À l’occasion de la journée internationale de lutte contre la censure sur internet, ayant lieu tous les 12 mars, nous allons voir ensemble comment internet et notamment les réseaux sociaux censurent certains contenus, notamment les nus féminins. Le contrôle des corps, et notamment du nu féminin n’est pas, comme vous pouvez vous en douter, une nouveauté d’internet… La troisième République en France marque un temps fort pour la censure du nu et de l’érotisme, de nombreuses œuvres littéraires, comme les Fleurs du mal de Charles Baudelaire en 1857, font l’objet de procès. Gustave Courbet et son naturalisme cru est aussi touché par la censure. La censure se confond avec la pudeur, dès lors qu’il peint avec une précision anatomique un sexe féminin dans L’origine du monde en 1866. Doit-on enfin rappeler les luttes de Mai 68 contre le bandeau blanc de la ORTF qui censurait les images jugées impudiques. 

Dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, l’article 19 fait de l’accès à l’information un droit, ce qui n’empêche pas la régulation des informations sur internet par des États, entreprises ou réseaux sociaux. Un filtrage de plus en plus répandu des informations à but politique ou personnel comme les Fake news allant à l’encontre de l’information. Certaines lois en France luttent contre la manipulation de l’information, l’incitation à la haine, ce qui n’empêche parfois une censure de contenus abusifs. En revanche, la censure internet peut permettre dans de nombreux pays de garantir la sécurité nationale, économique et information, mais aussi de protéger les mineurs, la dignité humaine, la vie privée, la réputation ou encore la propriété intellectuelle selon Cohen (1997). Néanmoins, il faut relativiser cette censure en France, selon des données officielles publiées en 2019 par Twitter, la France serait à l’origine d’environ 2 % des demandes de retrait légal de données mondiales. Nous sommes très loin des politiques de censure qui règnent en Chine ou en Russie. Les raisons de cette censure peuvent ainsi changer selon les pays comme le montre le graphique ci-dessous. 

La censure des réseaux sociaux 

La transgression des normes et des mœurs est bien mal saisie par internet et ses logiciels. Mais la censure ne vient pas uniquement des États, sur les réseaux sociaux, une opinion publique démesurée juge chaque image et contenu diffusé sur la toile. Un jugement critique positif en démocratie, mais qui pose de grandes limites dès lors que l’on interroge le passé, l’histoire et notamment l’histoire de l’art ayant poussé certaines limites dans la transgression. On pourrait évoquer dans un tout autre registre que le nu féminin, la manière dont le dessin de presse de Xavier Gorge (Le Monde), fin janvier, s’est fait lyncher pour son dessin abordant les thématiques de l’inceste et les transgenres. Une nouvelle censure s’impose sur internet, celle d’un public bien trop large qui juge un format presse fondé sur la caricature. 

Internet s’impose comme la voix des bonnes mœurs, afin de limiter l’hypersexualisation de ses utilisateurs, souvent jeunes. Néanmoins cet organe de censure est très limité. Comment faire la part des choses entre un nu photographié de Man Ray sur Google et une photographie pornographique ? Tout le problème est précisément ici, là où Google ne peut pas distinguer ce qui est une œuvre de ce qui n’en est pas une. 

La politique de Facebook et ses filiales n’épargne pas les œuvres d’art. Facebook interdit toute photographie ou représentation des parties érogènes, notamment les seins des filles ! Très fréquemment les musées se voient censurer certaines œuvres pour nudité sans qu’elle ne soit particulièrement érotique. On peut reprendre l’exemple de la censure de la Descente de Croix, vers 1612, de Rubens, par Facebook. 

Pourquoi censurer le nu ? 

La censure part du constat du pouvoir des images, ce qui est jusque-là vérifié par l’impact de l’art sur nos sociétés. Néanmoins, la vision d’un nu artistique est particulier, il peut être licencieux voire pornographique pourtant il n’a pas le même impact qu’un contenu pornographique. Il n’est absolument pas question de mettre l’art sur un piédestal, celui-là même qui dissocie l’œuvre de toute réalité. Néanmoins le nu est dans l’histoire de l’art notamment dans les Beaux-Arts un exercice de style auquel on ne peut échapper. La forme, les carnations et les transgressions formelles des avants gardes comme Les Demoiselles d’Avignon (1907) de Picasso font partie du travail de l’artiste. Un travail de la transgression qui définit presque le travail artistique.

La censure récente des féministes par Instagram (Facebook)

Le 21 janvier dernier, des activistes féministes ont été censurées par la plateforme Instagram en ayant relayé la phrase suivante : « Comment fait-on pour que les hommes arrêtent de nous violer ? ». Suite à cela les influenceuses ont attaqué le réseau social, et Mark Zuckerberg condamnant la limitation insuffisante des publications haineuses. Paradoxe ? Non ! Elle dénonce le sexisme et les violences raciales sur internet et les méthodes de modération de la plateforme : ce sont leurs propos qui subissent la censure ! Cela prouve bien un dysfonctionnement dans le dispositif ayant supprimé leur publication pour « protéger les mineurs ».  Sans parler enfin du sexisme de cette censure qui vise quasi exclusivement les tétons et sexes féminins. L’audience aura lieu le 12 mai prochain, procès clé à propos de cette censure internet que nous vous invitons à suivre. Un bon exemple qui ouvre la réflexion non seulement sur la censure qui régit notre source principale d’information. Mais aussi sur la manière dont à terme les réseaux sociaux ont un impact sur nos discours, notre patrimoine et nos mœurs. Un nu n’est pas qu’un nu, il dit beaucoup de la manière dont nos sociétés le considèrent.

Article de Mariette Boudgourd

Cet article n’engage que son auteure !

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