Séraphine Louis :  Une mystique au geste naïf 

Séraphine Louis, Les Grappes de raisins (vers 1930), Paris, musée Maillol.(Source : Musée Maillol)

Séraphine de Senlis – Bouquet de mimosas

Séraphine Louis, Bouquet de mimosas, vers 1925, Musée de Laval (source : Musée de Laval)

Séraphine Louis est une artiste peintre autodidacte appartenant au groupe des Naïfs méconnue du grand public,  au regard de la postérité du Douanier Rousseau. Pourtant cette femme à la vie tourmentée figure très vite parmi les artistes de prédilection de grands  collectionneurs du début du XXe.  

Séraphine Louis, ou Séraphine de Senlis, est née le 3 septembre 1864 à Arcy dans l’Oise. Orpheline, elle est placée dans une famille à côté de Paris avant d’être recueillie dans un couvent à Senlis en 1882. Cette enfance particulière marque sa vie d’artiste peintre d’une grande spiritualité qui guide sa peinture. 

Très vite, elle devient femme de chambre au service de la bourgeoisie dans l’Oise, et guidée par des voix et visions divines elle se met à peindre avec très peu de moyens. Elle réalise des natures mortes de fleurs, fruits et plumes, en créant ses propres peintures à base de ripolin et de colorants naturels comme du sang animal. 

Son geste est vif, primitif ce qui permet la création de pièces uniques, poétiques. Ses natures mortes aux couleurs vives ne laissent pas présager d’une telle condition matérielle pour l’artiste. Ses bouquets sont emprunts de quelque chose d’unique qui relève du merveilleux, du divin de par la frénésie du motif et du geste créateur. 

Elle est rapidement repérée par le critique et marchand d’Art allemand Wilhelm Uhde chez qui elle travaille comme femme de ménage depuis 1912. Elle peint alors dans la plus grande précarité sur des pots, du carton, des assiettes. Wilhelm Uhde repère malgré cela le talent de la jeune femme et ses compositions inédites, et devient très vite son mécène. En 1927, elle présente six toiles à la Société des Amis des Arts, à l’Hôtel de Ville de Senlis encouragée par Wilhelm Uhde. 

Elle peint grâce à ses nouveaux revenus sur de très grands formats, d’immenses compositions de fleurs et de fruits bigarrées toujours aussi fascinantes. Ses œuvres constituent un renouveau pour la nature morte, sa naïveté est habitée par le merveilleux. Les fleurs et les fruits sont des formes qui signifient le divin, l’infiniment grand et l’infiniment petit de cette création divine qui l’anime. Elle se nourrit des thèmes chrétiens comme l’arbre de vie et travaille ses compositions avec des couleurs vives et lumineuses à la manière des vitraux. 

Wilhelm Uhde organise une exposition à Paris « Les peintres du Cœur sacré » où elle est exposée parmi d’autres artistes autodidactes comme Le Douanier Rousseau ou Louis Vivin,  qui peignent le quotidien avec des couleurs intenses et un dessin « naïf ». Un tournant dans sa vie d’artiste d’autant qu’en 1928 pour la première fois un musée allemand achète une de ses toiles. 

Mais Séraphine Louis finit par rencontrer des problèmes financiers au moment de la crise financière des années 1930, elle sombre dans des délires paranoïaques. En janvier 1932 ses crises à répétition entraînent son internement à l’hôpital psychiatrique de Clermont-de-l’Oise. Le 11 décembre 1942, l’artiste décède après dix ans d’internement où elle a cessé de peindre et se fait enterrer dans une fosse commune du cimetière de Clermont. Tragique et misérable fin de vie pour une artiste si unique et autodidacte. Encore aujourd’hui son oeuvre est encore bien mal connue du grand public, c’est pourquoi nous vous invitons pour en savoir plus sur sa vie à écouter et regarder ce court hommage à Séraphine Louis diffusé le 18 avril 1969 sur l’ORTF : Picardie – Sur les pas de Séraphine à Senlis

Cet article n’engage que son auteure ! 

Article de : Mariette Boudgourd

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