En cette semaine internationale de la science et de la paix, rien de mieux qu’un article sur les sciences naturalistes, à travers l’exemple original de Deyrolle. 

Animaux naturalisés, papillons du monde entier, fossiles et crustacés… au 46 rue du Bac (7ème arr. de Paris) se tient un formidable cabinet de curiosités qui ne cesse d’inspirer et de fasciner petits et grands, amateurs et collectionneurs depuis la fin du XIXe siècle. La maison Deyrolle créée en 1838 par Émile Deyrolle, est une grande maison de taxidermie, probablement la plus prestigieuse en France à l’heure actuelle. Ce petit musée d’Histoire naturelle fait le lien entre la science, l’art et l’éducation avec l’ambition de préserver notre patrimoine vivant. 

  • La taxidermie, un moyen de préserver le patrimoine vivant ? 

La taxidermie, loin d’être une pratique prédatrice pour les animaux, est en fait un moyen de mettre en valeur notre riche biodiversité en reconstituant les dépouilles d’animaux. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la taxidermie n’est pas réservée aux chasseurs. Aucun animal n’est tué pour la naturalisation, en effet, il s’agit d’animaux morts de vieillesse ou de maladie dans des parcs, élevages ou zoos*. Dans l’histoire des sciences, depuis les travaux du naturaliste suédois Carl Von Linné au XVIIIe siècle, il est devenu nécessaire de classer, et d’inventorier toutes les espèces connues selon la nomenclature binominale linnéenne. C’est dans cette dynamique scientifique ci que les naturalistes contemporains vont finement restituer à l’animal décédé son apparence vivante. La maison Deyrolle participe non seulement à la protection des espèces en danger par la mise en valeur du patrimoine naturel mais aussi par la sensibilisation, notamment grâce à ses planches illustrées.

*Les espèces protégées sont détenues et livrées dans le respect de la Convention de Washington (CITES). Deyrolle est labellisé Entreprise du Patrimoine vivant. 

  • Les planches de Deyrolle : l’enseignement par l’illustration ? 

Ne dit-on pas qu’un dessin vaut mille mots ? — Deyrolle est aussi connu pour ses planches pédagogiques, qui explique à la manière des encyclopédies le monde en illustration. On retrouve donc classées dans des planches les espèces animales, les insectes et les plantes mais aussi toutes sortes de thématiques liées au patrimoine historique, technique. Les planches toujours colorées, et au graphisme intemporel sont donc des médiums éducatifs esthétiques. Depuis le XIXe la volonté de la maison est de vulgariser la science de la manière la plus efficace aujourd’hui encore : le dessin.  A défaut de pouvoir visiter la maison Deyrolle en cette période de confinement, il est toujours possible de commander un de leurs ouvrages encyclopédiques.

  • Quand la science dialogue avec l’Art… 

Aujourd’hui, la nécessité de découvrir, de classer et de connaître nos espèces est plus qu’urgent. Selon l’article du 6 novembre 2020 du Muséum d’histoire naturelle (Pourquoi ne connaît-on que 20 % du vivant), nous ne connaissons que 20 % des espèces vivantes à l’heure actuelle. La communauté scientifique a donc plus que jamais besoin des entomologues et zoologues pour la recherche mais aussi pour la préservation de ce patrimoine. Les scientifiques de la maison Deyrolle répondent donc à cette double urgence. Néanmoins, reste à se demander si la commercialisation de ces animaux et de ces insectes naturalisés ne va pas à l’encontre du dessein scientifique. Il me semble que le prix élevé de ces animaux réifiés rappelle la valeur de ces animaux ou insectes. Une fois naturalisés, ils deviennent de véritables objets d’art dans les collections. Le terme d’Art convient d’ailleurs parfaitement il me semble à certaines compositions de papillons ou de coléoptères aux couleurs vives et métalliques sous cadre. Une mise en scène artistique de la nature que l’on vous recommande chaleureusement d’aller admirer dans ce petit musée d’Histoire naturelle caché dans Paris. 

  • L’engagement fidèle de Deyrolle à l’UNESCO : 

Enfin le credo de Deyrolle : Nature, Art, Éducation est comme vous pouvez vous en douter en parfait accord avec les valeurs de l’UNESCO. Ce qui vaut un partenariat avec l’UNESCO et la COP21 en 2015. Deyrolle réalise Redessiner le monde, un ouvrage offert aux 195 délégations présentes lors de la conférence écologique, une action qui souligne son engagement. Deyrolle a aussi à cette occasion créé un potager biologique, avec l’idée de créer un espace éco-responsable dans lequel tout le monde peut venir observer la nature, et mettre en éveil ses sens. C’est aussi et avant tout un lieu scientifique où l’on se fait observateur de la biodiversité. L’idée qui sous-tend ce projet de jardin nourricier est de rappeler aux gens l’importance et le plaisir que suscite l’entretien d’un jardin. C’est un moyen de sensibiliser les gens sur la valeur du patrimoine naturel et immatériel comme les techniques. En 2014 déjà, Deyrolle organise avec la Commission océanographique de l’UNESCO une exposition à l’occasion de la Journée mondiale de l’Océan. Un projet éducatif ayant pour but de sensibiliser, avec les célèbres planches de Deyrolle sur la préservation des océans et sur les effets de l’anthropocène sur  le réchauffement climatique. Ainsi Deyrolle vulgarise les dernières découvertes de la communauté scientifique internationale auprès de tous. 

⇒ En savoir plus sur le projet de Deyrolle et UNESCO : Deyrolle à l’UNESCO et Exposition Océan de Deyrolle pour l’avenir | Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture 

⇒ Le site internet de la Maison Deyrolle : Deyrolle – Taxidermie, entomologie, curiosités naturelles – Deyrolle    

Article de : Mariette Boudgourd

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