« Rien n’est certes moins utopique que le corps lui-même, à ceci près que nul ne l’est plus que lui aussi, que c’est de lui que sont nées et nous sont venues toutes les utopies. »

C’est précisément cet extrait de la conférence « Le corps utopique » de Michel Foucault conté par lui qui a suscité mon admiration avant même de le lire. Laissez-moi vous dépeindre le portrait de ce célèbre philosophe qui a transformé le champ historique, philosophique et franchit les frontières entre la médecine et la culture. 

Michel Foucault est un philosophe né en 1926 engagé intellectuellement sur les questions de pouvoir et de discours sur les choses. En 1961, il soutient une thèse Folie et déraison : Histoire de la folie à l’âge classique. Une thèse qui initiera ses recherches sur la psychiatrisation et la déviance, des normes dictées par les institutions comme la prison ou l’hôpital psychiatrique. 

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À partir de 1970 à l’apogée de sa carrière universitaire Michel Foucault tient la chaire « Histoire des systèmes de pensée ». En dehors de ça, Foucault participe de l’histoire des savoirs, ce qu’il appelle l’épistémologie et de la déconstruction des pensées essentialistes notamment sur la sexualité. Son travail a un impact dans le débat public et intellectuel où il intervient politiquement. Dans les années 1970, d’extrême gauche il s’engage pour l’amélioration des conditions dans les prisons en fondant le Groupe d’information sur les prisons. D’autre part il s’engage aussi avec Jean-Paul Sartre qui l’influence dans le soutien des travailleurs immigrés. Mort du Sida parmi les premiers en France, son compagnon Daniel Defert créé en 1984 la fameuse association AIDES en son honneur. 

Un engagement social qui est intrinsèquement lié à ses recherches notamment sur la biopolitique (cf. cours Naissance de la biopolitique de 1978-1979). La biopolitique est une forme de pouvoir exercée par les institutions sur les corps et les individus autrement dit un biopouvoir. Celui-ci conformant ainsi les techniques du corps et les comportements psychologiques. Des travaux qu’il applique notamment à l’histoire de la sexualité (L’histoire de la sexualité, 1976, 3 tomes), qui transforme les champs de savoirs notamment en histoire du genre.

Issu du structuralisme, il incarne le mouvement post-structuraliste qui cherche à déconstruire certains grands schèmes sociaux-historiques. Une figure marquante au sein du champ universitaire, au point qu’il serait selon The Times Higher Education Guide de 2009 l’auteur le plus cité en sciences humaines dans le monde. Il fait le pont entre les disciplines et les champs de savoirs scientifiques en médecine et les sciences humaines et sociales. Une lecture non essentialiste qui montre comment les discours normatifs scientifiques, culturels notamment artistiques ont un impact sur les individus. Une révolution intellectuelle qui se joue en même temps dans le monde anglo-saxon qui a joué sur l’éducation des générations suivantes ouvertes à la déconstruction des pensées biologisantes : Comment se sont distingués les genres ? les fous des équilibrés ? les handicapés des valides ? 

Ainsi par exemple dans cette conférence « le corps utopique » de 1966 il interroge ce rapport au corps avant même la libération sexuelle il invite à faire corps avec celui-ci. Le corps serait à la fois ce qu’il y a de moins utopique dans sa matérialité, sa trivialité en même temps qu’il nourrit des utopies de dépassement de la chair et ses défis. Reprendre le pouvoir c’est défier les limites du corps, l’agrandir dans la parure, la danse mais surtout en faisant l’amour. Le désir et les relations sexuelles permettant d’utopiser le corps en dépassant son enveloppe, parcourant ses zones d’ombres. 

Un regard intime sublimant le corps de chacun qui l’écoute, je vous recommande d’écouter cette conférence enregistrée pour saisir le génie de Foucault. 

Les analyses foucaldiennes sont à lire et à relire notamment en des temps comme ceux que l’on traverse où la médecine et les discours sanitaires ont autant de poids sur nos quotidiens.

À écouter 👂: 

Conférence radio France Culture, 11 décembre 1966 –  © INA – Institut national de l’audiovisuel, 1966 :  📻  https://www.youtube.com/watch?v=NSNkxvGlUNY 

Les échos de Foucault aujourd’hui à aller voir : 

À lire 👀 : 

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Article de Mariette Boudgourd

Cet article n’engage que son auteure !

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