L’enseignement à distance a mis à mal nombre d’efforts pédagogiques, autant « traditionnels » qu’« alternatifs ». Si l’éducation est pensée comme un processus individuel, basée sur l’autonomie de l’élève, elle repose également sur les interactions entre étudiants, entre eux ou avec les enseignants, ou sur l’accès à différents outils de travail.

Les cours dispensés à distance soulèvent aujourd’hui de nombreux enjeux et enjoignent à repenser le dispositif pédagogique. L’apprentissage comme l’enseignement sont confrontés, selon le Secrétaire général de l’ONU António Guterres, à une « catastrophe générationnelle » aux multiples facettes.

L’impact de la pandémie sur les institutions éducatives

                L’un des premiers défis soulevés est celui du financement national et international de l’éducation. Ces deux dernières décennies, ce financement s’est stabilisé autour de 14,5% des budgets publics de chaque pays. Aujourd’hui, celui-ci pourrait être fragilisé non pas par les parts budgétaires lui étant allouées, mais par une fragilisation de l’aide à l’éducation et des dépenses publiques.

                Le défi majeur reste le défi cognitif : comment assurer aux élèves un apprentissage serein et qualitatif dans un contexte anxiogène ? En 1762, dans Emile ou De l’éducation, J.J. Rousseau notait que : « Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu’il faudrait cultiver ; ce sont les seules qu’on oublie, ou celles qu’on néglige le plus ». De nombreux professionnels ont reconnu l’importance du sensoriel dans l’apprentissage, donnant lieu à la création des pédagogies alternatives de Claparède, Montessori, Dewey, ou encore Freinet.

Au cœur de ces pédagogies réside l’idée que les connaissances de tout sujet apprenant passent de la mémoire sensorielle, à la mémoire à court terme pour finalement tendre vers celle à long terme. Aujourd’hui, les étudiants ne peuvent plus avoir accès aux outils mis à leur disposition pour développer leur autonomie, et ils n’ont plus la même possibilité de travailler en groupes. Pourtant, des chercheurs missionnés par la Commission Européenne ont démontré que l’apprentissage à distance pouvait avantager les étudiants indépendants, les amenant à personnaliser leurs sources à leur rythme. Par ailleurs, les interactions par visioconférence semblent offrir de nouveaux moyens de socialisation.

Trouver des alternatives d’apprentissage : l’objectif des enseignants

                Les enseignants doivent redoubler d’efforts pour assurer une expérience affective et susciter l’intérêt de leurs étudiants. Faire appel aux émotions, raconter des histoires, proposer des échanges permettant aux étudiants de confronter leurs visions… sont autant de techniques visant à stimuler la mémorisation de tout un chacun. Par ailleurs, il est aujourd’hui important de faire appel au multisensoriel, d’ajouter photo et vidéo à son cours, mais aussi dessin, musique et… jeux vidéo.

                Ces dernières années, les jeux vidéo se sont fait une place grandissante au sein des pratiques culturelles des adolescents comme des adultes. En 2019 en France, comme l’indique le rapport publié par Philippe Lombardo et Loup Wolff Cinquante ans de pratiques culturelles en France, 44% de Français jouent aux vidéos, et cette tendance va en s’imposant puisque le secteur s’est imposé du fait des confinements successifs.

                Le 10e art permet en fait de diversifier les formes d’apprentissages : il propose un environnement particulier souvent riche de détails, et appelle à l’entraide entre joueurs ou encore des apprentissages par frayage induits par la pratique du jeu. Une étude d’universitaires turcs s’est d’ailleurs intéressée aux effets des jeux vidéo sur les processus cognitifs. Les expériences de 46 adolescents ont été comparées, entre habitués et étudiants ne jouant jamais. Au final, aucune différence significative n’a été relevée entre les deux groupes, bien que la mémoire des joueurs réguliers semble quelque peu meilleure, contrairement à leur capacité d’élocution.

Vers une réouverture des lieux d’éducation : nouveau départ en faveur de l’inclusion ?

                La pandémie que nous vivons depuis plus d’un an maintenant a engendré une coopération renforcée au niveau international. Le 22 octobre dernier, l’UNESCO a par exemple convoqué une session extraordinaire pour sa Réunion mondiale sur l’éducation. Dans ses propos introductifs, António Guterres rappelle que les défis à relever résident dans l’accès à la connectivité et aux technologies digitales, mais aussi dans la continuation des efforts tournés vers l’accès à l’éducation des étudiantes.

                La fermeture des écoles a notamment entraîné une hausse des violences liées au genre touchant les étudiantes. Les équipes de l’UNESCO craignent d’ailleurs que plus de 11 millions de filles pourraient ne pas retourner à l’école après cette crise sanitaire, menaçant les efforts menés en matière d’éducation ces dernières décennies. La campagne a donc été créée par l’UNESCO, sous le #ContinuitéPédagogique, afin de sensibiliser des citoyens engagés sur les réseaux sociaux. Que l’on soit étudiant, journaliste, parent, enseignant ou éducateur, nous avons tous un rôle à jouer pour assurer un accès pérenne à l’éducation.

Il est peut-être encore trop tôt pour évaluer les impacts de la pandémie sur l’éducation, mais celle-ci nous rappelle un élément majeur : que les systèmes éducatifs sont toujours perfectibles. Nombreux sont les politiques, les enseignants et les étudiants à repenser les méthodes d’apprentissage. Encore une fois, c’est bien la nature qui éduque autant l’éducateur que l’éduqué.

Série de vidéos de l’UNESCO sur l’éducation dans le monde : https://www.youtube.com/watch?v=CDE08KLUCXQ&list=PLWuYED1WVJIPrzcHvf0ocJNg3nsx3AGnX&index=1

Etude sur les jeux vidéo : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6514119/

Par Emma Letard-Kerbart

Cet article n’engage que son auteure.

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