[Health data hub : centraliser et faciliter l’accès à nos données de santé]

Créée en 2019 par le gouvernement français et en particulier par le service ministériel en charge de la santé publique (le ministère des solidarités et de la santé), le health data hub est une plateforme publique de partage des données de santé confiée à des algorithmes d’intelligence artificielle (la visée est de faire de la France un des leaders dans ce domaine) à des fins de recherche. La mise en place de l’HDH fut initialement proposée dans le rapport Villani, publié en 2018. C’est à partir de ce rapport que s’est construite la stratégie gouvernementale en matière d’intelligence artificielle. Parmi les données collectées et centralisées par ce système on compte, les données de médecine de ville, des pharmacies, du système hospitalier, des laboratoires de biologie médicale, du dossier médicale partagé, de la médecine du travail, des EPHAED mais encore, les données des programmes de séquençage de l’ADN. Ce partage de données s’effectue évidemment dans le respect des droits du citoyen. L’utilisation favorise aussi la réutilisation des données qui existent déjà. Avant la mise en place de  cette plateforme, les données de santé étaient en effet, sous-exploitées. Pour mettre en place un système regroupant autant de données, l’on doit alors édifier les règles d’accès et leur utilisation. La visée principale est ici, l’amélioration des traitements ou la prise en charge d’une pathologie. Pour cela, on croise les données des patients concernant leurs problèmes de santé et leurs traitements associés afin de déterminer des traitements adaptés ou au contraire, d’éviter de prescrire différents traitements incompatibles entre eux. Derrière la mise en place du Health Data Hub, une quarantaine de projets. Parmi ceux-là, le développement de logiciels qui peuvent aider les professionnels de santé dans la pratique du soin ou l’amélioration du pilotage du système de santé par des données qui vont particulièrement intéresser, les différents ministères et agents sanitaires. Par ce biais, on favorise la compréhension du patrimoine de données. Le HDH vient en remplacement d’une structure déjà existante, le Système National de Données de Santé avec le double avantage de l’élargissement des données et un accès facilité à ces données, particulièrement pour le secteur privé. 

Seulement, avant d’atteindre le but final de l’amélioration de la prise en charge des patients, il faut d’abord réaliser  la recherche sur ces mêmes données qui doivent être validées en amont par des algorithmes. L’outil d’aide au diagnostic doit d’abord être évaluer, savoir s’il fonctionne et cela ne relève pas directement du Health Data Hub qui ne fait que faciliter la transmission de ces données. En résumé, le service lié au HDH n’a pour utilité que de faciliter la collecte et la transmission des données à des organismes de recherches spécialisés. Avant la création de ce service, les professionnels de santé qui, grâce aux données de santé collectées, faisaient avancer la recherche dans le domaine médical étaient souvent confrontés à des problèmes administratifs d’accès aux données souvent chronophage et dont les services n’étaient pas centralisés. Offrir aux porteurs de projets un accès simplifié et accéléré aux données est donc la raison d’être de ce service. La volonté est aussi de créer un réseau de recherche et donc de chercheurs collaboratifs autour du catalogue de données de santé mis en place par le HDH. 

Où en est le projet en 2021 : 

D’après Stéphanie Combes, directrice du projet, le HDH doit accélérer son déploiement. De nombreux partenariats sont ainsi évalués pour améliorer et augmenter le catalogue de données de santé. Parmi eux, le Système national des données de santé (SNDS). En ce moment plus d’une vingtaine de partenaires sont évalués dont Santé Publique France, l’agence de Biomédecine ou l’Université de Bordeaux. En 2021, une issus devrait être trouver aux contentieux lié au stockage des données de santé et notamment à l’agence qui stocke ces données. En effet, le 14 octobre 2020, la plate-forme à subit un examen du conseil d’état (le conseil des sages). La raison ? Une dizaine d’associations ont demandé à ce que la plus haute juridiction administrative ordonne une suspension du traitement de données en possession à cause du partenariat noué avec Microsoft pour l’hébergement des données. Les détracteurs accusent l’état français d’avoir attribué l’accès à des données médicales au gouvernement américain par le biais de l’attribution des données à une  entreprise basée aux états-unis. Les attaquants avaient alors perdu leur procès parce que les juges estimaient que la protection des données était assurée par la plate-forme. Par la suite, la Cour de justice de l’Union Européenne à estimer que le Privacy Shield (accord entre juridique entre l’UE et les états-unis lié à la protection des données inter continentales) était contraire au droit européen. Cependant, les conditions techniques et juridiques qui empêchent le transfert de données hébergées sur des serveurs en douce par Microsoft aux Etats-Unis ont été estimées suffisantes par la juge responsable ne mettant pas à mal le partenariat avec l’entreprise. Seul le changement du moyen d’hébergement des données en France et aux Pays-Bas est inéluctables en raison d’une subsistance de la possibilité d’accès aux données par le gouvernement américain estiment ensemble la juge du conseil d’état et la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés). 

En bref :

Le Health Data Hub s’inscrit donc dans un programme national qui a pour ambition le développement des intelligences artificielles. La France souhaite se situer parmi les leaders dans ce domaine. Le Health Data Hub est une nouvelle base de données censée faciliter le stockage des informations ayant pour but d’améliorer la prise en charge des patients avec entre autres, un meilleur ciblage des prescription médicamenteuse. Seulement, les données collectées relèvent des situations des patients français (malgré l’anonymat) et doivent être protégées par les autorités compétentes. C’est pour cela que le choix de confier les données à Microsoft à donné lieu à une controverse. Mené jusqu’à la plus haute instance de justice française (le conseil d’état), le projet à gagné son procès face à la dizaine d’associations qui ont porté plainte contre la nouvelle organisation. 

Article d’Auxence Jobron

Cet article n’engage que son auteur

Partager :

[Le Touloulou, personnage emblématique du Carnaval guyanais]

Pour anticiper le podcast sur le processus de formation du dossier d’entrée au patrimoine mondial de l’UNESCO du Touloulou, nous vous proposons aujourd’hui un article pour vous présenter ce personnage énigmatique du Carnaval guyanais. 

Unique en son genre, le carnaval de Guyane est le plus long du monde. La fête commence, début janvier, pour se terminer entre février et mars. C’est l’un des événements majeurs en Guyane. Lorsque l’on se penche sur son histoire, on se rend compte que cette fête appartient à la culture créole, même si elle a pour origine celle qui est pratiquée en Europe sous le même nom.

Lors de la colonisation, les européens fêtaient en effet le Carnaval, mais interdisaient aux esclaves de participer aux réjouissances. Ces derniers, bravant l’interdit, organisaient alors des fêtes clandestines. Cela leur permettait notamment de fêter, comme leurs ancêtres africains, la fertilité et les moissons. Cela leur permettait également de tourner leurs maîtres en dérision. C’est dans ce contexte qu’est né le Touloulou, personnage emblématique du Carnaval guyanais. 

         Le Touloulou est en effet le personnage le plus typique du Carnaval guyanais. C’est une femme habillée élégamment de la tête aux pieds. On ne peut pas la reconnaître : elle change de parfum, de chaussures, couvre toutes les parties de sa peau, rajoute des boudins sous sa robe pour masquer ses formes. Elle porte également une cagoule et de longs gants pour garantir son anonymat. Certaines mettent même des lentilles colorées, et changent leur voix. 

Ce personnage représente les femmes bourgeoises des 18e et 19e siècles, bien habillées et toujours habillées de la tête aux pieds. 

Le Touloulou a été inventé pour caricaturer les épouses des maîtres de plantation. Son apparition s’est faite peu avant l’abolition de l’esclavage, mais il a permis plus tard de casser les barrières sociales qui perduraient entre les personnes noires – les nouveaux affranchis – et les blancs – leurs anciens maîtres. 

Durant le bal du samedi soir, aussi appelé « université », le Touloulou est la reine de la soirée. Il danse et invite des hommes à le rejoindre pour fêter toute la nuit le Carnaval. Véritable institution, il doit respecter un certain nombre de commandements car ces dernières décennies, ses défenseurs ont noté de la négligence dans son attitude : 

1.     Pour éviter les mauvaises interprétations : marrainez le Touloulou « lakrèch ».

2.     Que la danse et la musique restent le centre d’intérêt du bal masqué.

3.     Que le masque protège l’anonymat obligatoire du Touloulou.

4.     Tu respecteras la liberté des autres pour être libre de toi.

5.     La discrétion, la subtilité de tes gestes rendront hommage.

6.     Le bal masqué ne doit pas, par ton attitude, devenir une maison close.

7.     N’assimilez point ces lieux mythiques aux boîtes de nuit ou aux chambres d’hôtel.

8.     Soyez charmeuse sans être sangsue, le Touloulou passe partout, voit tout, mais ne doit jamais s’accrocher.

9.     Faites-vous désirer et non détester.

10.  La sagesse nous permettra d’apprécier jusqu’à la fin des temps cette coutume unique chez nous.

Si vous souhaitez connaître plus amplement le personnage du Touloulou, vous pouvez écouter notre podcast sorti récemment en collaboration avec l’Observatoire régional du Carnaval guyanais et son Vice-président Brunel Boutrin ! 

Vous pouvez également vous rendre sur le site de Guyane Amazonie pour voir plus en détail les différents personnages du Carnaval et de jolies images sur les manifestations ! https://www.guyane-amazonie.fr/le-carnaval-de-guyane

Article de Tifenn Genestier

Cet article n’engage que son auteure.

Partager :

[Bigger than us, un documentaire sur la jeunesse qui s’engage]

« Alors que tout semble ou s’est effondré, cette jeunesse nous montre comment vivre »

    Le long métrage a été présenté au Festival de Cannes de 2021, dans une section éphémère appelée « Le Cinéma pour le climat ». Il a été réalisé par Flore Vasseur et produit par Denis Carot, Flore Vasseur et Marion Cotillard. Il porte sur la force de l’engagement et le choix d’agir à notre échelle. Le documentaire dresse le portrait d’une jeunesse engagée pour « réparer le monde ».  

Affiche du documentaire Bigger than Us

Le long métrage suit le parcours de Melati, une Indonésienne de 18 ans, qui combat la pollution plastique dans son pays. Elle a réussi à faire interdire l’usage des sacs plastiques sur son île de Bali. La jeune fille part à la rencontre de six autres jeunes de 18 à 25 ans, qui, comme elle, se lèvent pour un monde plus juste et plus durable. Ils agissent pour la planète et une justice sociale aux quatre coins de la planète : Liban, Malawi, Grèce, Etats-Unis, Brésil, Ouganda, Indonésie. Les adolescents et jeunes adultes présentés dans le documentaire luttent pour « les droits humains, le climat, la liberté d’expression, la justice sociale, l’accès à l’éducation ou l’alimentation ». Autant de combats qui marquent l’actualité d’un monde dont le fonctionnement doit changer d’urgence. Ce sont des engagements qui les dépassent, « bigger than us » – c’est-à-dire plus grand que nous. 

Le documentaire est touchant, empli d’humanité, et montre les échanges de jeunes activistes dont la force d’engagement fascine. Ils dialoguent de pair à pair sur leur soif d’agir. Le spectateur ressort de la salle galvanisé par l’engagement de cette jeunesse en mouvement et ne peut que s’interroger sur son rôle dans ce combat « plus grand que nous », plus grand que tout. 

Informations :

Sortie au cinéma : 22 septembre. 

Durée : 1h36. 

Pour en savoir davantage sur le documentaire, rendez-vous sur : https://biggerthanus.film/ 

ou découvrez le dossier de presse avec une interview de la réalisatrice, Flore Vasseur : https://api.biggerthanus.film/www-site/uploads/prod/2021/08/BTU-DP-France.pdf .

L’article n’engage que son auteure.

Agathe Passerat de La Chapelle

Partager :

[l’UNESCO dans l’éducation: La place de l’art dans l’éducation : et si l’art était essentiel ?]

Dans une société aux divisions toujours plus profondes, marquées par des inégalités socio-culturelles accrues, l’importance de l’art et de son apprentissage sont souvent laissés de côté. Pourtant, « seul l’art, touchant le cœur et les sentiments, peut rassembler » (Philippe Urfalino, L’invention de la politique culturelle, Hachette littératures, 2004, p. 19). Quid alors de la place de l’art dans l’éducation aujourd’hui ? 

L’art, facteur essentiel d’éducation

L’art est essentiel au développement personnel et social. En effet, l’apprentissage des techniques, mouvements et œuvres artistiques ainsi que sa pratique permettent de développer considérablement l’écoute, la concentration mais aussi la prise en compte des autres. L’art peut troubler, choquer, intéresser, émerveiller et éveille ainsi la curiosité de chacun dès le plus jeune âge. L’art se veut donc complémentaire aux programmes scolaires et aux formes d’apprentissage classiques, étant source de nouvelles connaissances aussi bien théoriques que pratiques et entraînant les capacités intellectuelles requises dans les champs classiques d’apprentissage.

L’art, et plus précisément la performance artistique, est aussi un moyen d’expression de soi, de son corps et de sa voix. Confrontés à divers sentiments intérieurs et au regard insistant des autres élèves et des adultes présents lors d’une telle expression artistique, un sentiment de honte peut vite être ressenti, contraignant les élèves à ne pas oser s’exprimer. Il faut alors apprendre à dompter ces sentiments afin de réussir à véritablement s’exprimer, exercice qu’un cours traditionnel en classe ne permet que très peu. L’art et la pratique artistique dépasse également les clichés garçon-fille, comme la pratique de la danse au sein des établissements scolaires a pu le démontrer. Cassant l’image illusoire mais pourtant bien ancrée selon laquelle la danse serait réservée aux filles, la pratique de ces arts vient apprendre l’égalité entre les genres.  Cela développe ainsi la confiance en soi mais également la cohésion de groupe, deux éléments que le système scolaire traditionnel peine souvent à cultiver. 

De plus, la pratique développée de certains arts est source de persévérance et de détermination et est en cela synonyme d’accomplissement personnel. Mais cette pratique est également une forme d’engagement, aussi bien envers soi-même qu’envers les autres. En effet, la pratique d’une technique artistique oblige à se soumettre à un entraînement régulier et complet. Toutes ces qualités, profondément développées par la pratique et la maîtrise d’une technique artistique, vont s’avérer par la suite essentielles à la bonne réussite scolaire.

Mais au-delà de l’amélioration des capacités intellectuelles et sociales que l’École se doit de développer, l’art permet également de stimuler d’autres parties du cerveau que celles qu’activent un cours classique et aide au développement des émotions et de la sensibilité. La vision d’une œuvre artistique ou l’écoute d’une œuvre musicale sécrète en effet de la dopamine, de la sérotonine, mais libère aussi de la morphine endogène, des hormones responsables de l’envie de vivre et de la motricité. Un rapport de 2019 de l’Organisation Mondiale de la Santé a également prouvé que les arts apportent une importante aide psychologique, permettant de lutter contre les maladies graves et la dépression. 

La place de l’éducation artistique et culturelle en France : 

Afin de consacrer l’importance de l’éducation artistique et culturelle au sein du système scolaire, l’UNESCO a mis en place en 2012 la semaine internationale de l’éducation artistique se déroulant du 21 au 27 mai. L’organisation promeut en cela la diversité culturelle et favorise non pas seulement l’apprentissage des arts, mais également l’apprentissage par les arts, permettant d’améliorer la qualité de l’éducation.

En France, l’éducation artistique et culturelle à l’École répond à trois objectifs. En effet, elle vise à construire une culture personnelle riche et cohérente tout au long du parcours scolaire de chacun, mais aussi à permettre la pratique artistique et à favoriser la rencontre des artistes et des œuvres ainsi que la fréquentation de lieux culturels. Pour ce faire, le ministère de l’Éducation nationale a créé la Charte pour l’éducation artistique et culturelle, selon laquelle, entre autres, chaque projet d’école ou d’établissement doit comporter un volet artistique et culturel. De nombreux partenariats ont également été mis en place avec le CNC pour mettre en œuvre le projet national entre l’École et le cinéma, permettant de promouvoir l’accès au septième art en donnant aux collégiens et lycéens la possibilité de visionner des films avec leurs classes. L’apprentissage de l’Histoire des arts, bien qu’encore assez limité au sein des établissements publics, est censé donner aux élèves du secondaire un niveau minimal d’apprentissage culturel. Pour ce faire, un « portail histoire des arts » donne un accès simple et gratuit à plus de 5 000 ressources éducatives en ligne validées telles des dossiers pédagogiques, ou encore des expositions virtuelles et de nombreuses vidéos. La mise en place  plateforme Lumni permet également de donner accès aux contenus de divers médias comme France Télévisions, Arte, France Médias Monde, Radio France, TV5 Monde,  ou encore l’INA. Pour des élèves en situation précaire, ces mesures sont sources d’accès au monde de la culture, monde dont les portes peuvent à bien des égards sembler fermées. En ce sens, le pass éducation permet à tous les acteurs du monde de l’éducation mais également aux élèves d’accéder aux sites culturels gratuitement ou à prix réduits, favorisant ainsi l’inclusion et la richesse culturelle. 

Mais cela étant encore insuffisant pour placer tous les élèves sur un pied d’égalité en matière d’accès à la culture, certains enseignants n’hésitent pas à mettre en place des techniques alternatives et évolutives d’éducation. C’est le cas de Gilles Vernet qui, dès l’école primaire, a désiré faire apprendre l’art de l’opéra à ses élèves, art très peu connu et accessible pour les plus jeunes générations d’élèves. Pour ce faire, il a préparé une représentation de l’opéra d’Icare et le taureau blanc avec ses élèves de CM2, épaulé par l’opéra de Paris. 

L’art, essentiel par sa pratique et son apprentissage, se veut donc complémentaire aux programmes scolaires « classiques ». Il semble en ce point nécessaire de continuer à développer l’éducation à l’art mais également l’éducation par l’art, afin de retrouver une certaine cohésion au sein des établissements scolaires et d’apprendre dès le plus jeune âge l’intérêt que suscite une œuvre artistique et sa pratique technique.

Auteure : Marianne Condette

Cet article n’engage que son auteur.e

Sources : 

Site de l’Education nationale : https://www.education.gouv.fr/l-education-artistique-et-culturelle-7496

Public Sénat : https://www.publicsenat.fr/article/societe/l-opera-a-l-ecole-une-facon-d-apprendre-aux-enfants-a-se-tenir-droit-face-a-leur

France Culture : https://www.youtube.com/watch?v=SXxrymUTe9s

UNESCO :http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/first_international_arts_education_week_21_27_may/back/18256/

Partager :

L’éducation dans la lutte contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie : « en progrès, mais peut mieux faire »

Au lendemain de la journée internationale contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie, la question de la place décisive que joue l’éducation dans la lutte pour l’acceptation identitaire et sexuelle se pose plus que jamais. L’Organisation Mondiale de la Santé a peut-être rayé l’homophobie des maladies mentales il y a 31 ans, 69 pays dans le monde continuent toujours à l’interdire. L’éducation étant vecteur de construction identitaire et sociale, elle joue un rôle des plus importants dans la compréhension et l’acceptation de l’autre. Mais le milieu éducatif et les programmes scolaires peuvent également s’avérer être stigmatisants voire destructeurs. Entre conservatisme et progrès, l’éducation est-elle aujourd’hui adaptée à la lutte contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie ? 

Ein Bild, das farbig, Flagge enthält.

Automatisch generierte Beschreibung

L’École encore mauvaise élève :

Selon le rapport UNESCO, 54 % des élèves LGBTQIA+ ont connu des situations de harcèlement scolaire dues à leur orientation sexuelle ou à leur identité de genre. Il a aussi été reconnu que presque la moitié des 47 pays membres du Conseil de l’Europe ignorent ou ne représentent pas suffisamment la diversité des identités de genre et des identités sexuelles. 

Encore en France, le climat scolaire est défavorable aux élèves LGBTQIA+. 72 % d’entre eux affirment avoir subi une expérience scolaire mauvaise ou très mauvaise d’après une étude sur la santé des mineur.e.s LGBT scolarisé.e.s. Les cas de harcèlement scolaire liés à l’identité sexuelle ou de genre ne cessent de croître, passant de plus en plus par des voies de cyberharcèlement. Les réseaux sociaux, un outil certes très utile dans la vie quotidienne, peuvent en effet s’avérer profondément destructeurs pour de nombreux jeunes. Mais également la violence physique au sein des établissements scolaires se fait de plus en plus courante, les tabous et préjugés continuant d’exister dans les salles et cours d’école. 

L’engagement éducatif français : 

C’est avant tout pour lutter contre les violences physique, sexuelle et psychologique que le Gouvernement français a lancé le programme « Collèges et lycées engagés contre l’homophobie et la transphobie : tous égaux, tous alliés » en janvier 2019. Le Ministre de l’Education nationale a aussi mis en place divers numéros et sites, de manière à ce que les élèves souffrant d’homo-, bi-, inter-, et transphobie puissent obtenir une aide (ecoute.contrelhomophobie.org ou encore un numéro vert gratuit « Non au harcèlement » 30 20). 

Ein Bild, das Text enthält.

Automatisch generierte Beschreibung

Image de la campagne « Lutter contre l’homophobie et la transphobie à l’École ».

L’engagement de l’UNESCO :

L’UNESCO affirme qu’il est impossible de « garantir une éducation de qualité inclusive et équitable et de promouvoir des opportunités d’apprentissage tout au long de la vie », comme le précise son Objectif de développement durable 4, si le système éducatif ne permet pas de lutter contre l’homo-, bi-, inter- et transphobie. 

Ces dernières années, l’UNESCO a mené diverses actions. En 2011, l’organisation avait instauré une première consultation de l’ONU sur le harcèlement homophobe au sein de l’École. En mai 2016 a été organisée la « Réunion ministérielle internationale sur les réponses du secteur de l’éducation à la violence homophobe et transphobe #OutInTheOpen ». Depuis, un appel ministériel à l’action a été lancé afin de remédier aux violences liées à l’expression identitaire et sexuelle, regroupant plus de 56 pays dans le monde. L’UNESCO a aussi publié un rapport en 2019 sur le suivi de la violence scolaire basée sur l’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre. Ce rapport vise surtout à lutter contre toutes les formes de harcèlement mais permet aussi d’illustrer les techniques de suivi les plus adaptées pour répondre aux besoins des jeunes harcelés. 

Au-delà de la lutte, l’École se doit également de devenir un facteur d’émancipation et d’acceptation de soi, un terrain sur lequel de nombreux progrès sont encore à faire. Cela passe notamment par l’adaptation des programmes scolaires et des comportements des divers acteurs du milieu éducatif. L’UNESCO a en ce point soumis des propositions pédagogiques aux enseignantes, afin qu’ils puissent mieux agir et réagir lors de situations de conflit ou de questions posées par des élèves concernant le genre et la sexualité. Aussi bien la posture de l’enseignant que des éléments de définition de termes clés comme « homosexualité », « transgenre », ou encore « genre » y sont proposés, afin d’assurer une réponse à la fois adaptée, véridique et respectueuse des différents acteurs dans le milieu scolaire. Pour lutter dès le plus jeune âge contre l’homo-, trans-, inter- et la biphobie, l’UNESCO propose également des activités scolaires afin de mieux comprendre ce qu’est le genre et quelles sont les normes de genre existantes. C’est le cas par exemple de l’activité « réservé à » prévue pour les écoles primaires, durant laquelle les élèves doivent décrire quelles activités il pense être réservées à l’un ou l’autre genre tout en en expliquant les raisons. Cette activité vise avant tout à casser les préjugés et éviter tout tabou, afin de faire comprendre à chaque enfant qu’il est libre de pratiquer les activités qu’il souhaite. Le but est aussi de lancer une discussion, surtout avec les élèves plus âgés, sur leur compréhension des questions identitaires, dans l’optique de favoriser l’échange sur des questionnements personnels encore très tabous aujourd’hui. Cela permet parallèlement d’éviter des situations de harcèlement et d’éduquer au respect et à la compréhension de l’autre. 

L’École a-t-elle encore des progrès à faire ?

De nombreuses propositions ont été faites afin de permettre un véritable progrès du système éducatif en matière d’intégration et de compréhension des problématiques liées à l’identité de genre et à l’identité sexuelle. Il a par exemple été proposé de ne pas aborder les personnes LGBTQIA+ uniquement sous l’angle de la sensibilisation face aux discriminations, mais plus largement au sein des programmes, afin de véritablement intégrer toutes les formes d’identité sur un même plan. De plus, les cours d’éducation sexuelle au collège ne prennent que très peu voire pas du tout en compte la sexualité homosexuelle, un domaine dans lequel de nombreux progrès sont encore à faire.

En bref, le système éducatif est « en progrès, mais peut mieux faire ».

Auteure : Marianne Condette

http://www.unesco.org/new/fileadmin/MULTIMEDIA/HQ/HIV-AIDS/pdf/IDAHOLessonPlanFrench.pdf
https://en.unesco.org/news/over-half-lgbtqi-students-europe-bullied-school-says-unesco-report
https://fr.unesco.org/news/lutte-contre-homophobie-ecole-au-coeur-reunion-ministerielle-unesco
https://www.lexpress.fr/actualite/societe/l-homophobie-s-enracine-des-la-petite-enfance_2059228.html
https://www.education.gouv.fr/lutter-contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-11858
https://www.education.gouv.fr/contre-l-homophobie-et-la-transphobie-l-ecole-40706

Partager :

[L’UNESCO dans l’éducation: L’UNESCO investit dans le bien-être des adolescents]

Entre confinement, cours à distance et décrochage scolaire, les retombées du contexte sanitaire actuel sont multiples. Et tous, d’un commun accord, pèsent sur ce qu’il y a de plus important chez un adulte, et a fortiori chez un adolescent : sa santé mentale. C’est dans ce contexte de crise que l’Unesco décide de venir en aide aux adolescents du monde entier et d’investir dans leur bien-être.

Les chiffres sont alarmants : un sondage national réalisé par le centre médical de l’Université du Michigan révèle que les adolescents sont particulièrement touchés sur le plan psychologique et mental par la pandémie, et davantage encore par les mesures de restriction prises pour tenter de l’endiguer. Ce sondage se base sur les réponses de 977 parents d’adolescents âgés de 13 à 18 ans. Il révèle que près de la moitié des parents interrogés (46%) affirment que leur adolescent souffre d’un nouveau trouble de santé mentale ou d’un trouble en aggravation depuis le début de la pandémie en mars 2020.

Les parents interrogés font également état d’une hausse des symptômes dépressifs (31% des adolescentes, contre 18% des adolescents), des troubles du sommeil (24% et 21% respectivement), et même d’un comportement plus agressif qu’avant l’apparition du virus (9% et 8% respectivement).

C’est face à toutes ces conséquences liées à ce contexte sanitaire particulier que La Directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay – aux côtés d’autres dirigeants – a lancé un vibrant appel à l’action à propos du bien-être des adolescents. Ainsi, l’Unesco tente de créer un cadre sûr et accueillant, de connaissances et de compétences leur permettant de rester en bonne santé, comme le mentionne leurs droits énoncés dans le Programme mondial d’action pour la jeunesse et la Stratégie des Nations Unies pour la jeunesse. C’est cet appel à l’action lancé par la Audrey Azouley qui sera au centre du Forum 2021 de la jeunesse de l’ECOSOC, « S’unir pour les adolescents pendant la COVID-19 ».

C’est en investissant davantage dans les programmes d’Education que l’Organisation parvient à investir dans le bien-être des adolescents. Force est de constater que l’éducation – qui occupe le plus de place dans le temps d’un adolescent – est un des canaux les plus importants dans la promotion du bien-être. En effet, une récente consultation mondiale auprès d’adolescents et de jeunes âgés de 13 à 29 ans, souligne que le rôle de l’école dans la formation des liens et des réseaux de soutien est essentiel, celle-ci leur fournissant des conseils et des informations explicites sur ce à quoi ils doivent s’attendre pendant l’adolescence et par la préparation à leurs futures relations dans la vie professionnelle, à l’âge adulte.

Article rédigé par Jonathan Katende

Cet article n’engage que son auteur

  1. Santé mentale : les adolescents touchés de plein fouet par la pandémie
  2. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000246453_fre
  3. Il est temps d’investir dans le bien-être des adolescents
Partager :

[L’UNESCO dans l’éducation: L’éducation et l’épreuve de l’hybridation : que reste-t-il du développement cognitif ?]

L’enseignement à distance a mis à mal nombre d’efforts pédagogiques, autant « traditionnels » qu’« alternatifs ». Si l’éducation est pensée comme un processus individuel, basée sur l’autonomie de l’élève, elle repose également sur les interactions entre étudiants, entre eux ou avec les enseignants, ou sur l’accès à différents outils de travail.

Les cours dispensés à distance soulèvent aujourd’hui de nombreux enjeux et enjoignent à repenser le dispositif pédagogique. L’apprentissage comme l’enseignement sont confrontés, selon le Secrétaire général de l’ONU António Guterres, à une « catastrophe générationnelle » aux multiples facettes.

L’impact de la pandémie sur les institutions éducatives

                L’un des premiers défis soulevés est celui du financement national et international de l’éducation. Ces deux dernières décennies, ce financement s’est stabilisé autour de 14,5% des budgets publics de chaque pays. Aujourd’hui, celui-ci pourrait être fragilisé non pas par les parts budgétaires lui étant allouées, mais par une fragilisation de l’aide à l’éducation et des dépenses publiques.

                Le défi majeur reste le défi cognitif : comment assurer aux élèves un apprentissage serein et qualitatif dans un contexte anxiogène ? En 1762, dans Emile ou De l’éducation, J.J. Rousseau notait que : « Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu’il faudrait cultiver ; ce sont les seules qu’on oublie, ou celles qu’on néglige le plus ». De nombreux professionnels ont reconnu l’importance du sensoriel dans l’apprentissage, donnant lieu à la création des pédagogies alternatives de Claparède, Montessori, Dewey, ou encore Freinet.

Au cœur de ces pédagogies réside l’idée que les connaissances de tout sujet apprenant passent de la mémoire sensorielle, à la mémoire à court terme pour finalement tendre vers celle à long terme. Aujourd’hui, les étudiants ne peuvent plus avoir accès aux outils mis à leur disposition pour développer leur autonomie, et ils n’ont plus la même possibilité de travailler en groupes. Pourtant, des chercheurs missionnés par la Commission Européenne ont démontré que l’apprentissage à distance pouvait avantager les étudiants indépendants, les amenant à personnaliser leurs sources à leur rythme. Par ailleurs, les interactions par visioconférence semblent offrir de nouveaux moyens de socialisation.

Trouver des alternatives d’apprentissage : l’objectif des enseignants

                Les enseignants doivent redoubler d’efforts pour assurer une expérience affective et susciter l’intérêt de leurs étudiants. Faire appel aux émotions, raconter des histoires, proposer des échanges permettant aux étudiants de confronter leurs visions… sont autant de techniques visant à stimuler la mémorisation de tout un chacun. Par ailleurs, il est aujourd’hui important de faire appel au multisensoriel, d’ajouter photo et vidéo à son cours, mais aussi dessin, musique et… jeux vidéo.

                Ces dernières années, les jeux vidéo se sont fait une place grandissante au sein des pratiques culturelles des adolescents comme des adultes. En 2019 en France, comme l’indique le rapport publié par Philippe Lombardo et Loup Wolff Cinquante ans de pratiques culturelles en France, 44% de Français jouent aux vidéos, et cette tendance va en s’imposant puisque le secteur s’est imposé du fait des confinements successifs.

                Le 10e art permet en fait de diversifier les formes d’apprentissages : il propose un environnement particulier souvent riche de détails, et appelle à l’entraide entre joueurs ou encore des apprentissages par frayage induits par la pratique du jeu. Une étude d’universitaires turcs s’est d’ailleurs intéressée aux effets des jeux vidéo sur les processus cognitifs. Les expériences de 46 adolescents ont été comparées, entre habitués et étudiants ne jouant jamais. Au final, aucune différence significative n’a été relevée entre les deux groupes, bien que la mémoire des joueurs réguliers semble quelque peu meilleure, contrairement à leur capacité d’élocution.

Vers une réouverture des lieux d’éducation : nouveau départ en faveur de l’inclusion ?

                La pandémie que nous vivons depuis plus d’un an maintenant a engendré une coopération renforcée au niveau international. Le 22 octobre dernier, l’UNESCO a par exemple convoqué une session extraordinaire pour sa Réunion mondiale sur l’éducation. Dans ses propos introductifs, António Guterres rappelle que les défis à relever résident dans l’accès à la connectivité et aux technologies digitales, mais aussi dans la continuation des efforts tournés vers l’accès à l’éducation des étudiantes.

                La fermeture des écoles a notamment entraîné une hausse des violences liées au genre touchant les étudiantes. Les équipes de l’UNESCO craignent d’ailleurs que plus de 11 millions de filles pourraient ne pas retourner à l’école après cette crise sanitaire, menaçant les efforts menés en matière d’éducation ces dernières décennies. La campagne a donc été créée par l’UNESCO, sous le #ContinuitéPédagogique, afin de sensibiliser des citoyens engagés sur les réseaux sociaux. Que l’on soit étudiant, journaliste, parent, enseignant ou éducateur, nous avons tous un rôle à jouer pour assurer un accès pérenne à l’éducation.

Il est peut-être encore trop tôt pour évaluer les impacts de la pandémie sur l’éducation, mais celle-ci nous rappelle un élément majeur : que les systèmes éducatifs sont toujours perfectibles. Nombreux sont les politiques, les enseignants et les étudiants à repenser les méthodes d’apprentissage. Encore une fois, c’est bien la nature qui éduque autant l’éducateur que l’éduqué.

Série de vidéos de l’UNESCO sur l’éducation dans le monde : https://www.youtube.com/watch?v=CDE08KLUCXQ&list=PLWuYED1WVJIPrzcHvf0ocJNg3nsx3AGnX&index=1

Etude sur les jeux vidéo : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6514119/

Par Emma Letard-Kerbart

Cet article n’engage que son auteure.

Partager :

[L’UNESCO dans l’éducation: L’éducation en Corée du Sud]

Lorsque l’on fait la recherche “Éducation en Corée du Sud” sur Internet, les premiers titres qui s’affichent sont aussi les plus récurrents : “Corée du Sud : l’obsession de la réussite”, “Condamné à réussir”, ou encore “L’enfer du système scolaire sud coréen”. C’est étonnant, sur le papier, le système éducatif coréen est le plus performant au monde : élèves premiers dans les classements internationaux de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de sciences du programme PISA, mis en place par l’OCDE, et 98% des 25-34 ans sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement secondaire. C’est le taux le plus élevé du monde. Pourtant, en Corée du Sud, ce système devient de plus en plus contesté : surmenage des élèves, curriculums vitaes uniformes, taux de suicides chez les 9-24 ans qui ne cesse d’augmenter. Voilà ce qui est dénoncé. Alors, retour sur le système éducatif coréen. 

    L’organisation des années d’études

    Lorsque l’on compare le système d’enseignement sud-coréen avec les systèmes français, on se rend compte qu’il y a bien des pratiques convergentes, mais que certaines sont totalement différentes. 

A la différence de la France, les années d’enseignement antérieures au supérieur se font sur le mode des semestres. Ainsi, l’année scolaire débute en mars jusqu’au mois de juin, et le second commence en septembre pour s’achever en décembre. Entre ces deux périodes, il y a deux sessions de vacances de deux mois. Le premier semestre dure donc jusqu’au mois d’août, et le second semestre jusqu’au mois de février si l’on compte avec les vacances des élèves.

On retrouve presque le même système qu’en France pour l’organisation des cycles : l’école maternelle n’est pas obligatoire mais l’écolier doit rentrer à l’école primaire à 6 ans pour une durée de six ans. Les élèves coréens commencent donc au collège à l’âge de 13 ans, et au lycée à l’âge de 16 ans. Lors de leur année de terminale, les lycéens doivent passer le Test national d’entrée à l’université, qui donne un classement national des élèves et qui permet aux universités de sélectionner leurs futurs étudiants. C’est le suneung (romanisation du terme). Les meilleurs élèves peuvent ainsi postuler dans les meilleures universités du pays, le classement de ces dernières étant très important dans la société coréenne. Leurs examens étant tous, d’ailleurs, sous forme de QCM.

A l’école jusqu’à l’entrée à l’Université, les élèves revêtent l’uniforme de leur établissement d’enseignement. Pour chaque saison il y a un type d’uniforme scolaire, et c’est l’école qui décide à quoi il doit ressembler, et quand il doit être changé dans l’année. 

Mais, qu’en est-il de la vie des élèves dans leur classe ? Ça diffère énormément de la France sur ce point-là. En effet, alors que les élèves français sont habitués dès le collège à changer de salle entre deux cours, en Corée du Sud, il n’en est rien. Au début de l’année, une salle spécifique est assignée à une classe pour tout le semestre. Évidemment, les élèves doivent quand même changer de salles pour les cours de sport, de science en laboratoire ou d’art, mais la plupart du temps, ils sont dans une même et seule classe. 

Et, même s’il y a des agents chargés de l’entretien de l’établissement, les élèves sont eux aussi responsabilisés : il y a un emploi du temps qui indique qui reste à la fin des cours pour faire le ménage dans la classe, pour passer le balai dans la cour, etc. 

Les élèves sont à peu près le même nombre d’heures de cours à l’école que les élèves français ; cependant, la plupart, après les cours de l’école, se retrouvent dans des instituts privés que l’on appelle Hagwon (romanisation du terme) pour faire du soutien scolaire, ou même prendre de l’avance sur les cours qui sont donné à l’école. Ils rentrent alors chez eux souvent aux alentours de 23 heures, où ils travaillent encore un peu jusqu’aux premières heures du matin pour faire leurs devoirs de l’école. 

Un système neutre pour former des jeunes adultes responsables.

De prime abord, ce système paraît, certes, dur, mais sous bien des aspects on peut considérer qu’il favorise l’autonomie des enfants et adolescents et qu’il permet l’apprentissage d’un certain nombre de valeurs. 

Par exemple, l’assignation d’une même salle de classe, ainsi que l’obligation d’y faire le ménage responsabilise les jeunes adultes : ils apprennent ainsi le respect envers le matériel, et se mobilisent pour garder un environnement toujours sain puisqu’ils savent qu’ils vont y passer la journée, et que ce sont eux qui vont devoir le nettoyer. 

Dans un esprit d’égalité, le port de l’uniforme peut aussi s’avérer bénéfique pour limiter les discriminations à l’école dues par exemple à l’origine sociale ou économique de l’élève. Il y a une volonté d’établir une stricte égalité entre les enfants de la part du gouvernement et du Ministère de l’Éducation nationale sud-coréenne quant à cette mesure. 

Les Hagwons que nous avons cité plus tôt permettent eux une meilleure assimilation et une meilleure compréhension par les élèves des notions vues en classe. Ainsi, les enfants sud-coréens apprennent mieux et plus rapidement. En parlant des techniques pédagogiques, il faut noter que le système de notation par QCM permet de ne laisser aucune place à la subjectivité de l’enseignant dans la notation : l’élève n’est noté que pour les réponses qu’il donne, et non pas pour son style d’écriture ou sa méthode – qui pourrait dévier de celle du professeur – par exemple.

A la différence de beaucoup d’établissements en France, les écoles sud-coréennes gardent une plage horaire dans l’emploi du temps journalier de l’élève pour l’étude. Ainsi, les cours finissent à 16h30, les élèves bénéficient d’1h30 d’étude au calme dans sa classe, ou à l’école, où ils ont accès à internet et à un environnement de travail approprié. C’est très important quand on sait que certains n’ont pas la possibilité de bénéficier de cet environnement de travail chez eux à cause d’une trop grande fratrie ou par manque de moyens des parents. 

Et, le fait que le classement de l’examen d’entrée aux universités soit national force les écoles à tirer leurs étudiants vers le haut : les écoles sont classées nationalement, et les élèves ont un classement dans l’école. Donc, plus une école à d’élèves bien classés au niveau national, et plus elle sera aussi bien classée. Cela force donc les corps enseignants à renouveler leurs méthodes pour dispenser un enseignement aussi qualitatif que possible aux élèves. 

Les conséquences d’un système parfait (sur le papier)

Mais, à vouloir former des futurs étudiants et des futurs travailleurs parfaits, de nombreuses conséquences négatives parfois imprévues, se font fortement ressentir, chez les étudiants mais aussi dans toute la société sud-coréenne. 

Tout d’abord d’un point de vue sociétal, alors que ce système se voulait égalitaire, on se rend compte qu’il en devient totalement l’inverse. En effet, les hagwons étant des instituts PRIVÉS de soutien et de préparation au concours, de nombreux enfants dont la famille n’a pas les moyens de payer jusqu’à 1500 euros par mois se retrouvent lésés face à des élèves dont les parents sont capables de dépenser des sommes très élevées dans l’éducation de leur progéniture. L’inscription dans les hagwons a un deuxième effet pervers pour les enfants : souvent, les cours en hagwons sont en avance de deux voire trois années sur le programme national. Résultat, les élèves dorment à l’école, pour rattraper les heures de sommeil perdues à travailler la nuit. 

Il en est de même pour les uniformes scolaires : ils ont été mis en place pour limiter les inégalités entre élèves, mais ils coûtent extrêmement chers, et doivent très souvent être renouvelés. Pour certaines familles, il est plus compliqué financièrement de se plier aux exigences de l’établissement que d’acheter elles-mêmes les vêtements des enfants. 

On peut aussi regarder les limites des méthodes d’enseignement. Le QCM est, il est vrai, une bonne méthode pour lutter contre la subjectivité d’un correcteur. Cependant, cela force les élèves à apprendre par cœur leur cours, et pour beaucoup sans aucune compréhension. Il n’y a pas de travail de réflexion, de débat ou d’écriture, ce qui fait chuter l’effectivité de l’éducation sud-coréenne à la 24e place du classement de l’OCDE. Les enfants sont tous éduqués en Corée du Sud, mais quelle est véritablement la qualité de leur instruction ?

Le fléau de la société coréenne le plus important dans cette problématique reste néanmoins le mal être chez les jeunes générations. En effet, les élèves, dès leur entrée en primaire, doivent se préparer à un examen qu’ils passeront à 19 ans et qui déterminera le reste de leur existence. C’est une pression énorme qu’ils ont sur leurs épaules, d’autant plus que souvent, les parents et les professeurs leur font ressentir cette pression. En effet, les enfants étant conscients des sacrifices de la famille pour leur payer des cours privés se sentent généralement redevables vis-à-vis de leurs parents et s’obligent à énormément travailler pour ne pas les décevoir. Il faut avoir d’excellentes notes au collège pour espérer intégrer un lycée prestigieux, et il faut d’excellentes notes au lycée pour pouvoir intégrer des universités prestigieuses. Et par excellentes, on entend un score minimum de 100/100 au test d’entrée à l’université pour intégrer par exemple les Sciences Humaines à l’Université de Corée. A l’Université Yonsei, seuls 0,1% DES MEILLEURS sont recrutés. A l’université de Séoul, le taux d’admission est de 0,001%. Alors, une étude du Ministère de l’Éducation a révélé que près de 40% des lycéens dormaient moins de 6h30 par nuit, ce qui est bien en dessous du seuil recommandé pour les adolescents. 

Le système de classement à l’école n’arrange pas leur moral : cela joue énormément, non seulement sur l’estime que l’élève a de lui-même, mais également sur les rapports entre les élèves entre eux : il n’est pas rare en Corée du Sud de se retrouver face à des cas de harcèlement scolaire. L’élève est trop bon à l’école, il peut se faire persécuter ; dans le bas du classement, il peut se faire persécuter ; pas assez “beau” (la société coréenne donne énormément d’importance à l’apparence physique), il peut se faire persécuter. Les persécutions se font verbalement mais aussi physiquement, et il n’est pas si rare d’apprendre le suicide d’élèves à cause de la pression scolaire et des harcèlements à répétition. 

La société de la réussite

Mais pourquoi cette course folle à la meilleure université? En Corée du Sud, étudier dans l’une des trois universités les plus prestigieuses du pays est le sésame pour une réussite sociale. 

Cela a en fait une origine historique. Après la Seconde Guerre mondiale et la Guerre de Corée qui a divisé la péninsule en deux nations opposées, la Corée du Sud, ravagée, s’est focalisée sur l’éducation de sa jeunesse pour redresser le pays, persuadée que l’intelligence et l’instruction des jeunes la ferait renaître de ses cendres. Utopique? Peut-être pas. Après tout, en l’espace de cinquante ans, la Corée du Sud est passée de pays sous-développé à onzième puissance mondiale. Ce “miracle national” se traduit maintenant à l’échelle individuelle : c’est l’espérance pour les familles d’une ascension sociale fulgurante, du même ordre que leur pays dans la communauté internationale. 

A cela, ajoutons l’influence confucéenne qui a pour valeur majeure l’amélioration de l’individu grâce à l’éducation. 

Ce qui est intéressant, c’est de voir ce que représente l’Université pour l’étudiant, une fois qu’il a réussi à s’y faire admettre. Quinze années de travail éprouvantes pour étudier ensuite à l’Université de façon plus calme. En effet, l’adage que l’on entend régulièrement en France à propos des grandes écoles de commerce “le plus dur, c’est d’y entrer”, peut se retrouver dans les Universités en Corée du Sud. Ou sinon, on pourrait considérer que la charge de travail y est toujours importante, mais que les étudiants vivent cette partie de leur scolarité délestés de toute pression. Ce qui compte, ce n’est même pas la mention ou la matière du diplôme, mais de quelle Université les étudiants sont diplômés. 

Pour conclure, on peut alors se demander pourquoi les étudiants ont besoin de ces diplômes, quel est le but ultime à atteindre ? La preuve de la réussite sociale de ces jeunes gens est une embauche dans une des chaebols de Corée du Sud – ces grandes entreprises mondialement renommées – telles que Samsung, LG ou Hyundai. Après quelques années reposantes à l’Université, ces jeunes diplômés se retrouvent alors sur le marché du travail, ou directement employé de ces grandes compagnies, et commence alors une nouvelle vie pour eux, toujours plus rapide, toujours plus exigeante, toujours plus envahissante, avec des semaine de travail qui peuvent facilement monter à plus de 60 heures.

Certains jeunes, pour échapper à la pression constante que le système éducatif leur inflige, préfèrent alors débuter des études à caractère plus artistique. C’est ainsi que l’on voit de plus en plus d’enfants se lancer dans l’entraînement pour devenir idol, ces stars de la musique pop coréenne. Entraînement lui aussi contesté pour les contraintes auxquelles il soumet les adolescents (restrictions alimentaires, entraînements physiques et vocaux éreintants, etc). Mais, pour ces enfants où la voie logique est la pression scolaire, peut être serait-il aisé de comprendre leur raisonnement : peu importe le domaine finalement, la pression et les contraintes sont présentes, car constitutives de leur société ; alors, pourquoi ne pourraient-ils pas se l’imposer dans un domaine qui leur plait réellement ? 

Pour plus d’informations sur le sujet, je vous invite à jeter un oeil aux travaux suivants :

Légaré-Tremblay, Jean-Frédéric. « L’éducation en Corée du Sud : examen d’une obsession nationale », Monde chinois, vol. 34, no. 2, 2013, pp. 60-63. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-monde-chinois-2013-2-page-60.htm

“Condamnés à Réussir”, Arte. Disponible sur :    https://www.youtube.com/watch?v=h-wjwyVQXMc

L’École en Corée, Laurent Caccia. Disponible sur : 

“Corée du Sud, l’obsession de la réussite”, Spica Life. Disponible sur :

Article écrit par Tiffenn Genestier

Cet article n’engage que son auteur.e

Partager :

[Arrticle éducation de l’UNESCO: L’éducation à l’Holocauste : une nécessité historique, morale et avant tout humaine]

« La seule chose que nous disions entre nous : « Si un jour, par hasard, nous retrouvons notre pays, il faut que tout le monde sache ». Sachant d’ailleurs que les choses étaient telles qu’on les mettrait en doute, on ne nous croirait pas. Mais ça nous paraissait comme une obligation par rapport à ce que nous vivions, par rapport à tous ceux qui mourraient. » Simone Veil, Antenne 2, 6 mars 1979, https://www.ina.fr/video/I04342602.

Témoignant de la déshumanisation des déportés dans les camps d’extermination et dans les camps de concentration, Simone Veil, elle-même retenue au camp d’Auschwitz-Birkenau à l’âge de 16 ans, rappelle le devoir moral que constitue le devoir de mémoire. 

Seulement quelques jours après le 58ème anniversaire du traité de l’Élysée, signé par la République Française et la République fédérale d’Allemagne le 22 janvier 1963 et célébrant la réconciliation des deux pays et le début de leur étroite coopération, ainsi que la commémoration internationale des victimes de l’Holocauste le 27 janvier, la question de l’éducation à l’Holocauste est une question encore très sensible et très présente dans le monde. 

» Shoah

Image libre de droit

L’éducation à l’Holocauste : une question encore sensible

La France d’après-guerre, portée par une vague de résistancialisme, ne souhaitait aucunement se confronter aux horreurs commises dans les camps. Le Général De Gaulle, considérant que le régime de Vichy n’était qu’une parenthèse de l’Histoire de France, a tenté d’incarner une France unifiée dans la Résistance. Du côté allemand, la « Stunde Null », traduit littéralement l’heure zéro et faisant référence à la fin de la Seconde Guerre mondiale le 8 mai 1945, souligne la profonde destruction de l’État allemand. L’Allemagne se réveille en ruines, à la suite d’une guerre d’une violence inhumaine. Son régime politique et l’ensemble de l’idéologie sur laquelle celui-ci reposait se sont écroulés. 

Besatzungszeit und deutsche Teilung – segu | Lernplattform ...

Image libre de droit

Dès 1949, le Gouvernement de République Fédérale d’Allemagne démarre un processus de dénazification de la population et organise des visites des camps d’extermination afin que la population soit informée de la barbarie du régime nazi. Mais ce n’est véritablement que par les procès de Nuremberg ou encore l’agenouillement de Willy Brandt, alors Chancelier de la République Fédérale d’Allemagne, le 7 décembre 1970, qu’une partie de l’Allemagne que nous connaissons aujourd’hui a commencé à se confronter à son passé douloureux. 

Willy Brandt whatishappeningnow What is Happening Now?

Image libre de droit

Encore aujourd’hui, évoquer l’Holocauste ou le régime nazi en Allemagne reste plutôt tabou. Il suffit de voir la réaction de la population allemande au livre « Er ist wieder da » de Timur Vermes, traduit littéralement par « Il est de retour » et racontant une fiction dans laquelle Adolf Hitler reviendrait dans l’Allemagne actuelle, pour comprendre le traumatisme profond qui demeure au sein du peuple allemand. De nombreux jeunes s’avouent même honteux, n’ayant pourtant aucunement contribué au régime national-socialiste. Les cours d’histoire en Allemagne cherchent justement à démontrer toute l’horreur qui a été commise et véhicule l’importance du devoir commémoratif dû à l’ensemble des victimes. C’est donc aujourd’hui encore un devoir qui s’impose mais qui reste une question toujours aussi sensible, dans un pays meurtri par l’inhumanité des crimes qui ont été commis. 

L’UNESCO : son engagement éducatif pour la mémoire de l’Holocauste

L’éducation s’avère être le point de départ d’un apprentissage de la paix, du respect des principes fondamentaux et de la dignité humaine. L’UNESCO contribue en ce sens au développement du respect mutuel, d’un meilleur vivre-ensemble dans le respect de l’Humanité. Chaque année, l’UNESCO commémore le 27 janvier la mémoire de l’ensemble des victimes de l’Holocauste. La barbarie nazie a profondément meurtri les pays dans lesquels les crimes ont pu être commis et a plus largement heurté l’Humanité dans son entièreté. 

L’ensemble des États membres des Nations-Unies se doit de maintenir la paix et de mettre en place des politiques de mémoire et d’hommages. Pour cela, ils s’engagent à développer à l’école l’enseignement de l’Holocauste. En 2013, l’UNESCO a publié une brochure intitulée « Pourquoi enseigner l’Holocauste », dans laquelle l’organisation explique l’importance de cet enseignement. Faire comprendre ce qui semble incompréhensible : il s’agit là d’un défi mondial que la communauté internationale dans son ensemble se doit de relever. Par cette brochure, il est aussi possible de comparer les représentations de l’Holocauste dans les manuels scolaires et les programmes éducatifs nationaux.   

L’Holocauste est tragiquement devenu la référence pour les crimes humanitaires de masse. Avec cette conscience accrue qu’il faut à tout prix éloigner l’Humanité d’une telle atrocité, l’UNESCO cherche encore aujourd’hui à constamment améliorer l’enseignement de la Shoah, ce que l’organisation appelle être « notre responsabilité ». Le 10 novembre 2020, l’UNESCO a par exemple organisé une discussion virtuelle sur la question des défis actuels en matière éducative concernant l’Holocauste (lien de la discussion virtuelle : https://www.youtube.com/watch?v=r1CbxzjboSM). Par cette conférence, les intervenants ont souligné l’importance d’un apprentissage encadré pour lutter contre les idées fausses. Ils ont également plaidé pour enseigner davantage dans les écoles et universités la responsabilité des civils qui ont participé à l’élaboration des crimes. C’est en effet la participation de la population civile, reposant sur l’idéologie national-socialiste, qui marque toute la spécificité de ce génocide. Ce n’est seulement un dirigeant ou de hauts-dignitaires qui ont procédé au massacre d’un peuple, c’est une idéologie dans son ensemble, et partagée par des millions d’individus, qui en était le précurseur. 

L’éducation à l’Holocauste : une question encore actuelle

L’UNESCO tente par son action de remédier à la désinformation croissante et à un déni devenant de plus en plus important. Expliquer l’horreur pour ne pas la revivre : telle est l’idée de l’éducation à l’Holocauste. Dans une société dans laquelle l’antisémitisme et la haine raciale ne cessent de montrer leur visage, la nécessité du devoir de mémoire que constitue l’enseignement de l’Holocauste semble d’autant plus fondamentale. C’est donc, à l’image de ce qu’exprime l’UNESCO en la matière, une responsabilité humaine que de commémorer les victimes de l’Holocauste et, par l’éducation, de préserver l’Humanité. 

Article de Marianne Condette

Cet article n’engage que son auteur

Sources : 

https://www.ina.fr/video/I04342602
https://fr.unesco.org/themes/education-holocauste-genocides
https://fr.unesco.org/news/lenseignement-lholocauste-est-il-crise-discussion-ligne-lunesco-lonu-traite-defis-opportunites
Partager :

[Un vendredi soir avec les Co’p1]

Le siège de SONU nous a annoncé que notre association entamait un partenariat avec Cop’1 – Solidarités étudiantes en décembre alors, lorsque l’on a proposé à certains membres actifs de se joindre à leur équipe pour leur porter main forte lors d’une des deux distributions alimentaires hebdomadaires, je n’ai pas hésité une seconde. Depuis mon entrée à Paris 1 Panthéon Sorbonne en septembre, j’entendais parler de cette association, je la voyais sur les réseaux sociaux, et même récemment à la télé ! Alors j’y suis allée le vendredi 29 janvier. Résumé d’une soirée avec les Co’p1 – Solidarités étudiantes.

    Co’p1 – Solidarités étudiantes, c’est quoi ? 

L’association Co’p1 – Solidarités étudiantes se veut apartisane avec pour seul et unique but de venir en aide aux étudiants qui sont extrêmement fragilisés à cause de la crise du Coronavirus. Elle effectue principalement des distributions de denrées aux étudiants, mais pas que. Elle s’efforce de les accompagner, tant sur le point psychologique qu’humain pour les aider à traverser cette période le plus sereinement possible. Fondée en septembre 2020 avec son président Ulysse Guttmann-Faure, étudiant en double Licence de Droit et Science Politique, l’association ne compte pas moins de 200 bénévoles, répartis dans 10 pôles. Oui, car il y a une chose à laquelle je n’avais pas pensé : c’est un projet tellement énorme, qu’il ne peut pas être porté par des effectifs restreints.

    Les missions de Co’p1 – Solidarités étudiantes

Souvent, les gens la connaissent comme une association de distribution alimentaire. Pourtant, elle est, elle représente tellement plus que ça. Alors que les étudiants récupèrent leur panier de nourriture, ils peuvent aussi bénéficier de produits d’hygiène, comme du dentifrice, des masques chirurgicaux – indispensables ces derniers temps – et des serviettes hygiéniques, réutilisables ou jetables, pour lutter contre la précarité menstruelle. 

Co’p1 – Solidarités étudiantes, c’est aussi un accompagnement à chaque instant. Avant de partir, les étudiants peuvent aussi s’entretenir avec des bénévoles qui font de leur mieux pour leur apporter les réponses dont ils ont besoin – aides au logement, Sécurité sociale, trêve hivernale, aides psychologiques – ou simplement leur parler, les écouter et les réconforter pour affronter cette vie suspendue depuis maintenant presque un an. 

    Bienveillance 

Bienveillance. Pour beaucoup, c’est le nouveau mot à la mode, dont les contours définitionnels sont bien flous. Pourtant, ce mot représente exactement ce que l’on ressent lors de la préparation et de la distribution des paniers. Arrivée à 16h30, je ne connaissais personne mais je n’ai eu à attendre qu’une poignée de seconde avant que l’une des bénévoles prenne le temps de m’expliquer l’organisation de la soirée. A ce moment-là, tous semblaient se connaître, alors que certains venaient pour la première fois. De l’entraide, de la coopération, voilà les rapports qu’avaient les bénévoles entre eux. De la gentillesse, de la compréhension, de la tendresse aussi. Voilà ce que j’ai ressenti : de la sollicitude qui fait chaud au cœur. Tous ensemble, nous faisions des chaînes humaines pour distribuer pommes de terre, carottes et oignons dans les sacs floqués au nom de l’Association, maintenant reconnaissables entre 1000. Ensemble, nous avons déballé, rangé les denrées, organisé les stands. 

Solidarité

18h30. Les premiers étudiants bénéficiaires des paniers ont commencé à entrer. Tout à coup, on a allumé une enceinte portable, de la musique a commencé à retentir dans la salle et bientôt, j’aperçu les premiers sourires dissimulés par les masques, cafés distribués dehors en mains, pour lutter contre le froid mordant d’une nuit hivernale. J’ai vu des jeunes, et des moins jeunes, des étudiants étrangers, des Français, des filles et des garçons, des habitués et des “petits nouveaux”. Tous étaient reconnaissants, nous remerciaient, voulaient s’engager dans l’Association aussi. Drôle de sentiment : être heureux d’aider, mais triste de devoir le faire. Là aussi, et car l’un ne va pas sans l’autre, la solidarité était constamment accompagnée de bienveillance, de mots encourageants et de petites blagues ; pour reconstruire l’espace d’un instant ce lien social que tant ont perdu ces derniers mois. Comme une bulle de joie, dans une vie qui paraît sous bien des aspects très sombre. 

Et finalement vint la fin de la rencontre, le rangement des cartons, le lavage du sol, l’entreposage des denrées qui elles seront écoulées le lendemain après midi. Le moment de dire au revoir aussi, de remercier d’avoir eu l’occasion de participer, et d’être félicité pour le travail accompli. 

Alors, on entend que les jeunes sont irresponsables et égoïstes, conséquences évidentes de leur immaturité. Moi, c’est tout l’inverse que j’ai vu ce vendredi 29 janvier au soir. J’ai vu des étudiants aider leurs pairs dans le besoin, en respectant les gestes barrières, en discutant joyeusement, en prenant leurs responsabilités quand il le fallait pour régler le moindre problème qui pouvait subvenir. J’ai vu des étudiants venant pour leur panier repas, repartir avec les informations nécessaires pour faire partie de l’équipe des Cop’1 – Solidarités étudiantes eux-aussi. J’ai vu des étudiants dans le besoin, nous souhaitant bon courage. Finalement, j’ai vu cette Humanité que la société a tant perdu durant cette dernière année. 

Article de : Tifenn Genestier

Cet article n’engage que son auteure.

Partager :