[L’inscription de la pizza napolitaine au patrimoine mondial de l’UNESCO: à la découverte de son histoire et de ses caractéristiques]

En 2019, une étude de l’Institut YouGov a révélé que la gastronomie italienne était la plus populaire au monde. Cette internationalisation a été faite en grande partie grâce à l’immigration italienne du XXème siècle par laquelle les immigrés ont su exporter avec succès leurs spécialités (comme on peut le voir dans le quartier de Little Italy à New York). La fraicheur et l’accessibilité de ses produits ainsi que ses recettes simples et gourmandes sont également une des raisons principales du succès de la gastronomie italienne.

Les ingrédients savoureux et accessibles de la gastronomie italienne ont fondé son succès

Si les spécialités culinaires italiennes sont nombreuses, c’est souvent la pizza qui nous vient en tête lorsque l’on nous évoque cette gastronomie : la France est d’ailleurs le 2ème plus gros pays consommateur de pizzas après les Etats-Unis! Tant dans ses recettes que dans sa pâte, la pizza est très variée. En Italie, il existe surtout deux types de pizzas: la pizza dite romaine, avec une pâte fine et croustillante, et la pizza napolitaine avec une pâte plus moelleuse et aérienne.

La pizza napolitaine est très répandue: c’est souvent celle qui est servie dans les restaurants italiens. Comme son nom l’indique, elle est originaire de la ville de Naples, située au sud de l’Italie. La pizza napolitaine est une telle institution qu’elle est entrée au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO le 7 décembre 2017. Par ce classement, il s’agit autant de valoriser la recette de la pizza en tant que telle que l’art du pizzaiolo.

La ville de Naples, entourée du Vésuve et de la mer Méditerannée

Mais pourquoi vouloir classer la pizza napolitaine? La réponse peut paraître étrange mais c’est à cause de sa notoriété. En effet l’exportation de la pizza napolitaine à l’international a réinventé ce plat au point de parfois ne plus le reconnaître. C’est le cas de la pizza dite « chicago », très populaire aux Etats-Unis avec une pâte épaisse et des ingrédients gras, ou de la pizza à l’ananas. Les pizzaiolos italiens revendiquent le classement de la pizza napolitaine afin de pouvoir instaurer une protection et un classement de cette recette pour qu’elle ne soit pas dénaturée et demeure respectée pour la postérité.

Cette volonté de protection avait déjà été instauré dès la fin du XXème siècle avec la création de l’association Verace pizza napoletana par Antonio Pace au début des années 1980. La mission de cette association est de promouvoir et protéger la pizza napolitaine dans l’Italie et le monde par l’obtention du label « Vera Pizza Napoletana » appliquée depuis 1984. En plus de son classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO et de sa protection par le label « Vera Pizza Napoletana », la pizza napolitaine est également protégée au niveau européen depuis 2008 par la dénomination « Spécialité Traditionnelle Garantie » (STG).

Image choquante d’une pizza style chicago à la pâte très épaisse et garnie de crevette.

Par ce classement l’UNESCO reconnait donc l’art du pizzaiolo qu’il classe en trois catégories:

  • Le maître pizzaiolo: celui qui prépare la pizza. Il est considéré comme un « gardien de la tradition » et transmet la technique et la recette de la pâte napolitaine.
  • L’apprenti pizzaiolo: celui qui seconde le maître et bénéficie de ses secrets.
  • Le fornaio: dit « l’enfourneur », celui qui façonne la pâte en disque et la fait cuire.
  • Histoire de la Pizza napolitaine

La pizza napoletana non ha inventori, non ha padri, non ha padroni, ma è il frutto della genialità del popolo napoletano (La pizza napoletana n’a pas d’inventeurs, ni pères et ni patrons, mais est le fruit de l’ingéniosité du peuple napolitain)

Les historiens Antonio et Donatella Mattozzi ont réuni l’ensemble des facteurs expliquant pourquoi cette pizza serait historiquement née à Naples:

  • La concentration et l’effusion de la ville de Naples a contribué à sa diffusion.
  • Depuis le XVIème siècle la farine était utilisée dans la région.
  • La ville de Naples avait une demande en main d’oeuvre très forte et était la ville la plus peuplée d’Europe au XVIème siècle.
  • Naples était également une ville très pauvre et les habitants avaient besoin d’un plat peu cher et nourrissant comme la pizza.

La première pizzeria aurait également été crée à Naples en 1738: il s’agit du restaurant l’Antica Pizzeria Port’Alba qui est toujours en activité aujourd’hui. C’est également la première pizzeria à avoir installée des tables pour déguster des pizzas puisque auparavant les clients mangeaient leurs pizzas debout dans la rue ou adossés au restaurant. Pour que cela soit pratique ils la mangeaient selon la manière a libretto, c’est à dire pliée sur elle même.

C’est avec la venue de la reine Marguerite de Savoie à Naples en 1889 que la pizza napolitaine va réellement s’exporter dans toute l’Italie. Lors de ce voyage le chef Rafaelle Esposito lui aurait demandé: « Majesté, permettez que cette pizza porte votre nom » et aurait crée spécialement pour elle la fameuse Pizza Marguerita aux couleurs de l’Italie. L’exportation de la pizza napolitaine s’intensifiera par la suite avec l’émigration de l’Italie du Sud vers l’Italie du Nord et de celle des italiens vers d’autres pays comme les Etats-Unis lors du XXème siècle.

La pizza Marguerita crée en 1889 par Raffaelle Esposito en hommage à la Reine Marguerite de Savoie et aux couleurs de l’Italie: la mozzarella pour le blanc, les tomates pour le rouge et le basilic pour le vert.
  • Les caractéristiques de la Pizza napolitaine

La pizza napolitaine a plusieurs critères très précis qui sont utiles pour la reconnaître:

  • A l’aspect: son diamètre ne doit pas dépasser les 35cm, sa croûte doit être dorée avec 1 à 2 cm d’épaisseur et sa partie centrale doit avoir une épaisseur de 0,4 cm.
  • Au toucher : elle doit être tendre au toucher et facile à plier sur elle-même (à la manière de a libretto)
  • Au goût: les goûts doivent être équilibrés entre l’acidulé, la douceur, le fruité et l’herbacé. La croûte doit avoir le goût du pain qui sort du four.

La pizza napolitaine est également caractérisée par son mode de cuisson: elle est cuite dans un four dit napolitain, qui a une forme de coupole et est alimenté en bois (aujourd’hui on utilise du gaz ou de l’éléctricité).

Le fameux four en coupole dit four napolitain.

Pour en découvrir davantage sur la pizza napolitaine et sa réalisation, vous pouvez visionner cette vidéo produite dans le cadre de la série-documentaire « Le Goût du voyage » sur Naples: https://www.youtube.com/watch?v=Ml6FwF2JUes

Et pour manger une vraie pizza napolitaine à Paris, rendez-vous à la Pizzeria Guillaume Grasso au 45 Rue Brancion, 75015 Paris. Ses pizzas possèdent la certification Vera Pizza Napoletana et il est classé depuis 2019 dans les 50 meilleures pizzerias européennes. Pour en découvrir plus c’est juste ici: https://www.guillaume-grasso.com/

Sources:

Article écrit par Marina Deynat

Cet article n’engage que son auteur.e

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[ Le patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: Les Sundarbans – Bangladesh]

Le site naturel des Sundarbans, situé au sud-ouest du Bangladesh, est l’une des plus grandes forêts de mangroves au monde. La mangrove est une formation forestière littorale tropicale, à base de palétuviers, ne se développant que dans la zone de balancement des marées, appelée estran, des côtes basses des régions tropicales.  

Le bien, classé patrimoine mondial depuis 1997, s’étend sur 140 000 hectares et couvre le “delta du Gange, du Brahmapoutre et de la Meghna, dans la baie du Bengale ». 60% de la superficie du bien se situe au Bangladesh, l’autre se trouvant en Inde.

Le site abrite une riche biodiversité mondialement reconnue avec sa flore particulière et sa faune exceptionnelle : des tigres du Bengale, des espèces menacées à l’image du crocodile marin, ou encore 260 espèces d’oiseaux. Il présente de nombreux habitats « terrestre, aquatique et marin pour des espèces de faune et de flore de toutes tailles ». Il est également considéré comme une zone de reproduction de multiples espèces en voie de disparition. Le bien est constitué de terres immergées ainsi que de zones maritimes avec de nombreuses voies d’eau. Le site a aussi une dimension hautement symbolique : il est, selon l’UNESCO, « l’un des hauts lieux du patrimoine mythologique et historique » de la région.

Critères de sélection : 

Les Sundarbans ont été sélectionnés sur la base des critères de sélection IX et X : 

Pour en savoir plus sur les critères de sélection : https://whc.unesco.org/fr/criteres/  

Critère IX : « être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ». 

Le site est représentatif de processus écologiques en tant que témoin de la « formation d’un delta et de la colonisation subséquente des îles du delta ». Les éléments marqueurs de ces processus sont : les pluies de mousson, les inondations, la formation de deltas, l’influence des marées ou encore la colonisation végétale. Les terres et ilots ont une forme très particulière car ils ont été façonnés par l’action des marées du delta. Ils sont donc les marqueurs de ce processus écologique. 

Critère X : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ». 

Les Sundarbans abritent une abondante biodiversité marine et terrestre tant floristique que faunistique. Le site accueille par exemple des espèces en voie d’extinction comme les dauphins du Gange et de l’Irrawaddy ou les tortues fluviales de l’Inde (Batagur baska). 334 espèces de plantes s’y trouvent. La protection de ce bien classé au patrimoine mondial de l’UNESCO est donc primordiale puisqu’il permet la conservation in situ de nombreuses espèces et la pérennité de l’une des plus grandes forêts de mangroves au monde.

Les Sundarbans, – image libre de droits.

Gestion du site : 

Le site classé fait face à des pressions et menaces extérieures de taille tant naturelles (comme les cyclones, les raz-de-marée ou l’envasement) qu’humaines avec la surexploitation des ressources animales et sylvicoles (foret), le braconnage ou encore le défrichement en faveur d’une activité agricole. 

Une protection juridique a été mise en place au niveau national depuis le début du 19ème siècle, qui bénéficiait au site actuel inscrit sur la liste de l’UNESCO. Ses environnements terrestres, forestiers et aquatiques étaient donc déjà en partie protégés. Le site était préservé grâce à des réserves forestières créées en 1878 puis avec ses trois sanctuaires de faune et de flore sauvages, qui ont été créés en 1977.  Selon l’UNESCO, aujourd’hui, « l’objectif principal de la gestion est la conservation de la biodiversité, des valeurs esthétiques et de l’intégrité. » Le bien est « actuellement bien géré et régulièrement suivi selon des normes de gestion bien établies par un personnel régulier et des unités administratives ». 

La conservation du site est nécessaire car il s’agit d’une zone essentielle pour des millions d’habitants riverains du site : absorption de la force des raz-de-marrée, protection face aux cyclones et inondations. Il constitue également un moyen de subsistance pour de nombreuses populations aux activités diverses : « coupeurs de bois, pêcheurs, collecteurs de miel et ramasseurs de feuilles et d’herbe ».

Pour en savoir plus : https://whc.unesco.org/fr/list/798 

Cet article n’engage que son auteure.

Agathe Passerat de La Chapelle

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[Actualité de l’UNESCO: La baguette en lice pour entrer au patrimoine mondial de l’UNESCO]

La baguette de pain est candidate à l’inscription au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. La décision finale sera prononcée en 2022. 

Être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO nécessite d’être porté par un groupe de personnes. Dès septembre 2018, la confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française avait formulé son souhait de voir la baguette de pain être inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Les savoir-faire artisanaux et la culture de la baguette de pain sont déjà inscrits à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis le 23 novembre 2018. 

La baguette, bien que présente dans de nombreux autres pays, est devenue un véritable symbole de la France et de sa culture dans le monde. Une baguette standard est large d’environ 4 à 6 cm, haute d’environ 3 à 5 cm et longue d’environ 65 cm. Elle pèse environ 250 g. Un concours national de baguette tradition française a lieu tous les ans en France, organisé par la Confédération Nationale de la Boulangerie et Boulangerie-pâtisserie française. 

La ministre de la culture Roselyne Bachelot s’est exprimée sur son choix de porter la baguette à l’UNESCO : « Si cette candidature nationale était couronnée de succès devant l’Unesco, l’inscription de cet élément permettra de faire prendre conscience qu’une pratique alimentaire faisant partie du quotidien, partagée par le plus grand nombre et allant de soi, constitue un patrimoine à part entière ». Inscrire la baguette au patrimoine mondial de l’UNESCO permettrait vraiment de mettre en lumière le travail artisanal des boulangers, dont le nombre est en baisse en France depuis quelques années. C’est ce qu’a souligné Dominique Anract, président de la Confédération Nationale de la Boulangerie et Boulangerie-pâtisserie française : 

 « Après quatre ans de travail, c’est une grande fierté que notre dossier ait été choisi par la France. (…) Cela valorise notre savoir-faire et cela peut inciter des jeunes à choisir le métier ».  Rendez-vous en 2022 pour le verdict !

Cet article n’engage que son auteur.e

Charlotte Morel

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[Le patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: les îles Phoenix]

Pour le premier avril, nous vous proposons de découvrir une nouvelle zone maritime protégée, réputée pour les poissons qu’elle contient : l’aire protégée des îles Phoenix. 

Si la grande barrière de corail est la plus célèbre zone maritime protégée du globe, l’aire protégé des îles Phoenix est quant à elle « la plus grande zone maritime protégée au monde ». Recouvrant 408 250 km², elle se compose de huit îles, de récifs submergés et des eaux environnantes, ce qui correspond à 12% du territoire kiribatien, dans l’Océan Pacifique sud.

Crée en 2006 dans l’espoir d’encourager la communauté internationale à protéger l’environnement, l’aire des îles Phoenix a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2010.

L’aire protégée des îles Phoenix est interdite à toute exploitation de ses ressources, ce qui lui a permis de conserver « un des derniers écosystèmes intacts d’archipel corallien océanique de la planète ». En effet, on y retrouve 200 espèces de coraux, 500 espèces de poissons, 18 espèces de mammifères marins et 44 espèces d’oiseaux : poissons requins, tortues de mer, crabes de cocotier… 

Le site contient également 14 monts sous-marins, qu’on suppose être des volcans éteints. Ceux-ci font jusqu’à 4 500 mètres d’altitude et 6 000 mètres de profondeur.

Grâce à son isolement, l’aire des îles Phoenix est ainsi un site unique en terme de biogéographie, dans la mesure où il s’agit d’un habitant crucial pour les espèces migratoires et les courants océaniques de la région.

© Conservation.org

Critères de sélection : 

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, un site doit satisfaire à au moins un des dix critères de sélection. L’aire protégée des îles Phoenix en satisfait deux.

Critère (vii) : représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles.

L’Aire protégée des îles Phoenix est une étendue sauvage inhospitalière à la colonisation humaine, minimisant ainsi l’impact des activités humaines. La nature quasiment vierge, la clarté des fonds marins, le spectacle des groupes d’espèces charismatiques, les récifs coralliens d’une beauté exceptionnelle et les concentrations d’oiseaux marins, font de ce bien un véritable kaléidoscope d’une beauté naturelle exceptionnelle, dont l’importance est planétaire.

Critère (ix) : être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins.

En tant que lieu de reproduction de nombreuses espèces terrestres et marines, et grâce au haut niveau de biodiversité qui lui est associé, l’aire protégée des îles Phoenix contribue fortement au développement des écosystèmes marins et des communautés végétales et animales de la planète. Ce bien est d’une importance scientifique majeure dans l’identification et le suivi des processus d’évolution du niveau de la mer, les taux de croissance et l’âge des récifs et des coraux constructeurs de récifs et dans l’évaluation des effets du changement climatique.

Gestion du site :

Sur le plan juridique, l’aire des îles Phoenix est protégé en vertu d’un règlement de 2008 qui définit clairement son périmètre, établit son comité de gestion et s’efforce de mettre en place d’un plan de gestion. Le gouvernement de Kiribati s’engage fermement à garantir un système de gestion durable et adapté aux conditions d’un petit État insulaire en développement, notamment en sanctionnant des bateaux de pêche illégale.

Kiribati s’engage à poursuivre le renforcement des capacités de gestion, notamment en matière de surveillance et de respect de la législation, à travers des partenariats régionaux, nationaux et locaux. Le gouvernement de Kiribati veille également à ce que l’interdiction de pêcher dans la région soit respectée.

Les partenaires, comme Conservation International et l’Aquarium de New England, s’engagent quant à eux à assurer la création, le financement global et le fonctionnement du fonds de soutien en faveur du bien. 

Cet article n’engage que son auteure.

Mathilde VARBOKI

Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Aire_prot%C3%A9g%C3%A9e_des_%C3%AEles_Ph%C5%93nix, https://whc.unesco.org/fr/list/1325/

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[Le Patrimoine naturel de l’UNESCO: Le golfe de Porto]

Cette semaine, nous mettons à l’honneur un de nos magnifiques territoires français qui n’est autre que la Corse.

Avec ses traditions et son patrimoine unique, l’île de beauté charme depuis de nombreux siècles explorateurs et touristes venus de toutes parts, en restant à la fois préservée et en gardant de nombreux secrets.

© Léane YVOREL – Calanches de Piana

Au sud de l’île sur la façade occidentale, au nord d’Ajaccio, se trouve l’emblématique Golf de Porto, regroupant les calanches (calanques en corse) de Piana, le golfe de Girolata et la réserve naturelle de Scandola, partie intégrante du parc naturel régional de Corse.  

Ici, les reliefs ocres de roches plutoniques¹ contrastent avec le bleu perçant de la Méditerranée et le vert du maquis corse, offrant un tableau d’une rare beauté perdue entre ciel et terre. C’est un environnement rempli d’histoire qui s’offre à la vue des chanceux spectateurs arpentant les sentiers de randonnée, où chaque passage est réglementé. La route côtière se voit bordée de tours génoises, témoins du passé défensif de l’île. Les deux plus remarquables sont celle de Girolata et de Porto, édifiées en 1551 et 1552. 

On peut aussi apercevoir l’œuvre du temps et de l’érosion façonner à sa façon le paysage. Au fil des âges, ils ont forgé un cœur au sein de la pierre, fenêtre ouverte sur la mer. Pour reprendre les mots de Guy de Maupassant dans le monastère de Corbara (1880), “Je m’arrêtai d’abord stupéfait devant ces étonnants rochers de granit rose, hauts de quatre cents mètres, étranges, torturés, courbés, rongés par le temps, sanglants sous les derniers feux du crépuscule et prenant toutes les formes comme un peuple fantastique de contes féeriques, pétrifié par quelque pouvoir surnaturel […] les calanches de Piana sont une des merveilles de la Corse ; on peut dire, je crois, une des merveilles du monde”. 

¹roches magmatiques résultant du refroidissement et de la solidification de magma volcanique.

Le Cœur de Piana

La réserve de Scandola coupe elle aussi le souffle. Accessible uniquement par bateau, elle abrite une biodiversité marine et costale incroyable. D’une surface de 900 hectares terrestres et 1000 hectares marins, il n’est pas rare d’y apercevoir des dauphins ou des oiseaux de mer difficilement observables ailleurs comme le balbuzard pêcheur.  Dans son maquis on y trouve également 33 espèces florales endémiques.

Portes marines de Scandola

Le Golfe de Porto, avec ses secrets et ses légendes aura donc inspiré de nombreux contes et légendes, de nombreux récits et chants, traduits notamment par la paghjella, genre profane et religieux polyphonique corse, dont l’importance a également été reconnu par l’UNESCO comme Patrimoine Culturel Immatériel. Le Golfe de Girolata, petite partie de celui de Porto, est lui aussi reconnu pour son granit rose, et notamment sa belle falaise Punta Rosa creusée par la mer.

© Léane YVOREL – route de Piana 

Critères de sélection :

Le Golfe de Porto a obtenu la sacralisation de patrimoine mondial de l’UNESCO en 1983, sur trois des dix critères de sélection.

Critère (vii) 

“représenter des phénomènes naturels ou des aires d’une beauté naturelle et d’une importance esthétique exceptionnelles”

Rapprochons-nous des mots cités de Maupassant ci-dessus, visionnaire quant au futur des calanches de Piana. La beauté des sites du Golfe de Porto a été décrite par bon nombre d’artistes et personnalités au cours des siècles, tel que le Prince Roland de Bonaparte en 1891 dans son récit de voyage “une excursion en Corse”. Il dresse le portrait de la région du Golfe de Porto tel qu’il l’a vu, comme étant “sans aucun doute, une des plus belles de Corse”.

Critère (viii)

“être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification”

 Les roches magmatiques si particulières de la côte témoignent du passé volcanique de l’île. Leurs reliefs impressionnant en font un site d’une exception précieuse, tant pour la contemplation de chacun que pour la conservation et la recherche scientifique.

Critère (x)

“contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation”

La réserve de Scandola classée réserve naturelle, à la fois marine et terrestre, brille par sa biodiversité singulière. Classée site marin protégée en France en 1975, elle est soumise à de nombreuses réglementations strictes afin d’en protéger le patrimoine.  

Gestion des sites

Le littoral du golfe faisant partie du Parc Naturel Régional de Corse, les activités y sont très réglementées afin d’en préserver l’écosystème. Y sont interdits sur terre, l’arrachage de végétaux, ou la destruction de nids et d’œufs, la chasse, le camping, le rejet de détritus, et toute forme d’activité nuisible au bien-être des populations d’espèces de la côte. 

En mer, la pêche de plaisance, le prélèvement d’animaux ou végétaux marins sont entre autres interdits. En revanche, pour l’heure, seule la réserve de Scandola est classée AMP, Aire Marine Protégée, mais l’appellation pourrait s’étendre à tout le Golfe de Portu classé Natura 2000. 

Le réseau Natura 2000 est un ensemble de sites naturels et semi-naturels de l’Union Européenne, dont la biodiversité est jugée exceptionnelle.

© Léane YVOREL – Calanches de Piana

sources : Calanques de Piana — Wikipédia (wikipedia.org), Golfe de Porto : calanche de Piana, golfe de Girolata, réserve de Scandola – UNESCO World Heritage Centre

Cet article n’engage que son auteure.

Léane YVOREL

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[Actualité de l’UNESCO: La journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale]

Le dimanche 21 mars marque la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. 

En effet, depuis le 26 octobre 1966, la date du 21 mars a été choisie par les Nations Unies pour mettre en place une journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. C’est une Assemblée Générale qui avait décidé, par le vote d’une résolution, d’instaurer cette journée, en mémoire et dans le but de commémorer les événements ayant eu lieu le 21 mars 1960 en Afrique du Sud et ce, plein apartheid. 

Ce jour là, lors d’une manifestation à but entièrement pacifique se déroulant dans la ville de Sharpeville en Afrique du Sud, la police avait ouvert le feu sur des personnes manifestants contre les lois de l’apartheid. Cet épisode tragique et douloureux a été choisi par les Nations Unies pour ne jamais oublier les victimes du racisme et des discriminations raciales. À cette époque, la journée internationale avait été mise en place dans le but d’appeler à la fin de l’apartheid en Afrique du Sud. Malheureusement, ce n’est pas la fin de ce régime par le référendum sur la fin de l’apartheid de 1992 qui ont mis fin aux discriminations raciales et cette journée apparait encore, plus que jamais nécessaire. 

Pour l’UNESCO, cette journée est d’une importance considérable car l’organisation estime que la fin des discriminations raciales est nécessaire pour « construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes, par l’éducation à la tolérance, (et) le rejet des stéréotypes racistes qui peuvent persister dans la culture ou les médias ». 

Mais que fait réellement l’UNESCO pour combattre le racisme et les discriminations raciales dans le monde ? 

Il est vrai que les récents évènements du mouvement Black Lives Matters ont contribué à mettre la lumière sur le racisme aux États-Unis et dans le monde entier et il est donc intéressant de voir, via le prisme de l’actualité de l’UNESCO, quelles actions concrètes sont menées. 

Premièrement, via un outil propre à l’UNESCO qui est l’éducation, l’organisation vise à promouvoir notamment la non-discrimination et la lutte contre les inégalités. L’UNESCO a donc mis en place un programme pour l’année 2030 et dont le but est de ne laisser personne pour compte. Cela signifie que l’UNESCO travaille avec les États membres vers cet objectif et elle peut, à ce sujet, compter sur son expertise quant au traitement de l’esclavage et de la traite négrière. Elle permet de relier cette histoire aux expressions contemporaines de racisme, préjugés ou discrimination et elle veille, toujours, à ce que la mémoire de ces événements tragiques soit conservée et préservée. 

Plus concrètement, l’UNESCO et les Nations Unies ont mis en place une exposition dans le centre des Nations Unies à New York intitulée « Nous et les autres : des préjugés au racisme ». Lancée en France et soutenue par l’UNESCO, l’exposition visait à faire se questionner les visiteurs sur leurs préjugés et leurs constructions racistes. L’idée derrière cela était notamment que le racisme se combat tous les jours grâce à l’éducation. 

Enfin et parallèlement à cette journée internationale, un forum mondial contre le racisme et la discrimination sera mis en place par l’UNESCO le 22 mars 2021. Il s’agira de présenter les initiatives réalisées par l’UNESCO et de définir les prochains objectifs. 

Face à cela, on voit tout de même que le combat contre les discriminations raciales n’est pas terminé et devra affronter encore beaucoup d’obstacles. Le rôle des Nations Unies et de l’UNESCO sont donc considérables pour que cette lutte ne passe jamais en second plan. Nous pouvons conclure avec les mots de la directrice générale de l’UNESCO, Madame Audrey Azoulay concernant cette journée : « l’UNESCO appelle ainsi chacune et chacun à se mobiliser pour l’égalité et la dignité, et à faire sien le mot d’ordre de l’ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan : « Notre mission est de confronter l’ignorance à la connaissance, le sectarisme à la tolérance. (…) Le racisme peut, sera et doit être vaincu »». 

Article écrit par Emma Laurent

Cet article n’engage que son auteur.e

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[L’UNESCO dans l’éducation: L’éducation et l’épreuve de l’hybridation : que reste-t-il du développement cognitif ?]

L’enseignement à distance a mis à mal nombre d’efforts pédagogiques, autant « traditionnels » qu’« alternatifs ». Si l’éducation est pensée comme un processus individuel, basée sur l’autonomie de l’élève, elle repose également sur les interactions entre étudiants, entre eux ou avec les enseignants, ou sur l’accès à différents outils de travail.

Les cours dispensés à distance soulèvent aujourd’hui de nombreux enjeux et enjoignent à repenser le dispositif pédagogique. L’apprentissage comme l’enseignement sont confrontés, selon le Secrétaire général de l’ONU António Guterres, à une « catastrophe générationnelle » aux multiples facettes.

L’impact de la pandémie sur les institutions éducatives

                L’un des premiers défis soulevés est celui du financement national et international de l’éducation. Ces deux dernières décennies, ce financement s’est stabilisé autour de 14,5% des budgets publics de chaque pays. Aujourd’hui, celui-ci pourrait être fragilisé non pas par les parts budgétaires lui étant allouées, mais par une fragilisation de l’aide à l’éducation et des dépenses publiques.

                Le défi majeur reste le défi cognitif : comment assurer aux élèves un apprentissage serein et qualitatif dans un contexte anxiogène ? En 1762, dans Emile ou De l’éducation, J.J. Rousseau notait que : « Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu’il faudrait cultiver ; ce sont les seules qu’on oublie, ou celles qu’on néglige le plus ». De nombreux professionnels ont reconnu l’importance du sensoriel dans l’apprentissage, donnant lieu à la création des pédagogies alternatives de Claparède, Montessori, Dewey, ou encore Freinet.

Au cœur de ces pédagogies réside l’idée que les connaissances de tout sujet apprenant passent de la mémoire sensorielle, à la mémoire à court terme pour finalement tendre vers celle à long terme. Aujourd’hui, les étudiants ne peuvent plus avoir accès aux outils mis à leur disposition pour développer leur autonomie, et ils n’ont plus la même possibilité de travailler en groupes. Pourtant, des chercheurs missionnés par la Commission Européenne ont démontré que l’apprentissage à distance pouvait avantager les étudiants indépendants, les amenant à personnaliser leurs sources à leur rythme. Par ailleurs, les interactions par visioconférence semblent offrir de nouveaux moyens de socialisation.

Trouver des alternatives d’apprentissage : l’objectif des enseignants

                Les enseignants doivent redoubler d’efforts pour assurer une expérience affective et susciter l’intérêt de leurs étudiants. Faire appel aux émotions, raconter des histoires, proposer des échanges permettant aux étudiants de confronter leurs visions… sont autant de techniques visant à stimuler la mémorisation de tout un chacun. Par ailleurs, il est aujourd’hui important de faire appel au multisensoriel, d’ajouter photo et vidéo à son cours, mais aussi dessin, musique et… jeux vidéo.

                Ces dernières années, les jeux vidéo se sont fait une place grandissante au sein des pratiques culturelles des adolescents comme des adultes. En 2019 en France, comme l’indique le rapport publié par Philippe Lombardo et Loup Wolff Cinquante ans de pratiques culturelles en France, 44% de Français jouent aux vidéos, et cette tendance va en s’imposant puisque le secteur s’est imposé du fait des confinements successifs.

                Le 10e art permet en fait de diversifier les formes d’apprentissages : il propose un environnement particulier souvent riche de détails, et appelle à l’entraide entre joueurs ou encore des apprentissages par frayage induits par la pratique du jeu. Une étude d’universitaires turcs s’est d’ailleurs intéressée aux effets des jeux vidéo sur les processus cognitifs. Les expériences de 46 adolescents ont été comparées, entre habitués et étudiants ne jouant jamais. Au final, aucune différence significative n’a été relevée entre les deux groupes, bien que la mémoire des joueurs réguliers semble quelque peu meilleure, contrairement à leur capacité d’élocution.

Vers une réouverture des lieux d’éducation : nouveau départ en faveur de l’inclusion ?

                La pandémie que nous vivons depuis plus d’un an maintenant a engendré une coopération renforcée au niveau international. Le 22 octobre dernier, l’UNESCO a par exemple convoqué une session extraordinaire pour sa Réunion mondiale sur l’éducation. Dans ses propos introductifs, António Guterres rappelle que les défis à relever résident dans l’accès à la connectivité et aux technologies digitales, mais aussi dans la continuation des efforts tournés vers l’accès à l’éducation des étudiantes.

                La fermeture des écoles a notamment entraîné une hausse des violences liées au genre touchant les étudiantes. Les équipes de l’UNESCO craignent d’ailleurs que plus de 11 millions de filles pourraient ne pas retourner à l’école après cette crise sanitaire, menaçant les efforts menés en matière d’éducation ces dernières décennies. La campagne a donc été créée par l’UNESCO, sous le #ContinuitéPédagogique, afin de sensibiliser des citoyens engagés sur les réseaux sociaux. Que l’on soit étudiant, journaliste, parent, enseignant ou éducateur, nous avons tous un rôle à jouer pour assurer un accès pérenne à l’éducation.

Il est peut-être encore trop tôt pour évaluer les impacts de la pandémie sur l’éducation, mais celle-ci nous rappelle un élément majeur : que les systèmes éducatifs sont toujours perfectibles. Nombreux sont les politiques, les enseignants et les étudiants à repenser les méthodes d’apprentissage. Encore une fois, c’est bien la nature qui éduque autant l’éducateur que l’éduqué.

Série de vidéos de l’UNESCO sur l’éducation dans le monde : https://www.youtube.com/watch?v=CDE08KLUCXQ&list=PLWuYED1WVJIPrzcHvf0ocJNg3nsx3AGnX&index=1

Etude sur les jeux vidéo : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC6514119/

Par Emma Letard-Kerbart

Cet article n’engage que son auteure.

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[Chronique scientifique, le Patrimoine mondial naturel de l’UNESCO: L’Archipel de Socotra]

Un paysage de dragonniers © honzakrej / Adobe Stock

Voici celui que l’on nomme les « Galápagos de l’Océan Indien », en raison de sa biodiversité parmi les plus particulières et les plus riches de notre planète : l’Archipel de Socotra.

Présentation et histoire

Aussi appelé « l’île extraterrestre » au vu de sa singularité, l’archipel de Socotra est un ensemble d’îles appartenant au Yémen, situé à une centaine de kilomètres au large de l’Afrique de l’Est en mer d’Arabie entre la Somalie et le Yémen. S’étendant sur 250 kilomètres, il est composé de deux îlots rocheux baptisés Sabuniyah et Ka’l Firawn et de quatre îles, dont la plus remarquable est l’île de Socotra, aux côtés d’Abd al-Kuri, Darsah et Samha.

D’origine continentale, il se sépare du supercontinent Pangée, plus précisément du Gondwana, il y a un peu moins de 20 millions d’années (un battement de cils), et n’a depuis de cesse de fasciner les chercheurs par le trésor que constitue sa biocénose¹ unique et  cachotière.  En 1990, un groupe de scientifiques des Nations Unies se rend sur l’île afin d’en étudier l’écosystème. Le verdict est sans appel: c’est environ 700 espèces endémiques à cette région qui y sont découvertes, dont l’emblématique Dragonnier de Socotra. Un décor tiré d’un film de science-fiction qui fera se demander aux plus sceptiques s’ils n’ont pas changé de planète.

¹: ensemble des êtres vivants qui peuplent un même environnement.

Nature of the Socotra Archipelago, Yemen

Une autre expédition de taille a été menée en 2008 par un groupe d’archéologues russes, afin cette fois-ci de se pencher sur les mystères des civilisations de l’île. Beaucoup d’outils préhistoriques appelés “chopping tools” y ont été trouvés. 

Les chopping tools sont des outils façonnés dans la pierre, dont on obtient le tranchant en créant des éclats sur les deux faces (de l’anglais to chop /ˈtʃɒp/ : hacher). Ils sont caractéristiques des plus anciennes civilisations africaines de la période Oldowan. Ces petits outils nous révèlent donc que les premiers hommes ayant foulé la terre secrète de Socotra l’auraient fait il n’y a pas moins d’1,7 millions d’années… 

Aujourd’hui, c’est à peu près 50 000 habitants qui vivent au sein de l’archipel, dont la ville majeure est Hadiboh sur l’île de Socotra. Il n’y a aucun résident permanent sur les trois autres îles. 

La mémoire de l’île est ancrée dans une tradition poétique ancestrale. Chaque année, un concours de poésie y est organisé par la population socotrane. Le premier artiste reconnu fut une femme au 9ème siècle, la poétesse Fatima Al-Suqutriyya, surnommée Al-Zahra (la brillante). Aujourd’hui encore, elle reste une figure emblématique de la culture yéménite.

De par son climat hostile, majoritairement semi-aride sur les zones de basse altitude et tropical sur les hauteurs, l’agriculture y est compliquée, si bien que l’économie de l’île repose essentiellement sur la pêche et l’élevage de bovins et de chèvres. Les habitants et leur mode de vie simple font de leurs îles un endroit incroyablement préservé, au niveau de conservation sans égal, où les hommes vivent en osmose avec leur environnement et lui vouent un respect olympien. 

Situé à la sortie du golfe d’Aden se jetant dans la mer d’Arabie, c’est aussi un emplacement stratégique pour le commerce et les échanges maritimes depuis l’Antiquité. Préservé des conflits géopolitiques de la région comme la guerre civile sévissant au Yémen continental, l’archipel ne reste pas moins un point névralgique convoité du Moyen-Orient, notamment par les Emirats Arabes Unis. Plusieurs opérations ont été menées par la communauté internationale pour militariser et protéger la zone, comme l’Ocean Shield de l’OTAN ou l’opération Atalante de l’Union Européenne.

A picture containing water, sky, outdoor, nature

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Socotra old sea port | Valerian Guillot | Flickr

Critères de sélection 

L’Archipel de Socotra a été classé patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008 selon le critère suivant :

Critère (x) : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ».

Considérée comme une véritable Arche de Noé, Socotra se démarque par le nombre incommensurable d’espèces endémiques qu’elle abrite. C’est aussi un des endroits les mieux conservés de la planète, bien que peuplé. Son isolement géographique la coupant de tout, une faune et une flore incroyable s’y est développée, abritée des regards, mais somme toute, fragile. L’archipel est classé comme point chaud de la biodiversité de la corne d’Afrique (ou Hotspot), c’est-à-dire comme zone biogéographique sensible et menacée qui regroupe un grand nombre d’espèces endémiques.

En effet, 37% de la flore, 90% des espèces de reptiles et 95% des espèces d’escargots terrestres évoluant sur cette île aux merveilles n’existent nulle part ailleurs. 22 zones clefs de conservation et de transit d’oiseaux marins et terrestres y ont été recensées. 75% de la superficie émergée représentent des sanctuaires naturels.

Enfin, en cette décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques, mettons à l’honneur la vie marine fabuleuse de Socotra et ses sanctuaires marins, regroupant 253 espèces de coraux constructeurs de récifs, indispensables pour la santé de nos océans, 730 espèces de poissons côtiers et 300 espèces de crabes, crevettes et langoustes dans les eaux turquoises de ses lagons vierges. 

Gestion de l’île

Aujourd’hui, la priorité est de protéger l’archipel de l’exploitation humaine et de la dégradation. Pour l’heure, l’île fabuleuse sous protection juridique a su garder son intégrité et ses ressources quasiment intactes, mais les Nations Unies veulent renforcer les législations pour en assurer la pérennité et évincer les menaces futures. Le tourisme non durable est également une menace pour l’île, bien que les moyens de rejoindre Socotra soient restreints, rendant sa fréquentation difficile. 

L’archipel bénéficie de plusieurs titres et programmes de protection.

Il figure sur la liste Global 200 du World wide Fund for Nature (anciennement WWF World Wildlife Fund), regroupant les 238 régions écologiques les plus représentatives de la biodiversité sur Terre, ou encore au programme marin de l’UNESCO, visant entre autre à évaluer les impacts du réchauffement climatique sur le patrimoine mondial marin et de suivre leur état de conservation.

➯Lecture annexée: Peut-on encore sauver Socotra, l’archipel yéménite du « sang-dragon » ? | National Geographic

sources: Archipel de Socotra – UNESCO World Heritage Centre, Socotra — Wikipédia (wikipedia.org)

Cet article n’engage que son auteure.

Léane YVOREL

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[Chronique scientifique, le patrimoine mondial naturel de l’UNESCO : le parc national des Everglades]

Le 25 février 2021, l’UNESCO a publié une évaluation scientifique sur le rôle essentiel des sites marins du Patrimoine mondial, expliquant que le stockage de carbone du patrimoine mondial marin permettait en effet de conserver des milliards de tonnes de CO2 hors de l’atmosphère.

A cette occasion, nous avons décidé de vous présenter le parc national des Everglades aux Etats-Unis, qui abrite un des plus grands écosystèmes marins du monde mais qui est aujourd’hui menacé.

Présentation du parc national des Everglades :

Ce parc de 567 017 hectares, qui se situe à la pointe sud de la Floride, englobe 25% de la région marécageuse des Everglades et est la plus grande réserve de nature sauvage subtropicale du continent. Il a été déclaré réserve de biosphère en 1976, avant d’être inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 et de devenir une zone humide d’importance internationale en 1987.

Le parc national des Everglades a vu le jour dans le but de protéger la région. En effet, depuis que celle-ci a commencé à être cultivée et urbanisée au XIXe siècle, ses écosystèmes ont souffert de l’activité humaine et de l’utilisation du cours du lac Okeechobee, qui alimentait à l’origine les marécages.

On retrouve plus de 740 espèces d’oiseaux, de mammifères, de poissons et reptiles dans le parc, dont 36 espèces menacées telles que le lamantin des Caraïbes ou le crocodile américain.

Critères de sélection :

Pour être inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, un site doit répondre à au moins un des dix critères de sélection. Le parc national des Everglades en satisfait trois.

Critère (viii) : « être des exemples éminemment représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou d’éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande signification ».

Le lit marin du parc a été englouti à la fin de la première période glaciaire et son substrat calcaire est l’une des zones de sédimentation carbonatée les plus actives du moment.

Critère (ix) : « être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l’évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d’animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins ».

Le parc présente des écosystèmes d’une diversité unique aux Etats-Unis : zones humides subtropicales, marais d’eau douce, feuillus tropicaux, pins, forêts de mangroves, marais salants et algues marines. La chaîne alimentaire est également ininterrompue et on y trouve de nombreux prédateurs comme l’alligator, le crocodile ou la panthère de Floride.

Critère (x) : « contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ».

Grâce à la variété de ses habitats aquatiques, le parc est devenu le refuge de nombreux animaux, dont une vingtaine d’espèces rares, menacées et en péril. Il est également vital pour la reproduction de 400 espèces aviaires et forme un couloir de migration.

Gestion du parc :

Le Parc national des Everglades est géré en vertu de la Loi organique de 1916, qui a établi le Service des parcs nationaux aux Etats-Unis. Des lois fédérales complètent l’orientation générale du Congrès afin de protéger le parc et ses ressources.

Des partenariats sont mis en place avec différentes autorités comme la South Florida Ecosystem Restoration Task Force ou l’Everglades Coalition, qui sensibilise à la protection de l’environnement.

Le parc a été réinscrit sur la liste du patrimoine mondial en péril à la demande des Etats-Unis en 2010, car l’expansion agricole, le drainage, les incendies, la pollution de l’air et de l’eau perturbent les espèces végétales et animales présentes. Les mesures de gestion insistent donc principalement sur la mise en œuvre de projets de restauration des flux et d’amélioration de la qualité de l’eau.

Sources : https://fr.unesco.org/news/nouvelles-recherches-mettent-evidence-role-essentiel-sites-marins-du-patrimoine-mondial-lutte, https://whc.unesco.org/fr/list/76/ 

Cet article n’engage que son auteure.

Écrit par Mathilde VARBOKI.

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[L’UNESCO dans l’éducation: L’éducation en Corée du Sud]

Lorsque l’on fait la recherche “Éducation en Corée du Sud” sur Internet, les premiers titres qui s’affichent sont aussi les plus récurrents : “Corée du Sud : l’obsession de la réussite”, “Condamné à réussir”, ou encore “L’enfer du système scolaire sud coréen”. C’est étonnant, sur le papier, le système éducatif coréen est le plus performant au monde : élèves premiers dans les classements internationaux de compréhension de l’écrit, de mathématiques et de sciences du programme PISA, mis en place par l’OCDE, et 98% des 25-34 ans sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement secondaire. C’est le taux le plus élevé du monde. Pourtant, en Corée du Sud, ce système devient de plus en plus contesté : surmenage des élèves, curriculums vitaes uniformes, taux de suicides chez les 9-24 ans qui ne cesse d’augmenter. Voilà ce qui est dénoncé. Alors, retour sur le système éducatif coréen. 

    L’organisation des années d’études

    Lorsque l’on compare le système d’enseignement sud-coréen avec les systèmes français, on se rend compte qu’il y a bien des pratiques convergentes, mais que certaines sont totalement différentes. 

A la différence de la France, les années d’enseignement antérieures au supérieur se font sur le mode des semestres. Ainsi, l’année scolaire débute en mars jusqu’au mois de juin, et le second commence en septembre pour s’achever en février. Entre ces deux périodes, il y a deux sessions de vacances de deux mois.

On retrouve presque le même système qu’en France pour l’organisation des cycles : l’école maternelle n’est pas obligatoire mais l’écolier doit rentrer à l’école primaire à 6 ans pour une durée de six ans. Les élèves coréens commencent donc au collège à l’âge de 13 ans, et au lycée à l’âge de 16 ans. Lors de leur année de terminale, les lycéens doivent passer le Test national d’entrée à l’université, qui donne un classement national des élèves et qui permet aux universités de sélectionner leurs futurs étudiants. C’est le suneung (romanisation du terme). Les meilleurs élèves peuvent ainsi postuler dans les meilleures universités du pays, le classement de ces dernières étant très important dans la société coréenne. Leurs examens étant tous, d’ailleurs, sous forme de QCM.

A l’école jusqu’à l’entrée à l’Université, les élèves revêtent l’uniforme de leur établissement d’enseignement. Pour chaque saison il y a un type d’uniforme scolaire, et c’est l’école qui décide à quoi il doit ressembler, et quand il doit être changé dans l’année. 

Mais, qu’en est-il de la vie des élèves dans leur classe ? Ça diffère énormément de la France sur ce point-là. En effet, alors que les élèves français sont habitués dès le collège à changer de salle entre deux cours, en Corée du Sud, il n’en est rien. Au début de l’année, une salle spécifique est assignée à une classe pour tout le semestre. Évidemment, les élèves doivent quand même changer de salles pour les cours de sport, de science en laboratoire ou d’art, mais la plupart du temps, ils sont dans une même et seule classe. 

Et, même s’il y a des agents chargés de l’entretien de l’établissement, les élèves sont eux aussi responsabilisés : il y a un emploi du temps qui indique qui reste à la fin des cours pour faire le ménage dans la classe, pour passer le balai dans la cour, etc. 

Les élèves sont à peu près le même nombre d’heures de cours à l’école que les élèves français ; cependant, la plupart, après les cours de l’école, se retrouvent dans des instituts privés que l’on appelle Hagwon (romanisation du terme) pour faire du soutien scolaire, ou même prendre de l’avance sur les cours qui sont donné à l’école. Ils rentrent alors chez eux souvent aux alentours de 23 heures, où ils travaillent encore un peu jusqu’aux premières heures du matin pour faire leurs devoirs de l’école. 

Un système neutre pour former des jeunes adultes responsables.

De prime abord, ce système paraît, certes, dur, mais sous bien des aspects on peut considérer qu’il favorise l’autonomie des enfants et adolescents et qu’il permet l’apprentissage d’un certain nombre de valeurs. 

Par exemple, l’assignation d’une même salle de classe, ainsi que l’obligation d’y faire le ménage responsabilise les jeunes adultes : ils apprennent ainsi le respect envers le matériel, et se mobilisent pour garder un environnement toujours sain puisqu’ils savent qu’ils vont y passer la journée, et que ce sont eux qui vont devoir le nettoyer. 

Dans un esprit d’égalité, le port de l’uniforme peut aussi s’avérer bénéfique pour limiter les discriminations à l’école dues par exemple à l’origine sociale ou économique de l’élève. Il y a une volonté d’établir une stricte égalité entre les enfants de la part du gouvernement et du Ministère de l’Éducation nationale sud-coréenne quant à cette mesure. 

Les Hagwons que nous avons cité plus tôt permettent eux une meilleure assimilation et une meilleure compréhension par les élèves des notions vues en classe. Ainsi, les enfants sud-coréens apprennent mieux et plus rapidement. En parlant des techniques pédagogiques, il faut noter que le système de notation par QCM permet de ne laisser aucune place à la subjectivité de l’enseignant dans la notation : l’élève n’est noté que pour les réponses qu’il donne, et non pas pour son style d’écriture ou sa méthode – qui pourrait dévier de celle du professeur – par exemple.

A la différence de beaucoup d’établissements en France, les écoles sud-coréennes gardent une plage horaire dans l’emploi du temps journalier de l’élève pour l’étude. Ainsi, les cours finissent à 16h30, les élèves bénéficient d’1h30 d’étude au calme dans sa classe, ou à l’école, où ils ont accès à internet et à un environnement de travail approprié. C’est très important quand on sait que certains n’ont pas la possibilité de bénéficier de cet environnement de travail chez eux à cause d’une trop grande fratrie ou par manque de moyens des parents. 

Et, le fait que le classement de l’examen d’entrée aux universités soit national force les écoles à tirer leurs étudiants vers le haut : les écoles sont classées nationalement, et les élèves ont un classement dans l’école. Donc, plus une école à d’élèves bien classés au niveau national, et plus elle sera aussi bien classée. Cela force donc les corps enseignants à renouveler leurs méthodes pour dispenser un enseignement aussi qualitatif que possible aux élèves. 

Les conséquences d’un système parfait (sur le papier)

Mais, à vouloir former des futurs étudiants et des futurs travailleurs parfaits, de nombreuses conséquences négatives parfois imprévues, se font fortement ressentir, chez les étudiants mais aussi dans toute la société sud-coréenne. 

Tout d’abord d’un point de vue sociétal, alors que ce système se voulait égalitaire, on se rend compte qu’il en devient totalement l’inverse. En effet, les hagwons étant des instituts PRIVÉS de soutien et de préparation au concours, de nombreux enfants dont la famille n’a pas les moyens de payer jusqu’à 1500 euros par mois se retrouvent lésés face à des élèves dont les parents sont capables de dépenser des sommes très élevées dans l’éducation de leur progéniture. L’inscription dans les hagwons a un deuxième effet pervers pour les enfants : souvent, les cours en hagwons sont en avance de deux voire trois années sur le programme national. Résultat, les élèves dorment à l’école, pour rattraper les heures de sommeil perdues à travailler la nuit. 

Il en est de même pour les uniformes scolaires : ils ont été mis en place pour limiter les inégalités entre élèves, mais ils coûtent extrêmement chers, et doivent très souvent être renouvelés. Pour certaines familles, il est plus compliqué financièrement de se plier aux exigences de l’établissement que d’acheter elles-mêmes les vêtements des enfants. 

On peut aussi regarder les limites des méthodes d’enseignement. Le QCM est, il est vrai, une bonne méthode pour lutter contre la subjectivité d’un correcteur. Cependant, cela force les élèves à apprendre par cœur leur cours, et pour beaucoup sans aucune compréhension. Il n’y a pas de travail de réflexion, de débat ou d’écriture, ce qui fait chuter l’effectivité de l’éducation sud-coréenne à la 24e place du classement de l’OCDE. Les enfants sont tous éduqués en Corée du Sud, mais quelle est véritablement la qualité de leur instruction ?

Le fléau de la société coréenne le plus important dans cette problématique reste néanmoins le mal être chez les jeunes générations. En effet, les élèves, dès leur entrée en primaire, doivent se préparer à un examen qu’ils passeront à 19 ans et qui déterminera le reste de leur existence. C’est une pression énorme qu’ils ont sur leurs épaules, d’autant plus que souvent, les parents et les professeurs leur font ressentir cette pression. En effet, les enfants étant conscients des sacrifices de la famille pour leur payer des cours privés se sentent généralement redevables vis-à-vis de leurs parents et s’obligent à énormément travailler pour ne pas les décevoir. Il faut avoir d’excellentes notes au collège pour espérer intégrer un lycée prestigieux, et il faut d’excellentes notes au lycée pour pouvoir intégrer des universités prestigieuses. Et par excellentes, on entend un score minimum de 100/100 au test d’entrée à l’université pour intégrer par exemple les Sciences Humaines à l’Université de Corée. A l’Université Yonsei, seuls 0,1% DES MEILLEURS sont recrutés. A l’université de Séoul, le taux d’admission est de 0,001%. Alors, une étude du Ministère de l’Éducation a révélé que près de 40% des lycéens dormaient moins de 6h30 par nuit, ce qui est bien en dessous du seuil recommandé pour les adolescents. 

Le système de classement à l’école n’arrange pas leur moral : cela joue énormément, non seulement sur l’estime que l’élève a de lui-même, mais également sur les rapports entre les élèves entre eux : il n’est pas rare en Corée du Sud de se retrouver face à des cas de harcèlement scolaire. L’élève est trop bon à l’école, il peut se faire persécuter ; dans le bas du classement, il peut se faire persécuter ; pas assez “beau” (la société coréenne donne énormément d’importance à l’apparence physique), il peut se faire persécuter. Les persécutions se font verbalement mais aussi physiquement, et il n’est pas si rare d’apprendre le suicide d’élèves à cause de la pression scolaire et des harcèlements à répétition. 

La société de la réussite

Mais pourquoi cette course folle à la meilleure université? En Corée du Sud, étudier dans l’une des trois universités les plus prestigieuses du pays est le sésame pour une réussite sociale. 

Cela a en fait une origine historique. Après la Seconde Guerre mondiale et la Guerre de Corée qui a divisé la péninsule en deux nations opposées, la Corée du Sud, ravagée, s’est focalisée sur l’éducation de sa jeunesse pour redresser le pays, persuadée que l’intelligence et l’instruction des jeunes la ferait renaître de ses cendres. Utopique? Peut-être pas. Après tout, en l’espace de cinquante ans, la Corée du Sud est passée de pays sous-développé à onzième puissance mondiale. Ce “miracle national” se traduit maintenant à l’échelle individuelle : c’est l’espérance pour les familles d’une ascension sociale fulgurante, du même ordre que leur pays dans la communauté internationale. 

A cela, ajoutons l’influence confucéenne qui a pour valeur majeure l’amélioration de l’individu grâce à l’éducation. 

Ce qui est intéressant, c’est de voir ce que représente l’Université pour l’étudiant, une fois qu’il a réussi à s’y faire admettre. Quinze années de travail éprouvantes pour étudier ensuite à l’Université de façon plus calme. En effet, l’adage que l’on entend régulièrement en France à propos des grandes écoles de commerce “le plus dur, c’est d’y entrer”, peut se retrouver dans les Universités en Corée du Sud. Ou sinon, on pourrait considérer que la charge de travail y est toujours importante, mais que les étudiants vivent cette partie de leur scolarité délestés de toute pression. Ce qui compte, ce n’est même pas la mention ou la matière du diplôme, mais de quelle Université les étudiants sont diplômés. 

Pour conclure, on peut alors se demander pourquoi les étudiants ont besoin de ces diplômes, quel est le but ultime à atteindre ? La preuve de la réussite sociale de ces jeunes gens est une embauche dans une des chaebols de Corée du Sud – ces grandes entreprises mondialement renommées – telles que Samsung, LG ou Hyundai. Après quelques années reposantes à l’Université, ces jeunes diplômés se retrouvent alors sur le marché du travail, ou directement employé de ces grandes compagnies, et commence alors une nouvelle vie pour eux, toujours plus rapide, toujours plus exigeante, toujours plus envahissante, avec des semaine de travail qui peuvent facilement monter à plus de 60 heures.

Certains jeunes, pour échapper à la pression constante que le système éducatif leur inflige, préfèrent alors débuter des études à caractère plus artistique. C’est ainsi que l’on voit de plus en plus d’enfants se lancer dans l’entraînement pour devenir idol, ces stars de la musique pop coréenne. Entraînement lui aussi contesté pour les contraintes auxquelles il soumet les adolescents (restrictions alimentaires, entraînements physiques et vocaux éreintants, etc). Mais, pour ces enfants où la voie logique est la pression scolaire, peut être serait-il aisé de comprendre leur raisonnement : peu importe le domaine finalement, la pression et les contraintes sont présentes, car constitutives de leur société ; alors, pourquoi ne pourraient-ils pas se l’imposer dans un domaine qui leur plait réellement ? 

Pour plus d’informations sur le sujet, je vous invite à jeter un oeil aux travaux suivants :

Légaré-Tremblay, Jean-Frédéric. « L’éducation en Corée du Sud : examen d’une obsession nationale », Monde chinois, vol. 34, no. 2, 2013, pp. 60-63. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-monde-chinois-2013-2-page-60.htm

“Condamnés à Réussir”, Arte. Disponible sur :    https://www.youtube.com/watch?v=h-wjwyVQXMc

L’École en Corée, Laurent Caccia. Disponible sur : 

“Corée du Sud, l’obsession de la réussite”, Spica Life. Disponible sur :

Article écrit par Tiffenn Genestier

Cet article n’engage que son auteur.e

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