contact avec des personnes rencontrées durant vos études ?

J’ai gardé contact avec mon professeur d’atelier de Glacière, Olivier Di Pizio. On expose ensemble avec beaucoup d’autres artistes dans un salon qui organise une exposition annuelle à Paris et des « hors les murs » en France et à l’étranger. J’ai gardé une très bonne amie des Arts-Déco et j’ai encore des contacts avec d’autres élèves qui étaient avec moi en atelier. Ces expériences créent un réseau encore large aujourd’hui

Est-ce que vous avez déjà songé à former des projets artistiques ensemble (au stade de projet ou abouti) ?

J’ai déjà travaillé avec certains d’entre eux. Pour d’autres anciens camarades c’est plus compliqué car nos travaux sont trop différents.

Pouvez-vous nous présenter la profession que vous exercez aujourd’hui ? Depuis quand exercez-vous ?

            J’exerce officiellement depuis 2006, l’année où je me suis inscrite à la Maison des Artistes  et où je me suis déclarée micro-entreprise. En revanche, j’ai toujours peint et dessiné et j’ai fait ma première exposition en 2001, dans mon appartement, chez mes parents, avec mes proches. Et depuis je n’ai jamais arrêté.

            Je suis artiste plasticienne donc dans mon métier il y a une grande partie de création, où je suis à l’atelier. C’est de la recherche plastique : je dessine, je peins, je fais de la céramique… C’est de la production d’oeuvres en atelier. C’est la partie que je préfère ! Il y a une autre partie assez chronophage mais indispensable : répondre à des appels à projet. Je monte des dossiers : je fais de la rédaction, de la mise en page, des lettres de motivation, des notes d’intention… Les dossiers sont pour des appels à projet d’expositions, pour des résidences, pour des médiations en école…

La dernière partie de mon métier est la transmission. J’anime des ateliers chez moi en Normandie dans mon atelier ou dans mon atelier de Paris. C’est régulier, il y a des enfants et des adultes qui viennent. Je vais également régulièrement dans des écoles ou des associations pour des projets ponctuels.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre processus créatif et vos démarches dans la création de vos oeuvres ?

Je travaille essentiellement le dessin. Je travaille toujours dans un processus, qui est le même depuis plus de 10 ans environ, où je puise un motif dans l’infinité des motifs offerts par la nature. Il s’agit de la nature au sens très large, c’est-à-dire que j’ai fait des séries à partir du corps humain, à partir des cellules, des veines, des muscles…J’ai travaillé à partir du végétal, à partir d’images de cactus (CF photographies), du minéral, du monde animal avec le plumage par exemple, ou même à partir de la géographie et la cartographie (méandres des fleuves…). Une fois le ou les motifs choisis, je les observe et je me fais une petite collection d’images, soit à partir de livres, soit d’internet, soit de photographies. Après observation, j’extrais des fragments et des morceaux de ces motifs que je dessine et répète puis transforme. Je pars de quelque chose de très figuratif et qui va tendre peu à peu vers l’abstraction. Je questionne en permanence cette limite entre figuration et abstraction et chacun peut ensuite imaginer ce qu’il veut, chacun y voit ce qu’il veut. Je suis dans un processus très lent de création : je répète en permanence les motifs, c’est très minutieux et il a un aspect presque pénible. Dans mon travail, il est très important pour moi de me poser dans mon atelier, dans un monde où tout va vite et tout doit être rentable. Je retrouve de la lenteur dans ce que je fais.

            Je choisis également des moyens simples : un petit feutre noir à mine fine, un petit carnet en papier recyclé, je dessine sur des morceaux de tissus récupérés (CF photographies) ou je prends une craie ou un fusain et je fais une fresque en direct sur un mur… J’aime ce côté direct et simple. Tout le monde peut utiliser ces mêmes moyens.
            J’aime aussi la simplicité dans la présentation. Je peux envahir une pièce immense avec seulement une accumulation de petites choses. Par exemple, j’ai, dans des enveloppes, des centaines de petits dessins que j’épingle directement au mur. Je remplis ainsi un mur avec quelque chose qui rentre presque dans ma poche. J’apprécie ce concept de pouvoir exposer dans un lieu, sans dispositif complexe. C’est parfait pour travailler dans une école avec des élèves : lorsque l’on est nombreux et que l’on a un peu de temps, on peut faire quelque chose de gigantesque avec de petites choses. C’est un travail collectif.

Qu’est-ce qui vous a poussé à sortir de votre atelier pour faire de la médiation culturelle et faire découvrir votre univers créatif au sein d’écoles ?

D’abord le goût de transmettre, d’échanger et de discuter sur la création. La volonté d’amener chacun à s’interroger et à développer son esprit critique. Que chacun puisse prendre parti et avoir ses arguments. Les médiations culturelles sont essentielles pour cela. Je leur apporte mais les élèves m’apportent aussi énormément dans ces échanges.

Ensuite, compter uniquement sur la vente d’oeuvres est trop incertain donc c’est aussi un complément de revenus.

Pouvez-vous partager avec nous une oeuvre ou un artiste ayant marqué votre carrière ?

Il y a énormément d’oeuvres et d’artistes qui me nourrissent. Mais si je devais en citer une seule, ce serait le travail photographique de Karl Blossfeldt. C’est un artiste allemand du début du XXème siècle, qui enseignait le dessin aux Beaux-Arts de Berlin. Il partait du motif universel qu’est la plante et la mettait en scène de manière très rigoureuse avant de la prendre en photo en noir et blanc. Mon professeur Olivier Di Pizio m’a conseillé ce petit livre de Karl Blossfeldt* et ça a été vraiment le point de départ de tout mon processus créatif, encore aujourd’hui. Ce travail est fondateur pour moi.

Est-ce que vous pouvez nous parler plus en détail de vos activités au sein des écoles ?

Par exemple cette année j’ai été prise dans un dispositif de la D.R.A.C (Direction Régionale des Affaires Culturelle) Normande qui s’appelle « De Visu ». Nous avons été 34 artistes sélectionnés et dispatchés. Nous faisons des expositions dans des collèges, lycées ou universités, dans des endroits qui n’ont pas ou très peu accès à la culture. C’est donc la culture qui vient aux élèves. Ce qui est très chouette dans ce dispositif c’est que l’artiste a une vraie exposition personnelle puisque l’établissement engagé dans ce dispositif possède un espace d’exposition dédié. C’est assez rare de pouvoir montrer une centaine d’oeuvres d’un coup, souvent ce sont des expositions collectives. Les élèves visitent donc l’exposition, on échange sur le travail, je leur fais faire des ateliers, on crée des oeuvres collectives….Ce système là est super puisqu’il permet à l’artiste de montrer son travail de manière qualitative et parce que c’est un partenariat avec les professeurs, d’autres partenaires et les élèves. Je le fais dès que je peux. Je vais aussi dans les écoles pour faire du porte à porte et s’il y a du budget et que les professeurs sont partants, j’organise des ateliers.

Que conseillerez-vous à une personne qui souhaite se lancer dans la voie artistique ?

De parler directement avec des artistes et de bien se renseigner sur l’école qu’ils souhaitent faire. Je pense que pour ma part je n’étais pas assez renseignée et que j’aurais rêvé de faire les Beaux-Arts de Paris mais je les ai présenté trop tôt donc je les ai raté. Comme on ne peut pas les présenter plus que 2 fois, la fois où j’étais pas loin de l’admission mais où je ne les ai pas eu, c’était trop tard ! Il faut aussi discuter avec des artistes ayant fait différentes écoles et voir ce qui vous plait. L’école n’est pas forcément obligatoire. C’est davantage la rencontre et l’échange ! Il faut faire et montrer ce qu’on fait. Il faut aller chercher les appels à projet : sur le CNAP (Centre National des Arts Plastiques) ou la FRAAP (Fédération des Réseaux et Associations d’Artistes Plasticiens) par exemple.

Auriez-vous un conseil pour la vie de tous les jours, pour le confinement par exemple, pour que chacun puisse se dire qu’il sait quoi faire de ses dix doigts ?

Je n’ai pas vraiment de conseil à donner, ne vivant moi-même pas très bien ce confinement : je ne peux plus donner mes cours ni exposer,  5 de mes expositions ont été annulées cette année… Mais je dirais que ce qui m’aide à tenir c’est de continuer à faire, continuer à dessiner. Je persévère ! C’est ce que je fais en général, persévérer, puisque le métier d’artiste n’est pas simple.

  • Karl Blossfeldt, éditions Taschen.

Sites :

Pour voir le travail d’Héloïse Guyard : https://www.heloiseguyard.com/

Instagram : @heloiseguyard

Facebook : Heloïse Guyard

Site de la FRAAP : https://fraap.org/

Site du CNAP : https://www.cnap.fr/

Pour en savoir plus sur ses œuvres, vous pouvez vous rendre sur son site internet : https://www.heloiseguyard.com/

Interview réalisée par : Agathe Passerat de la Chapelle

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[La femme au tableau et la question de la restitution des biens]

La technique méticuleuse de pose de feuilles d’or et la préparation lente et précise par l’un des peintres symbolistes les plus célèbres de l’histoire de l’art, sur son oeuvre la plus représentative et controversée, sont des images constituant l’ouverture de La Femme au tableau, sorti en 2015 et réalisé par Simon Curtis.

Cette oeuvre cinématographique retrace le parcours juridique entrepris par Maria Altmann, interprétée par Helen Mirren, pour récupérer cinq tableaux de Gustav Klimt -dont le Portrait d’Adele Bloch-Bauer I- que sa famille possédait et qui avaient été volés par les nazis puis confiés au musée du Belvédère à Vienne, en Autriche.
En effet, ce portrait d’Adele Bloch-Bauer, tante de la protagoniste, avait été rebaptisé The Woman in Gold (également le titre original du film), dans le but de dissimuler l’identité juive du sujet. Spolié par le régime nazi en 1938 à Vienne, conséquemment à l’annexion de l’Autriche par celui-ci, de nombreux biens de la famille juive Bloch-Bauer sont saisis illégalement dont le Portrait d’Adele Bloch-Bauer I qui est acquis illégalement par le musée national du Belvédère à Vienne, au sein duquel l’oeuvre sera exposée pendant de nombreuses décennies. Néanmoins, la nièce d’Adele Bloch-Bauer décide en 1999 d’engager des procédures à l’encontre du gouvernement autrichien pour la restitution du tableau, considéré comme un bien familial. Assistée par le jeune avocat de Los Angeles, également d’ascendance juive, Eric Randol Schoenberg, qui est joué par Ryan Reynolds, le duo s’embarque dans une odyssée historique émotionnelle, animé par un désir de justice lié notamment aux souvenirs douloureux de la Seconde Guerre Mondiale et de ses conséquences.

Si le film est assez classique et sans surprise dans son ensemble, empruntant le schéma traditionnel des films historiques entre flashbacks et linéarité dans sa mise en scène, les performances et le sujet même de l’oeuvre -encore peu traité au cinéma- qui concerne la restitution des biens, convainquent le spectateur de son intérêt, d’autant plus que le film se révèle efficace pour expliquer de manière concise le contexte paradoxal dans lequel nous vivions.

En effet, l’oeuvre de Simon Curtis illustre le paradoxe qui s’installe entre la volonté, dans un contexte diplomatique et culturel, pour le gouvernement autrichien -mais cela pourrait aussi concerner les gouvernements britannique et français avec la question coloniale par exemple- de reconnaitre les erreurs passées dont le vol de plusieurs biens appartenant à des familles juives spoliées pendant la Seconde Guerre Mondiale; et d’autre part, d’un point de vue pratique et légal, le déni par les institutions culturelles de l’acquisition illégale de ces biens en question.

Par conséquent, les représentants du gouvernement autrichien s’entêtent à poser des obstacles procéduraux dans cette affaire Maria Altmann vs République d’Autriche, qui devient rapidement retentissante et est même jugée par la Cour suprême des Etats-Unis en 2004, qui considère les tribunaux américains compétents pour juger l’affaire.

Finalement, l’affaire est tranchée par arbitrage en Autriche, dont le jugement donne raison à Maria Altmann exigeant la restitution des cinq tableaux réalisés par Gustave Klimt.

La Femme au tableau n’éblouit pas par son originalité mais a le mérite de s’attaquer à une question trop peu traitée au cinéma, et pourtant bien présente dans la société, à savoir la restitution des biens.

Grâce à une mise en scène efficace et concise, les principaux enjeux de cette affaire, notamment culturels, historiques, politiques et éthiques, ne sont pas simplifiés et dénués de leur complexité, avec la volonté de préserver cette oeuvre -considérée comme un symbole pour de nombreux Autrichiens et nommée la « Mona Lisa » autrichienne- au Musée du Belvédère, qui s’oppose à un désir de justice et la recherche implicite d’une réparation émotionnelle de la part de Maria Altmann.

S’achevant sur une image forte du duo gagnant Altmann-Schoenberg (Helen Mirren et Ryan Reynolds), le film donne la satisfaction au spectateur d’assister à une victoire des outsiders, obtenant une justice qui n’a pas de prix.

Pour aller plus loin :

  • Joséphine Bindé, « Splendeurs et tourments de la « dame en or » de Gustav Klimt », Beaux Arts
    Magazine, 19 juin 2020 (https://www.beauxarts.com/grand-format/les-vicissitudes-de-la-dameen-
    or/?fbclid=IwAR0Ut9nPnY1G6ouP3MmBlgeBaAZ22YtkjccZNt3Jz3SbVddz5L_yXJFIsGA)
  • Patricia Cohen, « The Story Behind ‘Woman in Gold’: Nazi Art Thieves and One Painting’s
    Return », The New York Times, 30 mars 2015 (https://www.nytimes.com/2015/03/31/arts/
    design/the-story-behind-woman-in-gold-nazi-art-thieves-and-one-paintings-return.html)

Article de : Noémie Ngako

Cet article n’engage que son auteure.

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[Actualités de l’UNESCO: Les 50 ans de la Convention contre l’importation, l’exportation et le trafic des biens culturels mondiaux]

Le 14 novembre prochain, cela fera cinquante ans que la Conférence générale de l’UNESCO a adopté la Convention concernant les mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriété illicites des biens culturels. C’est l’occasion d’en faire un historique, afin de comprendre l’évolution et les enjeux d’une Convention visant à protéger les biens culturels à l’échelle mondiale. 

Naissance d’une Convention novatrice

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, le contexte est propice aux revendications indépendantistes des pays colonisés par des puissances alors affaiblies par le combat. Les pays ayant acquis leurs indépendances dans les années 1960 réaffirment leurs demandes de récupérer les éléments précieux de leur patrimoine culturel. Aussi, le constat est celui que la paix ne durera que si les accords politiques sont accompagnés par une solidarité morale et culturelle. La Convention de 1970 cristallise ces idéaux. Si elle compte aujourd’hui 140 Etats parties, elle entre en vigueur en 1972 avec la Bulgarie, l’Equateur et le Nigéria. Les premières nations à accepter et/ou ratifier la Convention sont celles ayant fait l’objet de pillages massifs, et il faut attendre une vingtaine d’années pour que les grandes puissances colonisatrices l’acceptent à leur tour. Par exemple, la France l’accepte en 1997, le Royaume-Uni en 2002 et la Belgique en 2009. 

Lors de la 16e session de sa Convention, l’UNESCO se place en pionner dans la lutte contre le trafic illicite des biens culturels. La visée est de protéger un patrimoine culturel matériel mondial, terrestre comme subaquatique. Protéger les biens culturels relève d’un devoir de mémoire, ainsi que de sauvegarde et construction de l’identité des peuples. Les trois principes de la Convention sont la prévention, la restitution, et la coopération nationale. Pour connaître les réalités nationales, les pays s’engagent à publier des rapports nationaux pour décrire l’avancée des mesures prises pour protéger les biens culturels. Les Etats parties se rencontrent lors de Réunion, organe souverain de la Convention, et la dernière s’est tenue en mai 2019.

Un cadre juridique international

L’UNESCO présente aujourd’hui la Convention comme juridiquement contraignante, puisqu’elle donne un cadre commun aux Etats parties, leur imposant de frapper de sanctions pénales ou administratives les acteurs contribuant au trafic illicite. Cependant, la Convention fait face à de nombreux obstacles depuis sa création: la territorialité des lois et la prévalence du droit interne, les faits uniquement postérieurs à 1970, l’absence de ratification par tous les Etats l’ayant acceptée, l’absence de coopération internationale effective… C’est la Convention UNIDROIT de 1995 qui a élaboré la Convention sur les biens culturels volés ou illicitement exportés pour résoudre les impuissances du texte de 1970. Une coopération est promue entre les pays, qui s’engagent à assurer un traitement uniforme dans la restitution des biens culturels volés. 

La Convention pose dès 1970 les principes de solidarité, d’équité culturelle et de responsabilité collective, et permet ainsi la protection d’un patrimoine culturel mondial. Dans son cadre, l’UNESCO a créé des formations pour sensibiliser et renforcer sa mise en œuvre, et s’est alliée aux professionnels et grandes institutions internationales engagés dans la lutte contre le trafic illicite de biens culturels. Une base de données sur les lois internationales, un Code de déontologie pour l’identification des objets avant leur acquisition (1997), et un certificat type d’exportation (2005) ont été créés pour contrôler la circulation des biens. En somme, la Convention régit un nouvel ordre culturel international, et exerce une grande influence sur l’opinion publique.

Des efforts toujours actuels en temps de pandémie 

Pourtant, le commerce illicite représente de 10 milliards de dollars chaque année, le plaçant troisième après le trafic de drogues et d’armes. Les objectifs de la Convention ont été mis à mal par une pandémie affaiblissant les mécanismes de surveillance et de protection des sites archéologiques, des musées, et que le trafic illicite en ligne se renforce. Lors d’une conférence le 26 juin dernier, des experts ont identifié le désintérêt des polices nationales des sites culturels et la volonté des particuliers de trouver un revenu complémentaire comme explications de ce regain. Les réseaux sociaux sont un espace propice à celui-ci, et largement utilisés par les grandes organisations criminelles. Facebook comme Instagram ont reconnu que leurs plateformes servaient à la vente d’objets pillés, et même à un « pillage sur commande », depuis 2011. Un autre phénomène est la vente aux enchères d’objet d’art en direct, où les objets sont exhumés et présentés devant l’acquéreur, dans un souci d’authenticité. 

Les enjeux restent entiers concernant les restitutions, et le débat est constamment réactualisé notamment par les récentes actions réalisées dans les musées du Louvre ou du Quai Branly. Pourtant, il semble que les rouages des restitutions commencent à accélérer leur cadence… affaire à suivre. 

Les 50 ans sur les réseaux sociaux : Le vrai prix de l’art 

L’UNESCO lance par ailleurs la campagne #TheRealPriceofArt sur les réseaux sociaux pour sensibiliser à la valeur réelle des biens culturels, et aux conséquences désastreuses de leur trafic illicite. Chaque visuel présente un objet intégré à la décoration intérieure de l’acquéreur, et une description vient rappeler le contexte et les acteurs de l’excavation. Par ailleurs, le 14 novembre prochain marquera la première édition de la Journée internationale de lutte contre le trafic illicite de biens culturels. Dans son cadre, une conférence internationale se déroulera à Berlin du 16 au 18 novembre, afin d’analyser les enjeux actuels pour chaque région du monde et d’échanger sur les solutions possibles. 

Programmes passionnants pour les jours et années à venir, restez connectés ! Si vous souhaitez voir l’historique de la Convention en images : https://en.unesco.org/fighttrafficking/gallery 

Article écrit par Emma Letard-Kerbart

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[Sortie culturelle : Trois expositions temporaires au Musée des arts décoratifs]

Entrez au Musée des Arts Décoratifs (MAD) par la porte du jardin des Tuileries et découvrez trois expositions temporaires, offrant un interlude dans cette période étrange que nous vivons. Il vous faudra réserver par avance votre accès au musée, gratuit pour les -26 ans, sur le site internet du MAD.

Sur votre gauche des escaliers menant à une première exposition : « Luxes » ou l’histoire d’un univers source de fantasmes et interrogations pour certains. Sont présentés de façon chronologique des objets alors témoins et garants de la richesse de leurs propriétaires allant de l’Égypte antique à la dernière fashion week. Cette exposition définit la notion de luxe et ses déclinaisons, son évolution face aux enjeux de nos sociétés.

Sur votre droite l’exposition « Harper’s Bazaar », naissance et évolutions d’un des plus vieux magazine de mode. Vous retrouverez d’anciens numéros et archives, des robes ayant fait la une, liste des grands designers don les créations ont gracié les pages mais aussi les grands photographes y ayant fait carrière.

Enfin, à l’étage supérieur, l’exposition « le dessin sans réserves » exclusivement composée de dessins issus des collections du Musée des Arts Décoratifs. Dans une scénographie inventive suivant l’ordre alphabétique est exposée une partie des dessins présents dans les réserves du musée traversant les siècles et les styles, allant du dessin d’architecte à celui de mode, passant par les dessins préparatoires pour de grandioses décors.

« Luxes » jusqu’au 2 mai 2021 « Harper’s Bazaar : premier magazine de mode » jusqu’au 3 janvier 2021 « Le dessin sans réserve. Collections des Arts Décoratifs » 31 janvier 2021. Pour plus de renseignements :

https://madparis.fr

Article de : Yacine Navenot

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[Idées de sorties : De Chirico, La peinture métaphysique, exposition au musée de l’Orangerie]

Du 16 septembre au 14 décembre 2020 se tient au Musée de l’Orangerie l’exposition : De Chirico, la peinture métaphysique.

Au travers de son œuvre, l’on ressent une certaine fascination pour ses paysages urbains vides à la fois angoissants et oniriques. La perspective infinie, les rues désertes ainsi que la violence de l’éclairage défamiliarisent le réel et troublent le spectateur, présentant une réalité parallèle toute droit sortie de l’esprit de l’artiste. De Chirico utilise beaucoup de symboles et fait se rencontrer des objets sans rapport certain tel qu’une statue grecque, un gant et une balle, formant une composition intriguante, une sorte de rébus, d’énigme poétique. Ces objets bouleversent l’équilibre des proportions par leurs tailles et De Chirico parvient à peindre le sentiment de malaise qu’il éprouve dans la ville. En effet, la peinture métaphysique est née du sentiment d’« inquiétante étrangeté » qu’il éprouvait en arpentant les rues de Florence où l’architecture et les objets baignaient dans une « solitude plastique ». Ainsi, tout en employant des objets du réel, De Chirico nous dépayse totalement. La présence humaine est mystérieuse dans tous ses tableaux, prenant la forme d’une statue, d’une ombre ou d’un mannequin.

Le peintre gréco-italien est formé à Athènes, Florence puis Munich. Il est marqué par la culture méditerranéenne et ses mythes ainsi que par la lecture de Schopenhauer et Nietzsche. Cela se ressent dans la manière dont il peint la ville, labyrinthe désorientant et séduisant.

Il s’installe à Paris en 1911 ou il rencontre Apollinaire, le premier à qualifier son œuvre de «métaphysique » mais aussi Picasso et Brancusi. Son œuvre est une révélation pour les artistes de l’époque, et De Chirico exerça une influence sur de nombreux artistes, notamment du mouvement surréaliste tel que Dali, Magritte ou Ernst. En 1919, De Chirico retourne à la tradition, ce qui déplaît à Breton et ses amis considérant cela comme une trahison.

Article de : Sana Tekaïa

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