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[ Rubrique culturelle: One man show d’Edouard Baer ]

C’est au cours d’un week-end d’octobre que j’ai assisté, un samedi soir au one man show d’Edouard Baer intitulé « Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce » au théâtre Antoine dans le 10ème arrondissement. Particulièrement fan de la personne et de son humour, j’étais certaine de passer un agréable moment. Je ne m’attendais pas à ressentir un si large panel d’émotion au cours du spectacle. En effet, en plus théâtre magnifique que j’ai découvert lors de cette soirée, la proposition que nous offre l’humoriste est autant originale, touchante qu’amusante. Le spectacle prend ainsi la forme d’un one man show humoristique dynamique à l’image de son auteur ponctué de réflexions philosophiques et de passages littéraires choisis avec soin par le comédien. 

On assiste donc à l’évolution d’un personnage très théâtral qui n’est autre que celui du comédien lui-même jouant son propre rôle. Il interagit avec son environnement, le public ainsi que les différents personnages faisant leur apparition au cours du spectacle. Je situerais donc la prestation d’Edouard Baer à mi-chemin entre le stand-up, la pièce de théâtre et l’essai philosophique. Il nous fait partager son introspection, ses questions sur sa vie de comédien. Pour cela, il s’appuie sur les textes de ses auteurs phares, Romain Gary ou encore Bukowski.

Le lieu, les décors, les jeux de lumières participent aussi à faire passer au spectateur un excellent moment. Ce voyage dans les pensées d’Edouard Baer vous fera oublier vos tracas et vous fera sortir de la salle le cœur réchauffé. Il est possible de voir le spectacle pour un tarif minimal de 18,50€ et ce jusqu’au 30 décembre 2021, tous les jours de la semaine sauf le lundi à 21h en semaine et 19h le dimanche.

Voici donc une sortie que je vous conseille vivement et qui, croyez-moi, ne vous laissera pas indifférent !

Un article de Lili M’rabet

Cet article n’engage que son auteure.

Source :

Edouard Baer dans Les Élucubrations… Théâtre Antoine (ticketac.com)
Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce Édouard Baer et ses fantômes – Entrée du public (entreedupublic.fr)
Les drôles et émouvantes élucubrations d’Édouard Baer (lefigaro.fr)
Édouard Baer réfléchit à sa vie dans « Les élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce » – Bing video

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L’éducation dans la lutte contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie : « en progrès, mais peut mieux faire »

Au lendemain de la journée internationale contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie, la question de la place décisive que joue l’éducation dans la lutte pour l’acceptation identitaire et sexuelle se pose plus que jamais. L’Organisation Mondiale de la Santé a peut-être rayé l’homophobie des maladies mentales il y a 31 ans, 69 pays dans le monde continuent toujours à l’interdire. L’éducation étant vecteur de construction identitaire et sociale, elle joue un rôle des plus importants dans la compréhension et l’acceptation de l’autre. Mais le milieu éducatif et les programmes scolaires peuvent également s’avérer être stigmatisants voire destructeurs. Entre conservatisme et progrès, l’éducation est-elle aujourd’hui adaptée à la lutte contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie ? 

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L’École encore mauvaise élève :

Selon le rapport UNESCO, 54 % des élèves LGBTQIA+ ont connu des situations de harcèlement scolaire dues à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre. Il a aussi été reconnu que presque la moitié des 47 pays membres du Conseil de l’Europe ignorent ou ne représentent pas suffisamment la diversité des identités de genre et des identités sexuelles. 

Encore en France, le climat scolaire est défavorable aux élèves LGBTQIA+. 72 % d’entre eux affirment avoir subi une expérience scolaire mauvaise ou très mauvaise d’après une étude sur la santé des mineur.e.s LGBT scolarisé.e.s. Les cas de harcèlement scolaire liés à l’identité sexuelle ou de genre ne cessent de croître, passant de plus en plus par des voies de cyberharcèlement. Les réseaux sociaux, un outil certes très utile dans la vie quotidienne, peuvent en effet s’avérer profondément destructeurs pour de nombreux jeunes. Mais également la violence physique au sein des établissements scolaires se fait de plus en plus courante, les tabous et préjugés continuant d’exister dans les salles et cours d’école. 

L’engagement éducatif français : 

C’est avant tout pour lutter contre les violences physique, sexuelle et psychologique que le Gouvernement français a lancé le programme « Collèges et lycées engagés contre l’homophobie et la transphobie : tous égaux, tous alliés » en janvier 2019. Le Ministre de l’Education nationale a aussi mis en place divers numéros et sites, de manière à ce que les élèves souffrant d’homo-, bi-, inter-, et transphobie puissent obtenir une aide (ecoute.contrelhomophobie.org ou encore un numéro vert gratuit « Non au harcèlement » 30 20). 

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Image de la campagne « Lutter contre l’homophobie et la transphobie à l’École ».

L’engagement de l’UNESCO :

L’UNESCO affirme qu’il est impossible de « garantir une éducation de qualité inclusive et équitable et de promouvoir des opportunités d’apprentissage tout au long de la vie », comme le précise son Objectif de développement durable 4, si le système éducatif ne permet pas de lutter contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie. 

Ces dernières années, l’UNESCO a mené diverses actions. En 2011, l’organisation avait instauré une première consultation de l’ONU sur le harcèlement homophobe au sein de l’École. En mai 2016 a été organisée la « Réunion ministérielle internationale sur les réponses du secteur de l’éducation à la violence homophobe et transphobe #OutInTheOpen ». Depuis, un appel ministériel à l’action a été lancé afin de remédier aux violences liées à l’expression identitaire et sexuelle, regroupant plus de 56 pays dans le monde. L’UNESCO a aussi publié un rapport en 2019 sur le suivi de la violence scolaire basée sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre. Ce rapport vise surtout à lutter contre toutes les formes de harcèlement mais permet aussi d’illustrer les techniques de suivi les plus adaptées pour répondre aux besoins des jeunes harcelés. 

Au-delà de la lutte, l’École se doit également de devenir un facteur d’émancipation et d’acceptation de soi, un terrain sur lequel de nombreux progrès sont encore à faire. Cela passe notamment par l’adaptation des programmes scolaires et des comportements des divers acteurs du milieu éducatif. L’UNESCO a en ce point soumis des propositions pédagogiques aux enseignantes, afin qu’ils puissent mieux agir et réagir lors de situations de conflit ou de questions posées par des élèves concernant le genre et la sexualité. Aussi bien la posture de l’enseignant que des éléments de définition de termes clés comme « homosexualité », « transgenre », ou encore « genre » y sont proposés, afin d’assurer une réponse à la fois adaptée, véridique et respectueuse des différents acteurs dans le milieu scolaire. Pour lutter dès le plus jeune âge contre l’homo-, trans-, inter- et la biphobie, l’UNESCO propose également des activités scolaires afin de mieux comprendre ce qu’est le genre et quelles sont les normes de genre existantes. C’est le cas par exemple de l’activité « réservé à » prévue pour les écoles primaires, durant laquelle les élèves doivent décrire quelles activités il pense être réservées à l’un ou l’autre genre tout en en expliquant les raisons. Cette activité vise avant tout à casser les préjugés et éviter tout tabou, afin de faire comprendre à chaque enfant qu’il est libre de pratiquer les activités qu’il souhaite. Le but est aussi de lancer une discussion, surtout avec les élèves plus âgés, sur leur compréhension des questions identitaires, dans l’optique de favoriser l’échange sur des questionnements personnels encore très tabous aujourd’hui. Cela permet parallèlement d’éviter des situations de harcèlement et d’éduquer au respect et à la compréhension de l’autre. 

L’École a-t-elle encore des progrès à faire ?

De nombreuses propositions ont été faites afin de permettre un véritable progrès du système éducatif en matière d’intégration et de compréhension des problématiques liées à l’identité de genre et à l’identité sexuelle. Il a par exemple été proposé de ne pas aborder les personnes LGBTQIA+ uniquement sous l’angle de la sensibilisation face aux discriminations, mais plus largement au sein des programmes, afin de véritablement intégrer toutes les formes d’identité sur un même plan. De plus, les cours d’éducation sexuelle au collège ne prennent que très peu voire pas du tout en compte la sexualité homosexuelle, un domaine dans lequel de nombreux progrès sont encore à faire.

En bref, le système éducatif est « en progrès, mais peut mieux faire ».

Auteure : Marianne Condette

http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/HIV-AIDS/pdf/IDAHOLessonPlanFrench.pdf
https://en.unesco.org/news/over-half-lgbtqi-students-europe-bullied-school-says-unesco-report
https://fr.unesco.org/news/lutte-contre-homophobie-ecole-au-coeur-reunion-ministerielle-unesco
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/l-homophobie-s-enracine-des-la-petite-enfance_2059228.html
https://www.education.gouv.fr/lutter-contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-11858
https://www.education.gouv.fr/contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-40706

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[Interview Johnny Alaniz – Artiste Peintre Nicaraguayen]

Qui est Jonnhy Alaniz Rayo ? 

Johnny Alaniz Rayo est un peintre né à Matagalpa au Nicaragua en 1984. Ses parents étaient principalement commerçants, et en parallèle, son père sculptait le bois. C’est à l’âge de 5 ans qu’il entame son voyage dans la peinture porté par son frère Byron Alaniz Rayo qui avait étudié la peinture à l’Ecole Nationale de Beaux Arts à Managua (Capitale). Bayron a ensuite créé une école de peinture dans la ville de Saint Ramon dans le nord du pays où Johnny a étudié puis est assistant du professeur. 

Après avoir obtenu l’équivalent du bac au Nicaragua, le bachillerato, il a étudié la peinture à l’Ecole Nationale de Beaux Arts. Il s’est spécialisé dans l’étude de la figure humaine et le portrait avec le professeur Fernando Salgado de nationalité espagnole et Rafael Patorollo, d’origine colombienne, tous deux issus de l’Ecole de Beaux Arts de Séville en Espagne.

En parallèle de ses études, il crée sa propre école de peinture normée “ El Renacimiento ” à Matagalpa et développe une extension à Estelí en 2006, avec l’objectif de transmettre sa passion pour l’art. 

Influences majeures : 

Johnny se qualifie comme un artiste versatil, une personne passionnée par l’art dans son entièreté. Cette qualité lui a permis de naviguer dans ses oeuvres à travers les styles et sujets, sans jamais s’établir dans un unique courant.  Cela lui a permis d’explorer diverses techniques. 

Son travail a d’abord été inspiré par son environnement, ses oeuvres majeures s’inscrivent dans le courant régionaliste où il dépeint des scènes de la vie de tous les jours, la nature, les fincas (les fermes), le travail de la terre (tabac, café), les maisons coloniales et les rues des pueblos du nord du pays. Nous retrouvons dans ses oeuvres les paysages tropicaux, des jungles, des animaux exotiques faisant par la même la promotion de la richesse naturelle du pays. 

Au cours de sa vie, Johnny à continué à explorer divers univers, inspiré par la littérature et poésie latino-américaine, il souhaitait apporter son interprétation de poèmes du poète Nicaragua Ruben Dario, aussi appelé le Prince des lettres hispaniques, fondateur du mouvement littéraire moderniste dans la langue hispano-américaine. Ainsi, il interprète en peinture le poème “ Margarita esta linda la mar…” ou encore “Sonatia”  dudit auteur. Il interprète également dans son œuvre “6 bohemios alegres” le poème de Guillermo Aguirre y Fierro “El Brindis del bohemio”. Dans ces peintures créées après son voyage en Europe on peut voir représentée la mairie de la ville de Tours et de Séville. Un doux mélange entre la culture latio-américaine et l’architecture française. 

Par ailleurs le culture Nicaraguayen continue d’’inspirer le peintre, en effet, récemment contacté par la mairie de Sabaco au Nicaragua afin créer une oeuvre muraliste qui fasse référence, il a créé une oeuvre retraçant les éléments principaux de la culture nicaraguayenne à savoir : 

  •  Le Güegüense, danse théâtrale traditionnelle inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008.  Il s’agit d’une expression virulente de protestation contre le colonialisme, El Güegüense est un drame satirique connu dans tout le pays. Il est représenté pendant la fête de Saint-Sébastien, patron de la ville de Diriamba, dans la province nicaraguayenne de Carazo. Synthèse des cultures indigène et espagnole, El Güegüense mêle le théâtre, la danse et la musique. Il est considéré comme l’une des formes d’expressions latino-américaines les plus remarquables de l’époque coloniale
  • Les légendes locales notamment celle de “La Mocuana” qui raconte, dans la version de la vallée de Sébaco (Matagalpa), la plus répandue, que la Mocuana ‘elle était la belle fille d’un cacique tombé amoureux d’un conquistador espagnol. Le conquistador la convainc alors de lui montrer l’endroit où son père conserve tous ses trésors. Elle l’a emmené dans une grotte, et une fois là, l’Espagnol a pris tout ce qu’il pouvait et l’a enfermée. Bien qu’elle connaisse bien l’endroit et qu’elle ait pu en sortir, à cause de la trahison qu’elle a subie et parce qu’elle a eu honte devant sa famille, elle a perdu la tête et depuis, elle cherche l’homme pour se venger. C’est pourquoi, dans les nuits sombres, elle attaque les hommes qui se promènent seuls, surtout les jeunes et les hommes blancs (ou métis). Elle est décrite comme ayant des cheveux noirs longs et raides qui couvrent tout son visage. Il est dit qu’ils n’ont jamais pu voir son visage, seulement sa silhouette svelte et balancée et ses beaux cheveux ».

Expositions 

Johnny a participé à plusieurs expositions collectives tant au niveau régional que national. Il a exposé dans des galeries d’art de la capitale, Managua : Codice, Pleyades, Josefina, Genesis et Manolo Baca. Au niveau régional, il a exposé dans le “ Multicentro Estéli et la Galerie Schewarts”.  On peut retrouver ses œuvres dans  les collections privées de Banque Centrale du Nicaragua dont certaines peuvent être aperçues dans les plus grandes banques du pays ainsi que dans  les sièges des industries de tabac. 

Certaines de ses peintures ayant été achetées par des collectionneurs États-Uniens, elles peuvent être aperçues à Miami dans le Lincoln Road, Cafetín Galeria, Book and Book, Abel Gallery et Winwood Gallery. 

En 2011 Johnny expose en Espagne lors d’une exposition collective à la casa cultural de la Isla Cristina. Par la suite, lors d’un passage en France de plusieurs mois, il va exposer ses œuvres à la mairie de Tours ainsi qu’à la mairie de Gizeux en plus de donner des cours de peinture avant de retourner au Nicaragua. 

Récompenses et prix 

En 2001 Johnny reçoit son premier prix du “Meilleur muralisme scolaire” par le Collège Simón Bolivar à Matagalpa, 

En 2004, il gagne le premier prix du concours national de peinture avec son œuvre Matagalpa y su Café” ( Matagalpa et son café ) avec une mention spéciale pour son oeuvre nomée “ Ambiente Matagalpino”  ( Ambiance de Matagalpa ). 

La place de l’art au Nicaragua 

L’artiste peintre souhaite mettre en valeur l’art Nicaraguayen et exprime qu’il y a un vrai mouvement positif dans la promotion de l’art et de la culture dans le pays particulièrement dans les grandes villes ( Managua, Matagalpa, Granada, Leon, Esteli ). Bien qu’il existe une réelle nécessité de continuer à développer ce secteur, plusieurs peintres Nicaraguayens ont réussi à se faire une place sur la scène internationale tel que Mauricio Ruiz, Efren Médina en autres. Au niveau régional il est important de noter le travail effectué par les “Casas culturales” ( maisons culturelles ) qui continuent de promouvoir la culture et promouvoir de nouveaux talents. 

Article de Thaïs Mathuz

Cet article n’engage que son auteure

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[Portraits de personnalités inspirantes : Frida Kahlo]

Féministe engagée, artiste accomplie, symbole à part entière de la communauté LGBTQ+, Frida Kahlo de son vrai nom Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderon possède une vie bien remplie. Figure d’émancipation féminine, Frida Kahlo a marqué l’Histoire de l’Art :  Ses autorretratos nous plongent dans son univers, ses engagements ainsi que ses plaies béantes, que chaque coup de pinceau exacerbe. Est-t-elle d’abord une femme ou une artiste ? Certains journalistes bien pensants ont la plume assez aiguisée pour affirmer que l’Homme et l’art peuvent être séparés. N’en déplaise à leur écrit de bois, Frida Kahlo n’est ni une femme ni une artiste, elle est une femme artiste.

Todo sobre la « ballerina »

Rebelle avant l’heure , Carmen devient Frida. Et ce ne fut pas chose aisée…Son prénom elle le tient de son père allemand qui immigre au Mexique, terre des aztèques en 1890. Friede signifie paix en allemand. Ironie du sort , la vie de sa fille est loin d’être de tout repos. D’ailleurs dès sa naissance en 1907, le choix de ce prénom engendre des querelles au sein de la famille. Le prêtre outré que ce prénom ne figure pas sur le calendrier des saints,  menace de refuser le baptême ! Outrage pour la mère, Frida devient Carmen.

Frida détonne , Frida étonne ! Si son certificat de naissance atteste qu’elle est née le 06 juillet 1907, l’artiste affirme qu’elle est née le 07 juillet 1910. Force et raison est de constater que le drapeau rouge enveloppe déjà son berceau. Elle ne choisit pas cette date par hasard, elle coïncide avec la révolution mexicaine qui dure une décennie et qui vient mettre fin au règne du général Porfirio Diaz . Attachée à son pays, patriote, elle représente la voix des opprimés. Bien avant sa carrière toute tracée vers la peinture, l’artiste vise une autre toile de fond et souhaite devenir médecin. Cependant celle-ci s’assombrit le 17 septembre 1925, date fatidique qui trace sa route d’artistes. Accompagné de son ami Alejandro à bord d’un bus, celui-ci entre en collision avec un tramway. Le bus ne survit pas et les passagers jonchent le sol. Parmi eux Frida, la colonne brisée est empalée sur une barre de fer. Un ouvrier laisse tomber par mégarde au moment de l’accident une poudre d’or, elle recouvre la jeune femme de son corps brisé. La vision est si enchanteresse qu’un passant pensant apercevoir une danseuse agonisante sur le sol s’écrie “la ballerina !”.La médecine est aux oubliettes, la ballerina est désormais non plus uniquement malade mais brisée.

Pintarse a sí misma, el arte del autorretrato 

Frida survit mais à quel prix ? Prisonnière de sa chambre et d’un corset qui l’empêche de bouger, les années défilent. Coincée entre quatre murs, la lecture devient sa salvatrice compagne. Proust, Bergson, Botticelli tout y passe ! Un miroir est fixé à son lit, et munis d’une boîte de couleur offerte par son paternel , elle peint. L’autoportrait surgit : Frida devient son propre sujet d’expérimentation :« Si je me peins, c’est que c’est le sujet que je connais le mieux ! ». Évolution de conscience et d’inconscience, les autoportraits sont de véritables œuvres d’introspection. L’une de ses œuvres les plus célèbres relate son calvaire. « La colonne brisée », peinte en 1944 . Cet autoportrait vient illustrer son état après une opération de la colonne vertébrale. Prisonnière, elle s’y représente dans une cage, liée à jamais à un corset. 

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La Bella y el sapo

L’amour naît dans son calvaire. Diego Rivera devient pour Frida ce que Sartre est pour Simone de Beauvoir, son unique âme sœur. La rencontre se passe au domicile de Tina Modotti, photographe italienne et communiste. De vingt-deux ans son aîné, le peintre mexicain la séduit, tous deux finissent par se marier le 21 août en 1929. Diego Rivera est un homme grand aux yeux globuleux, Frida lui attribue le surnom de sapo, de crapaud. Connu pour son engagement, il peint l’histoire du Mexique pour informer ceux qui ne savent pas lire. Communistes, l’espoir d’une renaissance de l’art, ensemble ils partagent tout. La Bella adopte un style bien à elle. Son monosourcil vient s’opposer aux carcans de la beauté féminine. Vastes jupes colorées, boucles d’oreilles lourdes et pendantes, des fleurs parsèment sa longue chevelure. C’est une femme de Tehuantepec désormais, Frida impose son style, qui continue de traverser les siècles. 

La desilusión del sueño americano

Dans les années 1930, un nouveau tournant commence pour le couple. Face à la situation politique pesante au Mexique, le couple bat de l’aile. Une invitation de la California School of Fine Arts de San Francisco sauve la carrière de Diego Rivera et lui commande une fresque. L’oncle Sam fait donc rentrer pour la première fois un artiste communiste dans son temple du capitalisme. La carrière du crapaud décolle, en décembre 1931, le MoMA de New York l’invite à exposer cent cinquante de ses toiles. En 1931, la famille Ford le soutient dans sa candidature pour une série de peintures au Detroit Institute of Arts. Les Rockefeller enfin lui demande de réaliser une peinture murale pour le hall de de réception de la Radio Corporation of America à New York. Le communiste qui rêve d’aider les opprimés, les paysans ainsi que les illettrés, se retrouve au service des plus fortunés et de ceux qui exploitent les travailleurs, le prolétariat. La déception est grande pour le crapaud. L’oncle Sam l’a bien accueilli pendant quatre ans, mais à quel prix ? Ses convictions se sont belles et bien retrouvées noyées entre les Rockefeller et les Ford. Et pour cause, son mari croit en une Amérique encore révolutionnaire et indépendante qui se battait pour sa liberté. Autant dire que l’apparition de Lénine dans la fresque de la RCA a mis fin au rêve américain, l’œuvre est effacée. Le couple prend conscience que deux mondes s’opposent, point d’entente , la fracture est irréversible. En cela Frida l’a parfaitement intégré dans son art. Son Autoportrait à la frontière du Mexique et des Etats Unis, vient illustrer deux mondes que tout oppose. Pour le Mexique, les couleurs sont chaudes, pour les Etats-Unis, les usines Fords dénaturent la fresque. Et pourtant son autoportrait contemple le Mexique. Que n’en déplaise à Ford ou Rockefeller, Frida a choisi sa patrie loin des usines, loin des Etats Unis. 

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Un arte realisto

Face aux tromperies incessantes de son mari,  et à l’interruption de deux grossesses , elle dit un non définitif à la maternité. Le couple divorce en 1938 et se marie à nouveau à San Francisco. Un mariage d’amitié, ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Entre-temps, leur engagement prend de l’ampleur. En 1937, les époux Trotski se réfugient devant la Maison bleue de Coyoacán, fuyant un Staline ivre de pouvoir qui cherche à se débarrasser de tous ses opposants. Léon Trotski entame une relation adultère avec Frida avant de partir et délaisse l’autoportrait qu’elle lui a offert. Piètre consolation pour Frida. L’art devient sa bannière. Si certains considèrent sa peinture comme une œuvre surréaliste, celle-ci s’y oppose, elle peint la réalité, sa réalité qu’elle vit.  

Frida ha muerto, Viva Frida

L’artiste passe ses dernières années au Mexique, elle peint et enseigne à ses élèves : les Fridos. Maladie, militantisme, enseignement , peinture, sa vie est bien remplie. En 1953, son amie Lola Alvarez Bravo organise ses expositions à Mexico. Son triomphe est fulgurant et dépasse l’Atlantique, sa consécration est à son apogée. Ni ses admirateurs, ni ses élèves n’ont vu ce vernissage comme un adieu. Et pourtant, Frida Kahlo s’éteint un an plus tard le 13 juillet 1954. Mexico veille désormais sur sa maison bleue , métamorphosée en musée. Frida est partie mais demeure dans les esprits . Matérialisée dans le film d’animation français-belge Josep, Frida guide le peintre immigré espagnol. Frida est une figure de proue pour la communauté LGBTQ+. Bisexuelle, à l’opposé des standards de la mode, elle entretient une relation passionée avec Joséphine Baker.  Son féminisme et son style continuent encore à ce jour de susciter l’admiration, Frida Kahlo est loin d’avoir donné son dernier coup de peinture. 

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[Le cinéma dans le procès de Nuremberg]

Le procès de Nuremberg s’est tenu du 20 novembre 1945 au 1 e octobre 1946. 24 hauts responsables du IIIe Reich ont été jugés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Un tel procès fut une première dans l’histoire. De nombreuses discussions concernant les modalités de ce procès ont abouti à le placer sous l’autorité du Tribunal militaire international créé par les accords de Londres du 8 août 1945.

Ce procès s’est trouvé être doublement inédit : pour la première fois, des procès de Nuremberg s’est tenu du 20 novembre 1945 au 1e octobre 1946. 24 hauts responsables du IIIe Reich ont été jugés pour complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Un tel procès fut une première dans l’histoire. De nombreuses discussions concernant les modalités de ce procès
ont abouti à le placer sous l’autorité du Tribunal militaire international créé par les accords de Londres du 8 août 1945.
Ce procès s’est trouvé être doublement inédit : pour la première fois, des preuves cinématographiques ont pu être utilisées et diffusées sur un écran de cinéma dans le tribunal. En parallèle, il s’agissait du premier procès filmé.


***


Le travail des cinéastes a joué un rôle considérable dans le procès. En effet, le réalisateur, John Ford avait confié une mission particulière à deux frères : Budd et Stuart Schulberg. Ayant respectivement 31 et 25 ans, ces anciens soldats vont se
retrouver chargés de réaliser une enquête inédite pour un des plus grands procès de l’histoire.


Le dossier d’accusation était construit sur la notion de conspiration pour crime contre l’humanité et contre la paix dans le monde. Leur mission consistait à pister et rassembler des images et des films. L’écrit n’était, en effet, pas adapté pour décrire l’étendue des atrocités des crimes nazis.


S’il existe peu de traces de l’enquête, des lettres de Stuart Schulberg à sa femme témoignent des étapes et de la difficulté de la mission.


Au début, les deux frères avaient récupéré des images d’actualités dans la presse américaine. Mais la trentaine de documents rassemblés, comprenant notamment le premier discours de Göring, n’a pas été acceptée. Pour preuve, les documents ne pouvaient pas provenir des États-Unis. Il était nécessaire de trouver les œuvres
originales, réalisées par les allemands eux-mêmes, pour ne pas que les avocats de la défense puissent leur opposer que les documents étaient trafiqués. La stratégie étant de faire condamner les accusés sur leurs propres mots !


Après beaucoup de travail, de persévérance et un peu de chance, Budd et Stuart Schulberg ont pu réaliser deux films qui seront diffusés lors du procès, les 29 novembre et 11 décembre 1945.


Une des premières sources utilisées a été le film, monument de la propagande nazie, « Le Triomphe de la volonté » de Leni Riefenstahl, réalisatrice préférée d’Adolf Hitler. Cette dernière a été d’une grande aide notamment dans l’identification des dignitaires présents en 1934 lors du congrès de Nuremberg. Ainsi, ce film permettait à la fois de développer les l’idéologies du IIIe Reich, mais aussi d’inculper des personnes prétendant n’être que de simples fonctionnaires, dont la présence, pourtant, les accusait.
De nombreux autres documents provenant de la découverte d’un service cinématographique nazi ont été rassemblés. Pour Budd Schulberg, les images les plus horribles sur lesquelles il a travaillé sont celles des corps trainés par des bulldozers puis jetés dans des fosses. Sur une de ces images on peut bienconstater que ce sont des photographes allemands eux-mêmes qui prenaient les
photos et filmaient. Il ne s’agissait donc pas pour ces documents de pièces réalisées par les adversaires. Les allemands avaient eux-mêmes filmé ce qu’ils avaient fait !


Le premier film présentait la découverte des camps par les alliés et les conditions qui y régnaient, la découverte des corps et des odeurs, mais aussi l’horreur des crématoires, avec des restes de calcinés. Ces images ont choqué l’assemblée et même les accusés. Göring lui-même, qui ricanait en arrivant, « semblait tétanisé ». Hans Franck, poursuivi pour l’assassinat de 5 millions de
Polonais était resté immobile. Certains accusés semblaient même pleurer. Le fils de Hans Franck racontera plus tard que son père savait exactement ce qu’il s’était passé, mais qu’il n’avait jamais été confronté à ces images. Également, quelques jours après la projection, Rudolph Hans, qui avait toujours prétendu être amnésique, souhaita tout à coup lire une déclaration : il avoua avoir simulé son amnésie pour raisons tactiques, et annonça porter la responsabilité de tout ce qu’il avait fait. Les accusés s’étaient ainsi retrouvés confrontés à l’horreur de leurs propres crimes.

Le second film, projeté : « The Nazi plan », quant à lui, témoignait de la preuve de la préméditation.


***


L’autorisation accordée par les juges de filmer, dans une limite de 35H, cet événement historique constitue la seconde implication du septième art dans le caractère inédit de ce procès. La réalisation d’un film fut confiée au cadet des frères Schulberg.
Les américains s’étaient d’abord retrouvés confrontés à la question de l’utilisation du film. On se demandait s’il devait servir aux mesures de dénazification ou à une échelle internationale, plus large. C’est bien cette dernière solution qui a été retenue ; ce procès inédit concernait le monde entier et pas seulement le monde allemand.


L’objectif des américains, mais aussi des russes qui en parallèle avaient confié au réalisateur Roman Kerman, la réalisation d’un film similaire, était aussi de montrer que, malgré l’énormité du crime, ce procès international devait rester totalement impartial.
La réalisation du film américain s’est trouvée confrontée à plusieurs
difficultés.


D’abord, les conditions pour filmer n’étaient pas favorables, les caméras étant placées derrière de grandes vitres en verre. Ensuite, les opérateurs de l’armée américaine ne parlant pas allemand, ils n’arrivaient pas à capter les moments pertinents. La matière dont disposait Stuart Schulberg pour réaliser le film était donc
limitée. Il a dû jouer sur du « off » en montant des images sur les plans d’écoute d’autres images. Il mettra un an et demi pour finaliser son film, intitulé « Nuremberg, une leçon pour le monde d’aujourd’hui ».


Malheureusement, cette volonté d’utiliser ce film pour que personne n’oublie ces crimes a été compromise par l’arrivée de la guerre froide. Si le film « Tribunal des peuples » de Roman Kerman est sorti en 1947, le gouvernement américain a annuléla projection de celui de Schulberg. En effet, l’ennemie du bloc de l’ouest n’était plus l’Allemagne, mais l’Union Soviétique !


Ce n’est que quelques années plus tard que la fille de Stuart Schulberg, retrouvant le film, a souhaité le diffuser pour que « la mémoire de ce moment unique demeure vive pour les générations futures ».


Aujourd’hui, ce film est traduit dans 13 langues et diffusé partout à travers le monde. Le procureur Jackson déclarait en effet que « ce procès est d’une importance capitale. » « Il faut bien comprendre que les prévenus incarnent des forces sinistres qui nous hanteront encore bien après que leurs corps soient retournés à la poussière. Ces forces qu’ils symbolisent sont celles de la haine raciale, du terrorisme, de la violence, de l’arrogance et de la cruauté du pouvoir. Ils sont les symboles vivants de la manipulation du nationalisme et de l’esprit le plus féroce. » Ce sont malheureusement les problèmes auxquels le monde se trouve
aujourd’hui encore confronté. La volonté de s’assurer que le monde n’oubliera jamais et tirera les enseignements de ce qu’il s’est passé, n’a peut-être pas été réalisée. Mais, le film « Nuremberg, une leçon pour le monde d’aujourd’hui » restera pour toujours une œuvre cinématographique fondamentale.

Cet article n’engage que son auteur.

Charlotte Gutmann.


Sources :
Arte « Nuremberg : des images pour l’histoire »

https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/01/13/nuremberg-des-images-pour-l-histoire-l-enquete-des-freres-schulberg_6066159_3246.html

https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/01/13/nuremberg-des-images-pour-l-histoire-l-enquete-des-freres-schulberg_6066159_3246.html

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LE STREET ART PARISIEN QUI SOUTIENT L’UKRAINE

À Paris comme ailleurs, les artistes soutiennent les Ukrainiens avec des messages de paix et de solidarité en forme d’images dans les murs. L’Ukraine est pleine de street art et plusieurs artistes français et parisiens y voyagent pour les voir.

Dans le 13e arrondissement, au boulevard Vincent Auriol, on apprécie l’oeuvre de Djoulay Papaye. L’artiste signe ici une fresque pour la Paix, pour l’Ukraine, pour la Vie, pour l’Avenir, pour les Femmes, pour les Innocents.

À Rue Barrault, 11 femmes street artistes sont intervenues en live painting à l’occasion de la Journée des Droits de la Femme. La street artiste Carole B Collage a décidé de changer son oeuvre initiale pour soutenir les Ukrainiens et Ukrainiennes : Wonder Woman couronnée de fleurs aux couleurs du drapeau ukrainien, du violet pour la couleur symbolique de la lutte pour le droit des femmes et de l’égalité, mais aussi car la couleur de Marianne à l’international. Ensuite, on lit « Liberté, Égalité, Solidarité » avec les dates de déclaration d’indépendance, proclamée à Kiev en 1917 et le 24 août 1991. Sur son compte Instagram elle a déclaré “Non à la guerre, non à l’injustice”. 

À la Butte aux Cailles, terrain des street artistes, on découvre de nombreuses oeuvres en soutien pour l’Ukraine. « Fight for your rights« , de l’artiste Kelu Abstract, juste en face de l’oeuvre de son ami Jeff Aérosol.

Dans la rue Domrémy et Patay, on voit l’œuvre de Christian Guémy, ou C215, qui rend hommage aux anonymes, victimes et héros de la guerre. Pour l’artiste, cette œuvre, de la taille de 4 étages, représente un enfant universel, avec une couronne de fleurs sur la tête, « symbole des pays slaves ». Il s’est inspiré d’une citation du résistant Ukrainien Volodymyr Zelensky: « Je ne veux vraiment pas de mes photos dans vos bureaux, car je ne suis ni un dieu, ni une icône, mais un serviteur de la Nation. Accrochez plutôt les photos de vos enfants et regardez-les à chaque fois que vous prendrez une décision ».

L’artiste Bebar a décrit son œuvre sur Instagram: « Fresque peinte en soutien au peuple Ukrainien. Il m’a été très difficile de trouver les mots justes lors de l’inauguration. En tant qu’artiste, je me devais de participer bénévolement à cette cause, mais aussi comme citoyen pour prôner la Paix et la Liberté et dénoncer cette guerre fratricide !»

À la rue Buot, on voit la petite fille de Julien Mallan, plus connue comme Seth Globepainter qui représente les enfants qu’il a rencontré en Donbass, l’une des régions ukrainiennes au cœur du conflit.  Au HuffPost US, il a déclaré: “Ce dessin symbolise le courage des Ukrainiens face à l’invasion russe (…) je sais à quel point il est important pour les personnes qui vivent cette situation dramatique de savoir que nous pensons à elles”.

On suggère alors la sensibilisation des habitants de Paris et des touristes dans un détour au 13 ème arrondissement pour voir les dénonciations des artistes à Paris contre la guerre et leur compassion, sensibilisation et soutien aux victimes et à la paix en Ukraine.

SOURCE : https://www.sortiraparis.com/arts-culture/exposition/articles/272465-quand-le-street-art-soutient-l-ukraine-a-paris

LUISA MARUJO IBRAHIM

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Portrait : Niki de Saint Phalle

source image : www.3e-art.fr

Connue pour ses monumentales Nanas, Nikki de Saint Phalle, pseudonyme de son patronyme Catherine de Saint-Phalle est une artiste plasticienne, sculptrice et réalisatrice de films franco américaine appartenant au mouvement des néo-réalistes. 

Elle naît en France en 1931 et grandit dans la période post seconde guerre mondiale, durant les trente glorieuses. Elle grandit à Greenwich aux États-Unis, élevée par une nourrice qu’elle surnomme « Nana ». Ne suivant pas d’enseignement particulier, elle exercera d’abord la profession de mannequin. Puis, elle fera la rencontre du poète Harry Mathews qu’elle épousera à l’âge de 18 ans dont elle aura une fille, Laura et avec qui elle décide de s’installer à Paris. Pourtant issue d’une famille aristocratique, elle s’oppose aux dogmes de la vie religieuse et maritale. Suite à ce premier mariage, elle est victime d’une forme de dépression nerveuse qui lui vaut une hospitalisation particulièrement lourde, durant lequel elle subira des électrochocs. C’est là-bas qu’elle commence à peindre et à dessiner « J’ai commencé à peindre chez les fous » ; pour l’artiste, l’art à un effet thérapeutique. 

Après son rétablissement, elle voyage en Espagne à Madrid et Barcelone et y découvre les œuvres de Gaudì qui constituera une révélation artistique pour elle. L’année suivante, elle fait la rencontre de Jean Tinguely, par l’intermédiaire de qui elle rejoindra le mouvement des Nouveaux Réalistes, fondé par le peintre Yves Klein et le critique d’art Pierre Restany dans les années 60. Ce mouvement prend position pour une forme de retour à la réalité, en opposition avec le lyrisme et la peinture abstraite de cette époque, en préconisant l’utilisation d’objets prélevées dans la réalité de leurs temps qui s’incarnent notamment dans des œuvres composites, dans un art de l’assemblage. 

C’est à cette période qu’elle quitte son premier mari pour s’installer avec Jean Tinguely avec qui elle créera notamment la fontaine Stravinsky, commandé par le ministère de la Culture et le Centre Pompidou en en 1983. La fontaine évoque l’œuvre musicale du compositeur Igor Stravinsky et se compose de 16 sculpture mouvante, situé sur la place éponyme à Beaubourg. 

Politiquement engagée, féministe, Nikki de Saint Phalle compose ses œuvres dans l’optique d’exprimer ses révoltes ; la Mariée, de 1963 est une sculpture de plus de deux mètres de haut : l’éducation des femmes dans les années 60 repose sur deux choses, la maternité et le mariage. C’est pour cette raison qu’elle créer la mariée : cette sculpture traite du constat de l’enfermement de la femme, prisonnières des stéréotypes masculins. L’artiste a de facto expliqué « avoir été élevée pour le marché du mariage ». 

À l’occasion d’une exposition retrospective au Grand Palais sur l’artiste, la critique d’art Catherine Franclin revient sur la vie de Nikki de Saint Phalle et notamment sur l’œuvre  Tirs ; œuvre composé d’un assemblage de poche de peinture recouverte de blanc, dans laquelle Nikki de Saint Phalle tirs créant ainsi des formes d’explosions colorés. Dans cette série, le tableau King Kong représente l’opposition de l’artiste à la menace nucléaire ; composée des visages des différentes personnages politiques de l’époque ainsi que d’objet représentatif de la société américaine, l’œuvre dénonce par son processus de construction centrée autour du processus de destruction, dénonce de fait une Amérique violente et la guerre nucléaire. 

Les Nanas, œuvre emblématique de Nikki de Saint Phalle, représentent quant à elles l’intervention de l’artiste au sein du mouvement féministe des années 1980 : ces sculptures représentent des sculptures féminines colorées dont les formes et les rondeurs ont été accentuées, à l’opposé des standards esthétique de l’époque. Par leur exubérance, ce sculpture montre une image libérée de la femme, qui inspire néanmoins de par leurs taille imposantes une forme d’angoisse et de violence. 

Article rédigé par Éloise Frye de Lassalle.

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LA GUERRE EN UKRAINE MET EN RISQUE PLUS DE 7,5 MILLIONS D’ÉCOLIERS

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation (UNESCO) et le fond des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), la science et la culture mettent en alerte la menace à la vie et le bien-être de plus de 7,5 millions d’enfants et adolescents ukrainiens. Selon les deux organismes des Nations Unies, plus de 500 mil garçons et filles sont partis du pays avec un statut de réfugiés après l’invasion commandé par Vladimir Poutine. Le déplacement forcé augmente le risque d’interruption des études et traumatismes psychologiques.

Les écoliers du pays en crise sont invités à reprendre les cours à distance pour garder une vie “quasi normale”. Le ministère de l’Éducation nationale ukrainien a demandé à toutes les écoles du pays de reprendre les cours à partir d’aujourd’hui, 14 mars 2022, à distance, pour éviter un abandon collectif des étudiants de l’École.

L’UNICEF et l’UNESCO ont condamné une série de six violations graves contre des enfants et des adolescents en temps de guerre. Ce sont: la violence contre les enfants et les adolescents ; le recrutement ou l’utilisation d’enfants et d’adolescents dans les forces armées et les groupes armés ; attaques contre des écoles ou des hôpitaux ; violences sexuelles; enlèvement d’enfants et d’adolescents; et refus de l’accès humanitaire aux enfants et aux adolescents.

Article de Rodrigo Tadeu

Cet article n’engage que son auteur.

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[Rubrique culturelle : « Belfast, une vision poétique du conflit nord irlandais au cinéma » ]

Comment les enfants perçoivent ils la guerre ? C’est une question à laquelle se propose de répondre Belfast, le nouveau film réalisé par Kenneth Branagh, disponible dans les salles françaises depuis le 2 mars. Ce récit autobiographique, inspiré de la propre enfance du réalisateur en Irlande du Nord, suit les pas de Buddy et de sa famille à la fin des années 1960 lorsqu’éclatent les premiers heurts violents entre les factions protestantes et catholiques à Belfast.

Malgré ce que le synopsis laisse présager, les amateurs de drames historiques risquent d’être déçus dans la mesure où, paradoxalement, le conflit nord-irlandais n’est pas le coeur de l’intrigue. Le conflit n’est présent que par intermittence et conté à travers des scènes parcellaires, manière dont il est perçu à travers des yeux d’enfants. En conséquence, les scènes de violence – qui ne sont pas épargnées au spectateur malgré tout – alternent avec les scènes simples d’une vie d’enfant. Ce film pioche dans le registre du comique, du poétique et du dramatique sans s’inscrire dans un genre spécifique pour autant.

Belfast s’assimile à une pièce de théâtre. Tout d’abord, l’intrigue se déroule dans les seules limites du quartier barricadé où vivent Buddy et sa famille. Les barricades, censées protéger « l’intérieur » (le quartier) de « l’extérieur » (la ville), sont vaines : elles échouent à limiter la circulation des idées et la mobilisation de groupes violents dans ce même quartier. En dépit de ce cadre anxiogène et oppressant, les limites du quartier représentent néanmoins pour Buddy une véritable zone de confort ; celle d’un lieu où se mêlent des attaches affectives et sociales. Par ailleurs, le nombre réduit de personnages renforce l’illusion théâtrale. Il faut noter à cette occasion la très belle distribution du film notamment marquée par la présence de Judi Dench (la grand-mère), Jamie Dornan (le père) ou encore de Caitriona Balfe (la mère). Le spectateur est immergé dans ce cadre familial chaleureux qu’il pourrait croire sien.

Malgré tout, cela serait une erreur de réduire Belfast à une unique mise en scène théâtrale. Plan-séquence, gros plans, choix intéressant du noir et blanc, éléments géométriques dans la composition de l’image, références et détails, etc. : le film présente une multitude d’effets cinématographiques maniés avec justesse sans toutefois s’apparenter à une démonstration d’une heure et demie de la maîtrise de ces procédés. Le film conserve de manière troublante toute sa sincérité, sa simplicité et son authenticité. 

Ce film est marquant et interroge dans les thèmes qu’il aborde. Bien que dans le cadre du film le conflit nord-irlandais soit appréhendé à travers les yeux d’un enfant, il est possible de faire un parallèle avec notre propre perception d’évènements contemporains (pouvant être qualifiés « d’historiques ») qui ne peuvent être compris et ressentis que de manière imparfaite même à l’âge adulte. À l’image de Buddy, nous vivons les évènements en tant qu’acteurs impliqués dans une double logique : celle de l’Histoire et de notre propre histoire. Cela interroge également sur nos attaches familiales, sociales et matérielles et sur la manière dont un conflit peut nous contraindre à faire un choix entre celles-ci et notre propre sécurité. Enfin, ce film invite à ne pas omettre les réalités du monde extérieur sans toutefois renoncer à voir la vie de manière simple et poétique ; en somme à voir la vie à travers des yeux d’enfant.

Pour les cinéphiles amateurs de belles images, les curieux à la recherche de déroutantes surprises et les rêveurs en quête de poésie et de retour en enfance : allez le voir de bon cœur ! 

Cet article n’engage que son autrice.

Camille Lecerf

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[Portraits de personnalités inspirantes : Milan Kundera]

Milan Kundera est l’un des auteurs les plus lus au monde. Cependant, il a toujours été très discret, et n’a pas donné d’interview depuis 1986. À travers l’ensemble de son œuvre, il explore l’ironie de la vie dans un contexte de communisme, mais aussi toute la profondeur de l’âme humaine en intégrant à la fable romanesque, de grandes réflexions. Ce qui rend sa lecture agréable c’est la façon dont il pose des situations, des réflexions, mais sans jamais imposer une vérité.

Il est né en 1929, en Tchécoslovaquie, dans la ville de Brno, réputée notamment pour ses théâtres et opéras. Son père était pianiste et musicologue. Il a donc grandi entouré de musique, et particulièrement de musique traditionnelle.

Il est ensuite parti étudier à Prague, avant de devenir professeur d’histoire du cinéma, à l’Académie de musique et d’art dramatique, puis à l’Institut des hautes études cinématographiques à Prague.

Il écrit ses premiers textes, dans les années 1950. En 1968, des centaines de chars soviétiques arrivent dans Prague, restreignant toutes libertés. En 1975, l’auteur s’exile en France, où il est naturalisé en 1981. Il écrit d’abord en Tchèque, puis à partir de 1993, il écrit exclusivement en français.

Milan Kundera a reçu de nombreux prix, été cité plusieurs fois sur les listes du prix Nobel de la littérature et son œuvre a été traduite dans 49 langues. Aussi, il fait partie des 7 auteurs à être entré dans la pléiade de son vivant.

Son inspiration, il l’a puisée dans la Tchécoslovaquie et dans le communisme.

De sa ville de naissance, il a gardé son amour pour la musique, qu’on retrouve par exemple dans La plaisanterie, témoignant que la musique traditionnelle est porteuse de traditions très anciennes.

Ensuite, sa principale source d’inspiration est Prague. En effet, il arrive à Prague dans un contexte où le communisme apparait comme le meilleur futur possible. Cependant, le stalinisme est rapidement venu étouffer cette ville, cœur de l’histoire multiculturelle de l’Europe centrale et la spontanéité de sa vie culturelle et amoureuse. Écrivant dans les cafés de Prague, la première inspiration de Kundera est le couple. Dans ses premiers livres, des recueils de poèmes lyriques, il vient déconstruire la culture stalinienne en mélangeant l’ironie et le ludique. Ainsi, il a proposé une nouvelle image du couple, dans laquelle il oppose la pesante tragédie à la légèreté du jeu.

De la façade de l’hôtel de ville, jamais réparée après sa destruction par les allemands, associée au souvenir de sa mère, il fait une métaphore de l’exhibition des souffrances. Il transcrit cette idée dans L’insoutenable légèreté de l’être, dans le personnage de Thérésa. C’est un thème récurrent avec Kundera ; ses personnages sont souvent dans des situations ou univers où tout se développe sous eux. Ils se retrouvent dans un vide, qu’ils ne connaissent et comprennent pas.

Dans L’insoutenable légèreté de l’être il affirme aussi qu’ « il y a des idées qui sont comme un attentat ». Cette citation se rattache incontestablement au rôle intellectuel qu’il a eu contre le régime communiste en Tchécoslovaquie. Il créé des personnages témoins de la « fête de la haine », expression qu’il utilise pour parler de l’invasion russe ayant mis fin au « Printemps de Prague ». Il raconte par exemple, la résistance des pragoises armées seulement de leurs mini-jupes et du drapeau national face aux chars soviétiques ; la surveillance dont il faisait l’objet, avec sa femme Vera ; ou encore l’obligation de quitter Prague qui était « devenue laide ».

Malgré des images négatives s’inspirant d’un contexte pesant, il écrit avec légèreté et éprouve le désir constant d’incorporer des touches d’humour.

La fête de l’insignifiance est l’illustration parfaite de cette idée. Ce roman est considéré par l’éditeur Adelphi « comme une synthèse de tout son travail […] inspirée par notre époque qui est drôle parce qu’elle a perdu tout sens de l’humour ».

Déjà dans L’immortalité, il met en scène Goethe et Hemingway qui se promènent pendant plusieurs chapitres, discutant, s’amusant. Ensuite, dans La lenteur, sa femme Vera le met en garde : « Tu m’as souvent dit vouloir écrire un jour un roman où aucun mot ne serait sérieux. […] Je veux seulement te prévenir : fais attention. »

Ce roman, Milan Kundera le publie en 2013. La fête de l’insignifiance, semble en effet au premier abord à l’opposé du sérieux. Il est court, léger, se lit facilement, fait l’éloge de l’insignifiance. Mais ce roman peut en réalité être classé comme un roman philosophique. Il y dresse notamment un Staline, plus grands meurtriers du XXe siècle, sous un jour léger et un ton insignifiant, dans lequel il raconte une histoire invraisemblable, que ses camarades prennent au premier degré, sans comprendre qu’il s’agit d’une blague. Loin de vouloir rendre le personnage sympathique il pointe en réalité du doigt l’entrée dans l’ère du sérieux, du tout politique. Il écrit de façon isolante et avec une liberté sans filet sur une partie enfouie de Staline éprouvant de l’attachement pour un certain Kalinine, sur des questionnements totalement farfelus sur la futilité des droits de l’homme ou sur le nombril et les statuts des reines du jardin du Luxembourg, …

Ces épisodes anecdotiques de l’ouvrage traduisent en réalité son ensemble. Pour reprendre l’expression de l’éditeur Adelphi, il est « inspiré par notre époque qui est drôle parce qu’elle a perdu tout sens de l’humour ».

« Nous avons compris depuis longtemps qu’il n’était plus possible de renverser ce monde, ni de le remodeler, ni d’arrêter sa malheureuse course en avant. Il n’y avait qu’une seule résistance possible : ne pas le prendre au sérieux. » ?

Article de Charlotte Gutmann

Cet article n’engage que son auteure

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[Portraits de la semaine: Raymond Aron, philosophe de la paix et de la liberté]

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Dans un moment de l’histoire où la guerre frappe aux portes de l’Europe, où la paix est mise en discussion et menacée, il y a un philosophe dont la lecture pourrait nous aider à éclaircir l’actualité, à l’interpréter et l’analyser : Raymond Aron, et ses écrits tels que Paix et guerre entre les nations (1962), Essai sur les libertés (1965), Démocratie et totalitarisme (1965), et beaucoup d’autres ouvrages qui ont marqué l’histoire de la philosophie politique et de la sociologie du XXème siècle.

Ecrivain prolifique et intellectuel indépendant, Raymond Aron naît à Paris en 1905 et il intègre en 1924 l’École Normale Supérieure, la même année que Paul Nizan et Jean-Paul Sartre, avec lequel il entretiendra pour toute sa vie une relation assez compliquée : amis pendant les années de la rue d’Ulm, les deux intellectuels commencent à avoir des divergences au niveau politique, divergences qui s’accentuent quand Aron prend les distances à l’égard du maoïsme de Sartre, pour se rapprocher de la pensée libérale. 

Si – dans l’ouvrage homonyme – Aron se définit « spectateur engagé », c’est pour souligner, d’un côté, la nécessité d’une prise de position, du choix, de la décision politique qui accompagne l’intellectuel engagé et, de l’autre côté, la lucidité du spectateur, c’est-à-dire l’observation, l’analyse lucide d’une personne qui regarde les faits sans prétendre jouer un rôle moralisateur, le rôle du grand maître moralisateur qu’il faut suivre. 

         C’est aussi grâce à cette posture engagée et, en même temps, détachée que les analyses philosophiques, sociologiques et politiques de Raymond Aron présentent une lucidité qui est très souvent synonyme d’indépendance intellectuelle, de refus du dogmatisme : sans jamais adhérer aveuglément à une idéologie préconstituée, l’auteur de l’Essai sur les libertés explique les événements de son époque en gardant une liberté intellectuelle à laquelle beaucoup de ses contemporains avaient renoncé. 

         Confiant dans le progrès sans l’idolâtrer, Raymond Aron a toujours incarné une manière de penser modérée et pondérée, plus encline au dialogue et à la réflexion qu’aux solutions extrêmes. La philosophie aronienne est une philosophie de la liberté et de la paix dans la mesure où elle dénonce toute forme de totalitarisme, phénomène que l’auteur de Démocratie et totalitarisme analyse et définit en cinq points :

« 1. Le phénomène totalitaire intervient dans un régime qui accorde à un parti le monopole de l’activité politique.

2. Le parti monopolistique est animé ou armé d’une idéologie à laquelle il confère une autorité absolue et qui, par la suite, devient la vérité officielle de l’État.

3. Pour répandre cette vérité officielle, l’État se réserve à son tour un double monopole, le monopole des moyens de force et celui des moyens de persuasion. L’ensemble des moyens de communication, radio télévision, presse, est dirigé, commandé par l’État et ceux qui le représentent.

4. La plupart des activités économiques et professionnelles sont soumises à l’État et deviennent d’une certaine façon, partie de l’État lui-même. Comme l’État est inséparable de son idéologie, la plupart des activités économiques ou professionnelles sont colorées par la vérité officielle.

5. Tout en étant désormais activité d’État et toute activité étant soumise à l’idéologie, une faute commise dans une activité économique ou professionnelle est simultanément une faute idéologique. »

(Aron, Raymond, Démocratie et totalitarisme, 1965, coll. Idées, Gallimard, Paris)

Cette lucidité analytique se retrouve également chez l’Aron théoricien des relations internationales : on fait référence, entre autres, à des ouvrages comme Paix et guerre entre les nations (1962), où la réflexion sociologique se mêle à une observation attentive des actualités géopolitiques, où la théorie du philosophe s’unit à l’expérience pratique du journaliste, comme le montre la division de l’œuvre elle-même, dont les quatre parties sont, successivement, « théorie », « sociologie », « histoire » et « praxéologie ». 

Complexe et hétérogène, l’œuvre de Raymond Aron se situe au carrefour entre plusieurs disciplines, en touchant des sujets différents et variés : des relations internationales à la politique interne française, de l’histoire à la sociologie, toujours avec un esprit libre, une indépendance intellectuelle assez rare, un attachement sincère aux valeurs de paix et liberté.

Cet article n’engage que son auteur

Emilia Bezzo

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[Rubrique Culturelle: Exposition « Réseaux-Mondes » au Centre Pompidou]

« Tout est-il devenu réseau ? » Voilà la question posée par le Centre Pompidou dans cette exposition qui tiens du 23 février au 25 avril 2022. On y découvre toute l’étendue et la complexité de ce qu’est un « réseau ». En effet, si aujourd’hui on peut se demander si tout n’est pas réseau, c’est parce qu’il s’agit d’une notion qui a connu une extension considérable, dans tous les domaines de la société.

L’exposition présente donc les différents angles sous lesquels on peut déterminer ce que sont les « réseaux » et leurs impacts, en suivant l’évolution même de l’élargissement de sa définition.

Le terme de « réseau » apparait au XIIe siècle pour nommer le « nœud », puis, il est utilisé par les philosophes des Lumières pour désigner plus généralement « ce qui relie », ou encore par des scientifiques pour représenter la transmission neuronale et vasculaire. On retrouve donc naturellement des œuvres textiles réalisées autour du nœud, du tissage. Par exemple, l’artiste Julien Prévieux travaille des fils de laine entremêlés pour relier différents points et représenter l’évolution du parcours visuel ; cette artiste norvégienne, Gjertrud Hals travaille à partir de fibres de cuivre ou de fer pour reproduire le réseau sanguin. Ce lien fort au sens étymologique donne matière à inspirer de nombreux artistes contemporains, dans l’expérimentation d’œuvres très variées. 

Il est ensuite exposé, la vision utopique de la ville des années 1950, avec la présentation d’œuvres d’artistes et de dessins d’architectes représentant un « réseau global ». Le réseau mêle ainsi urbanisation et cybernétique. L’idée qui en ressort est principalement la représentation du réseau au sein des villes, dont l’extension serait sans limite.

Ensuite, ont été réunies des œuvres se plongeant au cœur du réseau informatique depuis son éclosion, en critiquant leurs effets sur la société. Ainsi, le centre Pompidou met en avant, au côté du minitel, des œuvres connectées en temps réels au réseau internet ou réseaux de crypto-monnaie. La majorité des artistes cherchent à y dénoncer les failles. Pour cela sont proposées, par exemple, des analyses de vidéos satellites de la NASA, des démonstrations du site internet Jodi, révélant pour la première fois la possibilité d’appréhender internet comme une matière artistique, ou encore un plateau de jeu rendant visible les arnaques de la blockchain !

Enfin, l’exposition explore la façon dont la « vitalité informatique » s’est mise au service du lien au sein du vivant, ou entre le vivant et le non-vivant, la biologie et l’intelligence artificielle, le tout abordé dans une dimension écologique.

La richesse de cette exposition se trouve dans l’ampleur des sujets traités, que ce soit concernant la variété des techniques artistiques allant de dessins, peintures, sculptures, vidéos, photographies, radios ; ou concernant la diversité des réseaux en eux-même, avec l’impact des avancées technologiques et leurs failles. De plus, le réseau peut aussi représenter le lien entre l’art, le design, l’architecture, les sciences et la société elle-même.

Une exposition dont l’apparente complexité la rend finalement accessible pour un public assez large : qu’on aime l’art, les sciences, la sociologie, l’informatique, tout le monde y trouvera un intérêt, car finalement au sein de cette exposition tous les domaines n’auraient-ils pas un lien ?

Article de Charlotte Gutmann.

Sources : https://www.centrepompidou.fr/fr/

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