Le monde de la culture est mis à l’épreuve avec la crise du coronavirus. Dans un grand nombre de pays, les musées et les cinémas sont fermés, les expositions reportées, les tournages modifiés. La pandémie mondiale nous aura montré à quel point un secteur nous paraissant mineur en 2020 est en réalité d’une importance cruciale, tant pour l’économie que pour notre bien-être psychologique. 

Mais cette crise nous a également montré la fragilité des relations que les pays du globe peuvent entretenir. Entre protectionnisme, xénophobie et course au vaccin, les États tentent de rester soudés, mais sont de moins en moins d’accord sur les procédures à suivre. La diplomatie sous toutes ses formes, étatique comme culturelle, est à l’épreuve. Pourtant, des organisations mondiales, comme l’Organisation des Nations Unies, font de cette diplomatie culturelle une priorité, notamment avec l’UNESCO.

Qu’est ce que la diplomatie culturelle ? 

La diplomatie est généralement définie comme la conduite de négociations entre les différents États, entre les différentes nations ou entre les personnes d’une manière non violente. On parle de diplomatie étatique car les acteurs majeurs ici sont les États, et plus spécifiquement les élus et diplomates des États concernés. C’est la mise en œuvre des politiques internationales des États.  

La diplomatie culturelle, elle, est une évolution de la diplomatie étatique. Elle mise sur l’influence plus que sur des actions politiques. Joseph Nye, à la fin des années 1990, a théorisé les notions de Hard et de Soft Power. Selon lui, le Soft power, s’apparentant à la diplomatie publique et culturelle, est tout aussi important que la diplomatie traditionnelle car il vise à dépasser le cadre étatique pour mettre en avant de nouveaux acteurs sur la scène internationale et diplomatique en marche vers la paix : individus, groupes, associations, collectivités, institutions, musées, théâtres contribuent aujourd’hui à l’élaboration d’une diplomatie parallèle, directe, qui se passe de l’intermédiaire des États.

L’objectif de la diplomatie culturelle est alors l’échange des points de vue, l’amélioration de la connaissance des autres cultures, la comparaison des façons de faire à travers le monde ; tout cela afin d’aplanir les différends que la diplomatie classique ne parvient pas à résoudre. Elle vise in fine à encourager une vision positive de la diversité culturelle, conçue comme une source d’innovation, de dialogue et de paix.

L’UNESCO et la diplomatie culturelle

Lorsque l’UNESCO a été constitué à la fin de la Seconde Guerre mondiale, il fut noté dans son acte constitutif « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». Comprenant que le Hard Power ne pouvait pas seul maintenir la paix, les fondateurs de l’organisation des Nations Unies et plus spécifiquement de l’UNESCO ont voulu mettre la culture au centre de leurs actions pour pacifier les esprits en promouvant le dialogue et les échanges dans des domaines tels que la culture, les sciences ou encore l’éducation. Les conventions mises en place par l’UNESCO dans le domaine culturel sont des instruments juridiques et normatifs uniques qui vont ainsi réglementer différents aspects de la culture comme la protection du patrimoine matériel et immatériel, la promotion et la diversité culturelle et l’interdiction du transfert illicite de biens culturels.  

Au-delà de la dimension bilatérale qu’un État peut avoir avec l’UNESCO, nous devons mentionner un fait important de la diplomatie culturelle, et plus généralement de la diplomatie traditionnelle : le multilatéralisme. Le fait que l’UNESCO soit une enceinte multilatérale donne la possibilité aux acteurs de coopérer avec d’autres pays du monde. Mais, ce multilatéralisme, essence même de l’Organisation, peut être critiqué : ce fut le cas par les États Unis en 1984 lorsque les politiques onusiennes paraissaient trop communistes. Ces derniers avaient d’ailleurs quitté l’Organisation. Ce fut également le cas en 2018, lorsqu’ils quittèrent l’UNESCO avec Israël, jugeant ses politiques anti-israéliennes. 

Pourtant, ce multilatéralisme – déplaisant aux Américains – a été réaffirmé le 11 novembre 2018 lors du Forum pour la Paix, par le Secrétaire général des Nations unis, Antonio Guterres. Pour l’UNESCO, ces mésententes et ruptures avec les américains ont de réelles conséquences, notamment sur le budget (la contribution américaine s’élève à 22% du budget, soit environ 70 millions de dollars). 

Nous voyons donc que l’UNESCO tout comme l’Organisation des Nations Unies, qui œuvrent pour la paix, ne sont pas à l’abri de nombreuses difficultés, qu’elles soient d’ordre politique ou financière. La diplomatie culturelle, comme l’entend l’institution onusienne, s’est largement développée durant ces 4 dernières décennies, devenant un mécanisme clé des dialogues entre les États et entre les institutions. Cependant, chaque État lui donne l’importance qu’il souhaite, et la problématique de la diplomatie publique est alors la complexité de sa mise à l’agenda politique. En effet, elle exige – à la différence de la diplomatie digitale par exemple – une action extérieure concrète, avec des politiques publiques, des partenariats coûteux et un budget conséquent. Certains pays font de la diplomatie culturelle un objectif assumé : c’est le cas de la Chine ou du Japon, qui contribuent à 26,22% du budget de l’UNESCO pour l’année 2018/2019. D’autres s’en servent également, mais pas par le prisme d’organisations internationales. C’est le cas notamment de la Corée du Sud, dont l’économie tout entière est tournée vers la diplomatie publique et culturelle. 

Article de Tifenn Genestier

Cet article n’engage que son auteure.

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