[Portrait de personnalité inspirante: Vivian Maier – exposition rétrospective ]

Depuis le 15 septembre, une exposition sur la célèbre photographe Vivian Maier à lieu au musée du Luxembourg. 

Elle est née le 1er février 1926 à New-York mais passa toute son enfance en France auprès de sa mère. C’est le 16 avril 1951 qu’elle retourne à New York et commence à travailler  comme nourrice dans des familles aisées. C’est aussi à partir de ce moment qu’elle acquiert son premier Rolleiflex. 

Vivian Maier est décrite comme une personne très discrète et loin d’être la personne la plus chaleureuse. Tout le monde s’accorde pour dire qu’elle était très mystérieuse puisqu’à l’époque personne ne savait qu’elle occupait tout son temps libre à la pratique de la photographie. Tombée dans la misère, ce sont les enfants Gensburg qu’elle gardait qui l’ont reconnu et aidé à sortir de cette situation. Malheureusement, elle décéda le 21 avril 2009 dans la maison qu’ils lui avaient achetée. 

Alors que notre photographe est décédé sans avoir partagé son secret et ses travaux, c’est John Maloff qui les à découvert quelque temps après, lorsqu’il à acquis quelques cartons d’une vente aux enchères. Son but était de trouver des clichés afin d’illustrer un livre d’Histoire locale, c’est alors qu’il tombe sur le nom de notre photographe et entame des recherches. En avril 2009, il réussit à rencontrer les frères Gensburg qui lui racontent la vie de leur nourrice. John Maloff décide par conséquent de commencer à trier et à numériser le travail de Vivian Maier, puisque selon lui, il fallait que ce travail soit montré au monde entier. 

Dès lors, il organise la première exposition au Chicago Cultural Center, en la nommant “ Finding Vivian Maier”. Ce fût un succès immédiat, et Vivian Maier est enfin reconnue comme une photographie célèbre malgré elle.  Puisque les conditions de la découverte de cette artiste sont assez originales et étonnantes, John Maloff coproduit un documentaire sur cette histoire nommé Finding Vivian Maier comme la première exposition. C’est réellement à partir de cette date que les grandes institutions culturelles organisent des expositions sur cette mystérieuse photographe qui fascine tout le monde. 

Si vous voulez vivre une expérience originale et comprendre davantage le travail de cette mystérieuse Vivian Maier, l’exposition rétrospective au Musée du Luxembourg vous accueille jusqu’au 16 janvier 2022. 

Cet article n’engage que son auteur, 

Ménard Aurélie.                 auteur de la photo : Legio Photos VIISource : https://www.grandpalais.fr/fr/article/qui-est-vivian-maier

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À la croisée des genres : Exposition Cinémode à la Cinémathèque.

À la croisée des genres avec Jean Paul Gautier

Le couturier réinvente les codes . Les visiteurs sont ravis. Jean Paul Gaultier remporte son pari.

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« J’ai voulu montrer l’évolution de la femme et de l’homme dans le cinéma et dans la mode ». Le couturier de renom Jean Paul Gaultier s’ouvre à de nouvelles perspectives. Son exposition CinéMode révolutionne les codes vestimentaires masculins et féminins. Tenues, photographies, esquisses et extraits de films permettent à Gaultier de jouer avec les genres et de mettre en scène l’épopée de femmes libérées. 

Transgressions

De Pedro Almodovar en passant par Luc Besson, Gaultier transgresse les codes . Le visiteur se laisse volontiers emporter par la féminité exacerbée de Marilyn Monroe puis se retrouve désarçonné par le style masculin féminin de Marlene Dietrich . Parmi les échafaudages, le couturier guide le visiteur jusque dans les années 1970, époque qui popularise le scandale. Les héros de cinéma travestis sont mis en avant : Marinières aux dos dénudés pour homme, Gaultier s’amuse! Le pari est réussi, les visiteurs repartent assurément conquis avec une question rhétorique en tête : le mélange des genres peut-il conduire les hommes et les femmes à leur liberté? 

Le diable s’habille en Gaultier

Gaultier perd le visiteur. Le créateur de mode se contredit. Le pari est perdu pour le couturier. 

Une image contenant texte, habillé

Description générée automatiquement

« Enfant terrible de la mode » Jean Paul Gaultier en devient le diable à son insu. Le Commissaire d’exposition tend réinventer dans son CinéMode les codes contemporains entre les hommes et les femmes. Sans doute aurait-il fallu pour cela abandonner le thème du corset au début de l’exposition. 

Male Gaze

Féministe engagé cela reste à confirmer. Les baisers féminins, Gaultier en raffole! Le visiteur tombe sur un extrait de Catherine Deneuve et Fanny Ardant qui échangent un baiser plus qu’enflammé dans Huit femmes de François Ozon. Exposer à la vue de tous un baiser féminin idéalisé par un homme, voilà un acte assurément féministe! Le fil conducteur se rompt avec Orange Mécanique de Stanley Kubrick où viol et meurtre font évidemment de l’homme le prédateur sexuel par excellence! Pour apaiser les esprits à la fin de la visite, le couturier choisit d’exposer les tenus de ses plus beaux défilés. Là encore point de mélange des genres, la robe de mariée de Brigitte Bardot rose Vichy en est le témoin. Le diable a été sage de prendre sa retraite en 2020. Prière aux jeunes créateurs de reprendre le flambeau !

Nadélia Zulueta Rosales

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[Portraits de personnalités inspirantes : Joséphine Baker]

Célèbre artiste de music-hall, figure éminente de la résistance et de la lutte anti-raciste, Joséphine Baker entre au Panthéon le 30 novembre 2021 parmi les quatre vingt personnalités qui y reposent, en tant que sixième femme et première Noire. Le président de la République, Emmanuel Macron lui rend hommage.

Reconnue pour son succès en tant que meneuse de la Revue Nègre, spectacle musical qui se tient à Paris en 1925, Joséphine Baker a usé de sa notoriété au service des autres.

Actrice dans le film Zouzou, interprète de la chanson « J’ai deux amours », véritable muse des artistes cubistes, elle s’impose comme une icône en France. A l’inverse, étant issue d’une famille métissée Africaine-Américaine et Amérindienne, elle souffre de la ségrégation dans son pays natal, les Etats-Unis. En 1937, elle obtient la nationalité française.

Sous couvert de son succès artistique, Joséphine Baker a joué un rôle éminemment politique durant la Seconde Guerre Mondiale au profit de la France.

Selon une enquête du journal Le Monde auprès du service historique de la Défense, des documents et archives révèlent que Joséphine Baker a travaillé dans le contre-espionnage à Paris aux côtés de Jacques Abtey. Lors des dîners mondains, elle veille à obtenir des informations auprès des forces ennemies.

Après la défaite de la France et le début de l’occupation allemande, elle est recrutée dès 1939 par le 2ème bureau des Forces Françaises Libres en tant qu’honorable correspondant. Jacque Abtey se fait passer pour son manager, sous le nom de Jacque Hébert, voyageant dans l’ombre de la chanteuse il transmet des informations relatives aux positions ennemies. Afin de dissimuler les informations, il retranscrit une partie de celle-ci sur les partitions de Joséphine Baker. 

« C’est la France qui m’a faite. Je suis prête à lui donner aujourd’hui ma vie. Vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendez ». 

JOSEPHINE BAKER

Envoyée en mission au Maroc, suite à la libération par les Alliés de l’occupation à Casablanca, Joséphine Baker intègre l’armée française. Titulaire d’un brevet de pilote, elle se joint aux forces françaises et se produit dans une tournée pour les soldats de l’armée dans diverses régions d’Afrique du Nord alors que les combats ne sont pas terminés. Ses concerts remontant le moral des troupes françaises ont permis de remplir les caisses de l’armée à hauteur de 10 millions d’anciens francs et de promouvoir le Général de Gaulle et la France libre. Pour le gouvernement naissant en Afrique du Nord, l’officier de propagande Baker est un atout précieux.

En 1946, Joséphine Baker reçoit la médaille de la Résistance et de nombreux officiers et lieutenants considèrent qu’elle mérite la légion d’honneur à titre militaire. Cette potentielle décoration est contestée par certains estimant qu’elle devrait la recevoir à titre civile. Le 19 aout 1961 Marcel Valin lui remet la Légion d’honneur à titre civil ainsi que la Croix de guerre avec Palme distinguant le combattant de guerre qui s’est signalé au feu par une action d’éclat caractérisée.

Joséphine Baker.

            Son combat pour la liberté ne s’est pas arrêté à la fin de la guerre. Figure de la lutte anti-raciste à 57 ans elle a marché pour les droits civiques aux côtés de Martin Luther King. En France elle crée son « Village du Monde » au Château des Milandes et écrit plusieurs ouvrages dont « Mon Sang dans tes veines », réflexion sur l’injustice de la discrimination raciale. Dans ce « Village du Monde » a adopté 12 enfants de nationalités différentes, qu’elle appelait sa tribu arc-en-ciel. Il y eut : Akio, Coréen ; Janot, Japonais ; Jari, Finlandais ; Luis, Colombien ; Marianne et Brahim d’Afrique du Nord, Moïse, Français et d’origine Juive ; Jean-claude et Noël Français, Koffi de Côte d’Ivoire, Mara, Vénézuélien et Stellina Marocaine. 

Ainsi, elle prouve que les différences n’entravent en rien la vie commune dans la paix.

“Tous les hommes n’ont pas la même couleur, le même langage, ni les mêmes mœurs, mais ils ont le même cœur, le même sang, le même besoin d’amour.”

 JOSEPHINE BAKER

Nasrine AMADY 

Cet article n’engage que son auteure

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[Amadou Hampâté Bâ : La tradition orale africaine à l’UNESCO]

« Un vieux maître d’Afrique disait : il y a ma vérité et ta vérité, or la vérité se trouve au milieu. Pour s’en approcher, chacun doit se dégager un peu de sa vérité pour faire un pas vers l’autre ». Amadou donna cette leçon à la jeunesse Africaine, aujourd’hui, ces paroles prennent tous son sens. Défenseur de la société traditionaliste, il reconnait qu’elle avait « ses tares, ses excès et ses faiblesses ». Cependant elle était avant tout « une civilisation de responsabilité et de solidarité à tous les niveaux. », même au niveau écologique : « L’homme était également considéré comme responsable de l’équilibre du monde naturel environnant, il lui était interdit de couper un arbre sans raison, de tuer un animal sans motif valable. La terre n’est pas sa propriété mais un dépôt sacré confié par le créateur et dont il n’était que le gérant ».

Amadou Hampâté Bâ est né en 1900au sein d’une famille de traditionnalistes Peul et décédé en 1991. Il est une figure importante pour la représentation de la culture Africaine et particulièrement pour le peuple Peul : contes, romain initiatiques, poésies. De nombreux proverbes africains lui sont attribué. C’est notamment lui qui est à l’origine du célèbre proverbe « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Ses romans ont été traduit dans de nombreuses langues étrangère. Ce grand personnage né à Bandiagara au royaume d’Ogon (Mali) rejoint le conseil exécutif de l’UNESCO de 1962 à 1970. Son parcours atypique commence à l’école coranique de Tierno Bokar , une haute figure de la spiritualité musulmane Africaine. Il est ensuite réquisitionné par l’école française de Bandiagara et continuera ses études à Djenné, école que la colonisation française destinait au « fils de chef ». En 1921, Amadou refuse d’entrer à l’École normale de Gorée. A titre de punition, le gouverneur l’affecte à Ouagadougou en qualité d’écrivain temporaire à titre essentiellement précaire et révocable ». Cette attribution le fera rire bien plus tard. De 1922 à 1932, il occupe plusieurs postes dans l’administration coloniale en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) puis jusqu’en 1942 à Bamako. Après 1942, il rejoint l’institut français d’Afrique noire (IFAN) de Dakar. Il y effectue des enquêtes ethnographiques et y recueille des traditions orales. Amadou, en tant qu’ethnologue Africain prône une ethnologie des monde Africains et de leurs différentes ethnies par des ethnologues africains qui seraient plus apte à comprendre la portée des traditions et la profondeur du mythe qui entoure les rituels. En tant que membres de ces communautés, les ethnologues Africain aurait pour mission de retranscrire à l’écrit les traditions orales des peuples africains. L’ethnologue étranger, lui, qui veut cerner la portée d’une tradition sera confronter à des problèmes d’adhésion à la communauté étudié. Pendant 15 ans, Amadou se consacre à l’étude des Peuls, il a pu ainsi rassembler un considérable trésor d’archives, qui alimentera les publications savantes pendant de longues années. Il finira par rédiger L’empire peul du Macina, une synthèse historique exploitant la tradition orale. En 1951, il obtient de l’UNESCO une bourse lui permettant de se rendre à Paris et de rencontrer les milieux africanistes. Quand le Mali obtient son indépendance en 1960, il devient un acteur et fonde l’institut des sciences humaines à Bamako et représente le pay à la conférence générale de l’UNESCO. En 1962, il est élu membre exécutif du conseil, quatre années plus tard, il participe à l’élaboration d’un système unifié pour la transcription des langues africaines. En 1968, il est élu ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire. En 1975, il est récompensé par l’Académie française en reconnaissance ses services rendus au dehors, à la langue française.

Lors de la conférence générale de l’UNESCO du 1er décembre 1960, il demande « que la sauvegarde des traditions orales soit considérée comme une opération de nécessité urgente au même titre que la sauvegarde des monuments de Nubie ». Il accompagne son discours de ces paroles : « Je considère la mort de chacun de ces traditionalistes comme l’incendie d’un fond culturel non exploité ». Lors de son mandat à l’UNESCO, Amadou Hampâté Bâ défend les traditions africaines avec la plus grande ferveur, les Africains ne sont pas ignorants mais leurs savoir réside dans la tradition orale, les savoirs, mythes et les formes d’éducations se comprennent par l’oralité. Pour Amadou, chaque geste, chaque discussion a une portée éducative, d’où l’importance d’appartenir au groupe d’étude pour mieux comprendre les mécanismes informels qui régissent la vie de tous les jours en détails. Une fondation Ahmadou Hampâté Bâ, soutenue par les autorités ivoiriennes, a été créé à Abidjan, avec pour vocation, entre autres de préserver les patrimoines manuscrits et les recherches et archive de l’écrivain.

Cet article n’engage que son auteur.

Auxence Jobron.

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[Portraits de personnalités inspirantes : Susana Baca, La Diva péruvienne engagée ]

Susana Baca : chanteuse variété au Pérou | Interview | Terra Peru

Susana Esther Baca de la Colina plus connue sous le nom de Susana Baca est une figure emblématique de musique afro-péruvienne, une proéminente auteure-compositrice. Sa musique est un mix entre tradition et modernité. Elle utilise pour la composition de ses musiques, des instruments traditionnels péruviens comme le Cajón, une boite de  bois qui était à l’origine, une cage à fruit. De plus, elle ajoute à son palmarès l’ethnomusicologie, l’enseignement et l’obtention  à trois fois du prix du « Latin Grammy Award ». En juillet 2011, elle est nommée  ministre péruvienne de la culture dans le gouvernement de Ollanta Humala. Susana est donc la seconde afro-péruvienne de l’histoire du Pérou indépendant membre du gouvernement. En novembre 2011, elle est élue présidente de la commission de la culture au sein de l’ OAS,«the Organization of American States » de 2011 à 2013. 

Repérée par David Byrne, elle est la figure principale de la chanson afro-péruvienne depuis 50 ans. Comme Cesaria Evora, elle cultive une saudade, comprenez un profond état de nostalgie. Tout comme la reine capverdienne, elle a fait renaitre un folklore métissé par des siècles d’esclavage et de colonisation. Aujourd’hui encore, à l’âge de 77 ans, Susana Baca chante encore et vient même de sortir un nouvel album, Palabras urgentes (vérité urgentes). Dans ce nouvel album, elle fête ainsi, deux-cents ans d’indépendance de son pays, le Pérou. Son travail retranscrit aussi, 50 ans d’une carrière riche entre politique et musique. Avec David Byrne et son label Luaka Bop créé en 1995, elle publie une compilation « Lamento Negro ». De ce disque, on retiendra le célèbre titre, Maria Lando. En 2002, elle reçoit le Grammy Latino de Best Folk Album et est cité dans le Best World Music Album. 

Petit détour sur la vie de Susana Baca :  

Elle née à Lima le 24 Mai 1944 d’un père guitariste et d’une mère chanteuse. Elle est la descendante de la famille De la Colina, reconnut pour ses musiciens de renoms. Susana, passe une partie de son temps à 130 kilomètres de Lima la capital péruvienne à San Luis de Cañete, fiefs historique de sa famille de musiciens. La chanteuse décrit ce lieu comme « un lieu étrange, une petite enclave au milieu d’un désert côtier, où la musique créole noire péruvienne est comme une graine plantée dans le sable qui aurait poussée de façon miraculeuse ». Durant sa jeunesse, elle prend conscience de sa couleur de peau dans le district noir de Chorrillos où elle  habite et grandit. Dans les écoles, même si les classes étaient mixtes, les noirs étaient marginalisés. Cependant, ce caractère qui était la base de discrimination dans les écoles publiques donnait lieu à de la joie dans la sphère familial privée.  Plus tard, c’est en tant que chanteuse à l’université, qu’elle est amenée à parcourir le Pérou pour faire son travail d’ethnomusicologie, récolter des musicalité pour les inscrire dans un contexte historique et ethnique. Son travail porte alors sur les racines Africaines de la musique péruvienne. Avant elle, ses oncle Caïtro Soto et Ronaldo Campos fondent en 1969 l’association « Péru Negro » qui à pour objectif de préserver l’héritage musicale issus du syncrétisme afro-péruvien. Ces musicalités presque oubliées de cette tradition musicale, elle décide de les collecter. Son mari Ricardo Pereira l’aide dans cette démarche en apportant une dimension sociologique. Il parcourent alors ensemble le littoral péruvien afin de récupérer des témoignages dans les villages descendants d’africain. Le livre qui découle de ces recherches « Del Fuego y deal agua » est publié en 1992 et représente 11 années de recherche. Par la suite, en 1995, ils fondent ensemble l’institut Negrocontinuo pour enrichir leur travail de sauvegarde.  

En 2011, c’est le président Ollanta Humala qui nomme Susana Baca au poste de ministre de la culture. Il prône alors une politique d’inclusion sociale. Elle devient alors la première ministre noire du Pérou indépendant. L’artiste, en plus de son parcours musicale à s’engage grandement dans la lutte contre toutes formes de discrimination, quelle soit sexuel, racial ou culturelles. Son marquage politique se reflette aussi dans sa musique où elle exprime ses idées. Son album « palabras urgentes » s’inscrit alors dans un climat de corruption lors des élection de 2018 qui se présente alors comme un moyen de faire passer son message. 

Auxence Jobron

Source : 

https://en.wikipedia.org/wiki/Susana_Baca

https://www.telerama.fr/musique/susana-baca-icone-afro-peruvienne-en-chantant-je-veux-susciter-le-debat-6985975.php

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[Portraits de personnalités inspirantes : Hom Nguyen]

Cette semaine, arrêtons-nous quelques instants sur un artiste franco-vietnamien à filiation expressionniste, Hom Nguyen. Travaillant dans son atelier dans le 93, il vit à Paris depuis sa naissance. Pourquoi est-il une source d’inspiration ? Car il a connu des échecs, des décès de personnes chères, le racisme et la pauvreté. Malgré tout, il est aujourd’hui un artiste reconnu, mettant son talent et son art au service des plus démunis. 

Hom Nguyen est né en France d’une mère immigrée vietnamienne et d’un père parisien inconnu. Il vivait avec elle et son nouveau compagnon, ami d’enfance, dans un appartement de 13m² dans le 15e arrondissement. Arrivée en France sans parler la langue, assistante de coiffure à Paris, elle fut victime d’un accident de voiture quand Hom n’avait encore que 4 ans. Vinrent alors des problèmes financiers de plus grande ampleur. 

Dans sa vie, il a connu le racisme anti-asiatique des années 1970-1980. Confronté à la mort de son père adoptif durant son adolescence, il devient à 16 ans le soutien de SA famille. 

Il débuta alors de nombreux petits boulots pour subvenir aux besoins de sa mère, et eut un déclic. Il devait se remettre au dessin et à la peinture. Cependant, sa mère était contre, et ce n’est après sa mort, en 2009, qu’Hom décida de se lancer sans jamais regarder en arrière. Comme il le dit lui même « J’ai appris à marcher tout droit, à raser les murs la tête baissée pour m’en sortir. Là, j’ai fait pareil. J’ai juste fait en sorte de m’en sortir ». 

Pour se faire connaître, il a utilisé les réseaux sociaux. Il n’a d’ailleurs pas commencé par de grandes toiles, mais par des dessins sur des chaussures. Il peignait déjà quand il était enfant, sûrement influencé par son père adoptif, amateur de théâtre vietnamien. Les aléas de la vie lui ont fait oublier son amour de jeunesse. 

Ses œuvres sont imprégnées de son histoire personnelle. Toute sa vie fut noire, c’est une mémoire qui reste, forcément. Pourtant, la couleur apparaît dans ses œuvres. La douceur colorée mais la violence des regards. Sont racontés aussi le voyage de sa mère, catégorisée comme « boat people », et la mémoire, qui se transmet par les gestes, par la main. On retrouve aussi la méconnaissance de son père biologique qui a créé un fil conducteur tout au long de son existence et de son art, un trait sans origine ni fin. 

Artiste peintre, son style et vif et très instinctif, sa liberté gestuelle dans la technique le rapproche même parfois du street art.

Hom Nguyen s’est également engagé depuis 2016 à animer des ateliers de dessin à la Pitié Salpêtrière. Son objectif était de partager son expérience pour aider les jeunes adultes à avoir de nouveau confiance en eux. Évoquant son enfance qui ne fut pas des plus joyeuses, il explique que la peinture lui a permis de s’évader. C’est cela qu’il veut faire découvrir aux patients de l’hôpital.

Mais il ne s’arrête pas là. En 2019, son portrait de Michelle Obama, acheté par Christie’s, a permis une formidable récolte de fonds afin de soutenir les programmes en faveur de l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes, menés par UN Women. 

En 2020, il réalisa une vente aux enchères record avec une œuvre vendue à près de 224 000 euros, dont les bénéfices ont été reversés à l’ONG Les enfants du Mekong. Cela a permis à 750 enfants d’être nourris et de recevoir des cours complémentaires pendant un an, notamment des cours de dessin. De la sorte, Hom Nguyen a pour objectif de motiver d’autres artistes et créer un élan de générosité dans le milieu de l’art. En effet, depuis quelques années, les ONG souffrent d’une baisse de dons. Ces actions sont donc très importantes pour leur permettre de continuer leurs activités. 

Enfin, durant l’épidémie de Coronavirus, l’artiste s’est engagé pour la cause des personnes défavorisées, a réalisé un portrait de l’Abbé Pierre et en a fait don à la fondation éponyme. 

Sources : Youtube, Hom Nguyen

Cet article n’engage que son auteure.

Tifenn Genestier

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[Portraits de personnalités inspirantes : Sarah Moon]

Sarah Moon, née en 1941 est une célèbre photographe actuellement exposée au Musée d’art Moderne de Paris. Elle débute sa carrière comme mannequin puis publie ses premières photographies de mode en 1967. Elle travaille notamment pour Cacharel puis publie dans les plus grands magazines de mode tels que Vogue, Marie-Claire, Harper’s Bazar et Elle. 

Sarah Moon réalise son premier film de fiction, Mississipi One, en 1990. Elle réalise un documentaire sur Henri Cartier Bresson en 1995. Elle réalise une adaptation du conte de la Petite fille aux allumettes ainsi que du Petit Soldat de plomb. Ces deux adaptations emplies de poésies sont visibles à l’exposition Sarah Moon Passé Présent. Filmant en noir et blanc, Sarah Moon nous immerge dans le monde de l’enfance et, avec des images simples retransmet la mélancolie de ces histoires. 

Son œuvre photographique est elle aussi porteuse d’une certaine nostalgie par exemple avec cette photographie portant le titre suivant : Le pique-nique n’a pas eu lieu. 

Sarah Moon explore la photographie avec des clichés de mode tirant vers l’abstraction ainsi que des clichés « ratés » qui, agrandis forment des œuvres surprenantes. La matière est particulièrement exploitée dans son œuvre et ses clichés aux coins abîmés nous transportent dans un passé sombre, tout en nuance de gris. 

Surtout, sa démarche se fonde sur une grande réflexion théorique et de nombreuses références artistiques. Celles-ci sont mises en avant tout au long de l’exposition par des citations accompagnant les œuvres et permettant une compréhension plus profonde. 

Sarah Moon a elle même imaginé cette exposition qui fait dialoguer ses films, photographies et phrases qu’elle a écrite : 

« Mes photos sont une fiction dont je ne connais ni l’avant ni l’après et pourraient être les images d’un film que je n’aurais pas fait. »

Elle nous transporte dans un univers entre rêve et réalité où le temps semble comme suspendu.  La manière dont sont photographiés les personnages, marchant dans des ruelles sombres ou évoluant au travers de tissus vaporeux nous plonge dans l’intimité de Sarah Moon, un univers sombre et onirique.

Cet article n’engage que son auteure !

Article de Sana Tekaïa

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[Portraits de personnalités inspirantes : Peggy Guggenheim]

Elle était une mécène américaine, collectionneuse d’art moderne et galeriste née le 26 aout 1898 à New York dans le quartier ouest de la 69e avenue et elle est décédée le 23 décembre 1979 près de Venise.

Passionnée par l’art abstrait et autodidacte elle a appris à apprécier l’art auprès d’artistes tels que Marcel Duchamp ou Jean Cocteau. Elle a ensuite passé le reste de sa vie à faire la promotion de l’art abstrait en mettant en avant des artistes peu connus, notamment dans une galerie qu’elle a ouvert à Londres et qui s’appelle « Guggenheim Jeune ».

Sa vie

Elle est née dans une famille new-yorkaise fortunée, fille de Benjamin Guggenheim, un riche banquier new-yorkais. Son oncle, Solomon R. Guggenheim est le créateur de la fondation Solomon R. Guggenheim.

A 23 ans, elle se rend en Europe, notamment à Paris où elle y vit une vie tourmentée de femme légère « mangeuse d’hommes », comme on la surnommait. Elle épouse Laurence Vail, père de ses deux enfants. C’est à la même époque qu’elle se lie d’amitié avec de grands artistes tels que Marchel Duchamps ou Constantin Brancusi. Elle rencontre en France John Holms, un écrivain avec une réputation de génie, elle part vivre avec lui à Londres mais ce dernier meurt subitement. En 1936, elle rencontre un autre écrivain Douglas Garman, duquel elle se séparera rapidement aussi avant de fonder sa galerie d’art.

Après avoir été déçue par la commercialisation de l’art moderne américain, elle décide de s’installer à Venise définitivement où elle finira sa vie.

Un amour inconditionnel pour l’art moderne

« Guggenheim jeune » est une galerie reconnue pour laquelle Peggy doit se battre afin d’importer des œuvres étrangères telles que celles de Jean Arp, Henry Moore, Alexander Calder, Brancusi ou Antoine Pevsner.

Une fois cette galerie fondée, elle devient rapidement une « ivre d‘art moderne ». Elle achète beaucoup d’œuvres parmi celles des artistes qu’elle expose. Kandinsky lui tient particulièrement à cœur. Elle regrettera toujours par la suite de ne pas avoir acquis tous ses tableaux. A partir de ce moment, la galerie commence à avoir du succès et d’excellentes critiques qui lui permettent de lancer de nouvelles expositions tels que Yves Tanguy ou encore Victor Brauner. Sa collection grossit démesurément au point qu’elle envisage de la transférer à la campagne après les accords de Munich, craignant déjà les bombardements de Londres. Mais elle se ravise peu après et ramène tout dans la galerie. Sa collection grossit démesurément au point qu’elle envisage de la transférer à la campagne après les accords de Munich, craignant déjà les bombardements de Londres. Mais elle se ravise peu après et ramène tout dans la galerie.

Au début de la seconde guerre mondiale, elle court d’atelier d’artiste en atelier d’artiste. Maintenant que son œil est exercé, elle repère de nombreux jeunes artistes prometteurs. Ainsi, commence une des plus grandes colletions d’œuvres d’art du XXe siècle.

Durant la seconde guerre mondiale elle a usé de son prestige ainsi que de son nom pour sauver des artistes (comme André Breton) en leur fabriquant de faux papiers et en finançant leur arrivée aux États-Unis. Elle a notamment apporté son aide à Varian Fry.

Le 20 octobre 1942, elle ouvre sa galerie Art of this Century à but non commercial,à New York qui . Elle présente notamment Paul Klee pour sa première exposition. Sa deuxième exposition est consacrée à Joseph Cornell et Marcel Duchamp.

Elle a fondé un musée à Venise sur le Grand Canal insulté la Collection Peggy Guggenheim dans le palais Venier dei Leoni, inscrivant ainsi son nom dans l’ère de l’art abstrait.

Lorsqu’elle rentre à New York en 1959, elle est effarée de la tournée commerciale qu’a pris le mouvement artistique américain et porte alors un jugement très sévère sur le nouveau monde de l’art.

Une femme inspirante

Elle a joué au cinéma son propre rôle dans Eva de Jospeh Losey avec Jeanne Moreau. Sa vie a aussi inspiré plusieurs metteurs en scène comme Lanie Robertson dans Woman before a Glass. On la retrouve également dans le film Pollock réalise par Ed Harris.

Article de Emma Ohanian

Cet article n’engage que son auteure !

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[Portraits de personnalités inspirantes : Colette]

Femme libérée, battante et figure incontournable de la littérature française, Colette fascine toujours aujourd’hui. Celle qui est née en janvier 1873 sous le nom de Sidonie-Gabrielle Colette aurait pourtant pu ne jamais connaître un tel succès, puisque pendant les premières années de sa carrière, elle a servi de prête-plume pour son mari, Willy.

    Si Colette s’illustre dans le monde parisien, elle naît et grandit dans un village de Bourgogne : Saint-Sauveur-en-Puisaye. Choyée par sa mère (dite « Sido »), elle s’épanouit dans une campagne natale qui deviendra le décor de son premier roman : Claudine à l’école (1900). Cette mère, plus qu’aimante, fait grandir sa fille dans un univers laïque et féministe. Gabrielle apprend l’art de l’observation en vadrouillant dans le jardin qui jouxte sa maison, tout en se passionnant très vite pour la lecture des classiques, et le travail de son style littéraire.

    Elle n’est encore qu’adolescente quand elle rencontre Henry Gauthier-Villars, dit « Willy », un écrivain séducteur bien plus âgé qu’elle, avec lequel elle se marie l’année de ses 20 ans, en 1893. Après cela, les deux époux emménagent à Paris, où Willy introduit sa femme à la vie mondaine, dont il est un fervent adepte. C’est dans ce milieu que Gabrielle-Sidonie Colette devient celle qu’on appelle désormais seulement « Colette ». 

    Or, si l’œuvre littéraire de Willy semble prolifique, ce qui fait une partie de sa renommée, c’est qu’il utilise en fait des « nègres littéraires » (aussi appelés « prête-plumes » ou « écrivains fantômes »). Colette, elle, nostalgique de sa région d’origine, couche dans des cahiers ses souvenirs d’enfance. Willy ne fait au début que l’encourager, puis il commence très vite à y voir une manne littéraire, et pousse sa femme à développer ses récits, tout en les rendant plus sulfureux. D’un commun accord, le premier roman de la future série des Claudine, sort sous le signature unique de « Willy ». Comme voulu, Claudine à l’école fait naître un scandale qui fait aussi son succès. C’est le début d’une série d’écrits qui seront tous publiés sous le même pseudonyme, et pour laquelle la pression de Willy sera croissante sur les épaules de Colette. On peut vraiment parler d’exploitation, car Colette n’aura jamais touché aucun profit direct de la série puisque le propriétaire exclusif des droits était son mari, et qu’il les a finalement vendus en 1907. 

    Les aventures de Claudine deviennent encore davantage sulfureuses au fur et à mesure que la relation entre Willy et Colette commence à battre de l’aile. Cette dernière devient libertine et vit une bisexualité qui n’est qu’un secret de polichinelle, et qui est un élément très important de son œuvre et de sa vie. Si Willy est un mari adultère depuis des années, et qu’il exige de sa femme de ne pas le tromper avec des hommes, il ne voit aucun problème pour qu’elle le fasse avec d’autres femmes.

    C’est en 1906 que Colette entame une relation avec « Missy » (Mathilde de Morny), qui si elle n’est pas entièrement publique, prête à scandale sur les planches, où l’écrivaine se concentre désormais. Une de leurs représentations au Moulin-Rouge se conclut par un baiser entre les deux femmes, qui provoque une très vive agitation dans la salle.

    Car depuis 1903, Colette a conclu sa célèbre série par Claudine s’en va. Sans doute de plus en plus consciente de son propre talent, elle se lance dans une carrière d’écrivaine à part entière (avec des œuvres comme L’ingénue libertine (1904) ou encore La vagabonde (1910)), mais aussi dans le music-hall. Si le succès de la série des Claudine s’est essoufflé vers la fin, il aura tout de même été phénoménal, lançant même la mode de ce qui sera ensuite appelé « col Claudine ».  C’est officiellement en 1936 avec Mes apprentissages que Colette accable Willy de tout le malheur qu’il lui a fait subir. Mais même dans les Claudine elle se livre déjà à une caricature de son mari à travers le personnage du « gros Maugis ».

    Par la suite, déjà enceinte, Colette épouse Henry de Jouvenel puis donne naissance à sa fille, Colette de Jouvenel. À cela succède une liaison avec le jeune fils de 16 ans d’Henry, puis un troisième mariage avec Maurice Goudeket en 1935. Comme elle a pu dénoncer Willy en 1936, en 1941, avec Julie de Carneilhan, un de ses derniers romans, Colette fustige Henry de Jouvenel.

    La carrière de Colette est reconnue en France dans le milieu littéraire puisqu’elle est élue à l’unanimité à l’académie Goncourt en 1945, dont elle devient la présidente en 1949. Quand elle s’éteint en 1954, elle devient la deuxième femme à laquelle la République ait accordé des obsèques nationales. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père Lachaise à Paris.

    Finalement, si Colette refuse elle-même d’être mise dans le même panier que les féministes d’hier (elle déclare notamment « Les suffragettes me dégoûtent (…) Savez-vous ce qu’elles méritent, les suffragettes? Le fouet et le harem… » ), la liberté de ses relations, de son œuvre et plus généralement de sa vie n’en est pas moins une inspiration pour les féministes d’aujourd’hui. Elle aura aussi été très importante pour le milieu LGBTQI+, et notamment la communauté lesbienne et bisexuelle dont elle est une des premières icônes. 

    Chéri (1920) et Le blé en herbe (1923), sont deux de ses romans les plus loués, mais Claudine à l’école reste indémodable quand on parle de Colette. Le film Colette (2018) de Wash Westmoreland, avec Keira Knightley est par ailleurs très intéressant et permet de bien découvrir et comprendre l’univers et la vie de l’écrivaine.

Article de Cléa Brunaux

Cet article n’engage que son auteure !

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[Portraits de personnalités inspirantes : Thérèse Clerc]

Thérèse Clerc naît le 9 décembre 1927 dans une famille bourgeoise catholique très conservatrice de Bagnolet. Petite, elle voit ses voisins ouvriers adopter des orphelins de la guerre d’Espagne. Elle les voit aussi, quelques années plus tard, cacher des Juifs. 

Thérèse a grandi en suivant scrupuleusement les valeurs de ses parents, autrement dit : être la parfaite épouse et femme au foyer. Elle a fait des études, pour apprendre le métier de modiste et s’est mariée en 1941 à Claude, petit entrepreneur en nettoyage industriel. Ils aménagèrent ensemble dans un grand appartement, payé par ses parents. A ce moment de sa vie, Thérèse avait quatre enfants, et ne travaillait pas. Elle trouvait encore ça normal et elle ne se posait pas de question. 

Cependant, à l’église, elle fréquentait des prêtres-ouvriers, qui lui racontaient les horreurs de la guerre d’Algérie, le marxisme et la lutte de classes. Dans un discours où l’émancipation de l’homme est prééminente, Thérèse ne se reconnaissait pas : et la femme, dans tout ça ? Lorsque ces questions émergèrent dans son esprit, nous étions en Mai 1968. Alors, en cachette de son mari, elle participa à des réunions et des manifestations, où elle découvrit l’anticapitalisme, le féminisme, les notions de patriarcat, d’émancipation et même de plaisir sexuel. En fait, elle s’est rendue compte que les femmes n’étaient absolument pas libres. D’ailleurs, apprenant que la première cause de mortalité chez les françaises était l’avortement clandestin, elle s’engagea dans le mouvement pour la libération de l’avortement et la contraception. A 40 ans, Thérèse aimait ses enfants, mais son mari, lui, la désespérait. Elle passa alors son permis, trouva un emploi de vendeuse et demanda aussitôt le divorce. 

Dans son nouvel appartement à Montreuil, Thérèse pratiqua des avortements clandestins gratuitement et, plus au courant que n’importe qui sur les dangers de l’avortement, elle s’engagea pour la dépénalisation de ce dernier. En fait, Thérèse n’est jamais allée à l’Université. Mais, cela ne l’a pas empêchée de développer une importante culture civique et militante. A défaut d’apprendre dans les livres, elle a appris sur le terrain.

Quelques années plus tard, grand-mère célibataire ne roulant pas sur l’or, Thérèse a dû s’occuper de sa mère, malade. Cela la mena à une observation fondamentale : les femmes âgées étaient statistiquement plus isolées et plus pauvres que les hommes. Lui vint alors une idée : pourquoi ne pas créer une maison de retraite non médicalisée pour les femmes (et uniquement pour les femmes), où elles pourraient vivre et vieillir ensemble jusqu’au moment tant redouté de l’admission en maison de retraite médicalisée. Ainsi, la Maison de Babayagas naquit. C’était une résidence autogérée pour les femmes âgées, à faibles revenus, où chacune habite chez elle. Il n’y avait pas de personnel, pas de chambre médicalisée, mais une vingtaine d’appartements indépendants à faible loyer et des lieux de vie collectifs. Chacune devait donner dix heures de son temps hebdomadaire, les dépenses étaient mutualisées, et les conditions d’admission étaient uniquement l’âge (+ de 65 ans), le faible revenu et une expérience dans le domaine du militantisme et de l’associatif. Les Babayagas organisaient des déjeuners avec les riverains, des conférences, des débats, des sorties culturelles, l’Université du savoir des Vieux, et partaient même en colonie de vacances ensemble.

En 2003, Thérèse refusa qu’on lui remette la Légion d’Honneur, mais finit par l’accepter en 2008, en présence de Simone Veil. Elle a passé ses dernières années à se battre pour se faire entendre par les pouvoirs publics sur la précarité des femmes, à parler aux jeunes filles dans les lycées en les incitant à faire des études et en leur expliquant que leur corps leur appartient et qu’il n’est pas la propriété ni des hommes, ni de la société. Elle décéda le 16 février 2016, dans son appartement de Montreuil, entourée de ses enfants, pour qui elle a toujours voué un amour sans faille. 

Article de Tifenn Genestier.

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